OBJETS VOTIFS KN BRONZE
Les inscriptions en lettres pointillées paraissent avoir été d'un emploi fréquent en Gaule ; dans la seule série des objets en bronze consacrés au culte, j*en ai rencontré environ une vingtaine, dont quelques-uns sont inédits ou peu connus et que je crois intéressant de réunir ici en groupe, en laissant de côté pour le moment les objets religieux en argent et ceux d'un usage domestique.
CTHBALB VOnVB DE GROZOff
{CoUection de M. Z. Robert, à Lons-k-Saulmèr.)
Au commencement de 1859, la Revue archéologique (16* année, p. 316) annonçait, d'après le journal V Union Franc-Comtoise, que des ouvriers, occupés à creuser une cave à peu de distance de Téglise Notre- Dame de Grozon (Jura), venaient de découvrir, avec des poteries sigillées et des plaques de marbre de Car* M. 7
rare, un pied de vase en bronze portant sur son limbe l'inscription pointillée :
MATRI ' DEVM • CAMELLIVS • MOR • (sic) EX • YOTO*
Cette description n'est pas tout à fait exacte, et je suis en mesure de la rectifier d'après les renseignements que je dois à l'obligeance du propriétaire même de l'objet, M. Zéphirin Robert, conservateur du musée municipal de Lons-le-Saulnier. Tout dabord je dois dire qu'il a eu le mérite d'assigner à ce prétendu pied de vase sa véritable attribution, à savoir, celle d'une cymbale, ce dont le lecteur se convaincra en examinant le dessin annexé à la présente notice (1).
(4) M. Z. Robert en a donné des surmoulages en plâtre aux musées de Besançon et de Saint-Germain-en-Laye. Un autre exemplaire a été communiqué à la Société des Antiquaires de France, dans la séance du 6 avril 1884; cet envoi était accompagné d'une lettre de laquelle j'extrais le passage suivant : « La cymbale fut trouvée par un géologue, il y a plus de trente ans, sur le territoire de Grozon, qu'il habitait, au bord du cendrier des salines celtiques de ce village, près de Poligny. Ce cendrier que j'ai exploré moi-même occupe une surface de 50 hectares environ sur 2 mètres d'épaisseur moyenne. C'est de là qu'ont été exhumées une grande quantité 4^ ]poteries dites de Samos; lé musée de Lons-le*Saulnier en possède de très beaux échantillons. Plusieurs monnaies gauloises qui en proviennent sont conservées au musée de Poligny. C'est aussi du voisinage de cette saline , encore aujourd'hui en exploitation, que proviennent les antiquités publiées par Caylus. Une importante fonderie celtique , découverte en cet endroit, il y a soixante ans, est tombée entre les mains d'un fondeur de Poligny qui en fit de très beaux robinets î »
C'est un disque renflé en mamelon dans la partie centrale et relevé sur les bords comme un chapeau chinois, de manière à former une rigole circulaire autour du mamelon ; le centre est percé d'un trou apparemment destiné à livrer passage à une lanière servant d'empoigne, ainsi qu'on le voit sur une gravure prise d'une peinture de Pompéi (1). Une fêlure empêche d'apprécier la sonorité primitive de rinatraiaeQt. Diamètre du disque, O'^loO ; hauteur du mamelon, (H)25 ; diamètre du mamelon, O^'iOâ; relèvement des bord, 0°KX)3; épaisseur, 0"*00o; diamètre du trou central, 0"^iO; poids, kU. 370.
Au fond de la rigole circulaire on lit, en lettres hautes de (^008, une inscription qui occupe environ les deux tiers du pourtour :
MATRI DEYM CAMELUIVS (^ TYTOR (^ EX VOTO.
Des signes séparatifs, en forme de feuilles de lierre, hederae dtstinguentes, sont marqués après chacun des quatre premiers mots. L'inscription nous apprend que la cymbale a été consacrée à la Mère des Dieux par un personnage nommé Camellius Tutor; or on sait que, dans le culte de cette déesse, il était fait usage de pareils instruments, avec accompagnement de tambourins, pour rappeler les chœurs bruyants des Gorybantes chargés d'assourdir les vagissements de Jupiter enfant. Virgile en parle dans la quatrième Géorgique^ vers 64 :
... e( Matris quate eymbala circum.
(1) Anthony Rich, Dict des antiq. rom, et gr,, v^ cymbalistria.
