MARTIN DIDIER
avec un I inscrit dans le D (1) — /A'B/J^ (2) —
M D PAPE (3). Les deux premières lettres, avec l'I inscrit dans le D, répondent an nom de Martin Dicdier ; quant aux deux lettres P P et aux quatre initiales PAPE, je ne saurais les expliquer. Quelque circonstance heureuse nous apportera un éclaircissement que je n'obtiendrais pas par des conjectures.
Sa manière. Il y a de la grandeur dans son style, et il semble apporter un goût distingué dans le choix des maîtres italiens qu'il piend pour modèles; son dessin fait excuser ses irrégularités par l'ampîeur et la noblesse des attitudes. Le type de ses figures est distingué, bien que ses physionomies deviennent monotones et un peu sinistres par une manière uniforme d'éclairer le blanc des yeux. Il comprend relfct largement, et il en tempère l'éclat avec un charme qui oonne parfois à ses grisailles l'air d'un dessin à l'estompe de Prudhon, et qui parfois aussi tourne involontairement au clair de lune. Sa couleur est vigoureuse dans une échelle de tons un peu sombres: il semble avoir appris de Jean Pénicaud sa manière de faire poindre l'effet dans le noir, et de Léonard Limosin ses bruns translucides et l'emploi fréquent, abondant et habile, de la pointe. Use servait de préférence, dans ses émaux de couleur, d'un violet brillant qu'il fond habilement avec ses
et la décollation de saint Jean-Bapliste occupent les volets ; ce dernier sujet est signé M D avec un I dans le D. Le tableau central est divisé en trois parties. Dans celle du milieu, la prédication de saint Jean dans le désert, marquée MDPP avec un I dans le D ; à droite, les auditeurs, tabieau marqué MD avec un I dans le D ; à gauche, un autre groupe d'auditeurs, émail marqué MDPP toujours avec un I dans le D. Dans la partie supérieure, des arabesques et des anges.
(1) ilusée «le E.yon. Plaque cintrée par le haut ; grisaille sur fond noir. Le marlyre d'une sainte. On la voit, dans le bas, étendue sur le sol 'Idé-apilée; près d'elle et debout, un personnage couronné tient le glaive dont il l'a frappée. La sainte parait dans les nuages emportée par des anges. Hauteur, 0,15; largeur, 0,12.
(2) coUection sauvageot. Une plaque émaillée en couleurs. La Vierge tient sur son bras gauche l'Enfanl-Jésus qui l'embrasse; à sa droite, un év que; à sa gauche, une abbesse, tous les deux nimbés. Les ligures se détachent sur la draperie verte du fond. Le monogramme est en basa dro te. Hauteur, 0,185; largeur, 0,150. Unç plaque cinîrée par le haut complète le tableau.
(3) collection Brunet Denou. Un coffret n*' 352.
bleus. Ces deux couleurs, associées aux tons bruns, et eu l'absence des carnations vives, donnent à ses émaux colorés un aspect sévère d'une grande impression, et qui les distingue des productions de ses contemporains. Il a fait des grisailles (1) qui le rapprochent de Pénicaud le troisième et de Léonard Limosin, sans doute son maître. Elles s'en distinguent cependant par plus de douceur dans l'effet et dans le travail de la pointe, tempérant l'un par des glacis fugitifs qui donnent un ton roux aux figures et un ton verdâtre aux fonds , l'autre par un frottis au pinceau qui fait disparaître la dureté des hachures.
Il a eu aussi sa veine industrielle (2), mais son point de départ lui permettait quelques écarts en lui laissant de la marge. Dans les assiettes que nous allons décrire, si le sujet principal se ressent de la hâte du travail, le centaure du revers, dans l'une, est digne de ses meilleures pièces. Ses copies ne sont pas aussi bonnes que celles qu'on doit à des artistes moins inventifs. Après le Triomphe de Galatée, qu'il a composé, nous décrirons le même sujet copié exactement par lui d'après Raphaël : on y sent de la gène et de l'hésitation, mais on retrouve cependant sa manière, avec certitude, dans le travail des hachures, dans le regard qui lui est particulier, et dans les tons de chair qu'il emploie avec esprit, bien que d'une touche un peu lâchée. Enfin, bon nombre de ses ouvrages resteraient dans le vague des anonymes, si l'on ne se fiait qu'à des signatures, car il a rarement signé; mais on les distingue facilement par les traits caractéristiques que je viens de signaler (3).
(1) collection Soltikoff, ancien n" 749 de la collection Debruge. Triptyque. Sujets tirés de la vie de saint Jean-Baptiste. Tons violets et verts, que refroidit un pointillé blanc, expressions violentes du rapport avec la Vierge du Louvre, n° 417.
(2) On rencontre dans le commerce bon nombre de productions dans lesquelles la banalité des expressions et le travail heurté de la pointe trahissent la hàle de la fabrique. Je citerai un grand triptyque : sur la plaque centrale, le Christ sur la croix , au haut l'Éternel ; au bas à gauche, la signature M. D., tracée en or avec TI dans le D; sur le volet de gauche un Ecce Homo ; sur le volet de droite, un portement de croix. L'effet général est encore saisissant, mais il est dur, tranché, et un travail en larges hachures noires rapproche cet émail des productions de Pierre Raymond, lorsque celui-ci imite les anciennes gravures.
(3) M. Didier Petit lui attribuait un grand triptyque (n» 36 de son