XXXIV INTRODUCTION
(M. van Haggen) lorsque dans les jardins de Versailles il vit nos plus belles statues , et surtout les deux incomparables du célèbre Puget, le Milon et l'Andromède, égales aux plus parfaites de Tantique, qui méfiiaient bien l'honneur d'être dans les appartements à l'abri de la gelée et des outrages de l'air, autantquecelles qu'on y conserve si précieusement... lorsqu'il les vit, dis-je,écurer avec du gros sable et en enlever non-seulement le poli, mais encore (ce qui est irréparable) cette peau^ ce précieux épiderme où les rameaux des veines et toute la (înesse de l'imitation se faisaient admirer! » (Réflexions sur quelques causes de l'état présent de la peinturées France, avec un examen des principaux ouvrages exposés au Louvre , ce mois d'août 1746.) L'auteur de ces réflexions si judicieuses était traité de satirique par les artistes privilégiés de répoque. Il plaidait la cause des vieux maîtres que l'on ne regardait plus alors; il reprochait aux peintres et aux sculpîeurs de se soumettre aveuglément aux caprices éphémères de la mode et de négliger le culte de la grande peinture; il blâmait vigoureusement Jesadministrateursde leur inertie ; iln'en fallaitpas davantage pour ctredétesté. Mais, telle est la force de la vérité, telle est la puissance de la voix de la sagesse, que, tout en traitant l'obscur auteur de pamphlétaire, on finit plus tard, comme on va le voir, par se rendre à ses conseils. Seulement, un autre plus puissant que lui eut les honneurs de l'invention; mais qu'importe, pourvu que le bien se fasse. En 1750, le roi ayant permis que les trésors jusque-là enfermés dans les appartements de la surintendance de Versailles fussent transportés à Paris et livrés à l'admiration des amateurs et des artistes, M. de Tournehem eut l'idée de disposer les tableaux dans l'appartement qu'occupait la reine d'Espagne. La mort l'empêcha de réaliser ce projet, et le marquis de Marigny, nommé directeur des bâtiments, s'appropria l'idée de son prédécesseur. L'arrangement fut fait par les soins de Bailly, garde des tableaux, et le cabinet s'ouvrit pour la première fois le 14 octobre de la même année. Le public y était admis les mercredi et samedi de chaque semaine, le matin depuis le mois d'octobre jusqu'au mois d'avril, et l'après-midi depuis avril jusqu'en octobre, excepté les jours de fête. La galerie de Rubens était visible les mêmes jours et aux mêmes heures. Le cabinet renfermait 110 tableaux de maîtres italiens , flamands et français, choisis parmi les plus beaux de l'ancienne collection de la couronne. On y admirait la Sainte-Famille de Raphaël, la Charité