‹ Notice des émaux et de l'orfévrerieChapitre 2 sur 105 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

dnits industriels dans lesquels le décor est subordonné à la forme, nous avons d'abord désigné cbaque pièce d'après cette forme; puis nous en avons décrit le décor, indiquant ensuite, pour chaque pièce, les procédés mis en usage pour appliquer celui-ci.

Pour ce qui regarde Torfévrerie, nous sommes presque sans guide. M. le marquis de Laborde n'en ayant dressé que Finven taire dans la seconde édition de la t Notice des émaux. »

Nous n'avons point à décrire un certain nombre de pièces importantes et mognillques ([ue pusscdo le Louvre, puisque celles-ci font partie du Musée des Souverains ou bien sont réserrées pour la section des « Gemmes et Joyaux, » à cause des pierres dores dont elles sont surtout formées. Cependant nous les citons conmie documents à Tappui daus Fintroduction oili nous essayons de tracer \im rapide histoire de Torfévrerie. En outre, nous les rappelons en note dans le cours du Catalogue aux lieux qu'elles auraient dû occuper, mais en renvoyant pour leur description aux Notices pariiculières dont dles font nécessairement partie.

Pour cette section, comme pour la précédente^ c'est l'ordre chronologique que nuuo adoptons.

Alfrsd DARCëL.

liMHUDlCTlOiN.

L*éinail est un verre coloré par des oxydes métalliques, qui tantôt je laissent transparent, qui tantôt le rendent opaque. Par extension, on a donné le nom dMmail au métal que Ton a décoré au moyen de verres colorés fixés par le feu.

C'est de cette dernière espèce d'émail que nous nous occupons ici.

Les émaux sont dits cloisonnés lorsque rémail est fondu dans des compartiments formés par des lames mélailiques qui, soudées sur nu iund de niémc nature, ont été rapportées une à une et disposées de manière à former un dessin qui n file arc Témail.

Lorsque les bandes niéinlliques qui tracent le dessin ont été réservées dans le métal lui-même par le creusement de toutes les parties intermédiaires qui forment les alvéoles où Témail est déposé et pariondu, Témail est dit champlevé ou en taille d'épargne.

Parfois le métal est ciselé en creux, de façon à figurer commo un bas-relief sur lequel on coule des émaux translucides diversement colorés, qui prennent des tons d'aillant plus foncés qu'ils recouvrent des parties plus profondément creusées. Ces émaux sont ditstranslucitîrs sur relief, ou de basse-taille.

Enfin, si la plaque lo métal est entièrement recouverte d'émaux dans lesquels le dessin et le modelé sont obtenus au moyen de procédés fort divers, mais qui

VI INTBODUGIION.

ne réclament que la main d'un artisle, ces émaux sont appelés émaux peints.

Panni ces derniers, on a appelé émaux des peintres ceux où Fartiste s'est efforcé d'atteindre aux effets de la peinture ordinaire.

Les émaux, ainsi que les ivoires, offrent les plus anciens témoignages de ce qu'étaient les arts du dessin au moment où la société chrétienne naissait de Tunion violente de la barbarie avec ce qui survivait de la civilisation antique.

Se transformant en même temps que le dogme se développe, Témaillerie semble suivre dans les transformations de ses procédés de fabrication les évolutions de la pensée humaine. Très-complexe, d'ailleurs, dans ses origines, elle parait adopter plus spécialement certains procédés, suivant les pays, et mêler ensemble des questions d'ethnographie et de civilisation.

A ne considérer les choses que d'une façon restreinte, en ne s'occiipant que des émaux chrétiens, Ton peut aisément classer ces (.iermcj's et reconnaître qu'à chacun des développements de la liberté dans l'art correspond un procédé nouveau.

Au hiératisme grec, qui emprisonne lexpression dans une formule toujours la même, correspondent les émaux des orfèvres ou émaux cloisonnés, rigides dans leurs formes, nuls dans Texpression.

Lorsque Fart occidental rejette le formulaire grec, tout en restant soumis à la prépondérance de Tarcbitecture, rude encore, l'émaillerie passe aux mains des ciseleurs. Alors les formes s'assouplissent, mais Texpression reste sauvage. Puis la ciselure fait sa place de plus en plus grande aux dépens de l émall, à mesure que i'archilecte donne plus d'élégance à ses constructions. Le dessin est alors plus souple ; les têtes sont plus expressives. L'émail n'offre encore qu'une image plate et sans apparence derelief. C'est alors que le ciseleur se fait sculpteur et lui donne le modelé avec cette apparence qui lui a manqué jusque-là.

HmMADVCnON.

Yll

A celte phase de la fabrication correspondent les comivif nceiTirrils de la peinlnre italienne, qui progresse si rapideiueni dans la reclierche et dans rexpression du sentiment et de la beauté.

Bientôt les émaux, avec leurs contours en métal et leurs teintes plates, ceux même où le relief se combine avec les couleurs vitrifiées, mais uniformément étendues, ne peuvent plus suffire. Les émaux peints naissent et se développent alors que la peinture s'affranchit de la géne que lui imposait rarchitecture, en même temps qu'elle étend son domaine au delà des choses exclusivement religieuses.

Aux trois phases de Tart : le hiératisme grec, le réveil de l'occident au xii^ siècle, la renaissance italienne au XV*, correspondent ies émaux cloisonnés , les émaux champlevés et les émaux translucides sur relief.

L'affranchissement du xvi® siècle a pour corollaire les émaux peints.

