STATUES
44. Petite statue de Jupiter. Quoique le bras droit ait été mutilé, on s'aperçoit qu'il était élevé, et qu'il tenait la foudre. Ce monument est en bronze , et a été trouvé
{>rés de la petite ville de Caraman, qui fait partie de 'arrondissement de Villefranche.
45. Statue d'/yw. Ce petit monument est en bronze : il fut découvert dans le village dHIsaut de l'autel " y nom qui poivrait dériver d'un autel élevé à l'épouse S!Osiris. Le travail de cette figure est évidemment Romain ; le diadème, les cheveux, partagés sur le frqnt, le modius ou boisseau que supporte la tête, et que recouvre par derrière une draperie, tout indique dès symboles et un style qui diffèrent entièrement des symboles et du style Egyptien. Seulement la partie inférieure de la
jSgure ne dessinant aucune forme humaine, annonce
1 Monumens religieux, i56. pi. I. n.o s.
que Ton a voulu. donner à ce monument, un caractère particulier. Une main , la seule qui soit apparente , tient le jeune Horus, et la Déesse semble Tofirir ainsi aux regards de ses adorateurs.
On connaît rattachement que, dans un temps assez bas, les peuples placés sous la domination romaine, montrèrent, comme à Fenvi, au culte d^Isis. On sait LC, chaque jour , ce culte commençait par des prières matin, qu'il se terminait le soir par des prières, et que ceux qui s'y dévouaient, s'assemblaient en grand nombre et dans un costume particulier , au bas des marches du temple SUsis, et autour du principal autel qui était dans Tavant-cour, pour assister à ces solennités , dont les rits étaient d'ailleurs prescrits dans les livres sacrés. Nous avons déjà vu un autel élevé à Isis reine et à Isis victorieuse. Ce nionument, celui que nous venons d'indiquer , et quelques autres qui n'e'xistent point dans les coUêcJtions du Musée, mais que l'on a découverts dans le département de la Haute-Garonne, . pourraient montrer que le culte S! Isis fut autrefois ei^ grand honneur dans ces contrées. Un marbre antique , trouvé à Martres, vient encore fortifier cette opinion.
46*. Cette statue a i mètre 69 centimètres de haut; elle est en marbre gris veiné de blanc. La tète était rappor- " tée , et n'a pas été retrouvée : elle devait être en marbre blanc , car le bras droit et le pied du même côté, seuls objets ayant appartenu à cette figure que l'on ait retirés du milieu des ruines, sont en marbre blanc. L'ajustemei^t du manteau noué sur la poitnne , et lies franges qui ornent les draperies , indiquent une Isis romaine, et l'on est confirmé dans cette idée , en observant que la main droite, qui se projette en avant, tient encore la poignée d'un instrument qui, peut-être, était le sistre que Von voit si souvent porté par cette Déesse. Le travail de ce monument est large et facile. Une des causes les plus probables de l'universaèité ^u culte SU sis j est le pouvoir immense qui lui était attribué. Jpulée lui dit : a Les Déités célestes et réyè-
rei^t. Lés puiglsances infernales te redoutent. O Déesse ! 'c'^est toi qui imprimes le mouvement à notre globe. Tu brilles dans le Soleil; tu règnes sur le monde entier ^ et tu foules aux pieds le ténébreux Tartare. Les astres obéissent à tes volontés; tu répands Talégresse parmi les Dieux; ta sagesse étemelle règle l'ordre des saisons; les élémens sont sous tes ordres ; les vents ne soufflent et les nuages ne s'assembleni qu'à ton gré; les semences ne peuvent germer ni croître sans toi.»
