‹ Notice des émaux, bijoux et objets divers exposés dans les galeries du Musée du LouvreChapitre 35 sur 125 · JEAN COURT, DIT VIGIER · texte numérisé non relu

JEAN COURT, DIT VIGIER

Sa manière se caractérise par le sentiment de l'artiste, par la finesse et la netteté de l'exécution, par la touche spirituelle, par une délicatesse charmante dans l'application des tons de chair, par des ressources infinies dans le travail de la pointe. En résumé, dans le dessin et l'arrangement, les mérites de Pierre Raymond, avec plus de goût et d'esprit; dans la technique, beaucoup de rapports avec Léonard Limosin et Martin Didier, moins l'élégance du dessin de l'un et la puissance des effets de l'autre. Il s'est appliqué exclusivement à la grisaille.

415. — Le mois d'Avril. — Assiette en grisaille, rehaussée d'or sur fond noir, les chairs colorées. — Diamètre, 0,183.

Un homme cl uno jci.nc femme, velus du coslume en usage au icmps de Henri II, sonl assis sur un banc ruslique dans un jardin ; à leurs pieds sont une coupe et une bouleille. Ils se liennent amoureusement enlacés, et pn^s d'eux , un fou, revêtu de son coslume caractérislique et tenant en main la marotle, étend le bras pour les unir plus élroilemcnt.Au haut de la composition, le signe du Taureau sur fond pointillé d'or; sur le banc, à gauche , le monogramme I. C. D. V. Le rebord est orné d'enlacements blanc mat, sur fond noir rehaussé de légères arabesques d'or. Le rerers est semblable à celui de Tassielte n» .410. — CoUeclion Durand, n" in/-2VM.'

416. — Le mois d'Octobre. — Assiette en grisaille sur fond noir, détails dorés , les chairs colorées. — Diamètre, 0,185.

Une femme, en coslume italien du XVIe siècle, assise sous un arbre, sur un tertre de gazon, tenant un pain sous le bras droit, présente une coupe de la main gauche à un homme qui passe près d'elle, ensemençant un champ labouré. Le fond est rempli par des arbres et des fabriques. Au haut de la composition, le signe du Scorpion, sur fond d'or, près duquel, à gauche, est le nom du mois en lettres d'or. Le rebord est orné de quatre mascarons colorés; ils forment le centre d'enroulements qui relient des paquets de fruits. Le revers est orné d'une rosace formée par des enlacements en grisaille et deux petits termes fantastiques . sur fond noir décore de légères arabesques d'or. — (Collection Durand, n» 19/2432.)

Longueur, 0,425; largeur, 0,290. C'est une magnifique pièce, d'un travail large et d'un grand effet. On peut encore citer de lui les deux plaques de la Kunslkammer de Berlin : n" 223, le Christ devant Pilate, d'après la gravure en bois d'Albert Diircr; n° 2'2l\, l'Ascension du Christ,

]^IARTIN DIDIER, PAPE.

Les initiales qui désignent cet émailleur cachaient une énigme dont je crois avoir découvert le sens, en lisant dans les comptes royau\ de l'année 1599 l'article suivant : A Martin Dicdier, esmaillcur de Sa Majesté, la somme de 30 livres tournois à lui ordonnée your ses (jaiges (1). Cet émailleur, en titre d'office, a figuré sans doute sur des comptes antérieurs et depuis l'année 1574, date approximative de la mort de Léonard Limosin, auquel il succéda (2) ; et l'on remarquera qu'il s'est retiré en 1609, sans doute par le bénéfice de son grand âgeelpourcéder sa place à Albert Dicdier, probablement son fils. On peut donc renfermer son activité, comme peintre-esmailleur du Roy, entre les années 1574 et 1609; mais il a pu travailler dès 1550, et dans les vingt années qui suivent cette date conquérir la réputation qui l'a désigné pour devenir le successeur de Léonard Limosin, dont il était peut-être l'élève.

On trouve sur ses émaux les signatures suivantes (3) :

♦A\D ♦ — VW^ID^^^^ — ^^^^ ^^^ - MDPP,

(1) Eslat des officiers domestiques du Roy de 1599 à 1609. Voyez la Renaissance des Arts à la cour de France, tome I'^'", p. 246.

(2) M. Didier Petit dit dans son catalogue, en décrivant le coffrel n° 95, que Pierre Courtois a dirigé la fabrique royale des émaux de Limoges, après Léonard Limosin. Il aurait dû en fournir la preuve. Pour moi, je n'ai rien trouvé dans les documents qui autorise celte supposition ; je crois au contraire que Martin Didier eut cette succession.

(3) collection Soltikoff. Magnifique coffret acquis de M. Soulages. Hauteur, 0,230; largeur, 0,250; longueur, 0,335. La signature s'y trouve répétée trois fois en or et en noir, et sans I dans l'intérieur du D. Les peintures en émail sont exécutées en grisailles.

(4) musée de tt.yon. Legs de M. Lambert. L'histoire de saint Jean-Baptiste. Cinq plaques peintes en grisaille, collection Sauvageot. Petite plaque. Grisaille. Hauteur, 0,145; largeur, 0,115. Jésus attaché à la croix. Dans le fond , un garde debout dans une attitude d'un grand caractère, collection A^chille Sellières. Le Jugement de Paris, médaillon signé : .AA»Tr)» l^iamètre, 0,260. Grisaille teintée, rehaussée d'or.

(5) Palais Manfrin à Venise. Cette signature se lit sur un triptyque, œuvTe capitale de Martin Didier. Quand les volets de ce tableau sont ouverts, on a sous les yeux cinq sujets. Le baptême du Christ

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