C'est aux émaux chrétiens, avons-nous dit, que doit s'appliquer cette classification. Hais si Ton étend le chamç de ses investigations aux émaux antérieurs au christianisme, à ceux que les populations celtiques ont laissées, ainsi qu*à ceux qui appartiennent à la civilisation antique, on est forcé de faire cette remarque que les émaux cloisonnés ont suitout été fabriqués en Orient, et les émaux champlevés en Occident. De telle sorte que les artisans d'Allemagne, de France ou d'Italie, qui, à partir da xi® siècle, pratiquèrent l'art de l'émaillerie champlevée, revinrent, sans en avoir conscience, aux anciens procédés qu'employèrent les populations barbares qui les avaient procédés sur tout ou partie du même sol.

Ainsi, il y aurait deux origines aux procédés de réuiaillerie ; et, bien que tous deux semblent avoir eu un même objet en leurs commencements, qui était d'imiter les incrustations en pierres précieuses, ou ne saurait encore dire lequel a précédé 1 autre.

L'élude des monuments semblerait devoir faire résoudre la question en faveur de l'Orient, et Ton concluerait, d après deux bracelets du Musée des Collec-

VIII INTRODUCTION

tions réunies, à Munich, qne les Égyptiens avaient connu l'émail (1).

Nous avons examiné avec soin ces bracelets, et nous avons reconnu que la matière qui remplit tes alvéoles en or c4)mposant leur dessin y a été déposée humide , puis simplement desséchée ou fondue ; car sa surface n'affleure point le niveau des cloisons et se creuse en ménisque concave. De plus, cette matière s'effrite aujourd'hui et tombe en poussière sur la tablette o& ces bijoux sont déposés:

Il y a présomption pour nous que ces bracelets sont un émail cloisonné ; mais à quelle époque faut-il faire remonter leur fabrication?

Il résulte du récit de leur découverte (2) qu'ils furent trouvés à l'intérieur de Tune des pyrainides de Méroë, ancienne capitale de l'Ethiopie, dans une excavation voûtée construite non loin du sommet. En ronlinuant la démolition, on trouva des bronzes d'oi-igine évidemment romaine et postérieurs à Tère chrétienne, de telle f^rte que les bracelets de 31 uni ch, qui semblenlpar leur forme appartenir aux origines de Tart égyptien, sont tout au plus contemporains des émaux de la Gaule ou d'un texte célèbre qui parle de ceux-ci. Quoique Egyptiens par la forme, ils auraient été portés par une îles reines chrétiennes de TÉthiopie, dont saint Philippe convertit un des eunuques (3).

Ces émaux étant écartés du débat, Ton a savamment discuté pour savoir si les anciens avaient connu rémail, et les recherches les plus récentes semblent avoir conclu par la négative, quant aux époques qui précédent Tère chrétienne. La lutte s'est surtout engagée entre M. Jules Labarle (4) et M. Ferdinand de

(1) J. Labarte, Retherchei tur la peinture en i^maii. Paris, 1S56.

(2) D. GiUSEPPE Ferlini, L'enno sugli scavi délia Aubia. Bolof^n», 1837.

(5) A.-W. FRA^KS, Obtervatiom on the glass and enamel. Extracted rnim a The arl treasures of the uniied ktHgdom, In-foUo avec gravures sur bois. Day and son. I ftndnn. Sans date.

(4) Jules Labart£, Hecherches iur la peinture en émail.

INTRODUCTION

Lasteyrie (1), etiVest point encorp terminée, car le premier y revient encore aujourd liui (2) avec une nouvelle insistance.

M. J. Labarle est pour l afTirmalive, et cite à l'appui de son système, en outre clos bracelets de Munich qu'il faut récuser, un petit épervier du iMusée du Louvre. Là encore il est ditlicile de distinguer si la matière qui remplit les alvéoles est simplement une pâle séchée ou une substance vitrifiée au feu et destinée à imiter les pierres dures incrustées que Ton voit, à côte, sur un grand nombre de bijoux égyptiens. Mais la question fùl-elle décidée parles monuments en faveur de Témail qu'il y aurait encore celle de la date à résoudre, et c'est ici que les textes sont intervenus. M. J. Labarle s'en est servi avec une habileté rare, afin de prouver qu'Homère, Hésiode et Sophocle avaient parlé, sous le nom d'e/ec^rwm, de l'émail, qu'Ézéchiel avaient clairement désigné sous celui d'haschmal.

Celle opinion a été contredite par M. Ferdinand de Lastevrie,, puis, incidemment^ par M. J.-P. Rossi* gnol(3),derinstitul.

Quant à ce qui regarde Homère, M. J.-P. Rossignol, qui semble admettre que les deux poèmes homériques ne sont pas du même auteur, observe que dans Vlltade il n'est pas question de Télectron, tandis que YOdyssée en parle trois fois. Tantôt elle Fassocie aux métaux et à rivoire, tantôt elle lassocie i Tor des parures quïl rend semblable au soleil.

Dans Hésiode, Télectron entre dans la composition du bouclier d'Hercule avec le gypse et Tivoire.

Ces applications semblent éloigner l'idée de l'emploi du feu, et par conséquent de Fémail, et l'on avait pensé qu'il était question de Tambre ou d'un alliage d'or et

(1) Ferd, de Lasteyrte, L'Électrum des anciens était-il de l'émail?

(2) Jules T.ABAnTE, Histoire dr<^ arts indvstrieU au Moytn Âge el li

l'époque de la Renaismnee, tonit nr.

(3) J.-P. Bos&iOiNOL, Les métaux dans i anliquité, Paris, 1863.

X !)h:fiObUGTION.

d'argent. M. Rossignol croit qu'il s'agit d'un métal fabuleux, imaginé par les poètes pour renchérir sur les métaux, môme les plus précieux, et s'essaye à prouver que ni Tambre ni les alliages des métaux n'étaient connus du temps d'Homère et d'Hésiode.

