XLIV INTRODUCTION
communication des pouvoirs à eux conférés à l'efTet de prendre note de tous les tableaux restés dans ce dépôt, procédèrent à une reconnaissance générale. Les commissaires étaient Durameau, Picault, Lauzan, Gazard, J. Lengliez, Damarin. La 2e séance eut lieu le 17 prairial, puisla reconnaissance fut interrompue et reprise seulement le 2 thermidor. Pendant cet intervalle, c'est-à-dire le 10 messidor, Varon, membre du Conservatoire du Muséum et Tun des commissaires envoyés dans le département de Seine-et-Oise, fit un rapport à la commission temporaire des arts, où l'on trouve des documents curieux sur ce qui restait encore à Versailles depuis Pouverture du Muséum au Louvre. Ainsi que nous l'avons vu, le département de Seine-et-Oise s'était vigoureusement défendu contre la première commission qui avait déjà commencé à lui enlever une partie de ses richesses au profit de Paris. 11 était parvenu à obtenir de la Convention un décret qui suspendait tout déplacement. Un nouveau décret décida du sort de la surintendance. Varon expose dans son rapport que les richesses de Versailles sont immenses, et dénature, si elles étaient exposées aux regards] à laisser ignorer qui de Paris ou de Versailles renferme le Muséum' de France. On y admire encore : de Léonard, la Jocondejde
ont été extrêmement privés de ne l'avoir pas rencontré à Versailles. S'il t'est possible de t'y rendre de très-bonne heure quintidi prochain, ils se flattent que, conformément au vœu du comité d'instruction publique, lu leur procureras tous les renseignements qui sont en ton pouvoir sur 'les objets de la surintendance relatifs aux sciences et aux arts. « Salut et Fraternité.
« Les commissaires de la commission temporaire des arts,
. . , „ „ « Varon, Picault.
« 3 prairial l'an IL »
(La lettre est adressée à Paris à David Le Roy, pour être remise à Durameau ; on lit sur la suscription : 15 sous au porteur, si la lettre est rendue à 6 heures du soir. )
Cette lettre est transcrite sur l'inventaire des tableaux enlevés à la surintendance, et Durameau y a ajouté ces mots écrits de sa main : « Copie dune lettre dont j'ai l'original; cette lettre est le principe de la destruction du cabinet. » Oui, du cabinet de Versailles, si bien entretenu, au dire de La Font de Sainl-Yenne, et auquel l'exposition du Luxembourg avait déjà porté une rude atteinte ; mais aussi c'est de cette époque que date véritablement la fondation du Musée du Louvre , qu'il eût été impossible de créer sans une pareille mesure, et qui nous console bien de la perte du cabinet et des magasins de la surintendance.
INTUODUCTION. XLV
Raphaël, le saint Michel el la petite Sainte-Famille; de Jules Romain, la grande Nativité, le Triomphe de Vespasien, Vénus obtenant de Vulcain des armes pour Énée ; de Pierino del Vaga^ la Dispute des Muses avec les Piérides; d'Indre del Sarte, une Sainte-Famille; de Michel-Ange^ le Goliath, peint sur deux faces d'une ardoise ; de Sébastien del Piomho, la Visitation ; de Titien^ le Tarquin et Lucrèce; plusieurs ouvrages de Palme le Vieux; 10 tableaux de Paul Véronèse, entre autres le Repas du Pharisien; la Mélancolie et l'Ange gardien, du Feti; les beaux Salvator, le Silence et le saint François du Carrache; le David du Dominiquin; le Charles 1er de Van Dyck; le Moïse sauvé, TArcadie, le Pyrrhus du Poussin. Outre ces tableaux , Versailles possédait encore des statues célèbres, telles que le Cincinnatus, le Germanicus, la Diane. Varon les réclame ainsi qu'une foule de bustes en marbre et des copies en bronze des chefs-d'œuvre de l'antiquité. Cependant, comme Versailles avait compté sur ces objets d'art, établi une commission conservatrice, mis en ordre son Musée, ce serait arracher à un pays ruiné la seule ressource qui lui reste pour subsister, si on lui ôtait ses monuments, si on rasait ses jardins. Il faut que Versailles, qui réunit le plus grand nombre de productions de l'école française, en réclame unesuitenon interrompue et livre, en échange, au Muséum de Paris les tableaux de l'école d'Italie et les statues antiques. Cette dernière demande de Varon renferme le germe du Musée spécial de Técole française, qui ne fut créé que plus tard. La Convention approuva les conclusions du rapporteur. La surintendance remit aux mains de la commission le précieux dépôt qui lui était confié. Les travaux d'inventaire et d'enlèvement recommencèrent le 2 thermidor et furent terminés le 21 du même mois. Les cadres mutilés etles tableaux jugés indignes de figurer au dépôt furent estimés 400 fr. pour la vente.
