BAIN
C'est sans doute dans cette même direction que l'émailleur Bain avait conquis sa réputation. Germain Brice, qui resta impartial, quoiqu'il fît métier, pendant nombre d'années, de cicérone dans la capitale, écrivait, dans la première édition de sa description de Paris (La Haye, 12°, 1685), ce fjiii suit, en parlant des artistes célèbres logés dans la galerie du Louvre : « M. Bain, fameux émailleur, qui a trouvé c< le secret de donner à l'émail le brillant et la beauté des (' j)ierres précieuses , et qui a entre ses mains un grand a bassin d'or pour le Roy, orné de moulures sur les bords, fc et qui sera sans doute une très belle pièce quand il sera a achevé, pour l'ouvrage et pour la matière, car il revien- (c dra à 100,000 fr. Il fait ordinairement des boîtes à montre c( et divers ouvrages de celte sorte. »
JACQUES rVOUAILHER.
Tandis que Toutin et ses imitateurs faisaient des efforts dans une voie nouvelle, les émailleurs limousins, faute de talent, adoptaient en partie les procédés de leurs
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rivaux, et s'ingéniaienl, par de petits moyens mécaniques, à varier leurs ouviages en leur donnant un aspect nouveau. A Jacques Nouailher revient, au milieu de tous ces essais, l'idée singulière de modeler en relief d'émail des sujets de piété. Voici, autant qu'on en peut juger par un petit nombre de pièces, quel était son procédé. 11 gravait en creux dans le cuivre toute sa composition ; il plaçait au fond de ce moule ou de cette matrice une légère feuille d'or pour éviter l'adhérence, puis il foulait, par-dessus, de la pâte <rémail blanc. Lue première cuisson fondait l'émail et lui faisait prendre consistance dans la forme donnée par le moule; une fois refroidi, on en retirait le relief d'émail et , après avoir enlevé, avec des acides, la feuille d'or , on le colorait avec les émaux légers, dits émaux de Toutin, et la chaleur du four mettait en" fusion cette coloration en même temps que le fondant qui servait à fixer le relief sur une plaque <le cuivre. C'est, comme on le voit, un émail mixte composé de plusieurs procédés. Jacques Nouailher a dépensé quelque talent, mais sans doute plus de temps encore et d'argent, à cette ingrate besogne. Le morceau que je vais décrire est, je crois, le produit le plus important et le mieux réussi de son invention (J). On connaît encore, exécutés en cette manière, plusieurs plaques de chandeliers et d'autres ustensiles de la vie usuelle.
^a manière. La tournure de ses figures, le choix de ses couleurs, transportent en pleine régence d'Anne d'Autriche et dans l'atmosphère de Mignard. La ténuité des traits des visages, la finesse des profils, le dessin et le modelé habile des mains, sont en outre des caractères qui lui sont propres.
40£. — L'Adoration des bergers, d'après le tableau de Van Acken, gravéparSadeler. — Peinture
(1) Ces émaux eu relief sont assez rares. La eolleclion Debrugc en montrait un décrit sous le n" 783. M. Muret de Pagnac en possède un autre qui représente la Vierge et l'Enfant- Jésus. M. l'abbé ïexier a acquis (feux chandcdcrs décores de masques, d'araùesqucs cl d'enfants t/iii se jouent entre des guirlandes de fruits , grenades, nommes, ■melons, poires, raisins, le tout modelé en relief sur fond d'émail hic u avec une exquise délicatesse. L'n de ces chandeliers porte cette inscription : Fnict a Limoges par Jacques JSoalticr, rue Magninie (nage 238).
collection Andrew rountaine.L'ne aiguière tout enrichie de fleurs en relief sur fond noir. Je lis sous un médaillon : Faict à Limoges par Jacques [cassure] ter, rue Magninie [cassure], 4.
en émaux de couleurs sur reliefs d'émail. — Hauteur, 0,205; largeur, 0,160.
L'Enfanl-Jésus est couché dans une crèche et posé sur un linge que l.i vierge Marie relève de chaque main. Celle-ci esl agenouillée ; à sa droite saint Joseph également à genoux adore le Christ ; trois anges ailés sont placés derrière eux, deux sont debout, et le troisième à genoux levant letyeux au ciel et croisant les bras dans l'atlilude de Tadoralion; à gauche, un jeune berger s'avance en s'inclinanl; il porte une houlette, et un chien noir l'accompagne. Deux personnages dont on ne voit que le buste et qui semblent jouer le rôle des donateurs occupent le premier plan; Kun des deux est un homme dont les regards sont dirigés vers la crèche, l'autre une femme vue de dos et remarquable par des tresses qui retombent sur ses épaules nues et par la petite couronne qui surmonte sa coiffure. Deux autres figures occupent le fond de gauche, et à un plan plus éloigné, sous une arcade qui laisse apercevoir le ciel, on voit l'âne, le bœuf et deux jeunes bergers portant des bâtons. Au-dessus de la composition, trois anges ailés planent dans les airs et se détachent sur un fond de nuages que percent des rayons ; l'un d'eux tient dans ses mains une banderole blanche, sur laquelle est gravée en creux rinscriplion : (îloria in excclsis Deo. — (Collection Durand, n» C6/2331.)