Il y a un passage ù'Antigone où Sophocle parle de l'électron de Sardes qu'il oppose à Ter de l'Inde, mais il a été reconnu, par les anciens eux-mêmes, qu'il ne s'agit ici que de l'or eu paillettes qui se recueillait en Lydie dans le Pactole.

Dans Aristophane, on trouve aussi Télectron ornant les pieds d'un lit, et, quittant l'antiquité grecque pour

raiiliqiiilé liébraïquc, ou arrive enfin au fameux passage crÉzéchiel (578 avant J.-C), où le mot haschmal désigne une chose brillante qui apparaît an milieu du feu, et portant la représentation des qualrc aniinaux qui sont devenus depuis les symboles des quatre évangélistes. C'est par le mol électron que les Septantes ont traduit cette expression, et tous les commentateurs cités par M. F. de Lasteyrie l'expliquent comme étant un alliage décret d'argent.

Avant ces commentateurs, Virgile parle à trois reprises de Velectrum. Une fois il le ci le comme un idéal de la transparence; deux fois il le fait entrer dans la composition des armes fabriquées par Vulcain pour Énée. Dans le premier exemple, M. J.-P. Rossignol pense que Virgile a voulu désigner le verre. U est induit à le faire par cette opinion que tous les poètes, depuis Homère, ont employé le mot électron avec une signification mystique, un genre incertain et un sens indéfini, pour exprimer l'éclat suprême, H cite même un scoliaste d'Aristophane qui l'emploie comme équivalent du mot Yérre.

) . Labarte s'empare de cette dernière signification comme d'un argument en faveur de son opinion, en • montrant qu'entre le verre et l'émail la différence n'est pas grande, ni quant à la chose ni quant au mol.

Dans les deux autres passages de Virgile, qui parlent de la combinaison de 1 eiectrum avec l'or ou le fer, il

limiODUCTION. XI

est probablement question de Taliiage que nous trouvons enfin désigné dans Pline.

Après avoir déûni le succin, que de son temps on appelait aussi eiectrum, Pline cite deux autres espèces d'électrura. L'un naturel, et composé d'une partie d'argent contre quatre d'or; l'autre artificiel, et formé par raddition à un alliage naturel de la quantité d'argeut nécessaire pour arriver à la composition du premier. Ce qui faisait surtout rechercher cet alliage, c^st qu'il brillait d'un vif éclat à la clarté des lampes, dont il réfléchissait sans doute la lumière, et que, façonné en coupes, il passait pour décéler la présenr^ des poisons qu'on y avait versés.

A celte époque, les documents certains abondent. Martial, Pausanias, Strabon, Tertullien, Eustathe et Lampride, qui parlent de Telectrum, n'en connaissent que deux espèces : le succin et l'alliage d'or et d'argent. Quant à l'émail, s'il existe, on ne lui a pas encore donné de nom.

La première révélation que Ton ait de ce produit se trouve dans ce passage de Philostrate, souvent cité : « On dit que les barbares voisins de l'Océan étendent des couleurs sur de l'airain ardent, qu'elles y deviennent aussi dures que la pierre, cl que le dessin qu'elles représentent se conserve. »

Comme Pliiloslralc, qui était Grec de naissance et. qui vivait, au commencement du m** siècle, à la (our fastueuse de Septime-Sévère, devait connaître les indusli ies do luxe qui se pratiquaient de son lenips. celte périplirase, qu"il emploie pour désip:ner les émaux des hîirbai es, senilkleraiL prouver que l'art de Témaillene vidii alors inconnu à Rome. Des bijoux antiques émaillés existent cependant, et le Musée Napoléon 111 en possède qui proviennent de Tancienne collection (îampana (1). Ce sont des pendants d'oreilles représentant des oiseaux en or repoussé, tantôt entièrement, taiiiol

(1 rii. Clêmkbt, Catalogué des bijoux du Muiie Kapoléon iU,

11"» iQ2 a 107,

XII INTRODUCTION

parliell&ment recouverts d'une couche de verre diversement coloré, qui n'est autre que de Témail.

On assure que ces pendants d'oreilles ont été trouvés âVulci et qu'ils appartiennent à la civilisation étrusque.

Faut-il supposer que l'art de cette émaillerie, spéciale aux bijoux, avait été perdu en même temps que la civilisation étrusque s'était éteinte, et que Phîlostrate n'avait eu Toccasion devoir aucun bijou émaillé? Nous ne le croyons pas; car les pendants d'oreille en question ne nous semblent pas appartenir à l'art archaïque des anciens habitants de l'Italie. Gomment donc concilier le silence de Philostrate sur ces produits d'un art qui pouvaient chaque jour frapper ses yeux, avec ce qu'il note, et par oui*dire, d'un art inconnu pratiqué par les barbares?

C'est que le livre de Philostrate n'est çoint une encyclopédie industrielle, comme on pourrait le supposer d'après le seul passage que Von cite d'habitude, mais la description d'une galerie de tableaux imaginaire. La phrase en 'question sert à expliquer une particularité du harnais des chevaux dans une image qui représente une chasse à la b(Me noire.

Or, la plupart d<s émaux gallo- romains, que les hasards des fouilles nous font d^Vouvrir aujourdlini, sont, ou des tibules ou des picces de harnais de chevaux. Ainsi, Philoslrate avait élé frappé par ce qui précisément nous frappe encore aujourd'hui par son caractère bien tranché au milieu de tous les monuments de l'art antique contemporain de ces émaux. Ce qui avait attiré son attention, de môme que la nôtre est sollicitée, c'est que les procédés et les produits de Témaillerie des barbares sont tout à fait ditrérents de ceux du même art chez les Étrusques ou ciiez les Romains.

