INTRODUCTION. XXIII
de peintures étrangères. Il donne «à Bartellemi Guetti, qui a peint ledit seigneur, pour forme de bienfait, 900 livres tournois; » il achète « à Jehan Dubois d'Anvers 2 tableaux de la Passion de l'école flamande , faits à l'huile, 280 livres tournois. » Ce même Dubois lui vend « les Fantômes de saint Antoine, une Danse de paysans, un Homme faisant un rubis de sa bouche;, deux Enfants se baisant ensemble, un autre tenant une tête de mort, et une Dame d'honneur à la mode de Flandre, lesquels tableaux ledit seigneur destine à son cabinet des peintures. »
Les objets d'art ont été pendant longtemps enregistrés et surtout décrits avec si peu desoins, qu'il est fort difficile, même lorsqu'on a le bonlieur de rencontrer des documents qui ne se contentent pas de les classer en bloc, de pouvoir les reconnaître et de suivre leur trace. Remarquons en passant que les tableaux portatifs ou de cabinet, consacrés principalement à la représentation de sujeis pieux, ou à des portraits, étaient à cette époque beaucoup plus rares qu'ils ne le sont de nos jours. La grande peinture, la peinture murale principalement, avait seule ledroit,avec les tapisseries, les boiseries et les sculptures, de décorer les vastes appartements habités par les rois et les seigneurs. Tous ces objets, tous ces meubles si usités depuis un siècle , ces glaces surtout si rares et si petites alors, si communes maintenant, et qui ont chassé impitoyablement la peinture de nos pièces étroites et sombres, n'étaient pas connus dans ces temps où le confortable et l'utile n'avaient pas encore détrôné l'art.
La collection de la couronne, commencée par François 1er, quoique la plus riche de France, était loin d'être nombreuse, et jusqu'à Louis XIII, elle reçut peu d'accroissement. Les renseignements que nous possédons sur sa composition se bornent à fort peu de chose, et le père Dan, qui écrivaitson Trésor des Merveilles de Fontainebleau en 1642, est encore l'auteur qui nous donne l'idée la plus exacte de sa composition. Voici la liste des 47 peintures citées dans cet ouvrage :
« André del Sarte : La Charité, lequel tableau il fit en ce château, le roi François I^r y estant, qui fut la cause que lui agréant, il lui augmenta aussi sa pension et l'invita fort de ne pas quitter scn service, ce qu'il lui jura sur la sainte Evauiiile ; — la Vierge avec Notre-Seigneur, sainte Élisabeth, saint Jean et deux anges. = Fra Bartholommeo : l'Annonciation. = Bordone :
XXIT INTRODUCTION.
le Christ avec Pilate et un Juif qui tient Notre-Seigneur lié. = Dehocy de Leyde , peintre du roi : TAssomption ; — l'Eglise triomphante. = Ddbois (Ambroise) : Jugement de Paris; — la Résurrection; — la Pentecôte ; — Flore; — huit tableaux représentant rhistoire de Tancréde et de Clorinde; — un grand portrait de Henri IV ; — idem de Marie de Médicis. = Dubois fils (Jean) : la Nativité; — le Crucifix. = Janet : portrait de François 1er; idem de François II. = Léonard de Vinci : Notre- Dame avec un petit Jésus qu*un ange appuie, le tout dans un paysage fort agréable ; — saint Jean-Baptiste dans le désert; — un Christ à mi-corps; — un portrait d'une duchesse de Mantoue;
— portrait de Mona Lisa.== Michel-Ange : Léda couchée (en très mauvais état). » Lépicié nous apprend que ce tableau fut apporté en France par Minio, élève de Michel-Ange, et que M. des Noyers, secrétaire d'État sous Louis XIII, donna le conseil de le brûler, conseil qui fut suivi. = Pérugin : un Christ, en forme de pèlerin, qui apparaît à la Madeleine après la résurrection ; — Cléopâtre ;
— saint Jérôme , à genoux devant un crucifix. = Pontorno : portrait de Raphaël et de Pontorno. = Primatice : les Forges de Vulcain ; — Joseph visité par ses frères en Egypte = Raphaël: la Sainte - Famille ; — saint Michel ; — sainte Marguerite ; — portrait de Jeanne d'Aragon; — une copie du temps de la Sainte- Famille. = Savoldi : grand portrait de Gaston de Foix à demi couché, lequel est à l'opposile de plusieurs miroirs, et ainsi paraît de tous côtés. = Sébastien del Piombo : la Visitation ( on croit que le visage de Notre-Dame a été fait par Michel-Ange) ; portrait du pape Clément VII; — idem de la sœur du même pape, peint sur une ardoise, donné parle pape au roi Henri II. = Titien:
— une Madeleine à mi-corps. = Vignole : un grand tableau de perspective où se voient dépeints excellemment bien tous les ordres d'architecture. »
On voit, en examinant cette liste, que sur les 47 tableaux qui y sont portés, plusieurs ne peuvent appartenir au cabinet primitif de François I^r; mais cette liste elle-même est bien incomplète. Nous en avons la preuve par le fragment du compte des dépenses, cité plus haut, où figurent d'autres peintures dont il n'est pas fait mention dans l'ouvrage du père Dan. Nous savons aussi qu'André del Sarte, pendant l'année qu'il passa en France, exécuta le portrait du dauphin, un saint Jérôme acheté très-cher par la reine-mère, plusieurs Vierges, saint Jean demi-nu, l'Ange et Tobie, une Judith,