‹ Notice historique et descriptive de l'église abbatiale d'Essomes, pres Château-ThierryChapitre 3 sur 5 · Partie Archéolog^lque · texte numérisé non relu

Partie Archéolog^lque

Ensemble dit monument.

Il suffit de jeter un coup d’œil général sur l’ensemble de cet édifice, pour se convaincre que sa construction remonte à celle brillante période, où l’architecture ogivale créa sur notre sol tant de merveilles artistiques. En effet, partout il vous offrira, dans ses formes comme dans les détails de son ornementation, cette pureté native, unie à cette majestueuse simplicité qui distiîigue si éminemment l’art au i3* siècle, et l’on peut ajouter qu’on ne rencontre pas ici ce mélange hétérogène et bizarre, où tous les styles, se confondant dans la succession des âges, sont venus briser la suave harmonie de plusieurs denos cathédralescommencées à celte époque. Celle-ci, quoique classée dans un ordre inférieur, comparativement à ces monuments si hardis et si riches qui étonnent autant l’imagination qu’ils saisissent le cœur d’un saint respect, paraît avoir été placée dans le creuset, et en être sorti sans avoir éprouvé d’interruptions bien prononcées, au moins quant à ce qui nous en reste aujourd’hui.

L’église, nous le savons, a subi une grande réduction dans sa forme; car avant 1765, sa vaste enceinte renfermait deux églises : l’abbatiale, où les religieux célébraient l’office, et l’église paroissiale, destinée aux habitants; celte dernière n’était qu’une prolongation d’environ trente mètres de la nef principale et des collatéraux. Cette portion d’édifice un peu moins élevée sous voûte était à la charge des habitants (1), mais comme elle exigeait des réparations trop considérables, ils résolurent de la supprimer. On ne conserva de celte église proscrite qu’une grosse

(i ) Un procès entre les habitants et les religieux tendrait à pro.uver que tout l’édifice était à la charge de ces derniers : nous avons quelque peine à le croire , et cela avec d’autant plus de raison (ju’il n’y avait pas d’autre église paroissiale ; les chapelles domestiques de la cour Sainl-Mard , et celle du Grand-Moncüurt servaient l’une à la maison du prévôt de Marisy, décimateur pour les deux tiers; l’autre pour la ferme et les hameaux du Grand-Moncourt. (Voyez Fouillé de Soissons. Essomes. p. 224^.

tour carrée qui resla ainsi isolée, pendant plus de Ironie ana. Mise en vente par Tadministration cantonnale en 1795 , elle fat vendue au prix de 577 francs. Il n’en reste plus pierre sur pierre, et bientôt on ignorera jusqu’à son emplacement.

Par ce retranchement considérable , l’église de l’abbaye , soit qu’elle ait été bâtie sur ce plan qui aurait été modifié dans la suite, soit plutôt qu’elle ail perdu sa physionomie originaire et primitive ne s’en rapprocha pas moins d’une croix grecque. Du portail au fond de l’abside , elle présente une surface de 40 mètres de long sur 50 de large dans les transsepts. La nef principale a 8 mètres de large, le double des collatéraux, non compris l’épaisseur des colonnes. L’abside a elle seule 13 mètres 20 centimètres sur 6, et forme un hémicycle dont les côtés se prolongent parallèlement au-dessous de son centre. Il est probable que par son étendue et son élégante disposition, elle a toujours servi de chœur à la romaine. La nef principale offre un parallélogramme très-court, accollé de deux collatéraux qui se terminent aux transsepts. Sur la masse de cet édifice s’élancait une flèche aérienne qui fut renversée en 1812 et brisa dans sa chute l’ancienne sacristie. Un clocheton trapu et massif écrase aujourd’hui de sa forme octogonale la hauteur du comble.

L’abbatiale d’Essomes présente une disposition particulière , dont on rencontre peu d’analogues à cette époque : tandis que la plupart des édifices de ce genre affectent une orientation plus ou moins sensible de l’est au sud, celle-ci au contraire marque une fixité invariable au nord-est. On rechercherait en vain les motifs d’une semblable disposition ; la voie publique qui longe ses murs extérieurs n’eût pas été un obstacle pour régulariser cette légère déviation.

s II.

Extérieur.

L’extérieur n’a rien que de simple et de sévère , on remarque une grande sobriété dans les ornements dont les uns ont été détruits on sont gravement endommagés.

Les murs, construits dans un moyen appareil avec un calcaire grossier, d’une extrême dureté semé de petits coquillages sont

décorés de moidures horizontales en forme de larmier ; des pilastres engagés, contre les(|uels viennent s’appuyer les arcs-boutants, supportent la saillie dit couronnement ; leurs chapiteaux sont garnis en quelques endroits de feuillages en retroussis ; des colonnettes ornées de crosses ou expansions végétales entourent quelques fenêtres ; la corniche présente de longues feuilles entablées , dont les extrémités recourbées en volutes s’épanouissent en fleuron ; le toit qu’elle supporte maintenant est en tuiles, tandis qu’autrefois il était couvert en ardoises, ce qui lui a ôté évidemment de son aspect pittoresque et radieux. Des piliers et des arcs-boutants partant des contre-forts inférieurs s’élancent jusqu’à la hauteur de la frise , et se terminent par une retraite en pignon, surmontée d’un bouquet de crosses, ou de rayons en étoiles. Ils sont percés d’une baie de communication, servant de passage à une galerie extérieure qui a été supprimée; autour de l’abside, des contre-forts étroits sont projetés à deux mètres de l’édifice, leur ornementation se compose de simples ressauts; les autres contre-forts décrivent un arc rampant, appuyé à sa partie supérieure sur une colonne cylindrique engagée; ils sont hérissés de gargouilles représentant des monstres, des poissons, des animaux, des moines; un masque saillant semble les soutenir dans leurs projections.

Fenêtres. — On distingue également, deux sortes de fenêtres; les unes, étroites et allongées ressemblent à un fer de lance; les autres placées au-dessus, sont séparées par des meneaux perpendiculaires jusqu’à la naissance de l’arcade où ils se bifurquent, et sont surmontées d’un ou de plusieurs œils de bœuf pour la plupart découpés en lobes; dans quelques-unes, et surtout dans celles du transsept droit, l’ogive principale est divisée en plusieurs compartiments formant des ogives secondaires, dont les tympans, appuyés sur la pointe des lancettes, offrent une suite de gracieuses rosaces superposées. Des crosses et des fleurs épanouies suivent en guirlande les contours de quelques arcades, et reposent sur des corbeaux à figure humaine. Les trois portes, ainsi que les fenêtres de la façade n’ont rien de remarquable , si ce n’est leur chétive proportion , et un lourd pleincintre plus propre à défigurer l’édifice qu’à l’embellir.

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