Dans les ateliers antiques, une couche de couleurs vitriliables est posée sur du métal modelé en relief et reste telle qu'elle est sortie du fourneau ou de la flamme qui l'a parfondue.

Dans les ateliers gallo-romains, les couleurs vitriliables sont incrustées dans le métal cbamplevé, puis

lliTBODUGTJON. Xill

ont été polies, afin d'en aflleiirer la diiirfacc sur laquelle cl les forment généralement une mosaïque. L'effet e.stabsolumenl il i lièrent, et il est possil)!e, à notre avis, que les émaux des bijoutiers existassent déjà sans que la remarque de Ptiiloslrate sur les émaux des peuples qu'il appelle voisins de l'Océan perde rien de sa justesse. Cuaimeni s ùionner alors qu un auteur, expert dans l'art de bien dire, n'ait pas reculé devant une cir- (ui)l(jciaion \.ouv désigner une chose qui, après tout, était nouvelle pour lui.

Quels étaient les peuples voisins de l'Océan qui fabriijuaienL les émaux dont parle Philoslrate ?

Une discussion, sur laquelle nous aurons à revenir, et qui s est élevée dans ces dernières années sur l'origine (le l'émaillerie orcidenlale, entre M. F. de LasteyrieetM. F. deVerneilli, laisse encore la question iiiilécisc. Ce qn'il y a de ctM lain, c'esl (pie Ton trouve des émaux un peiï partout sur le sol de la Fi'anre, si les plus importants proviennent du lilloral de la Manche, Diais surtout de l'Angleterre.

L'éraail, cependant, qui doit le plus fixer l'attention, tant à cause de sa grandeur que des circonstances qui ont entouré sa découverte, a élé trouvé dans le pays qui s iiluslra plus tard dans la pratique de Témaillerie. Nous voulons parler du vase de la Guierce, qui appartient aujourd'hui à M. John Belle, d'Angouléme. Ce vase est un petit flacon piriforme, en cuivre rouge, Iiaui de O*"!!?, et orné d'émaux champlevés bleu foncé, orangé et vert clair. Les motifs de l'ornement sont distribués par bandes verticales interrompues par une zone lisse qui circonscrit la panse du vase. Ils se corn* posent, sur une bande, de G affrontés; sur Tautre, de ccBors (qui ne sont que les mêmes G rapprochés par leur sommet), séparés par des points triangulaires. Ges motifs se répètent, mats en sens contraire, au-dessus et au-dessous de la zone médiane (1).

Ri& ne rappelle le goût antique, grec ou romain.

(1) Maurice Ardant, Émailleurs el émaillerie de Limogeê, 1 vol. iii-12 <rei17 poget, aTcc une gravure représentant le vase de la Guleice.

INTBODUCTlOli.

dans rornemenlalion de ce vase, qui a été trouvé, cependaiil, en compagnie d'antiques et de médailles romaines qui servent à le dater. On y rcconnail les bnstes des deux Tétrirus et de Laelianus, qui régnèrent à Rome de l'année 253 à l'an 270 de Tère chrétienne.

Un an Ire vase, trouvé également en France, niais à Ambleleuse, sur les bords He la Manche, e( possédé par le Brilish-Museum, appartii nt, par ses ornements, au même arl et à la même époque que le précédent, ce que confirme la présence sur le lieu de la trouvaille de médailles toutes fraîches de Tacite, qui vivait en 276.

Le vase d'Ambleteuse est à panse presque sphérique, surmontée d'un long col Icnniné par un anneau. Deux dauphins partent de cet anneau ets'appuyent, en guise d^anses, sur répaulement de la panse. Quant à Tornement, il se compose d'une combinaison d'alvéoles d'une forme assez simple, où Ton retrouve l'élément cordiforme, alvéoles disposées en colonnes verticales symétriquement disposées au-dessus et au-dessous d'une zone intermédiaire,' où l*on voit dessinée une espèce de fleur de lis. Malheureusement, Témaii a été entièrement enlevé des alvéoles creusées à la surface de co vase, alvéoles qu'il devait certainement remplir.

Avec ce vase, qui, pas plus que le précédent, n'offre rien de romain dans rornemenlalion, le British- Muséum possède un certain nombre de pièces qui doivent avoir appartenu à des liarnais de chevaux, qui sont d'un caractère tout particulier, et qui, ayant été trouvées sur le sol de TAngleterre, font penser aux savants d'outre-Manche que c'est à la Grande-Bretagne que fait allusion le texte de Philostrate.

Parmi plusieurs objets trouvés, en 1801, à Poldenhill (Sommerset-Hire) (1) et à Westhall (SufTolk) (2), vers 1855, nous citerons une espèce d'anneau, en bronze, formant pendeloque, dont un des célés, trésaplati, affecte la forme d'un croissant. Cet anneau.

[i] Archœologiay année 4803, tome xiv, pl. xvm ot suivaiUci. (2) Iilcm aniiéc lojj, luiuc xxîlvi, il.xxxviii.

INTRODUCTION

trës-Qs6 an point d'attache par le frottement, et qui est recouvert aujourd'hui d'une superbe patine verte, est orné, sur la partie plate, d^enroulements en réserve à parties renflées, de style presque oriental, qui se détachent sur un fond d'émail rouge foncé d'une excellente qualité. Ces ornements, d'ailleurs, ont été trouvés : les premiers non loin d'une station romaine, signalée par un pavé en mosaïque; les seconds avec une lampe en bronze, appartenant par sa forme à la civilisation romaine.

