PATÈRES VOTIVES DE MANDEURE
(Musée de Besançon,)
Dans un fort intéressant travail publié par M. Auguste Castan sur les antiquités récemment découvertes
(1)i Cette proposition se trouve développée dans notre « Explication d'unelinscription céramique gauloise renfermant unmouveau verbe, » ( Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1880, p. 256.)
(i) Essai sur quelques inscriptions en langue gauloise, 4859, p. 46.
(3) Nouvel essai sur les inscriptions gauloises, dans la Revue archéologique, tome XY (1867), p. 399.
à Mandeure (1), j'ai le plaisir de rencontrer le signalement de deux petits monuments qui rentrent dans la catégorie de ceux dont j'étudie ici le groupe. Ce sont deux manches de patères en bronze étamé, portant chacun une inscription votive en lettres pointillécs.
Gomme les dessins qui accompagnent la notice du savant bibliothécaire de Besançon sont soigneusement exécutés, j'userai de la faculté qu'il accorde par ce moyen à son lecteur pour lui suggérer une lecture différente en quelques points de celle qu'il a proposée.
L'une des inscriptions se compose de deux parties ; la première est en ligne droite le long du manche :
DEAE BELL
La deuxième partie est disposée en cercle fermé autour du trou de suspension percé à l'extrémité :
SCANTRYS OXTAI FIL
Les lettres n et t forment une ligature.
Le développement de l'épigraphe est donc :
Deae Bell[onae)f Scantrus, Oxtai{i) filius, Scantrus est, je crois, un nom gaulois nouveau ; peutêtre a-t-il quelque rapport de dérivation avec Scantilla^ cognomen de Manlia Scantilla, femme de l'empereur Didius Julianus.
Une inscription de Luxeuil , publiée d'abord par Bourquelot (2), et vériGée par M. Desjardins (3), avait
(1) Revue archéol, tome XLin(l882), p. 264-274, pi. VIW.
(2) Inscript antiq. de Luxeuil et d'Aix-les-Buins, page 35, (extr. des Mém, de la Soc, des Antiq. de France^ t. XXVI, 1862).
(3) Les Monuments des thermes romains de Luxeuil, p. 35 (extr. du Bull, monum,, t. XLVI, 4880).
fait connaître le nom Oxtaia, forme féminine dont le masculin Oxtaius nous est révélé par la patère de Mandeure. Bourquelot s'était demandé si Oxtaia n'était pas une altération de Octavia; je crois que ce nom est absolument gaulois. En effet, par le rapprochement des mots pixtilos et pictilos, diyixtvs et divicta, atex-
TORIX et ATECTORIX, YENEXTOC et YENNECTIS, LYXTIIRIOS et
LYCTERiYS, tous empruntés à des monuments épigraphiques et numismatiques, j'ai démontré ailleurs (1) que la notation xt équivaut à ct. La substitution systématique du X (cAe grec) à la place du c dans ce groupe de consonnes, semble donc indiquer que les Gaulois aspiraient la gutturale devant le t dans certaines circonstances. Ceci posé, il est clair que oxtaiys =^ OCTAIYS. Or, le nom Octaius est certainement dérivé du mot gaulois octos qui entre comme premier terme dans la composition des noms de lieu Octo-durum et Octo-gesa,
J'arrive maintenant à la deuxième patère de Mandeure. L'inscription est disposée en forme de T sur le manche, les deux premières lignes, vers la naissance du manche et dans le sens de la largeur, la troisième dans le sens de la longueur :
COBEIE V . S • L • IM
( I ) Découverte d'une inscription gauloise à Paris^ p. 9 (extr. de la Revue archéoL, t. XXXV (1878), p. 400).
Cobet\a)e v[olum) s(olvit) l(ibens) m[erito) DecanU'Ua.
Le a est omis, suivant un usage fréquent dans la terminaison du génitif et du datif des noms féminins en a. La formule votive v. s. L m, ne se trouve pas toujours nécessairement à la fin ; c'est ce qui a lieu ici comme dans d'autres inscriptions, par exemple à Aix en Provence :
MERCVRIO