XX INTRODUCTION
que les palais somptueux des princes ou des rois. Les sculpteurs fondent et taillent des figurines ; les bijoux, ciselés avec une admirable perfection , luttent de science dans leur petitesse avec les prodiges de la grande sculpture. Enfin, pour que rien ne manque à ce siècle fortuné, Léonard de Vinci, Michel-Ange, Raphaël, Giorgion, Titien, Corrège, posent les limites de l'art que leurs disciples et leurs émules affermissent d'une main si puissante, qu'il n'est plus donné à personne de pouvoir désormais les reculer. En moins de cent sTns tout est créé et porté au plus haut point de perfection.
Tels sont les miracles opérés par la Renaissance, qui n'est point une imitation servile et froide de l'antique, mais une protestation énergique contre les traditions conventionnelles et contre le mysticisme du moyen âge. La Renaissance, tout en respectant l'art religieux, y ajouta quelque chose de plus humain, de plus individuel; et si, de même que le paganisme, elle rendit un culte à la beauté physique , ce fut pour l'animer du souffle des passions et lui imprimer ce caractère méditatif et mélancolique dont il n'existe pas d'exemple avant l'établissement du Christianisme.
Pendant que l'Italie se livrait avec cette indicible ferveur à ces nobles études, la France ne restait pas indifférente au culte des beaux-arts. Déjà elle possédait des peintres, imitateurs habiles de van Eyck et des maîtres flamands attachés à la cour des ducs de Bourgogne; déjà même on voyait Timitation étrangère disparaître et faire place à un style national , lorsque des événements imprévus arrêtèrent cette transformation. Aumomentoùnous cessions d'être tributaires de l'art flamand, le génie italien allait nous imposer des lois à son tour. Charles VIII , pour soutenir ses droits d'héritage à la couronne de Naples , s'élance sur cette terre qui nous servit tant de fois de champ de bataille et la soumet en moins de cinq mois. Malgré la rapidité de sa course triomphale, Charles et les seigneurs qui l'accompagnaient avaient été frappés de la beauté des édifices, du luxe de décoration de ces monuments, si nouveau pour des yeux français. De retour dans son royaume, il veut élever aussi un palais qui témoigne de son goût pour les arts. Il reconstruit le château d Amboise, et trouve une mort prématurée, avant d'avoir accompli son œuvre, en se frappant la tête contre une porte trop basse. A peine ce prince est-il expiré, que, prétendant à son tour de ses droits sur le duché de Milan, Louis XII franchit |es Alpes et fait en vingt jours la conquête de cette province. A