A des peuplades bretonnes contemporaines, sans doute, si ce n'est pas à ces peuplades elles-mêmes, doivent avoir appartenu les boucliers trouvés dans les boues de la Tamise, qui les ont conservés intactes pendant plusieurs siècles. Pièces importantes en cuivre repoussé d'ornements d'une grande élégance, où dominent les lignes ondulées, de façon à reproduire à peu prés les motifs flamboyants de Tarcbitecture gothique du XV** siècle. Au milieu de ces ornements , des boutons repoussés en busse sont ornés de quelques émaux rouges incrustés, dont. les formes rigides contrastent avec les ondulations des ornements repoussés.

Si toutes les pièces que nous venons dïndiquer sembloul un produit exclusif de riiidiisti ic des sociétés Iiarbares que les conquérants roiiiaiji^ liouvcrent sur le sol de la Gaule el de la Bretagne, il s en faut cependant que ces derniers aient néglige de s'approprier un art tout nouveau pour eux. Une grande plaque d'émail incrusté, trouvée à Londres et conservée au British- Mnseum, nioiure, en effet, Talliance des formes romaines avec l'art des barbares.

L'autel figuré sur cette plaque, avec les colonnes torses, le fronton et les oiseaux, affrontés qui le déaircnt, est tout à fait romain par la forme; mais les tmaux bleus, jaunes, rouges cl blancs, ceux-ci étant verdis par Toxyde de cuivre, peuvent être revendiqués par l'industrie auioclilone. Quant à l'usage auquel avait été destinée celte plaque, qui nous semble inachevée, à en juger par les ébarbures de ses bords, nous ne savons quel il a pu être.

IlfTRODUGTION.

Nous trouvons encore dans 1o même Musée deux petits supports à quatre pieds en bronze émail lé de bleu, de vert e! de rouge, destinés sans doute à maintenir les petites ampliores en verre qui contenaient des parfums(l).

A eôlé de ces émaux de caraclére tout antique, bien que trouvés dans la Grande-Bretagne, nous en placerons un autre, qui aurait élé trouvé en Italie, cà Bénévent. C'est un cylindre légèrement conique, tel que le serait un gobelet ou le pavillon d'une trompe, orné de zones alternées de feuilles de vigne et de feuilles de fougère se détachant en métal sur fond bleu, séparées par des filets de perles carrées s'enlevanl sur fond blanc.

Le métal est du cuivre jaune, et sa surface intérieure répète en relief les principaux linéaments de la partie creuse du dessin extérieur.

Ce mode de fabrication» qui appartient à FanUquité, suivant M. Castellani, possesseur de cette pièce, de même que le caractère de Tornement, nous semblent prouver que les émaux champievés ifurent pratiqués en Italie à une époque postérieure probablement au I" siècle.

Des émaux, en assez ^and nombre, ont été trouvés en France, dans des sépultures qui semblent appartenir à la période franque. La perfection de ces produits, contrastant avec la barbarie des ornements en bronze ou en fer ciselé, et souvent plaqué d'argent, que Ton trouve dans les mêmes cimetières, fait supposer que ces bijoux proviennent ditncîens ateliers gallo-ro* mains, dont les traditions se seraient conservée^ au milieu des peuplades conquérantes. Témoins, peut-être, d'une civilisation antérieure ou importations par le commerce, les échanges ou le pillage, d*un centre qui aurait gardé quelque peu de cette civilisation passée, ils ne nous paraissent pas avoir été fabriqués au milieu des peuplades mérovingiennes.

Ces émaux présentent Tapparence de véritables mosaïques sur des fibules de formes très-variées, plusieurs

(I) A. W. Fkamks, àrthœoiogical fûumal, t. XI, p. 27»

INTRODUOTION.

couleurs ayant ét('^jii\tapo^(Vs les unes aux antres ou incrustées les unes dans les antres au milieu des divers compartiments creusés dans la pièce.

Deux opinions fort ditTérentes ont ùiè émises sur la fabrication de ces fibules. M. le marquis L. de Laborde y YQit des émaux *. dans certains cas, M. Koach Smitb croit avoir affaire à des mosaïques.

Voicî qu'elle aurait été la manière d'opérer, suivant H. le marquis L. de Laborde, pour le cas où des couleurs variées se trouvent réparties sur un fond évidemment (maillé :

< Les tailles ménagées en relief, au lieu de séparer « chaque couleur d'émail, servent à former les divit sions principales du dessin d'ornementation. L'es-

< pace qu'elles laissent entre elles a été rempli d'émail « d'une seule nuance, qui, passé au feu, a comblé « exactement les cloisons. C'est dans cet émail refroidi « gu'on a creusé, au moyen de la roue et de tous les

< instruments qui servaient à la taille et à la gravure « des pierres précieuses, tantét des séparations proc fondes mettant le cuivre à nu, tantôt de petites exca- « valions en forme de ronds, rosaces et autres orne* « ments. Un nouvel émail, d'une nuance différente, a « été mis dans ces espaces ménagés, et la fusion opérée « par le feu a fait adhérer, sans les mêler, l'ancien et c le noQvel émail. Cette seconde opération donnait « déjà, par l'opposition de deux tons, des ornements « variés et assez élégants : au moyen d'un troisième, on « a produit de véritables fleurs se détachant en rouge .« sur une rosace blancbe se détachant sur un fond bleu.

