‹ Notice historique et descriptive de l'église abbatiale d'Essomes, pres Château-ThierryChapitre 2 sur 5 · Partie BUstorlque · texte numérisé non relu

Partie BUstorlque

Situation f origine, vicissitudes et restaurations de l* église d^Essomes,

A trois kilomètres environ sud-ouest de Château-Thierry, au pied d'une chaîne de montagnes, qui se prolonge en festons sur les bords de la Marne, s’élève dans un enfoncement de celte magnifique vallée , un antique édifice dont l’aspect imposant frappe la curiosité du voyageur, et qui, par la beauté de ses détails archéologiques , intéresse bien plus vivement encore tous les amis de la science et des arts ; c’est Y Eglise de l*abbaye royale d'Essomes, le monument religieux le plus remarquable de cet arrondissement.

Tout porte à croire que l’existence du village d’Essomes remonte à une assez haute antiquité , à en juger du moins par son étymologie qui paraît aussi peu latine que française. Les différents auteurs qui en ont parlé ont souvent varié sur sa dénomination : les uns écrivent Essoni (tom. xii des Ord. p. 3A8), Essomi (État eccl. du dioc. de Soiss.), d’autres Sosmensisabbatia (Gall. cbr. p. 4^2. 112. tom. ix et x), et Castrum de Essomiis (Dict. univ. de la France, p. 1147). — Celte dernière dénomination a, du reste, l’avantage de confirmer une tradition historique, c’est qu’il y avait à Essomes, dès le onzième siècle, un château de la dépendance des comtes de Champagne, dont la chapelle était desservie, suivant l’usage du temps, par des chanoines séculiers. Les historiens ecclésiastiques pensent que sur la fin du même siècle , vers 1090 , Hugues de Pierrefonds en avait fait un chapitre de l’ordre régulier de Saint-Augustin. Le comte Thibaut, troisième fils de Eudes ou Odon, aussi Aîonnu dans l’histoire par ses révoltes contre Henri I", roi de

France, que par ses œuvres de piété, ne fut probablement pas étranger à cette substitution arrivée l’année même de sa mort ; on lui devait déjà la fondation de la collégiale d’Oulchy en 1076 ; celle de l’église et du prieuré de Coincy en 1077; il avait aussi contribué à l’achèvement de St-Renoiy au Mont , de Neuilly St-Front.

Le genre de vie de ces nouveaux religieux fut si édifiant que plusieurs évêques voisins (1) , à Fexernple de Hugues qui leur avait confié l’administration de la cure d’Essomes, les chargèrent de fonctions pastorales dans leurs diocèses; celle communauté devint si florissante à son aurore, qu’un demi-siècle après elle comptait déjà cent chanoines. Il était fait mention dans le chartrier de celte abbaye d^une bulle d’Alexandre III, qui permettait à cause de la difficulté des temps (propter angusiias temporum d’en réduire le nombre à soixante.

Mais ces religieux ne tardèrent pas à réparer les pertes, que les guerres de Thibaut le Grand contre Louis le Jeune, leur avaient fait éprouver. Henri, surnommé Le Large ^ comte de Champagne , sans doute pour les indemniser des dommages qu’ils avaient éprouvés sous son père, leur abandonna, du consentement de son épouse , le château qu’ils possédaient à Essomes, ainsi que plusieurs autres domaines. A l’aide de ces diverses donations et de la grande étendue de terrain qu’ils avaient obtenu de la libéralité du comte , les Augustins songèrent à élever sur l’emplacement de l’ancien château un vaste couvent, et une église magnifique ; l’un et l’autre coururent les risques d’une complète destruction un peu après la moitié du 14® siècle en 1570.

La duchesse d’Orléans, Blanche de Navarre, femme de Philippe, duc d^Orléans , protégeait Château-Thierry contre une invasion anglaise; les moines d’Essomes, dont l’abbaye ressemblait à une petite forteresse , défendue par un large canal et des tours flanquées de distance en distance, vinrent demander du secours à la duchesse; mais Blanche, dans la crainte que les ennemis, en s’emparant de celte position, n’inquiétassent de là la ville de Château -Thierry , promit aux religieux de les prendre

(1) Les cvêqnes de Sens, de Troyes et de Meaux.

solîs sa protection, à condition qu’ils raseraient Téglisc et détruiraient l’abbaye. Cette proposition révolta les suppliants, et ils aimèrent mieux s’ensevelir sous les ruines de leur maison , que de la renverser de leurs propres mains; ils eurent la gloire et le rare bonheur de la sauver en soutenant courageusement un siège de trois semaines.