Une inscription découverte près de Spalato, en Dalmatie (1), offre un rapport frappant avec Tex-voto de Grozon par la mention de cymbales consacrées avec d'autres instruments à la Mater Magna :
CVRIA • PRIS CA • MATRI • MAGNAE FAN Y M • RIFECIT [sic) SIGNA - POSVIT - LARO PHORVM • CYMBALA TYNPANA • CATILLYM (sic) FORFICES - ADAMDATD (sic).
Par la découverte de la cymbale de Grozon , on peut croire qu'il y avait en ce lieu un culte de la grande déesse Idéenne, du reste très répandu en Gaule. Le nom gentilice du dédicant, Camellius, est rare ; je ne l'ai rencontré qu'une fois dans les recueils épigraphiques ; quant au cognomen Tutor^ il est assez fréquent (2). Un Julius Tutor, de la cité des Treveri, est mentionné par Tacite.
Des cymbales en bronze, du même modèle que celle de Grozon, mais de dimensions plus considérables et sans inscription, ont été trouvées sur d'autres points de notre territoire.
Le musée de Bourges en possède une qui paraît provenir des fouilles exécutées vers 1840, à Drevant, près Saint-Amand (Cher), par M. Hazé. M. Buhot de Kersers
(1) C. I. £., III, 195Î. Dans les lettres confuses de la un de la dernière ligne, M. Mommsen croit reconnaître les mots aram dat, d(edicat).
(2) C. I. L., VI, 1586; cfr. Mommsea, Inscr, Regn. Neap.^
a bien voulu m'en envoyer un croquis coté avec une note de laquelle il résulte que cette cymbale a 0"280 de diamètre et qu'elle affecte la forme d'un chapeau chinois relevé de 0"*036 au-dessus du plan de percussion ; le mamelon, percé d'un trou central de 0"K)03 à son sommet , fait une saillie de 0"*045 au-dessus de ce plan et dépasse de 0"*007 le chanfrein de la bordure extérieure ; l'ouverture du mamelon a 0*140 de diamètre. La cymbale , actuellement montée sur un pied, est très sonore ; la surface est couverte d'une belle patine vert-foncé. L'examen à la loupe n'a fait découvrir aucune trace d'inscription, soit burinée, soit pointillée. De son côté, M. le comte de Marsy m'apprend qu'une fiaire de cymbales en bronze est conservée au musée de Moulins, sous la dénomination erronée de timbres antiques (i). Elles ont été ramenées par la charrue d'un laboureur aux Trafès, propriété de l'hospice de Gayette (Allier), à 0™40 sous le sol, en 1873. Leur diamètre, comme celui de la cymbale de Bourges, est de 0™280; l'épaisseur, sur les bords, est de 0"*005. La partie centrale forme une cavité de 0"I30 percée en son milieu d'un trou de 0"025. Les bords ont 0°075 de largeur et se relèvent à la même hauteur que le mamelon central. Ces bronzes qui, à raison de leur épaisseur, n'ont pu être élampés, mais fondus, ont néanmoins été martelés afin de resserrer les molécules et leur faire acquérir plus de sonorité ; l'un d'eux pèse .2 kil. 770, l'autre 2 kil. 720. Le musée de Naples en possède deux semblables (2).
(4) C. L L., III, H97, 4845, 5094, 5131; V, 1908, 4921, 1922; VII, 386, 392, 394». Aliraer, Inscr, ant de Vienne, II, p. 196; Brambach, C, L Rhen,, 842.
(2) Bertrand, Découverte de timbres antiques au domaine de
Les cymbales n'étaient pas employées dans le seul culte de Cybèle. Un instrument de ce genre, conservé au musée de Berlin (1), porte une dédicace à Artémis Limnatis, principalement honorée à Limnai (2), sur le mont Taygète, entre la Laconie et la Messénie; diamètre, O^'OOO; caractères archaïques gravés au burin :
HOnOPI2 ANEeEKE AIMNATI
soit, Ontùpiç oLvéQviTis Aipârt : Hoporis a consacré [cet objet) à lÀmnalis,
Un autre, conservé au musée de la Société archéologique d'Athènes, porte en dialecte dorien une dédicace à Gorè, la Proserpine grecque ; diamètre, 0"095 :
KAMOYN EeY2E TAI KOPFAI soit, KdtfAow I9u<r« Tôê KôpFa : Camun a sacrifié à Coré.