« Ces émaux, ainsi superposés et juxtaposés, car « nous avons des jaunes et des noirs, des rouges et « des jaunes disposés en échiquiers dans les cercles « répétés de fibules en forme de disques » (1)

Ce sont ces échiquiers qui ont fait penser à M. Roach Smith (2) que l'on avait aH:iit c ;i de véritables mo-

(1) Comte L. de LABOBOS, IVotiee dei émaux expùth dam UtgaUriH

du Imiyre^ p. 28.

(2) Hoach-Shith, Inventorium sépulcrale.

XTnt tirtllODlIQTIOll.

saïqnes. Le savant anglais doTine pour exemple une fibiilr trouvée dans les tombes tranques d'Envennen (1) et une bulle trouvée en Angleterre, à Sibertswold

Down (2).

La fihiilo (ITnvcrnion est formée de plusieurs anneaux corH ciili iques de bronze séparant des échiquiers en couleur vitrifiée, qui sont ornés de rosettes au centre de chaque compartiment. C'est un vérit^ible émail, mais un émail d'une fabrication parlicuîiôre, où le travail du verrier intervient pour une grande part, ainsi que celui du mosaïste.

Voici quel aura dû être, suivant nous, le mode de fabrirnlion de ces bijoux, dont plusieurs sont exposés au Musée dans la Salle des Bronzes, mode qui nous semble beaucoup plus simple que celui imaginé par M. le marquis L. de Laborde.

Les ornements introduits au milieu du champ émàillé qui remplit les alvéoles des fibules nous semblent formés de cylindres en verre ûligrané, tels que rantiquilô savait les faire et que les ouvriers de Murano en retrouvèrent la pratique au xvi® siècle. Dans la poudre d'émail qui remplissait les cloisons de la pièce, on aura dû distribuer de ces cylindres avant la cuisson, et Tad" hérence résultant du feu n'ayant été qu'incomplète, une partie de ces cylindres aura pu être enlevée par tant de causes de détériorations résultant de Tusage, et surtout d'un séjour de plus de dix siècles dans le soK

Ce mode de fabrication e^^plîque les cavités laissées dans rémail qui forme le champ du décor.

De même, ce que M. Roach Smîth croit être des mo« saïques, et ce qui, en effet, en présente toute l'apparence, ne peut-il pas avoir été fabriqué par le même procédé. L'on nous paraît avoir serti dans les alvéoles de la pièce des tronçons de baguettes de verre présentant déjà un dessin ; bap:neltes usées d'ailleurs sur les côlés el transformées ainsi en prismes à quatre pans, puis

(1) f/abbé Cochet, Normandie souterraine, p'. xv, f. U.

(2) eu. de LiNAS, Les OEuvres de saint Êloi^ pi. ii, fig, D.

avoir fixé celte mosaïque préalable par delà poudre de verre soumise ensuite à raciion du feu.

Ces procédés nous semblent plus expédilifs , plus pratiques et moins minutieux que ceux donnés par les deux savants, dont nous ne saurions partap:er Topinion ; de plus, ils nous paraissent devoir fournir des résultats plus durables.

Deux fibules, trouvées à Sens et conservées à Auxerre par M. Poncelet, justifieraient notre manière de voir. L'une est occupée, au centre, par un écusson triangulaire en émail bleu semé de perles noires, qui désalTIeurent sa snrface. Celui-ci, n'ayant point été poli, est déprimé aux points où les perles ont été posées, tandis, peut-être, qu*il était encore en fusion. L'autre affecte le profil d'une ampbore à deux anses. Un large galon suit, à une certaine distance du bord, les contours de Ja panse de ce vase figuré. Or, ce galon est une yraîe mosaïque en yerre bleu-noir et vert turquoise. Chaque ^ément est nettement coupé par une section, courbe parfois, et se détache franchement de son voisin ; mais à rintérieurdu fer à cheyal que forme ce galon, des points colorés couvrent la pièce. Les uns sont bleuturquoise d*un ton différent des tables de verre du galon, et en partie oblitérés. Ils semblent adhérer aux petites alvéoles où nous croyons qu'ils ont été parfondns. D'ailleurs, au centre, dans une cavité circulaire plus grande que les autres, il reste un disque de verre blanc opaque, retenu encore en place par quelques traces de verre irisé, derniers restes de celui qui remplissait le surplus de la eavité. Il y a là une marque évidente de la cuisson d'une pouiliu do verre, qui aura servi, en outre, à fixer les tables de la mosaïque du galon.

Une autre preuve à l'appui de celte manière de voir nous semble fournie par les fouilles entreprises par M. l'abbé Cochet, dans le cimetière mérovingien d En- Temîcu (Seine-Inférieure). C'est un bouton qui représente une feuille de vigne. Ses analogues se trouvent assez fi équemment dans les sépultures barbares pour que nous ayons pu en étudier un semblable au British-Museum.

INTRODUCTION

Ce bijou charmant apparlîent, ce nous semble, à Tart que nous appellerons antirpie, et sa fabrication dénote des procédés (oui à fait diiïércnts de rcux qui étaient appliqués aux pièces dont nous venons do parler.