47. Mercure fut l'un des principaux Dieux des Gaulois* Ses images sont très-communes dans le Midi de la France, et nous avons recueilli les dessins d'un assez grand nombre de statuettes qui le représentent. Cicéron ■ comptait cinq Mercùres : le premier , fils de Çœlus et de JÔies; le second , fils de ralens et de Phoronis; le troisième, fils de Jupiter et de Maïa; le quatrième, fils du CieL Le dernier dont il ne nomme point les parens , et que les Grecs nommaient Hermès , régna sur les Egyptiens , leur enseigna les lettres et leur donna des lois. Le plus célèbre de tous fut celui qui naquit de Jupiter et de Maïa , et on lui attribue généralement la plus grande partie des actions des quatre autres. On représente ordiAairement ce Dieu sous la forme d'un jeune homme nu , ou n'ayant qu'un petit manteau sur ses épaules. Sa tète est couverte dapetase oir bonnet de voyageur; deux ailes sont attachées à cette coiiSure ; d'autres ailes sont quelquefois placées à ses talons : il tient^un caducée; on met une bourse dans sa main gauche. Voici le portrait que F'irgilc fait de ce Dieu dans le ^quatrième livre de l'Enéide >,
il attache d'abord ses brodequins dociles , Qui , soutenant son vol sur leurs ailes agiles , An-dessus des vallons , des montagnes , des mers ^ Plus vite que les vents lui fpnt fendre les airs ; Ensuite il prend en main sa baguette puissante Qui maîtrise à son gré ht Parque obéissante ,
1 De Naturd Deor, lih. iq.
% Traduction de Delille.
Rouvre quand il lui platt les portes dn tombeau , ImpriiQe de la mortJe redoutable Sceau, Ote ou rend le sommeil , fend les sombres nuages i Et &aie au Dieu sa route à travers les orages.
Les ruines de Lugdunuin Conpcnurum ont offert plusieurs monumens relatifs au culte rendu à Mercure. Dans le nombre on distingue une statuette en bron2e y qui est conservée chez M. le Baron èHAgos < , et un autel votif élevé par Masculus , affranchi ^Ingenua ; ce monument est placé dans le cabinet de Fauteur.
46. Cette statue dç Mercure est en bronze; elle a perdu une partie de ses attributs» Ce dieu ne tient plus ni la bouiscj ni le caducée >.
49. Autre petite statue de Mercure. Ce monument fut trouvé , il y a quelques années , près du village de Pujaudran , non loin des limites des Tolosates et des jiuscU
50, Mercure est ici représenté la tête couverte d'un cas-
3ue. Cet attribut se retrouve sur plusieurs monumeiu^ onnés par Caylus et par quelques aiitr^ antiquaires. n porte ausffl Vépée.
61. t/ Amour y tenant d'une main un papillon , symbole ' de Psyché 6u cle Tâme , et s'appuyant de l'autre sur un dppc carré , image de la durée ou de la stabilité. Le cou du dieu est orné du collier ou torquis des Gaulois. On assure que ce petit monument fut trouvé près de la petite ville 4e Caraman ; mais on n'oserait pas en garantir l'antiquité.
V Amour ^ qui , suivant Hésiode ^ , parut après que la terre fut sortie du chaos, est le même Dieu né d'un œuf , selon Aristophane , et auquel un ancien poète ^ec adressa cette prière : «J'invoque le premkrné, le grand à double forme ^ errant dans les
1 Cette dernière figure est remarquable en ce que la tète du Z?îeu est ceinte d'une couronne de laurier, a Du Mëge. Monumens religieux , a3o, pi, m. a. 5 Theogpn»
deux , engendré d*an œuf, se jouant avec ses ailes
dorées, origine, principe vivifiant de tous les êtres
que sa voix de taureau appelle à la vie. Source d'exis-
tcsnce et de lumière , de quelque côté que te porte le
mouvement de tes ailes , tu brilles d'une clarté vive et
pure , et de là vient ton nom de Phaneta, le premier
qui parut dans Tinfini, celui de Père des générations ,
celui de cet astre éclatant qui éclaire tout ce qui Ten-
vironne. Heureux par l'immensité de tes desseins et par
la diver^té de tes productions , Dieu puissant , viens
avec complaisance recevoir les sacrifices de ceux qui
•sont initiés à tes saintes orgies.» Cet hymne prouve
que, les anciens ont enseigné dans leur mystérieuse
théogonie, que V Amour n'était pas différent du Soleil.
Ce Phanès ou PhaneUiy mentionné par le poète grec,
n'est en effet , suivant Macrobe., que la lumière du
Soleil, et le premier rayon qui jaillit du chaos pour
l'environner de son éclat. Un poète moderne > a expri*
^ Dié les mêmes idées dans les vers suivans :
Sous mille ingénieux symboles
On voile ta divintl^.... ;
Mais , l'arc en main , ou ceint de lierre ,
Qu'on t'appelle Amour ou Bacchus ,
C'est le même Dieu qu'on révère ,
C'est toujours toi , divin Phœbus.
