‹ Notice des tableaux exposés dans les galeries du Musée impérial du Louvre (volume 2)Chapitre 21 sur 483 · XXX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXX INTRODUCTION

de la nature, que la plupart ayent été assemblez dans un tems où le Roy a soutenu avec avantage et avec éclat les efîorts de toute l'Europe liguée contre luy. Il est vrai que Sa Majesté en a eu plusieurs depuis que la paix est faite, mais on peut dire que ce temps de paix a été plus à charge à ses finances que la guerre mesme, à cause du grand nombre de fortifications que sa prudence et la seureté de ses Etats Font obligé de faire élever pour se garantir d*un monde entier d'ennemis de sa grandeur. Cependant tout va d*un pas égal depuis qu'il a pris luy-mesme le soin des affaires de l'Etat. Ses finances sont en de bonnes mains; iljouit seul de tout ce qui luy appartient, et c'est par là qu'estant en état de soutenir en tout temps toutes sortes de dépenses, il luy a esté aisé de faire passer dans ses cabinets la plus grande partie de ce que les curieux de toute l'Europe avoient de plus rare et l'Italie de plus beau. Il n'est plus nécessaire de voyager pour voir les plus grandes raretés. L'amour du Roy pour les arts, et la vigilance de ceux qui lesff^nt fleurir sous luy, ont presque tout rassemblé dans ses superbes maisons. Sa Majesté trouva tout en fort bon ordre par les soins de M. Le Brun, son premier peintre, dont je vousay parlé plus^eui^ fois. H esldirecteurde ses cabinets de tableaux et des manufactures desGobelins, chancelier et principal recteur de l'académie de peinture et de sculpture, de laquelle j'espère vous entretenir au premier jour. Il ne faut pas s'estonner si tout estoit en si bon estât, malgré le nombre des ans et l'humidité qui ruine ces sortes d'ouvrages. M. Le Brun sçait la manière de les conserver et ne commet pour cela que d'habiles gens. Quoyque le Roy, outre ce grand nombre de tableaux, en ait déjà vingt-six à Versailles des sçavans maistres que je viens de vous nommer, il en choisit encore quinze pour en orner les appartemens , et donna ordre qu'on les y fit transporter de son cabinet du Louvre. Ils sont de Paul VéronésCj du Guide, du Poussin et de M. Le Brun. Sa Majesté examina quelque temps les ouvrages de ce dernier, et, les regardant auprès de tant d'illustres, il luy dit obligeamment qu'ils se soutenoient bien parmi ceux de ces grands maîtres , qu'après sa mort ils seraient aussi recherchez , mais qu'il souhaitait qu'il n'eût pas sitôt cet avantage, parce qu'il avait besoin de luy. On ne sçauroit en cela louer trop le goust du Roy.

« Sa Majesté, après avoir veu les tableaux des sept grandes salles du Louvre, alla voir ceux qui sont dans les quatre salles du vieil hôtel de Gramont. Sa Majesté sortit fort contente d'avoir veu tous

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