INTRODUCTION. XXI
cette époque, Léonard deVinci avait déjà produit un grand nombre de chefs-d'œuvre en sculpture et en peinture. La statue équestre de François Sforce était très avancée et l'immorlel cénacle de réglise de Santa-Maria-delle-Grazie venait d'être terminé. Malheureusement les vicissitudes de la guerre civile sur cette terre étrangère, prise et reprise alternativement par le roi de France et Louis Sforce, ne permirent pas à Léonard d'exercer une influence salutaire sur l'esprit de Louis XII, disposé cependant à apprécier toute l'étendue de son vaste génie. Au milieu de ces conflits, les ennemis ^e Sforce s'unirent aux Français pour détruire le palais du duc fugitif, palais décoré entièrement par la main de Léonard, et la statue équestre à laquelle ce grand homme avait travaillé plus de douze ans devint le but des traits d'arbalétriers gascons qui se portaient des défls d'adresse.
Il était réservé à François 1er réaliser ce que ses prédécesseurs avaient peut-être tenté, mais en vain, et de naturaliser définitivement en France la passion des beaux-arts.
Maximilien Sforce s'était emparé du duché de Milan, dont l'Empereur avait investi François l^r; tout à coup ce prince paraît au-delà des Alpes, détruit la formidable armée des Suisses dans ce combat de géants qui se livre à Marignan , et fait son entrée solennelle dans la capitale du Milanais conquis. Léonard vient audevant du jeune roi à Pavie , le captive par sa grâce , son esprit et ses ingénieuses inventions. Au milieu d'un banquet , un lion mécanique s'avance vers François I^r, se dresse sur ses pattes, ouvre ses flancs et laisse voir l'intérieur de son corps rempli de fleurs de lis. Aussitôt le roi se déclare le protecteur de Léonard. Il l'emmène à Bologne , à son entrevue avec Léon X (1515) , l'attache à sa personne, le nomme son peintre avec un traitement de 700 écus, et le décide à l'accompagner en France. Non content de posséder le grand artiste, il veut encore emporter avec lui son chef-d'œuvre. Il consulte les plus habiles architectes pour savoir si, par un procédé quelconque, il est possible de détacher la fameuse Cène des murs du couvent des Dominicains. Afin de ravir à l'Italie cette sublime composition, qu'il ne se lasse pas d'admirer, il ne reculera devant aucune dépense. Mais la science se déclare impuissante et l'immortelle peinture reste à sa place.
Léonard avait soixante-quatre ans lorsqu'il vint en France ; âgé et infirme , il ne put imprimer dans ce pays une réelle impulsion aux beaux-arts et répondre aux vœux du roi en fondant une