Ce fut vraisemblablement pour perpétuer la mémoire de ce grand événement, et pour donner à Dieu un témoignage éternel de leur reconnaissance , que les Augustins prirent pour patron de leur église, saint Ferréol , quoiqu’ils aient eu jusqu’ici , la Sainte Vierge pour patronne. Une ancienne tradition, dont on retrouve partout des vestiges dans cette église, sur les vitraux, sur le tombeau dont nous parlerons, semble protester contre les écrivains du Gallia christiana, et assurer que la Sainte Vierge fut primitivement la patronne de cette église; le cartulaire, rédigé longtemps après ce changement, a pu leur faire commettre celte erreur. La fête de saint Ferréol se célèbre encore à Essomes, le 18 septembre , jour commémoratif de la levée du siège, et conforme au calendrier ecclésiastique.

Vers le milieu du 16* siècle , on entreprit dans le couvent et dans l’église , des travaux considérables ; grâce au zèle de Claude Guillart, dernier abbé régulier, on vit s’élever sous la forme d^un carré parallélogramme, autour des bâtiments conventuels et de l’abbatiale, un cloître dont les ouvertures étaient fermées par des vitraux , Laminis vitreis. L’intérieur de l’église fut couvert de peintures diverses; de riches boiseries contre lesquelles sont adossées quarante stalles, environnèrent l’abside ; le Moïse , l’aigle et le chandelier d’airain, et une foule d’autres décorations, rehaussèrent encore l’éclat de ce sanctuaire déjà si brillant. Lorsque tous ces travaux furent achevés, on inaugura de nouveau celte antique basilique, rajeunie sous cette luxuriante parure, et toute fière de ses teintes polychromes. Dans le même temps , le chanoine Philippe de Barly , vicaire-général de cette église, et curé de St-Martin de Château-Thierry poursuivait à ses frais la réimpression du bréviaire de son ordre ; il mit la dernière main à cette importante publication , le 26 avril 1547 , et elle fut éditée l’année suivante à Paris.

Al )rès la mort de ces deux hommes célèbres cl justement Jc-

grettés^ cetle abbaye tomba , comme beaucoup d’autres, dans le reincbeinent ; et l’abus des commendes, alors si fréquent, ne fit qu’augmenter le mal. On sentait le besoin d’une réforme radicale, et Raimond de la Nauve, prieur de Coincy et abbé d’Essomes, parvint non sans quelque peine à y introduire les chanoines réguliers de la congrégation de France , plus connus sous le nom moderne de Génovéfains.

Ces derniers disparurent à leur tour dans la tourmente révolutionnaire , aussitôt le marteau de la démolition commença ses déplorables ravages : et de ce vaste monastère il ne reste plus aujourd’hui que le logement do l’abbé, et un fragment des batiments conventuels, encore n’offrent-ils rien de remarquable.

Le cloître a entièrement disparu, à peine si on distingue en quelques mdroits des murs contre lesquels les arcades venaient s’appuyer, quelques tronçons de colonnes mutilées très-frustes ; des traces d’une espèce de peinture jaumltre semblable au citron, alternées symétriquement de lignes d’un rouge pfile, figurant une suite de bandeaux parallèles. Mais ce qui doit surtout exciter les regrets, c’est la destruction d’une belle galerie placée au nord du cloître , embrassant sous sa large colonnade tout le Iranssept occidental. C’était là sans doute que se réunissaient les religieux en habit de chœur, avant d’entrer dans l’église par une porte latérale qui communiquait directement dans l’abbatiale. On aperçoit encore dans l’épaisseur des murs, des débris de colonnettes en faisceaux, dont les chapiteaux sont garnis de feuillages enroulés. Quelques autres présentaient dans la longueur de leur fut, une espèce de corniche semée d’animaux fantastiques; ces Cülonnettes très-grêles et souvent^monolithes , dont on peut voir de curieux fragments chez quelques particuliers, paraissent provenir de cet élégant édifice. Les tours et les murs qui cein-r turaient le couvent sont presque tous tombés ; il n’en reste plus que deux, avec un pan de mur percé de créneaux , et offrant encore une épaisseur de 1 mètre 40 centimètres. Le canal a été comblé, et des pièces d’eau occupent remplacement des tours septentrionales.

Heureusement l’église n’a pas eu le même sort; elle est encore debout avec toute la magnificence de son architecture ; nous allons essayer d’en donner une idée exacte, en entrant dans quelques détails purement descriptifs,

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