SIIOUX GALLO-ROMAINS ÉMAILLÉS
quotidien, p^>ur l'un et l'autre de ces arts, tous les éléments qui les constituent. Une main puissante , bien qu'invisible, maintint le voile sur l'impression jusqu'au W*^ siècle, et le retint sur l'émail appliqué au métal pendant toute l'ère de l'antiquité.
Les Romains trouvèrent donc ce procédé en pratique usuelle dans les parties occidentales et septentrionales de leur immense empire, ils l'adoptèrent et le perfectionnèrent sans doute; mais il est difficile d'en établir la preuve, parce que les tombeaux sont rarementlouillés avec assez d'intelligence pour qu'on puisse déterminer bien positivement ce qui appartient à la civilisation romaine ou ce qui revient à la civilisation locale. Il est un fait certain, cependant : c'est qu'on trouve confondus dans les musées, comme provenant des mêmes tombeaux, des fibules ornées de verres et de pâtes de verre incrustées à froid dans le métal, en même temps que des fibules bien positivemeiii émaillées. U est probable que cette bijouterie en verroleries appartient à la Gaule-Belgique; au moins les objets ainsi ornés, que j'ai pu examiner, proviennent-ils de ces <:'ontrces: ainsi, des agrafes trouvées à Drouvend, près de Neufchâiel, en Normandie (1), sont travaillées exactement de la même manière et ornées des mêmes verres colorés que l'épée et les abeilles du tombeau de Tournay (2;, que le petit plat du trésor de Gourdon (3j, que les aigles et ies agrafes du tombeau de Bavay (4), et que beaucoup
(1) .mi8ée de Kouen Deux fibules et une épingle en argent
doré. Les deux llbules ont la même forme et les mêmes ornements, particuliers à tous ces bijoux, qui se distinguent des Gbules émaillées autant par le style que par les verroteries.
(2) Avec un peu d'attention on verra que forfèvre a réservé sur le bord de chacune des cloisons, percées dans la plaque d'or, un léger rehaut qui suiïit pour retenir la pièce de verre rouge taillée de grandeur exacte et introduite par-dessous. Une petite pièce d'étoffe placée sous le ^erre fait fonction d'un paillon guilloché. Ces objets curieux, cités dans plusieurs ouvrages comme les monuments les plus anciens de l'émaillerie, avaient été cependant exactement décrits, depuis Chifflet jusqu'à Dumersan, comme verroteries enchâssées.
(3) Le plateau, destiné à supporter les burettes, trouvé à Gourdon. Bibliothèque nationale , cabinet des antiques.
(4) collection Failly. — Une fibule en argent dont l'extrémité s'évase et se termine en rayons. Trouvée à Bavav, arrondissement d'Avènes, département du Nord,
fi'a,uLres bijoux dispersés dans diverses collections sans iodicalion de provenance (1). tous ces objets sçrtbiênl l>Ouyraged'i)rfèy,resqui ne pratiquaient pas les proeédés de ï'pinail appjiquë au métal. Ils ne peuvent pas remoîiiér plus haut que le VIl*^ siècle, tandis que nombre de fibnîeà émaillées, trouvées dans 1^ sol de toute l'ancîenne Gaulé, ont un caractère et un style d'une époque plus reculée. Or, ces bijoux émaillés sont d'origine gauloise, car les analogues ne se trouvent pas en Italie.
Cilerai-je toutes ces fibules, toutes ces plaques, toutes ces cassolettes et autres bijoux émaillés que les fouilles produisent partout, dont tous les musées sont enrichis? Le iravail serait trop considérable, mais il ne manquerait pas <rintércl, s'il servait à exposer les divers procédés de détail dont on était déjà maître au milieu de nous, du IV^ au VIII' siècle. Il sulïira, pour Téclaircissement de celte notice, d'indiquer les objets de ce genre que possède le Musée du Louvre, à ceux qui, en venant étudier les émaux du moyen âge, voudront remonter à leur point de départ (2).
