‹ Notice des tableaux exposés dans les galeries du Musée impérial du Louvre (volume 2)Chapitre 11 sur 483 · XVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVIII INTRODUCTION

La peinture ne marcha pas aussi rapidement vers la perfection que la sculpture. Ses essais étaient encore timides et informes, lorsque les Grecs savants, cherchant un refuge contre la fureur des Mahométans , émigrèrent en Italie. La présence de ces étrangers eut une immense influence sur le goiit national; partout ils trouvèrent des protecteurs puissants, partout ils eurent des imitateurs fidèles. L'arts'élève promptementà une dignité inconnue jusque-là. A Florence, les peintres italiens et grecs abandonnent les corporations de métiers dont ils faisaient partie, se réunissent aux architectes et aux sculpteurs, se donnent des statuts, et forment en 1349 une corporation isolée qu'ils placent sous la très-haute protection de Monseigneur Saint-Luc, premier peintre chrétien. Les autres villes suivent à l'envi cet exemple , et des corporations semblables se fondent de toutes parts.

Les artistes, se bornant presque toujours à la représentation de sujets sacrés, se conformèrent longtemps avec une stricte exactitude aux traditions immuables des Byzantins, et pratiquaient la peinture au moyen de recettes que Ton trouve encore en vigueur de nos jours dans les couvents du mont Athos. Cimabue vint, copia ses maîtres pendant quelques années; puis, s'affranchissant de cette imitation servile, unique doctrine de l'école grecque, il consulte la nature, assouplit les lignes, groupe les figures, et, s'il n'arrive pas à la beauté , il imprime à ses têtes un caractère de fierté et de grandeur qui lui valut le surnom de Michel-Ange de son âge. 11 était réservé à Giotto, son élève, de surpasser promptement ses prédécesseurs. Les statues antiques conservées à Florence et à Rome, les ouvrages des Pisans, lui enseignèrent le goût des poses nobles et simples , des draperies d'une disposition vraie et ample. Cimabue s'était arrêté devant l'expression et la grâce ; Giotto trouva l'une et Tautre. Précurseur de Raphaël, il charme par des airs de tête d'une beauté remarquable ; il s'aOranchit des froides entraves hiératiques, commence à parler le langage des passions, donne le premier exemple de la peinture allégorique, anime le paysage de couleurs variées et justes, et crée l'art du portrait, essayé en vain par Tullio de Pérouse et quelques autres.

Si la Toscane ne fut pas le berceau de la peinture ; si avant 1240, époque de la naissance de Cimabue, la race des artistes n'était pas éteinte, comme l'a prétendu à tort Vasari, puisque l'on voit encore à Pise, à Sienne, à Venise, à Milan, à Bologne , à Parme , des œuvres de peintres antérieurs à Cimabue, que l'historien d'Arezzo

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