‹ Notice des émaux, bijoux et objets divers exposés dans les galeries du Musée du LouvreChapitre 6 sur 125 · ÉMAUX INCONNUS AUX GRECS · texte numérisé non relu

ÉMAUX INCONNUS AUX GRECS

On pourrait, il est vrai, citer les verres mosaïque? en filigranes, produits d'un art délicieux, imparfaitement reconquis par l'iiidustrie moderne (i). Les Phéniciens furent probablement les propagateurs de cet ingénieux pro* cédé, mais les Égyptiens en sont les inventeurs. Ce peuple, si avancé dans les arts chimiques, avait remarqué que le verre de différentes couleurs pouvait se fondre et se souder sans mêler ses nuances; partant de ce principe, il étira des filets et des lames de verre coloré, et les réunit en faisceau dans un ordre et une disposition qui, vus à leur extrémité, formaient les dessinsmosaïquesles plus fins; puis, soumettant ce faisceau à l'action du feu, il le fondait de manière à n'en former qu'une masse vitreuse. On conçoit, dès lors, que chaque section faite dans cette espèce de rouleau donnait la répétition du même dessin.

Les Grecs héritèrent de ce procédé par l'entremise des

parce qu'elle va directement au sujet qui nous occupe. M. J.-J.Dubois était un homme sagace, qui avait manié, tant en Egypte qu'au Louvre, et dans les ventes, d'innombrables antiquités égyptiennes ; il n'est pas probable qu'il eût pris pour un émail une pâte vitreuse incrustée à froid dans le mêlai, et il connaissait sans doute quelques-uns des objets que je viens de citer : cependant il annonçait posséder et proposait à M. A. Way de lui céder un émail égyptiex : un spécimen unique d'email égyptien sur un métal Jaune composé, produit par l'incrustation de pâtes vitreuses dans des cavités creusées dans la surface de la plan- <-he, et fixé dans ces trous par le feu, suivant un procédé entièrement semblable à celui quadoptércM les émailleurs de l'Europe au moyen âge, est dans la possession de M, Louis Dubois, l'u7i des conserva-' ieurs du Louvre, qui m'a informé que, pendant toute ta durée de ses longues éludes sur les antiquités égyptiennes, c'est le seul exemple qui soit passé sous ses yeux. Cet objet unique, comme l'annonçait M. Dubois, et si précieux, à le supposer tel qu'il est indiqué dans cette note, ne s'est pas trouvé dans les collections qu'il a laissées à sa mort. J'ai suivi attentivement la vente qui eut lieu, et ce morceau curieux ne m'aurait pas échappé. S'il l'a vendu durant sa vie, comment, depuis lors (1836) , ne serait-il venu à la connaissance d'aucun des antiquaires qui se sont occupés de ces matières? A moins que ce ne soit la figurine égyptienne présentée par M. Hertz, en 18/17, à la Société archéologique de Londres, et qui, selon M. W. Harry Roggers, est un émail égyptien qui met la question hors de doute : uich places thc question beyond ilie reacliofdoubt (Journal of the archœol. ass., 18^8, p. 281). Ma conviction restera la même tant que je n'aurai pas vu, de mes propres yeux, les objets qui doivent la faire changer.

(4) Parles Vénitiens au moyen âge, et par les fabriques de Bohême et de Choisy, près Paris, de nos jours.

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Phéuiciens, et ils en rehaussèrent le rnérile par le charme et rélégance de leurs compositions. Mais il serait inutile de citer les nombreux spécimen parvenus jusqu'à nous cl conservés dans toutes les collections (l); ce n'est pas l'émail tel que nous l'entendons, l'émail appliqué au métal. Cet émail resta inconnu aux Grecs comme à toute l'antiquité; et cependant les yeux qui voyaient l'architecture et la sculpture polychrome, lès orfèvresqui étaient d'admirables sculpteurs quand ils le voulaient, auraient renoncé à profiler de celte association heureuse de la couleur avec l'uniformité brillante de l'or? Non sans doute; ils imaginèrent d'introduire des pâles colorées dans des cloisons de filigranes, dont ils entouraient avec délicatesse toutes les pièces de leur élégant écrin ; ce n'était pas de lémail, c'était un expédient pour le remplacer, et il ne semble pas qu'ils se soient rapprochés davantage du vrai procédé (2). Sauf l'éclat vitreux et la durée, c'en était l'équivalent, et ces tentatives, en même temps qu'elles prouvent l'ignorance où ils étaient, élablissent le désir quelesGrecsavaient de connaître l'émaii appliqué au métal, et l'usage étendu et journalier qu'ils en auraient fait. Lors du passage de l'amiral Halgan à Milo, il y a une dizaine d'années, on lui apporta, et il acheta, deux colliers qui avaient été trouvés dans un tombeau antique. Un de ces colliers a été donné au roi Louis-Philippe, l'autre est entré dans la collection de M. Pourtalès; il est catalogué sous le n" 1390. Ce collier en or est coloré de la manière que je viens d'expliquer; il se compose de petites plaques en or, de forme ovale, unies entre elles par des nœuds. Les plaques sont ornées, avec une délicatesse extrême et une élégance incomparable, de dessins en fili-

