‹ Notice épigraphique de diverses antiquités gallo-ramainesChapitre 33 sur 52 · PATÈRB VOTIVE DE COUCHE Y · texte numérisé non relu

PATÈRB VOTIVE DE COUCHE Y

{Musée de Dijon.)

Une patère découverte en 1853 à Gouchey, près de Dijon, porte sur le manche Tinscription (1):

DOIROS • SEGOMARI lEVRV - ALISANV Qi

Traduction : Doiros (sous-entendu /ffe, ou peut-être affranchi) de Ségomaros a consacré? {cet objet) à Alisanus.

Le nom d'homme Doiros n'est connu par aucun autre exemple ; il correspond probablement au latin durus^ à cause de la contraction habituelle de la diphtongue ot en u. Quant à Ségomaros^ il se lit dans l'inscription gau-

(!) JHct, arch, de la GaulCy pi. des inscr. gauL, fig. 2.

loisc de Vaison, en caractères grecs (1), et dans une inscription latine de Brescia (2).

Pictet pensait qu'en gaulois le génitif singulier mas* culin était en i et le datif singulier masculin en m. Estce bien certain? Pour en être convaincu, il faudrait des exemples plus probants que ceux sur lesquels se fondait le savant genevois. En effet, presque tous les textes gaulois parvenus jusqu'à nous renferment des traces indéniables d'emprunts faits à la langue latine ; ainsi, le début de l'inscription d'Alise (3), Marttalts Dannotali teuru, sur lequel parait calqué notre Doiros Segomari ieuru^ autorise à croire que le dédicant, porteur du nom romain Martialis, a préféré se désigner par la locution romaine qui lui était familière, Martialis Dannotali {films ou liber tus), plutôt que par la locution gauloise Martialis Dannotalicnos ; c'est encore ainsi que les mots Rémi filia, purement romains, se trouvent intercalés dans le texte gaulois du Vieil-Évreux, et que la formule votive latine v[ptum) s(olvit) l(ibens) m[erito) termine l'inscription gauloise de Marsac :

SACER • PEROCO

lEVRV • DVORICO

En raison du caractère mixte de ce texte, M. Florian Vallentin (4) est fondé à reconnaître dans Duorico un nom de divinité gauloise décliné au datif comme s'il

[\) Dict. arch, de la Gaule, pi. des insc. gauloises, fîg. 2.

(2) CL L.,t.V, 2405. ^

(3) Dict arch, de la Gaule, pi. des înscr. gaul., fig. 7.

(4) Bull, f^igr. de la Gaule, 4881, p. 38.

appartenait à la déclinaison latine (1). Or le latin admet souvent la notation o pour «, exemple : agru ^our agro; unu locu pour uno loco; annus pour annos. Un exemple de cette prononciation provinciale est donné par l'inscription gauloise du Vieux-Poitiers (2), dans laquelle le nom d'homme Frontu semble la transcription du nominatif latin Ff'onto. Rien n'empêche donc de regarder le mot Alisanu marqué sur la patère de Gouchey, non pas précisément comme le datif gaulois à^Alisanos, mais plutôt comme une variante provinciale du datif latin Alisano; même observation quant au nom de divinité Anvalonnacu pour Anvalonnaco^ dans l'inscription gauloise d'Autun (3).

PATÈRE VOTIVE D'EYAUX.

(Collection Dugenest, à Guère t.)

Cet ex-voto, analogue au précédent, vient d'être publié en fac-similé par M. Florian Vallentin (4), avec une notice d'autant plus intéressante qu'elle soulève subsidiairementune question de topographie comparée. Le manche porte une inscription pointillée sur trois lignes formant une sorte d'encadrement autour de l'estampille du fabricant, imprimée en relief dans le sens opposé.

(\) Gruter, p. 755, n» 3; p. 840, n» 1; C. I. L., \,passim.

(2) Dict, arch. de la Gaule, pi. des inscr. gaul., f. o.

(3) Dict arch. de la Gaule, pi. des insc. gaul., fig. 5.

(4) Bull, épig, de la Gaule, 1881, p. 40 et p. 129.

VIMPVRO • FIRIMI

IVAY

LIB • aOUdVdaiS

Vî'mpuro , Fimni lib{erlus)^ Julv)au v{otwn) s{olvit) l[ibens) m[erito). — S[exti) r(....«) Epap[h)rod{iti).

Le nom d'homme Vïmpuro est nouveau danslanomenclalure gauloise. Le datif du nom de divinité Iu{v)aUy variante provinciale de luvao, d'après ce qui vient d'être dit dans le paragraphe précédent, rappelle immédiatement le nom d'une ancienne ville du Norique, aujourd'hui Salzburg, qui se présente dans les textes sous les diverses formes ablatives plus ou moins contractées iVAO (1), IVAVO (2), IWAO (3), et dont la forme la plus complète est iwavo (4). Rien n'est plus fréquent que la suppression du v entre deux autres voyelles, ainsi ive- Nis pour ivvENis, FLAvs pour FLAvvs, vivs pour VIWS, PRI- MiTivs pour PRiMiTiws. Cette particularité, conjointement avec la notation du u final pour o, conduit à l'identification certaine de notre loau, avec la forme complète lu{v)a[v)u pour Ju{v)a{v)o. Salzburg et Evaux ont donc porté, dans l'antiquité, le même nom, Juvavum ; cotùTùe conséquence de cette particularité intéressante, la dénomination Euaunensîs pagus donnée au territoire d'Evaux par des manuscrits de Grégoire de Tours parait devoir être corrigée en Etuzuuensis , conformément à l'orthographe de l'ethnique luuauuenses, soit iwavenses,

(4) CI. L., m, 4461.

(2) Table Ftuting,

(3) CL L., m, 5746.

(4) i6irf., 5566.

qui se lit dans une inscription du Norique (i). C'est ce qui est, du reste, confirmé par les règles de la formation française des noms de lieu ; Evaux ne peut provenir d'un prétendu Evaurmm, parce que ce dernier aurait produit Evon, comme Orolaunum Arlon, comme Calalavnis Ghâlons, comme Icauna Yonne.

La patère d'Ëvaux nous apprend que le luvavum de la Gaule se plaçait sous la protection de son dieu topique luvavus, exactement comme Nîmes avait Nemausus pour éponyme.

L'estampille stepaprod, que M. Plorian Yallentin lit S(exti T{,,,ii) Epap{h)rod[ttt) , est une intéressante addition à la liste des noms d'ouvriers bronziers , aerarUf déjà connus.

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