Toufe ces objets sont émaillés sur cuivre jaune, c'est-à-dire sur bronze. L'emploi de cet alliage, pour être moins favorable à la fusion de l'émail, n'en est pas moins, comme on voit, d'un usage facile. Le Musée du Louvre n'a recueilli que des fibules. Ou sait que, dans l'antiquité, hommes et
(1) musée du i^oavrc, collectioii Durand, n"» 4866, 4867, nibliotlièque nationale , cabinet des antiques , quatre fibules en bronze, n"' 4972, 73, 74 et 75. siusée de Climy, n° 1395, une épingle en or, au chaton un verre rouge sur étoffe. On cite, dans les mémoires de !a Société des Antiquaires de Londres, une plaque ornée de verroteries rouges (filled with red glass) qui doit être de ce même travail. (Archœologia, tome III, page 274, année 1786.)
(2) Je citerai cependant la série très intéressante des objets de ce genre qu'on a réunis dans le cabinet des antiques. Bibliolbèque nationale. Fibules émaillées, de forme ordinaire, en carré, en losange, en palmeltes, gravées en taille d'épargne: n«*4946, 47, 48, 49, 50, 51, 52, 54, 57, 58, 59, 61, 63. En forme de disque, avec deux cercles d'émaux rouges opaques, n" 4929. En forme de roue, à bandes d'émail, avec incrustations de petites fleurs, n" 4944, oubit>n en échiquier blanc et bleu lapis, alternant avec des émauxrouges et blancs, le bord supérieur décoré de palmeltes alternativement rouges et bleues. En forme de chien, n"' 4926, 4933; de tigre, 4925; de bouquetin, 4928; de cheval, 4930; de lièvre au repos, 4932, 4935; de lièvre courant, 4934; d'oiseau les ailes déployées, 4936. En groupe de deux tètes de chevaux accouplées, 4931.
f^mm'ç's aittacliaîenl leurs nianlèanx aii moyen (î'iihe aigrafe. et q.i,J« les orfèvres s'appliquèrent de tout temps à'transtovmé^r en bijoux précieux e\ élégants ces objets usuels. Une f^is q-ôe l'émail fut appliqué avec succès au riiétal, il vCèix pas douteux qii'il dut se répandre sur toutes les parures, sur tous les ustensiles d-e toilette, de table et de luxe (i). Mais en nous eu tenant aux seize fibules émaillées que possède le Louvre, et dont on t-rouvera la description dans la Notice de M. de Longperier (2), nous dirons que le métal est préparé , c'est-à-dire évidé , et les tailles épargnées absolument comme dans les émaux du XII" siècle (3); ces tailles ménagées en relief, au lieu de séparer chaqtie couleur d'émail, servent à former les divisions principales du dessin d'ornementation. L'espace qu'elles laissent entre elles a été rempli d'émail d'une seule nuance qui, passé au feu, a comblé exactement les cloisons. C'est dans cet émail refroidi qu'on a creusé au moyen de la roue et de tous les instruments qui servaient à la taille et à la gravure des pierres précieuses, tantôt des séparations profondes meitanl le cuivre à nu, tantôt de petites excavations en forme de ronds, de rosaces et autres ornements (4). Un nouvel émail, d'une nuance différente,
(1) Bibliothèque nationale. — On Toit au cabinet des antiques isix cassolettes en forme de mouches et décorées de mouches; leur couvercle est émaillé. On trouve aussi dans cette coUeclion des boutons^ des pendants d'oreille et d'autres objets dont il est difficile de déterminer l'usage, misée d'artinerie. J'exclus de ces citations l'épée gallo-plïocéenne trouvée à Lsez. Cette arme admirable, Hfrecque par sa forme et ornée dans le goût local, olTre sur son pommeau dctix cercles gravés en creux et remplis aujourd^nii d'une couleur \erte lustrée qui semble un émail et ne me paraît être en réalité que les restes oxidés d'une feuille d'argent incrustée.
