‹ Notice des émaux, bijoux et objets divers exposés dans les galeries du Musée du LouvreChapitre 7 sur 125 · ÉMAUX CONNUS DES GAULOIS · texte numérisé non relu

ÉMAUX CONNUS DES GAULOIS

loule son orfèvrerie, ses gravures sur feuilles d'or enveloppées de verres, faisant l'efTel d'un émail métallique translucide; nous trouvons en tous lieux ses mosaïques en pâtes de verre de toutes les nuances, et nous ne trouvons pas la trace d'un émail mis en fusioii sur le métal.

Un rhéteur, (jui appliquait volontiers sa faconde à la description des productions de l'art. Philostrate, quitta Athènes après avoir professé dans cette ville, et vint, vers le commencement du UL siècle de notre ère, chercher fortune à Rome, où la faveur de Julie, femme de Septime sévère, lattira dans le palais impérial, au milieu des splendeurs de la royauté et de son luxe. C'est avec ce goùl (les choses de l'art, avec cette expérience de la vie, avec cette connaissance de tous les raffinements du luxe grec et romain, que Philostrate écrit cette phrase: On rapporte que h's Oarbares voisins de l'Océan étendent ces couleurs sur de /'airain ardent; elles y adhèrent (ou elles s'y unissent,, deviennent au>si dures que la pierre^ et le dessin qu'elles figurent se conserve (1). Cette phrase, après les considérations qui précèdent, api es ce que je viens de dire de l'existence même de Philostrate, me semble sans réplique ; on aura beau la presser, la torturer, on n'en fera pas sortir autre chose que cet aveu, assez pénible pour un Grec, et même pour un Romain, que les barbares voisins de l'Océan, probablement les Gaulois (2), avaient le se-

i\cquise en Italie et rapportée à Paris par M. le duc de Luynes. ElleoITre celte particularité, que les cils sont découpés dcins une feuille de cuivre qui contoi.rne un œil dont le blanc est fait en ivoire et la prunelle avec un verre translucide sous lequel sont peints les cercles de la pupille. L'incarnat des lèvres et des narines est rendu pur une feuille de enivre rouge qui les recouvre. L'émail, qui eût si bien joué le naturel, n'est pour rien dans cette imitation minutieuse de la réalité.

(1) Voici le passage du texte original : Tw-k oy.75 zx ■/p'Jjay.Tu rcî/^ h Ù,/.sy.-j"o \j'xp^y.poji ^'/'/.-^'■^ ~~.> '/.'■^•^^■^ cT'ZTT'Ji^w, rà cT; Tj-j'izrx^Qy.i, z«r /ifioujOAi, ?.yl -y'JjZn-j y. vj[A-^t\ (Icon., lib. ï, cap. 28.) Buonarotti est, je crois, le premier érudit qui ait fait ressortir l'importance de cette remarque de Philostrate.

(2) Olearius commente ainsi : Ccllas intelligit pcr barbaros in Occano : Heyne pousse plus haut ; il trouve, dans ces voisins de l'Océan, les Bretons, et les archéologues anglais ne seraient pas élo'gnés de favoriser cette supposition. Il est évident qu'il y a dans ce passage de Philostrate, pris isolément, de quoi satisfaire les prétentions de toutes. les nations européennes; mais on doit l'interpréter par les moniunents <iui subsistent et par un ea^emble de considérations qui s'y rattachent.

cret de l'émail, inconnu aux nations dites civilisées (l)r Si l'aveu était pénible, le fait est étrange. Comment, au milieu de cette capitale du monde, au sein de la ville par excellence, où le luxe enveloppait toute la population et jusqu'aux esclaves (2), un procédé qui s'appliquait si bien à cette frénésie de l'or, des pierreries, de tout ce qui brillait, n'a-t-il pas été trouvé par les orfèvres, les potiers ou les verriers, et poussé jusqu'aux dernières limites de ses ressources variées (3)? Comment? C'est un mystère, et il faut reconnaître, contre toutes tes vraisemblances (4), que les émaux, comme l'imprimerie, restèrent inconnus à l'antiquité, bien qu'elle eût à sa disposition et à son usage

(i) Celle découverte, par les barbares , d'un procédé inconnu aux Grecs et aux Romains n'est pas un fait isolé. Il y a, dans les nations jeunes, une sève qui crée des forces et des puissances nouvelles du milieu même de leur inexpéi'ience. Voyez pour un autre exemple, et ce n'est pas le seul qu'on pourrait citer, d'une invention propre aux barbares , mais que les Romains, celte fois, s'approprièrent : Pline, lib. 34, cap. 17, § 48, Sillig. Lips. 12° 1836.

(2) Nec non et serviiiajam fcrrum auro ctngunt, Pline, XXXIII, 6.

(3) Je remplirais un volume si je voulais citer tous les témoignages du luxe désordonné de celte époque. Ces citations établiraient clairement qu'en même temps que le verre était soumis aux applications les plus variées, comme les plus ingénieuses, l'or et l'argent, portés en bijouterie, en équipements de toutes sortes, ou laminés pour servir de revêtements aux lits et à tous les meubles, étaient ciselés , repoussés et gravés avec une récherche et un talent qu'aurait singulièrement rehaussés l'emploi de l'émail. Or, si l'émail avait été appliqué à une seule bague, à une seule fibule, il se serait étendu à toutes choses, et îes textes , comme les monuments, en fourniraient la preuve. Les uns et les autres, au contraire, sont muets.

(4) J'ai soutenu ailleurs cette thèse de rimpossibilité d'étouffer une invention dès que le procédé en est simple dans son exécution et fécond dans ses résultats. Il s'agissait de rinvention de Varron, et je ■sois avec regret que le savant Otfried Miiller admettait, à la fin de sa courte et si belle carrière , l'usage passager ( clne vorubcrgchcyide Erschciming ) des émaux chez les Égyptiens, et de l'impression de la gravure chez les Romains (Handbuch, dernière édition 1848, p. 462). L'ensemble de ses études aurait dû l'éloigner de l'écueil que rencontrent les préoccupations un peu aveugles des recherches spéciales. Benvenuto Cellini, qui n'était pas un archéologue, exprimait l'opinion de son temps, en disant des émaux : Era in uso qucst'aric upprcsso ffli aniichi (Trait., p. 46). La critique du XVI « siècle, dans ces questions d'origine, est loin d'être infaillible.

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