52è Esculape ou JEsculape, était fils S! Apollon et de Coronis. Celle-ci étant dans le Péloponnèse avec son père Pklégiasy fut se cacher à Epidaure, où elle accoucha d'un fils. Elle exposa cet enfant sur tme montagne • nonmiée Myrthion , des myrtes qui y croissaient de toute part. Escalope y fat allaité par une chèvre, et pour conserver le souvenir de cette aventure , la montagne prit le nom de Titthyon ou de la Mamelle. Suivant une^ autre tradition , avant la naissance S! Esculape, sa mère s'était laissé séduire par Ischys^ fils à^Eletus. Dans ua transport de jalousie, Apollon tua Coronis^ et Mercure retira Esculape du bûcher. Quelques anciens disaient
tmiiÊ0mm^
1 M. JoJuumieau.
que la chèvre qui allaita ce dernier, faisait partie chi troupeau du berger Aresthanas, et <me le chien de celui-ci préserva Fenfant des attaques des animaux. Le berger allant chercher la chèvre et le chien , les trouva près du fils d!j4pollony qu'environnait une lumière éclatante. Suivant plusieurs écrivains, Autolaiis rencontra Esculape exposé dans les champs Thelpusiens, et lui donna Trygone pour nourrice. A Leuctre , on croyait
Îu! Esculape était le fruit des amours â! Apollon et ^Arsinoë, fille de Leucippe. Les Sidoniens reconnais^ saient Apollon pour père d^ Esculape; mais ils ajoutaient qu^il n'avait pas eu de mère. Les traditions les moins en honneur dans l'antiquité sont celles selon lesquelles il serait fils de Mercure ou HArsippus. Confié aux soins du Centaure Chiron, il apprit à connaître les vertus des plantes, et l'art de guérir les maladies. Après sa mort, il reçut les honneurs divins, et il fut adoré comme le Dieu de la Médecine. Sur une médaille d!Antonin,, frappée à Nicéc , Esculape a le titre de 2ÛTHP ou de Salutis Dator : sa fille Hygéà ou Hygia, porte très-souvent une épithète semblable. Une inscription décou-* vçrte à Messine , est ainsi conçue :
ACKAHnia
KAI YrEIA
CnTHPICIN
nOAIOTXOIC
AIAIâr AAPIANtfl
ANTfîNEINftI
PEBACT*»! EYCEBEI
C'est-à-dire : jSsculàpio et Saluti sen^atoribus , urhis custodièasjpro Mlio ffadriano Antonino, Pio Auguste , Patri Patrice^
53. La statue placée sous ce numéro a été découverte eu i8a6y dans les champs de Martres^ elle est en marbre de Luni et a 68 centimètres de hauteur. La tête avait jadis été ajoutée et n'a pas été retrouvée. Le travail est très-bon , et la conservation du torse et de la partie inférieure laisse peu de chose à désirer. Esculape s'ap-*
puyait à l'ordinaire sur un bâton noueux. On voit encore
ici le serpent qui est Vujx des attributs de ce dieu , sans
néanmoins pouvoir servir d'unique indication pour re-
connaitre ses images , car d'autres divinités avaient le
même symbole. Pausanias > dit en effet , en parlanf
-de Trophonius et d^Hercinay qu'on les prendrait pour
Esculape et Hygéa , parce que les serpens leur sont
communs ainsi qu'à ces derniers.
54. On ne croit pas se tromper en donnant le nom S! Hygéa à la petite statue , en marbre de Paros , placée sous ce numéro. Cette figure , due sans doute à un artiste grec . du plus grand mérite , n'a que 32 centimètres de hauteur. La tête avait , comme à la statue dH Esculape , été rapportée, et l'on voit, de même encore, le creux pratiqué pour la fixer. Ce monument est d'une beauté parfaite , et il est à désirer que de nouvelles fouilles en fassent retrouver la partie supérieure qui doit être du travail le plus élégant et le plus correct } si on en juge par le rare talent que le sculpteur a montré dans l'ajustement des draperies et dans Tensemble de cette précieuse figure.
La déesse tient ici im serpent, et cet attribut l'accompagne presque toujours sur les pierres gravées et les médailles. Quelquefois elle porte une patère dans laquelle le serpent va manger. Placée dans les temples , près de la statue àEsculape^ celle d'/(yg^ea a souvent près d'elle l'image de Telesphorus.