(2) Je les indiquerai ici sommairement, avec le numéro qu'elle? portent et leurs dimensions. Collection Durand, n° 331Zi, longueur 0,053, diamètre 0,029. — ED., 3390, diamètre 0,030. —ED., 3/»01, diamètre 0,038. —ED., 3A03, longueur 0,028, largeur 0,010. — ED., 3423, diamètre 0,037. — ED., 3438, longueur 0,042, largeur 0,027.— ED., 3428 bis, longueur 0,053, largeur 0,024-- ED., 3435, longueur 0,034, largeur 0,025. — ED., 3512, diamètre 0,037. Ces ouze indications suffisent, les autres fibules ont moins d'importance.
.jîi (3) Les n"» 3314, 3423, 3428 bis, 3401, ayant perdu presque entièjuçement leurs émaux , qui étaient rouges et jaunes, montrent bien le :^avail.^
(4) Voyez les n"' 3390éf 3435, fond bleu, poîs ronds espacés ré- :gulièrement : cette seconde couchp s'est dét?'''^'^'" '^ --«n;.. »-•
30 ÉMAUX DE LISIOGES DU VII^ AU Vllie SIÈCLE.
a été mis dans ces espaces ménagés, et la fusion opérée par le feu a fait adhérer, sans les mêler, l'ancien et le nouvel émail. Cette seconde opération donnait déjà, par l'opposition de deux tons, des ornements variés et assez élégants ; au moyen d'un troisième on a produit de véritables fleurs se détachant en rouge sur une rosace blanche prise dans un fond bleu (1).
Ces émaux, ainsi superposés ou juxtaposés, car nous avons des jaunes et des noirs (2), des rouges et des jaunes disposés en échiquiers dans les cercles répétés de fibules en forme de disque, n'élaient pas les seuls que l'art de l'émailleur produisît. On le voit déjà se rapprocher des émaux du Xï^ au Xll^ siècle, surtout dans une fibule (3) d'un dessin charmant, dont la forme en arc a été rehaussée dans sa partie la plus évasée, celle qui lient la charnière de l'aiguille, par trois nuances d'émaux, bleu, vert et jaune ; chaque nuance est séparée de sa voisine par une taille épargnée dans le métal, et qui dessine les contours du dessin. En outre, ces émaux, moins opaques et plus vitrifiés, ont l'éclat et l'efTet de glace des émaux plus modernes (4).
Voilà donc l'émaillerie en pleine activité, la voilà devenue plus qu'un objet de luxe : elle est entrée dans leshabitudes de la vie privée, elle orne les objets usuels. Est-ce un fait général ? Est-il restreint à une localité? S'il est local, à quelles contrées appartient-il? La réponse peut être catégorique, parce que les preuves sont assez nombreuses
(1) Voyez le ii" 3403. Le fond est bleu turquoise , les ornements sont blancs et de forme carrée , au milieu une petite fleur rouge. Voyez aussi le n° 3450 qui figure une semelle, forme dont nous avons plusieurs exemplaires; le fond de l'émail est rouge orangé opaque; de petits trous ronds, perforés très régulièrement à la roue, sont remplis d'émail bleu turquoise et noir,
(2) Voyez le n" 3512. Les émaux ainsi disposés en échiquier et juxtaposés entre des cercles de métal, réservés en taille d'épargne, sont de couleur rouge, noire et jaune.
(3) Je dois toutefois citer le n" 3491 : c'est une fibule plate, forme ovale, bord dentelé. Sur celte plaque de métal on a gravé très grossièrement un poisson entouré d'ornements rayonnants en pointes. Tous les espaces creusés semblent, par ce qu'il eu reste, avoir été remplis d'émail rouge brun opaque.
(4) N° 3455. La roue à polir était évidemment déjà en usage.