A partir de celte époque, les travaux se succèdent sans relâche au Louvre; des chefs-d'œuvre, cédés parles traités, arrivent en foule de toutes les parties de l'Europe; l'administration, animée d'un zèle infatigable , s'empresse de les mettre en état de paraître en public, dispose de nouvelles salles et multiplie de splendides expositions. Restreint dans les étroites limites d'une simple introduction, nous regrettons vivement de ne pouvoir donner des détails sur ces envois inestimables el faire passer sous les yeux du lecteur les pièces de nos archives qui constatent l'étendue de nos richesses d'alors, ainsi que les travaux d'honorables administrateurs qui.
XIVI INTKODUCTION.
par des soins inteîîigents, sauvèrent d'une ruine certaine des peintures dont l'ïlaiie avait négligé la conservation. Les pages qui nous restent encore sufTiront à peine à enregistrer les dates des solennités dues aux succès de nos armes, et il ne faut les considérer que comme des tables chronologiques d'une histoire à laquelle nous donnerons autre part toute l'extension qu'elle réclame.
La galerie ouverte en i793, ayant exigé d'importantes réparations, fut fermée quelque temps après son inauguration. Au mois de prairial an IV (mai-juin 1796), on rassembla dans le grand salon, consacré auparavant aux expositions des artistes vivants, un choix de tableaux des trois écoles, et le 28 thermidor an V (15 aoiit 1797), on montra pour la picmière fois, dans la galerie d'Apollon, ^15 dessins, 45 émaux de Petitot, 8 cartons de Jules Romain, faisant partie de 11,0^)0 dessins du cabinet du Roi, qui jusque-là étaient restés cachés à tous les regards.
Le 18 pluviôse an VI (6 février 1798), nouvelle fête au Louvre. Ce sont les peintures de Parme, de Plaisance, de Milan, de Crémone, de Modéne, de Cento, de Bologne, cédées à la France victorieuse par les armistices de Parme, de Bologne et le traité de Tolentino, qui viennent décorer le grand salon. Elles sont remplacées, le 18 brumaire an Vïll (9 novembre 1799), par celles tirées de Venise, l'e Vérone, de Mantoue , de Pesaro, de Fano, de Lorette et de Rome.
La première partie de la galerie réparée s'ouvre, le 18 germinal an Vlî (7 avril 1799), avec les tableaux des écoles française et flamande; les lialicns occupent encore le grand salon, jusqu'à ce que kreste de la galerie soit mis en état de les recevoir, et, le 28 ventôse an VIH (19 mars î80;>), ils s'augmentent des envois de Florence €t de Turin.
C'est le 25 messidor an IX (14 juillet 1801) que la deuxième partie de la grande galerie fut rendue au public avec un remaniement des tableaux. Le salon carré, redevenu libre momentanément, servit à l'exposition provisoire des grands tableaux de Paul Véronèse, de Rubens, de Le Brun, que leurs dimensions n'avaient pas permis rie placer.
Nous avons dit précédemment que lorsque la ville de Versailles réclama pour son rhàteau les peintures des maîtres étrangers et les antiquités desUnées au Muséum de Paris, on ne fit pas droit ;• à sa demande et qu'on lui enleva les objets qu'elle voulait retenir. Le vœu qu'elle avait formé de voir fonder à Paris un Musée de