INTRODUCTION. XIX
veut faire passer pour r Adam de la peinture , il faut convenir que dans ces temps reculés aucun peuple d'Italie ne contribua plus que les Florentins à préparer les prodiges de la Renaissance qui devait éclater plus tard dans toute sa splendeur. L'école de Giotto fut nombreuse; mais les disciples, désespérant de surpasser le Piaitre, se bornèrent pour la plupart à riiiiiter, et il faut aller jusqu'à Masaccio, mort vers 1443, pour rencontrer un nouveau génie qui efface la gloire de ses devanciers.
Mais nous voici arrivé au milieu du xv^ siècle, siècle à jamais mémorable dans l'histoire des beaux-arts. Les princes d'Italie se disputent avec une égale ardeur la prééminence temporelle et la suprématie intellectuelle. Les Médicis depuis Côme 1er, père de la patrie, et Laurent-le-Magnifique, père des muses, jusqu'à Léon X, à Florence et à Rome; les doges et le sénat, à Venise; la maison d'Este,àFerrare; les Visconti , les Sforce, Louis le More, à Milan , attirent à leurs cours les plus hautes intelligences de l'époque. La langue d'Homère et de Virgile, la philosophie de Platon, la science d'Archimède, deviennent familières à tous ces grands seigneurs qui se plaisent à vivre sans cesse entourés de littérateurs et d'artistes. Le goût de l'archéologie se change en passion ; de tout côté on fouille la terre, on exhume les monuments antiques. Les scoliastes, les commentateurs des textes anciens surgissent de toute part, traduisent en langue vulgaire les auteurs grecs et latins, soulèvent le voile qui cachait les usages , les mystères, les allégories d'une autre civilisation; les érudits poussent les peintres dans la voie qu'ils parcourent eux-mêmes, et leur dictent en quelque sorte les sujets qu'ils doivent reproduire; les statues, les vases peuplent les jardins, embellissent les demeures des particuliers; les auteurs classiques se pressent sur les rayons des bibliothèques ; les savants, le compas à la main, étudient Archimède et Vitruve, enseignent aux artistes les lois de la perspective. L'alchimie, en poursuivant un but insensé, trouve une science nouvelle, fournit des matériaux perfectionnés aux peintres. La peinture à l'huile se propage de la Flandre en Italie. L'imprimerie, la gravure, multiplient à l'infini les chefs-d'œuvre enfantés par l'esprit humain. Les productions des arts deviennent des objets de première nécessité. On peint, on sculpte les armoires, les coffres, les panneaux de lit, les selles de chevaux. Les peintres abandonnent souvent la fresque pour travailler à des tableaux de petites dimensions, qui peuvent prendre place dans des habitations moins vastes ;