‹ Notice des émaux, bijoux et objets divers exposés dans les galeries du Musée du LouvreChapitre 52 sur 125 · ÉMAILLERIE SUISSE · texte numérisé non relu

ÉMAILLERIE SUISSE

«le la faïence cmaillée. Le secret élail donc trouvé, mais la vogue des grands émaux n'étant pas épuisée, Léonard Limosin préféra leur facile et rapide exécution au travail lent de rémail en miniature. De là son abandon momentané.

La grande peinture d'émail de Limoges conserva donc ses anciens procédés et continua ses succès. Parallèlement, l'orfèvrerie, dans toute la France, je dirai même dans toute l'Europe, luttait avec elle et produisait ces bijoux ('maiUc's de blanc dont un petit nombre de spécimen est parvenu jusqu'à nous, mais que les inventaires et les <omptes décrivent complaisamment et en quantité innombrable(l).Onse fatigue de tout. Lesbijouxémaillés de blanc passèrent de mode. Il fallut les colorer, leur donner des épaisseurs par de pesantes coucbes d'émail : c'était, dans ces proportions microscopiques, alourdir ce qui se distinguait par la légèreté. Les orfèvres cherchèrent donc à colorer leurs délicats ouvrages avec le moins d'épaisseur l)Ossible; revenant aux proportions imaginées par Léonard Limosin, ils mélangèrent les oxides métalliques dans une quantité moindre de fondant, et, avec ces nuances plus fines, avec cette coloration mise à la surface et mieux fondue, ils exécutèrent des ornements de la plus grande légèreté.

Pendant que l'orfèvrerie pratiquait ainsi sa peinture d'émail , Limoges laissait chaque jour tomber plus bas les grands émaux peints. Absence de goût, absence de talenl, r.ullité d'invention, production de pacotille de la plus déplorable fécondité , tout contribuait à dégoûter le public de ses émaux, et il était évident que les petits émaux d'orfèvrerie n'attendaient plus qu'un homme de talent pour se développer et se produire. Toutin, orfèvre de Chàteaudun (2), fut cet homme : au lieu de simples ornements, il peignit, ou fit peindre en émail, sous sa direction, des portraits en miniature, et dans cette brèche faite à la fabrique de Limoges se précipitèrent une foule de peintres de talenl.

C'était, comme on le voit, une simple modification qui ne se distingue des procédés suivis que par une différence de proportion dans le mélange des oxides et du fondant. L'invention de celle modification appartient à Léonard Li-

(1) Voyez le répertoire de la seconde partie , à rartlcle Esmaux blancs.

(2) Voyez dans le répertoire de la seconde partie une citation d^^une belle croix faite à Blois dans le xiv« 'siècle, à Farlicle Esmaucc de lilois.

mosin, et Toutin ne peut lui contester ce droit, pour avoir employé l'or comme excipient au lieu du cuivre, ou pour avoir ajouté aux oxides colorants quelques combinaisons nouvelles; son seul titre est d'être venu à propos.

Je ne dois pas m'occuper de la pléiade d artistes distingués (1) qui s'appliquèrent depuis lors à la peinture du portrait en émail. Leurs ouvrages sont placés dans le Musée du Louvre avec les dessins, et ils seront décrits par M. F. Reiset. Mais il m'est impossible de ne pas mentionner le nouvel essor que celte modification, introduite par la bijouterie, lui rendit en échange. C'est en Suisse surtout que celte émaillerie de boîtes de montres, de cassolettes, de tabatières, etc., etc., prit toute son extension et eût produit des œuvres d'art, si la fabrique de Genève avait encouragé les borames de talent. Au point de vue technique, l'exécution de tous ces bijoux est remarquable. C'est d'un précieux, d'un fini, d'un lustre admirables; au point de vue de l'art, c'est criard de ton, pauvre de dessin et de style, nul d'effet. Vu la banalité des sujets et des, ornements, vu l'abondance des productions, on peut dire que c'est de la décoration en petit et du métier en grand. La Suisse eut cependant des peintres émailleurs de mérite ; mais ils s'éloignèrent de ce foyer d'insipides productions, et ils allèrent en France, en Angleterre, en Allemagne, réclamer pour leur art une plus haute mission. Jean Petilot est du nombre, et sa gloire esttolite française, quoiqu'il Roit né à Genève, quoique son histoire ait éié écrite par le Suisse Sennebier et l'Anglais Venue. C'est qu'en eflet, la peinture en émail est un art français, et l'éclat dont il la fait briller efface la trace d'un berceau jeté par le hasard sur le sol étranger; on aura beau constater la naissance de Jean Pelitot en Suisse en 1607, il n'en appartiendra pas moins à la France.