Bien qne la feuille de vigne, qni se détache en matière vitrifiée verle sur un fond bleu de même nature, soit entourée d'une lé^rére bande d'or, nous ne croyons pas avoir affaire ici h un émail proprement dit, dans le sons restreint que nous devons attacher à ce mot dans cette étude. En clTet, l'excipient n'est point métallique, mais il est composé par une couche de verre bleu sur laquelle a été posée et soudée, sans doute, la couche su[)erficielle formée par la feuille de verre opaque coloré en vert, se détachant sur un champ de verre coloré en bleu. Quant à la bande d'or qui circonscrit la feuille de vigne, et qui dessine même une vrille sur le fond, nous la croyons ajoutée après coup, car elle n'exisic

Soint dans le bouton, absolument semblable à celui 'Envermen» qui est conservé au British-Museum. Nous voyons donc dans cette pièce un de ces produits de 1 art du verrier, comme toutes les collections en possèdent et comme nous en trouvons de si beaux spécimens dans le Musée Napoléon III. Un cylindre en verres diversement colorés et convenablement disposés, élait formé de façon que sa section représentât un dessin voulu d'avance. Telle a dû être la fabrication de la feuille de vigne , qui est en double exemplaire au * Musée d'antiquités de Rouen et au British-Museum. Il est facile de concevoir qu'un grand nombre de tronçons du même cylindre où ces exemplaires out été coupés ayant dû exister, ce même motif peut avoir ét«^ apporté dans différents lieux par le commerce et se retrouver dans les fouilles monté différemment : ici en argent, là en bronze, suivant le goût et la richesse do ses anciens possesseurs.

Laissons maintenant les émaux des barbares pour revenir à ceux que purent fabriquer les héritiers les plus directs de Tancienne civilisation g recque.

Le -terme propre que nous avons vu iaire défaut à

IJVTRODVGTION. • XXI

Phtlosirate pour désigner les émaux manqua longtemps encore aux ècrirains du Bas Empire, qui ne savent quel nom donner à des produits que nous croyons être ceux, de Témaillerie.

Ainsi il est un livre attribué à Anasthase le Biblio- Ihécaire, qui n'en n'écrivit qu'une partie, et dans lequel il est facile de reconnaître la main de plusieurs auteurs, où sont énumérés en détail les dons que tes papes, depuis saint Pierre jusqu'à Nicolas au IX* siècle, reçurent pour les églises de Rome ou firent à celles-ci.

Or on y trouve un dérivé du mot électron pour qualifier une pièce d'orfèvrerie donnée par l'empereur Justin au pape Honnisdas, entre les années 518 et 523.

Un peu plus tard, l'empereur Justinien [527 à 565} ayant donné à l'église Sainte-Sophie de Constantinople une table d'autel en or décorée de couleurs, poêles et chroniqueurs ne savent quel mot employer pour désigner cette œuvre , où ils savent bien qu il intervient l'actton du feu.

Ce n'est qu'à la fin du ix^ siècle que le grammairien Suidas cile celle table comme un exemple de ce qu'on désignait sous le nom d'électron. L'électron, ditil, est un « or aliolype M aA^oroTTov xpoa'.ov , répétant ce ce qu'un glossaire du lU*" siècle a déjà noté; mais ajoutant (le plus celte explication : que la chose ainsi désignée est de l'or uni au verre et aux pierreries.

Ce mot, en vieillissant, a changé d'acception; car, du temps de Virgile et surtout de Pline , il ne signiliait qu'un allia^^e d'or et d'argent, tandis que, dans Tantiquilé héroïquo, il spéciliail surtout Tor pur trouvé dans quelques tleuves, et, daiis certains cas, quelque chose de brillant, que M. J. P. Rossignol croit être un mêlai imaginaire, et M. Jules Labarte un émail. *

Que le mot électron ait élè ou non synonyme d'émail daus rantiquité, peu nous inii)ui le. Ce qui nous semble certain, c'est qu'à partir des premiers temps du Bas- Empire il doit garder cetle dernière acception, lit celte transformation s'explique.

£n effet, à une époque où la métallurgie était peu

INTRODUCTION

avancée, Ton devait surlout préférer For naturel le . plus Tiialléable pour façonner les cloisons de formes assez compliquées où les verres colorés étaient déposés et parfondus pour former un émail ; de sorte que l'on aura fini par donner au tout le nom de la partie, et par étendre à Tobjet fabriqué et complet le nom de ce qui n'avait commencé que par en être un élément.

Au XI'' siècle, le moine Théophile emploie le terme grec latinisé pour désigner les émaux cloisonnés de petite dimension qu'il montait, en guise de pierres précieuses, pour orner le calice. C'est le même dont se sert un clironiqueur allemand pour décrire la reliure d'un évangiliaire donné par l'empereur Henri II à révêque de Mersburg.

Mais un mot nouyeaa s'était déjà introduit, c'est celui de smaltum, que nous trouvons pour la première fois employé par Anastase le Bibliothécaire dans la Fie de Léùih IV (§47 -{- 855). C'est aussi le même que nous trouvons dans Léon d'Ostie pour décrire les ornements du calice que Henri II envoie, en 1022, au monastère du Hont-Gassin. A partir de cette époque , le vocable smaltum, surtout usité en Italie , prévaut sur le terme ékctronf que les auteurs allemands reçurent des Grecs» suivant une remarque de M. Jules Labarte.

Ajoutons cependant que M. Litlré croit qu' « émail » vient de Tancien haut allemand mebsan, smaUjm, qui veut dire fondre, d'où Tallemand sehmelm^. Cette étymologie, mieux que le latin mal^Aa, mortier, qu'adopte H. le marquis L. de Laborde , rend compte du es ou « qui commence le mot dans toutes les langues romanes.

Quittons maintenant Tétude du mot pour celle de la chose, et voyons quels furent d'abord les émaux que la civilisation chrétienne fabriqua pour décorer le mobilier de ses églises ; puis, quelles transformations subirent les produits coûteux et rares de l'émaillerie primitive pour se plier aux besoins usuels de centres plus pauvres pour qui Téclal du luxe élail cependaul un besoin.