55. Cette petite figure représente Hercule dans une attitude modeste et qui rappelle en quelque sorte celle de la Vénus Pudique. Peut-être doit-on reconnaître ici avec Caylus ^, qui a publié une figure S!Alcide qui offre la même disposition , un Hercule Misogyne^ ou ennemi des femmes, dont , suivant Pausanias , le temple était dans la Phocide.
j56. Statue de Veriumne. Ce dieu présidait au changement
\ Beotiô. 1. IX , c. 39.
% Recueil d'antiquités , V. pi. LXVI, 188.*
(^6) des saisons , et on croit que c'est de là que vient son nom^vertere signifiant changer. Peut-être ce nom dérivet-il plutôt des diverses formes qu'il prenait; Il avait quelquefois , dit Ovide i , Fhabit grossier de moissonneur , ' et portait des corbeilles pleines d'épis; il était souvent couronné d'herbes différentes ; on le voyait déguisé en laboureur, en faucheur, en vigneron, portant quelquefois des échelles pour aller cueillir des fruits; tantôt - il prenait les attributs d'un soldat , tantôt ceux d'un pécheur :
Ol miêties hahitu duri messoris aristits Corhe tulit ! veriquejuii messoris imago !
Tempora sœpè gerensfœno religata recentij Desecium poterat gramen versasse videri.
Sœpè manu stimulos rigidd portahat ; ut illum Juraresfessos modo disjunxisse juvencos.
Falce dîatd j frondator erat, vitisque putator- Induerat scafas ? lecturum poma putares.
Miles erat gladio j piscator arundine sumpiâ.
Tous les Dieux agrestes aimaient /*omo/ie, belle nymphe , célèbre par l'art avec lequel elle cultivait les jardins ; mais aucun n'avait pu lui plaire. F'ertumne fut plus adroit et surtout plus heureux ; pour avoir souvent l'occasion de lavoir, il prenait les diverses formes que nous venons d'indiquer. Un jour, déguisé en vieille femme , après avoir vanté les charmes de la nymphe et sestalens pour les travaux champêtres, il lui raconta tant d'aventures qui montraient les malheurs qui avaient pesé sur celles qui ii^avaient pas été sensibles aux charmes de l'amour , qu'enfin Pomone se rendit et devint l'épouse de JTertumne. Ce dieu est représenté le plus souvent ten^t des fruits et portant une corne d'abondance. Dans la statue que l'on voit ici, on lui a donné les formes de l'adolescence ; il a le court vêtement de moissonneur. L'extrémité de sa main droite, et la gauche qui tenait la corne d'abondance , n'ont pas été retrouvées. Il en est de même d'une partie des jambes. Cette figure , en ijçar-
jTa Metamorph, XIV Jl
(»7) bre ^e Limi, a environ i mètre a 5 centimètres de haut; elle a été découverte à Martres, en i8a6»
57. Les anciens ont souvent représenté les Faunes, divinités adorées sur-tout par les habitans de la campagne. On les a quelquefois confondus avec les Satyres , les Pans, les Œgipans. Ils ontpresque toujours des oreilles de chèvre-, et ime petite queue. Les poètes leur donnent des pieds de bouc et des cornes. Ils ont des verrues pendantes sous les mâchoires ; pour tout vêtement ils
Eortent quelquefois la nébris ou peau de chèvre , ou ien la pardalis ou peau de panthère. C'est ce dernier objet qui est placé près du Faune découvert depuis peu de temps à Béziers. On ne trouve point l'indication de Tun de ces vètemens sur la statue de Faune trouvée à Martres en 1 826 , et qui est dans le Musée de Toulouse 8CUS le n.^ ^7 9 1^ tète manque ainsi que les bras et une cuisse; le devant du torse et le dos annoncent que Fauteur de ce beau morceau imitait avec beaucoup de succès la nature. Un trou , dans le mamelon gauche , et destiné à recevoir un petit boulon de bi'onze ou de fer , indique que ce Faune tenait près de sa poitrine un objet détaché qui avait besoin M'un soutien ^ la cuisse gauche était relevée ; des tenons en maibre laissés par le sculpteur montrent que cette figure faisait partie d'un groupe. Les formes* de la partie inférieure étant celles de la chèvre , on ne peut se méprendre en donnant à ce beau morceaxL le nom de Faune ou de Satyre. Il a passé du cabinet de Fauteur de la Notice dans la collection formée par la ville de Toulouse.