RÉPARATIONS ANTIQUES
avenue, mais il était impossible de racheter l'obliquité totale sans nuire à la disposition de la grande colonnade. Plus tard, Ramsès II, en construisant la grande cour, fit entièrement disparaître ce défaut en élevant son pylône normalement à l'axe de la voie dallée. Dans ces conditions, la porte d'entrée du monument se trouvait juste en face de l'avenue des Béliers, et le raccord entre les deux axes de directions différentes se faisait aussi insensiblement que possible.
A ce changement de direction on avait jusqu'à présent cru trouver divers motifs plus ou moins plausibles; la plus répandue de ces explications consistait à attribuer la modification de l'axe à la situation du temple, qui aurait été bâti à pic sur le bord du Nil et aurait dû suivre les contours de la rive (1). Mais rien n'indique que le Nil ait changé son cours en cetendroit depuis l'antiquité : d'ailleurs les Egyptiens n'auraient pas éprouvé de difficulté à créer le terre-plein nécessaire à la construction de tout l'édifice en ligne droite.
Réparations antiques.
Il n'était exécuté de grandes réparations dans les temples qu'en cas d'extrême besoin : peu importait un mur abattu, une colonnade renversée, tant que l'enceinte était assez haute pour mettre le sanctuaire à l'abri des regards profanes. A différentes époques, d'importantes restaurations durent
(1) Cette opinion était entre autres celle de Mariette pacha.
S Historique du temple
cependant être entreprises. Presque toute la paroi extérieure Est fut refaite après Ramsès III, et antérieurement aux Ptolémées; vers l'ouest, les murs d'Amenhotep furent repris en sous-œuvre à une date indéterminée et ceux de Ramsès II réparés partiellement du temps des Romains, après le tremblement de terre de l'an 27 av. J.-G. (1).
Quai.
Le temple, s'élevant à proximité du Nil, avait à redouter les empiétements du fleuve ; pour protéger ses fondations contre les infiltrations , à l'époque romaine (2) on construisit un quai en gros blocs de grès pris dans le temple, provenant des murs renversés qu'on avait renoncé à relever. Vers la hauteur des pylônes, un large escalier s'avança dans le Nil pour faciliter Tembarquemeat des processions
Établissement du christianisme.
Dès le premier siècle de notre ère, l'Evangile fut prêché en Egypte, et les adhérents à la foi nouvelle^ devenus de plus en plus nombreux malgré les persécutions, formaient la majorité de la population lorsque le christianisme fut proclamé religion
(1) Le même tremblement de terre ruina la plupart des monuments de Thèbes et brisa la statue d'Amenhotep, appelée depuis colosse de Memnon.
(•2) Probablement sous Tibère.
Conquête arabe 7
de l'Empire. L'édit de Théod)se (389), ordonnant la destruction des temples païens, porta un coup mortel aux monuments antiques. Dans toute la vallée du Nil les anciens sanctuaires furent saccagés, les bas-reliefs martelés, les statues abattues ou mutilées. Les chrétiens prirent possession du temple de Louxor et transformèrent en église la salle centrale, située immédiatement après la salle hypostyle. Les chambres du sud, dont les portes furent murées, devinrent trois édifices sans communications directes entre eux.
Enfin une seconde église fut construite dans le retrait à l'ouest de la grande colonnade, entre les cours de Ramsès II et d'Amenhotep III.
Conquête arabe.
En 641 l'Egypte se soumit aux Arabes. La religion musulmane devint à son tour prépondérante et les églises furent délaissées.
Les habitations particulières envahirent l'intérieur du temple, où elles étaient moins exposées aux inondations que dans le reste de la ville. Construites en terre, en briques crues, en poteries superposées (1), elles étaient aussi peu durables que les constructions des fellahs de nos jours, et si fragiles qu'elles ne valaient pas la peine d'être réparées ; aussi lorsqu'une maison était devenue inhabitable, Ton abattait les pans de mur puis on
(1) Ce fait explique l'abondance de tessons de vases qu'on remarque sur l'emplacement de toutes les localités anciennes.
S Historique du temple
égalisait le terrain r pour élever une nouvelle demeure sur les ruines de l'ancienne. Peu à peu le temple disparut sous l'accumulation des débris de toutes sortes, à tel point qu'au xvi9 siècle, les décombres atteignaient en moyenne six mètres au-dessus du sol antique. C'est vers cette époque que dans l'angle nord-est de la coup de Ramsès, une mosquée fut établie et dédiée à Abou l'Haggag, un saint musulman du vne siècle de notre ère.
Temps modernes.
Pendant l'expédition française, les savants de la commission d'Egypte levèrent le plan jlu temple et prirent le dessin des scènes qui leur avaient paru les plus remarquables. Ghampollion lui-même vint à Louxor en 1828 et copia quelque textes; il signala la beauté et la conservation admirable des obélisques qui se dressaient devant les pylônes.
Méhémet-Ali avait fait cadeau à la France d'une des aiguilles de Cléopàtre (1); le gouvernement de Louis-Philippe obtint de changer ce monument en mauvais état, rongé par le sel et le sable, contre les obélisques de Louxor. Une mission envoyée en 1831 rapporta à Paris le monolithe qui se dresse maintenant au milieu de la place de la Concorde, l'autre qu'on voit encore à sa place antique appartient de droit également à la France, qui bien certainement ne l'enlèvera jamais.
(i) Les deux obélisques d'Alexandrie connus sous le nom d'aiguilles de Cléopàtre ont été emportés hors d'Egypte : le premier à Londres, le second à New- York en 1877. *
Temps modernes • 9
Depuis une cinquantaine d'années les principales inscriptions hiéroglyphiques ont été relevées par les égyptologues qui remontèrent le Nil. Lepsius, Brugsh, de Ro-ugé, pendant leur séjour à Loux >r, ont copié les textes intéressants alors visibles dans le temple. Les derniers travaux ont mis à jour un certain nombre d'inscriptions inédites; malheureusement les textes historiques et géographiques sont concentrés au nord-est du monument, dans la partie qu'occupe encore la mosquée. Il ne sera possible d'achever le déblaiement qu'après le changement de place de cette mosquée ; la science alors tirera des ruines de Louxor tout le fruit qu'on est en droit d'en attendre.