ËMAUX CLOISONNÉS

Au lieu de suivre la pratique que semblait leur imposer la tradition gallo-romaine, les Grecs, qui, les premiers, fabriquèrent authentiquement des émaux au W siècle , revinrent au procédé oriental du cloisonné en or. C'est ainsi que sont fabriqués les émaux que ron peut réellement appeler bysantins.

Le plus ancien monument dont Thistoire ait conaenré la mention , parmi ceux que nous savons pertinemment avoir été décorés d'émaux, fut Faulel d'or donné par tustinien à Féglise Sainte-Sophie et conservé jusqu'à la prise de Constantinople par les Croisés, qui se le partagèrent en 1204.

Parmi les émaux bysantins en assez grand nombre que conservent encore les trésors des églises , surtout en Italie et en Allemagne , nous ne citerons que ceux auxquels on peut assigner une date à peu près certaine.

Tels sont ceux qui décorent la couronne de fer donnée à la cathédrale de Monza par la reine Théodelinde 1+ 625) ; rautel d'or de Saint-Ambroise de Milan, fabriqué par Volvinius en 825; la couronne votive du trésor de Saint-Marc, à Venise, où Léon le Philosophe est figuré (886 + 911) ; le reliquaire de Limbourg, exécuté puar Basile II, auLciieuieiui'ul à son avènement au Irône, en 976, et rapporté de Constantinople par un croisé ; la couronne de Hongrie, donnée par l'em-

ÉMAUX GLOlSOUNiS.

pereur Michel Duncas au roi Geysa (+ 1077], et enfin la célèbre Pala dOro de Venise, qui, commencée par le doge Orséolo, en 976, fut agrandie et complétée, en 1105, par le dogeOrdelafo Faliero(l).

Tous ces émaux sont exécutés par des artistes bysantins et par lesjprocédés du cloisonnage, comme ceax que nous décrivons dans les premiers numéros de ce catalogue. Ils sont tous de môme style, et il esf constant qu'à la fin du xi^ siècle, Didier, abbé du Mont- Gassin, fut contraint d'avoir recours aux ouviiers de Constantinople pour faire exécuter un parement d'autel où la légende de saint Benoit était figurée par des émaux.

Cependant un auteur à peu près contemporain, le moine Théophile , en. décrivant la fabrication des émaux dont, en son temps, on décorait les pièces d'or* févrerie, nous prouve que les procédés bysantins étaient pratiqués dans la contrée où il travaillait , contrée qui était ou ritalie du nord ou plus probablement TAllemagne.

L'Allemagne, en effet, semble pouvoir revendiquer la fabrication de plusieurs émaux cloisonnés conservés dans le trésor de Téglise d*Essen, et signalés pour la première fois par H. le baron de Quast dins une lettre adressée à M. F. de Verneith

L'un représente un homme vétu d'une tunique courte par dessous un manteau, offrant une croix, — la croix môme sur laquelle cet émail est placé, — à une femme dont la tôle est recouverte d'un voile. Ces deux personnages sont désignés par les inscriptions : mathild àbba et OTTO Dvx. La Mathilde dont il s'agit ici est fille de Ludolpli, fils aîné de Othon II, et abbesse d'Essen de 974 à 1013. L^Othon est sou Irtie, duc de Souabe de 973 à 982.

Sur la seconde plaque, uue abbesse oilVo également

(1) J. Lahartc, Histoire des art» indusiHeli^ t. 111, p. SaS M fNItiffn.

(2) ui LLETiN MONUMoiAi., t. XXVI. Ut éoMitiT d'Âiietnme et lu

émaux Limotuins,

ÈMAXOL GLOISOUNiS • 3

une croix, qui est celle que cet émail décore, à la Vierge portant l Enfant-Jésus sur ses genoux. L'inscripiioa jiAiiiiLD(iô) abbaïi(ssa) désigae la même Ma-^ Ihilde.

Enfin une troisième croix, qui porte sur sa tranche, eu argent repoussé, ie nom de ihéophanie, petite lillc de l'impératrice du même nom et abbesse d'Essen de de 1U41 à 1054, est ornée d'émaux faits pour la croix qu'ils décorent, et représentant les quatre symboles éyangéliques ainsi que de simples ornements (1).

Il y a de grandes différences dans l'exécution de ces émaux. Le premier dénote un ouvrier habile, tel que devait être un artiste bysanlin travaillant pour un prince. Le second est d'une exécation maladroite et pourrait bien être l'œuvre de quelque ouvrier allemand voulant s'astreindre à une pratique nouvelle pour lui» imiter peut-être le précédent émail donné par Othon à sa sœur. Ce serait le fait de quelque orfèvre ouvrier de l'abbaye d'Ëssen.

Quant aux émaux de la troisième croix t ils sont en décadence , par rapport à ceux de la seconde , et ils montrent même raiilance des deux procédés du cloisonné et du cbamplevé ; alliance à laquelle les émait leurs allemands se montrent fidèles dans leurs premiers monuments d'émaillerie sur cuivre.

Ainsi nous croyons trouver sur les trois croix d*£ssen le passage de M pratique des émaux cloisonnés en or de la main des orfèvres bysantins dans celles des ouvriers allemands.

Fabriqua-t-on des émaux par le môme procédé en Angleterre ?

il n'y aurait guère, pour permettre de répondre à cette question, que ie joyau d Alfred le Grand, conservé dans l Asmoleian muséum, à Oxiord. Mais deux motifs luiil douteraux savants de l'autre côte du déli oit

(1) Alfred Dabcel, Les arts inêiufrUU 4u moyen dge en AUemoffM. Pappnrl au Ministre rfiwffniCl^(m|HlM<giM fft»r ^^ea^HMf IfOfI d« V»e«l^ - Croix û*Emn^ p. 24.

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