XLII INTRODUCTION
révolution pour opérer la réalisation des vœux du judicieux critique, et si les chefs-d'œuvre disséminés dans tant de résidences avec une coupable négligence ne s'étaient pas trouvés tout à coup sans asile, aucune main amie peut-être n'eût été assez forte pour les rassembler dans un même lieu.
Ainsi que nous l'avons déjà dit, la commission des monuments, après avoir débuté avec zèle, montra peu à peu une négligence préjudiciable aux travaux qu'on était en droit d'attendre d'elle ; et son insuffisance surtout, ou son incapacité dans les questions relatives aux objets d'ari,futbientôt consialée. La Convention nationale ayant décrété, les 15 et 18 aoiit 1793, que son comité d'instruction publique ferait dresser des inventaires des objets pouvant servir à l'instruction, et veillerait à leur conservation , les membres de ce comité s'adjoignirent des citoyens versés dans les différentes parties des sciences et des lettres. Satisfaite des travaux de cette commission, la Convention l'institua, par son décret du 28 frimaire an II, sous le nom de Commission temporaire des arts^ en remplacement de la commission des monuments supprimée. Cette commission temporaire, adjointe au comité d'instruction publique, séante à la même maison^ était divisée en 14 classes. Voici les noms des membres des classes concernant les beaux-arts. 10« classe, peiîsture : Naigeon aîné, au dépôt national, rue de Beaune ; Fragonard, Bonvoisin, Lesueur, Picault, au Conservatoire du Muséum.— Ile classe, architecture ; Hubert, Lannoy, Le Roi (David). ---12e classe, sculpture : Dupaquier, Darde!. Leurs fonctions étaient de veiller à l'exécution de tous les décrets concernant la conservation des monuments et des objets des sciences et des arts, leur transport et leur réunion dans des dépôts convenables; d'en faire une description abrégée et de les classer pour qu'on puisse les trouver au besoin, etc. (Voir le rapport de Mathieu, 28 frimaire an II, imprimé par ordre de la Convention.)
La première commission du Muséum ne devait pas avoir une longue durée ; dès le28 frimaire an II, David demandesasuppression ainsi que celle d'une foule de commissions des arts qui avaient détourné, pour achatd'objets inutiles, des fonds fournis par la République. Il propose de réorganiser la commission du Muséum, dont les membres étaient, ou peintres qui n'en avaient que le nom, ou artistes sans patriotisme, que la fa\eur des ministres précédents y avait placés. Cette proposition fut adoptée le 27 nivôse. David fait également adopter un projet de décret qui contenait l'organisa-
INTRODUCTION. ILIII
tion définitive du Conservatoire du Muséum national ou conseil administratif de cet établissement : Renaud, Bossut, Joullain et Vincent, formant l'ancienne commission du Muséum, sont remplacés.en vertu d'une ordonnance du ministre de l'intérieur (11 pluviôse an II), par Fragonard,Bonvoisin, Wicar, Dupasquier, Lannoy, Picault, Varon, Lesueur.
Le 7 prairial an II, Varon, membre du Conservatoire, adressa au comité d'instruction publique un rapport qui a pour but d'établir ce que doit être un Muséum, quelle doit être l'influence des arts sur l'opinion; un compte rendu de la gestion du nouveau Conservatoire. L'ancienne commission avait entassé confusément dans la galerie toutes les richesses qui lui étaient tombées dans les mains; des meubles, d. s vases, des porcelaines, des pendules disposées dans l'épine de la galerie, dérangeaient les visiteurs, les empêchaient de se placer à une distance convenable, et étaient à la galerie sa sévérité, sa noblesse. Afin d'arriver à un ordre si désirable dans un établissement public, Varon réclame du ministre de statuer le plus tôt possible sur unesériede demandes, parmi lesquelles on remarque l'éclairage de la voûte, la création de salles distinctes pour la sculpture antique, la sculpture moderne, les plâtres moulés sur l'antique, les médailles, les camées, les pierres antiques, les gravures; enfin pour une bibliothèque spéciale de livres sur les arts, qu'il juge absolument indispensable. A mesure que la classification de ces richesses s'opérera, on commencera le grand œuvre d'un catalogue descriptif, qui ne sera plus, comme par le passé, une nomenclature sèche et aride de numéros, mais une histoire sage et détaillée delà vie et des ouvrages des artistes célèbres. Tels étaient les principes qui présidaient aux opérations du Conservatoire; et Ton ne peut s'empêcher d'admirer tant de méthode et de sagesse au milieu d'une époque de trouble et de désordre.
Le 16e jour de prairial an II, les commissaires de la commission temporaire des arts, adjoints au comité d'instruction publique de la Convention nationale, unis aux artistes du district de Versailles, se transportèrent aux cabinets des tableaux du ci-devant roi, à la surintendance, rue du Vieux-Versailles, et s'élant adressés au citoyen Durameau, gardien du cabinet (1), après lui avoir donné
(1) Les commissaires s'étaient déjà présentés chez Durameau avant le 46 prairial, mais sans le rencontrer.
«Les commissaires de la commission temporaire des arts , citoyen ,