(1) Je renonce à citer toutes les pièces en verre , de travail grec , que les collections publiques et particulières offrent à l'étude. C'est tout un musée d'objets délicieux : il y a des médaillons d'une beauté, de petites sections de filigranes d'une finesse, des dessins d'un éclat, des masques de tbéiltre d'un comique , des bas-reliefs d'une élégance , qui surpassent tout ce qu'on peut imaginer, tout ce qu'on doit attendre du goût le plus épuré, associé aux procédés les plus ingénieux.

(2) M. le duc de Lu} nos, dont on connaît l'autorité dans ces délicates matières, revient d'Italie, où il a vu une couronne d'or de travail étrusque, f/ui est dccorcc d ciiiaitx. Le marchand qui la lui montrait en a cédé une autre du même genre à M. Campana, et, à l'entendre, elle prouverait avec plus d'évidence encore la pratique de l'émailleric chez les anciens. Je sens ma conviction ébranlée par ce témoignage, et cependant je ne me rendrai qu'à l'évidence.

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granes, soudés sur leur surface , formant comme des cloisons microscopiques, dans lesquelles une pâte, qui paraît être un soufre opaque, a élë mise et semble avoir ëlé fonduie ' par l'action du feu. Celle pâle est de couleur bleu lurquoise/' i jaune et vert, toutes nuances très pâles. J'ai examiné ces bijoux longuement et à la loupe, je me suis assuré en outre que cette foule de bijoux grecs, d*or soufflé, qu'on rencontre dans les collections les plus riches, élaient, dans l'origine, colorés au moyen de ces pâles (1). Les tissus de filigranes qui les recouvrent et qui les ornent avaient pour but premier et principal de former les cloisons qui relenaienl CCS pâles colorées. Il faudra donc accorder aux Grecs le mérite d'avoir été les premiers et les plus délicals émailleurs , si d'autres monumenls plus considérables permellent d'analyser ces pâtes et d'y trouver les éléments de l'émail: mais jusque-là nous pouvons élablir qu'ils n'ont employé qu'un procédé bien imparfait et bien diflerent du véritable émail : 1" parce que tous les bijoux grecs en filigranes d'or ont été embellis de cette manière, et que le temps, qui respecte l'émail, a détruit presque entièrement ces pâtes sans consistance; 2" parce que si le véritable procédé avait été connu, il eût eu une vogue immense, se serait transmis à nous, inaltéré, dans de nombreux spécimen et dans les textes, où il eût laissé trace.

Rome a bien peu inventé, mais elle a mis à profit tous les secrets du vieux monde. L'Asie, l'Egypte, la Grèce, avaient usé des siècles à la culture des arts; elle s'est déclarée leur héritière, et peu s'en est fallu qu'elle ne prétendît avoir été leur devancière, par droit de conquête aussi. Rome aurait donc exécuté des émaux, si quelque peuple de sa vaste domination avait inventé ou connu ce procédé. Or, nous avons recueilli presque toute la vie privée des anciens; nous avons, de Rome, ses verres de toutes couleurs incrustés en toutes choses, faisant avec les pierres précieuses loflice d'yeux pour les statues de métal (2); nous avons

(1) On monlre, au Musée de Rouen, un casque grec en cuivre dont la visiève est percée de deux yeux en émail qui semblent fondus à part, comme le faisaient les Égyptiens, etsertis à froid dans le cuivre. Le ton foncé de la prunelle, la nuance bleu clair du blanc de l'œil sont bien rendus; mais cette parlicularité, assez rare en tout cas, ne suppose pas la connaissance cl la pratique du procédé de fémail fondu stjr le méîal.

(2) Une tête en bronze de travail romain et du plus beau style a été

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