‹ Notice des tableaux exposés dans les galeries du Musée impérial du Louvre (volume 2)Chapitre 22 sur 483 · INTRODUCTION. XXXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXXI

ses tableaux en si bon état. Les plus anciens et les plus rares sont enfermez dans des manières d'armoires plates et dorées, dont tous le dessus est peint, et l'on pourroit dire que ce sont des tableaux qui en cachent d'autres. On est obligé de prendre ces précautions pour ceux qui, ayant été faits depuis un grand nombre d'années, peuvent être facilement gâtez. »

Un autre document de la plus haute importance complète les renseignements fournis parle Mercure; nous voulons parler de l'Inventaire général des tableaux du roi, fait en 1709-1710 par le sieur Bailly, garde desdits tableaux , suivant les ordres qui lui en furent donnés par Louis-Antoine de Pardaillan , duc d'Antin, surintendant des bâtiments et jardins du roi, arts et académies, et manufactures royales.

Cet inventaire manuscrit, si précieux malgré son laconisme, est trop souvent cité dans ce catalogue pour que nous n'indiquions pas au moins ses principales divisions et les chiffres des tableaux qu'il renferme. Voici ce résumé :

Écoles romaine et florentine 89 tableaux.

— vénitienne

lombarde.

allemande et flamande 1*79

française

Le Brun : esquisses.

Verdier

8 tableaux.

Mignard et autres : esquisses et copies 869

Miniatures et copies 22

Par Poste : tableaux, vues des Indes 23

Total général 2,403

Bailly, à chaque tableau , se contente d'indiquer sommairement le sujet, sans aucune description; mais il ajoute la dimension de la toile et la grandeur des flgures. Quelque critiquable que soit ce répertoire , c'est l'état le plus complet et le plus intéressant que nous possédions jusqu'à ce jour delà collection royale à la fin du règne de Louis XIY, et il mériterait à tous égards les honneurs de l'impression.

XXXn INTRODUCTION.

Louis XV ajouta de nouvelles richesses au trésor que lui avait légué son prédécesseur. Par son ordre, Rigaud fit un choix dans la superbe collection du prince de Carignan, dont la vente, annoncée pour le 30 juillet 1742 par le catalogue presque introuvable publié par de Poilly, n'eut pourtant lieu que le 18 juin de Tannée suivante. Enfin, les peintres de l'Académie furent chargés de l'exécution d'un grand nombre de tableaux pour les résidences royales, et nous leur devons la repril^sentation de ces scènes familières, de ces chasses, de ces fêtes galantes d'un goût si éminemment français, dont la mode inconstante exagère de nos jours la valeur, après en avoir longtemps trop déprécié le mérite incontestable.

Jusqu'à l'époque dont nous parlons, tant de chefs-d'œuvre rassemblés à grands frais étaient entièrement perdus pour le public et ne servaient que comme objets d'ameublement ôam le palais de Versailles, lorsqu'ils ne gisaient pas abandonnés dans la poussière des greniers. On aurait peine à croire à une si coupable négligence d'objets recherchés avec tant d'ardeur, si l'on n'en avait pas les preuves les plus formelles.

Un homme dont le nom est peu connu, quoiqu'il soit un Critique des plus distingués et qu'il ait eu l'initiative de presque toutes les améliorations qui se sont réalisées plus tard, de La Font de Saint-Yenne, écrivait ces lignes dans son Dialogue du grand Colbert : « Vous vous souvenez, sans doute, ô grand ministre, de l'immense et précieuse collection de tableaux que vous engageâtes Louis XIV de faire enlever àl'îtalie et aux pays étrangers, avec des frais considérables, pour meubler dignement ses palais. Vous pensez (eh ! qui ne le penserait comme vous î ) que ces richesses sont exposées à l'admiration et à la joie des Français de posséder de si rares trésors, ou à la curiosité des étrangers, ou enfin à l'étude et à l'émulation de notre école? Sachez, ô grand Colbert, que ces beaux ouvrages n'ont pas revu la lumière et qu'ils ont passé, des places honorables qu'ils occupaient dans les cabinets de leurs possesseurs, à une obscure prison de Versailles, où ils périssent depuis plus de cinquante ans. » Dans un autre ouvrage publié précédemment par de La ront,on trouve ce passage remarquable : « Le moyen que je propose pour l'avantage le plus prompt et en même temps le plus efScace pour un rétablissement durable de la peinture, ce serait donc de choisir dans ce palais (du Louvre), ou quelque part, un lieu propre à placer à demeure les chefs-d'œuvre des plus grands maîtres de l'Europe, et d'un prix infini, qui composent le cabinet

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