Dans les arts, l'influence d'un homme vient de son talent bien plus que de la pratique perfectionnée de son art ; mais la postérité, qu'aurait fatiguée l'élude des éiémenî» particuliers de son influence, trouve plus commode de &"allacher à un moyen matériel. C'est ainsi qu'elle fait de l'invention de la peinture à l'huile la gloire des van Eyck, tandis que ces grands hommes se sont servis de la peinitjre telle qu'on l'employait cinquante ans avant eux. S'ils s'étaient contentés de là perfectionner, leur nom serait

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resté au fond de quelque boutique d'épicier droguiste ; c'est la lueur du géuie qui fait brillei' leur gloire. Il eu est ainsi de Pelilot. C était un peintre d'une grande ihiesse qui aurait pris sa place dans la miniature, si la peinture en email lui avait fait défaut ; mais de même que les successeurs des Van Eyck, maîtres de leurs procédés, n'ont pas retrouvé leur génie, de même aussi Jean Petitoi a eujporté dans la tombe, non pas son secrei, mais son talent. L'auteur des huit plaques que je vais décrire en est la meilleure preuve. Au lieu de tirer de l'émail toutes les ressources qu'il offre au talent, il lui a demandé des secours et n'a su éviter aucun de ses inconvénients. Pas une nuance qui ne vienne se heurter à sa voisine, et, comme résultat de ce choc général, un faux air de porci^laine peinte, que rendent plus désagréable un acconipagnemcnl de fleurs d'un rose violacé et un encadrement d'un vert lézard. Ces défauts doivent être remarqués; ils caractérisent le goût particulier aux peintres émailleurs et aux orfèvres de la seconde moiiié du XYII'^ siècle. Quant aux mérites de cet anonyme, on doit faire leur part, et elle est notable, si beaucoup de finesse dans les détails, une science de dessin remarquable et un grand mouvement dans la composition peuvent compter dans ces dimensioiis niicroscopiques. Le style se ressent de l'influence de Charles Lebrun, qui dominait toutes les productions de l'art à Paris, depuis la sculpture gigantesque jusqu'à la miniature.

453 à 4@0. — Scènes de batailles. — Deux médaillons circulaires et deux ovales, ajustés dans t' ornementation d'un couvercle en orfèvrerie émaillee. Fin du XV 11^ siècle. — Diamètre des circulaires, 0,048; diamètre des ovales: haut eur, 0,010; largeur, 0,048.

453. Un cavalier perce d'un coup de lance un guerrier renversé sur non cheval abaUu; une ciiar^e de cavalerie dans le fond. — 45?i. Un cavalier, vu de dos, est représenté parlant à un homme d'arn^cs qui porte un élendard ; mêlée de oomhallanis à un plan plus éloigné. — Îi55. Deux guerriers, l'épée en main, s'observent et se nicn.îcenl; l'un d'eux a sur la tôle un lurban que surmonte une plume; on voit dans le fond des niii- «ulmans qui fuient et des ehréliens qui les poursuivent. — 456. Un homme d'armes, vu de dos, semble prendre les ordres d'un cavalier près duquel sont groupés des guerriers avec un élendard. Des nuisulmans s'enfuient vers la droite. Quatre épisodes de combats, dont les figures sont de très petite proportion, forment les motifs de cartouches allongés qui

sont recourbés suivant l'évasemcnl du pied qu'ils décorent (long., 0,053; haut., 0,043). — Ubl. Près d'une lenle, on voit plusieurs guerriers s'arniant pour le combat ; au second plan, une armée rangée en bataille et, dans le fond, les murs d'une ville forlifi-'-e. — ^58. Groupe de cavaliers ; mêlée des combattants; on y remarque deux éléphants. — Ù59. Plusieurs musulmans à cheval semblentobserver un combatengagédansune plaine. — 460. Cavaliers combattants ; deux chevaux sont renversés. Les revers des plaques sont émaillés de blanc. — (Ancienne collection, MR. 426.;

ANO.^YME.

L'émailleur qui le premier est parvenu à rendre par la l>cinlure en émail l'effet des mille fiori de Venise ne m'est pas connu, mais son procédé eut une certaine vogue dans la bijouterie et méritait d'être signalé.

4GO Us. — Plaque de forme ovale, — Hauteur, 0,055; largeur, 0,041.

Celle plaque, qui a pu servir de couvercle de boîte, est diaprée de toutes les couleurs de la palette, qui sont confusément mêlées à des ÇDulles d'aventurine. — (Ancienne colicction, 4936.)

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