‹ Notice historique et descriptive sur l'Eglise SaintEtienne de BeauvaisChapitre 3 sur 15 · PROSE DE L'ANE · texte numérisé non relu

PROSE DE L'ANE

Oricn tis partibus A d venta vit asinus Pulcher et fortissinrus

Lentus erat pedibus Nisi foret baculus Et cum in clunibas Pungeret aculeus.

Hic in collibus Sichem Jam nutritus sub Ruben , Transiit per Jordanem , Salut in Bethléem.

Subjugalis filius , Asinus egregius Asinorum dominus !

Saltu vincit hinnulos Damas et capreolos , Super dromedarios Velox Madianeos.

Un âne de fort gente mine Nous vint du côté du levant, Sachant sur sa robuste échine Porter uu bagage pesant.

Il ne marchait d'un pas rapide Qu'avec le secours du bâton , Et quand dans sa croupe timide Se trémoussait un aiguillon.

Ruben éleva son jeune âge

Sur les collines de Sichem ;

Du Jourdain brusquant le passage r

Il vint bondir à Bethléem.

Coiffé de ses longues oreilles, Voici le fils du Porte-Bat ; C'est la merveille des merveilles , Des ânes c'est le potentat !

Il peut devancer, dans la fuite Grâce à ses gigantesques sauts , Le chameau du Madianite , Les daims, les mulets, les chevreaux.

Aurum de Arabiâ Thus et myrrhum de Sabâ Tulitinccclesiâ Virtus

Sa puissantissime ânerie Jadis à l'église apporta L'or de l'opulente Arabie , La myrrhe et l'encens de Saba.

Dùm trahit véhicula

Quand d'un charriot plein de bagage

Mult cum sarcinulà

Il traîne le faix accablant ,

111 ius mandibula

Le drôle égayé le voyage

Dura terit pahula.

En broyant l'herbe sous sa dent.

Cum aristis hordeum

Dans les granges il fait ripaille

Comedit et carduum

Avec de l'orge et des chardons;

Triticum à paleâ

Il sait choisir... non point la paille ,

Segregat in areâ.

Mais le meilleur blé des moissons.

Amen dicas , asinc

Rassasié de mangeries ,

Jam satur de gr aminé

Sire âne , répétez amen ,

Amen , amen itéra

Et faisant fi des vieilleries ,

Aspernare vetera.

Dites encore : amen , amen.

On fléchissait le genou , à cette dernière strophe , alors qu'on chantait : Amen dicas asine.

D'après le manuscrit du xir 5 siècle, dont parle Ducange, dans son Glossarùwi , chaque couplet de cette prose était terminé par ce refrain :

Hcz sir asnes , car chantez Belle bouche rechignez Vous aurez du foin assez Et de l'avoine à plantez.

A Au tun , d'après les registres de Rota ri us, le refrain ne se composait que de ces mots :

Hé sire asnes, hé, hé.

Le dernier couplet se terminait par ces paroles:

; , va ! faez va ! bcz va ! hcz Bialx sir' asnes , car allez Belle bouche, car chantez Vous aurez du foin assez Et de l'avoine à plantez [t), »

Godefroy Hermant raconte qiie la muraille de l'église Saint- Vaast-Saint-Etienne , où était alors l'hôpital des pauvres, étant sur le point de tomber à cause de sa vieillesse , les ouvriers ayant déjà préparé leurs machines pour la redresser le lendemain, ils la trouvèrent à leur réveil toute redressée.

Une autre fois des charpentiers ayant préparé une poutre pour la réparation de l'église , la trouvèrent trop courte après Pavoir montée; grand fut leur embarras , mais la nuit étant survenue la poutre fut allongée miraculeusement , et dès l'aurore fut placée au lieu pour lequel on l'avait taillée.

À l'égard de toutes ces merveilles on peut répéter avec Chateaubriand : « La plupart de ces faits sont » contestés et très-contestables ; mais il s'agit moins de » la critique historique à cette époque , que de la pein- » ture du mouvement des esprits. » D'ailleurs, ces beaux prodiges eurent un terme, et ne préservèrent pas toujours de ruine la basilique primitive de Saint- Etienne , qui , soit par vétusté , soit par une cause que l'histoire nous laisse ignorer, fut détruite aux x° siècle sous le pontificat d'Hervé, 40* évêquede Beauvais.

Vers l'an 997 on jeta les fondemens d'une nouvelle

(i) Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie, t. îv, p. fo*.

église qui fut bâtie au même lieu , sur une plus vaste échelle, et avec toute la magnificence architecturale dont l'art de ce tems était susceptible. La nef et les deux transepts encore debout font présumer que le chœur devait appartenir au même style; cependant il faut ici faire une observation qui sera répétée et confirmée plus loin. Les dates historiques et les caractères d'architectore s accordent à démontrer que le chœur primitif était la plus ancienne partie de l'église. A ces ogives qui commencent à poindre au bas de la nef, ne reconnaît-on pas la marche de l'art qui du chevet au portail a progressé gaduellement? L'ancien chœur offrait sans doute les caractères du roman vierge ; il n'en est que plus regrettable. Il est permis d'affirmer que la construction de cette église , commencée à la fin du x # siècle, a duré jusqu'à la seconde moitié du xii*.

À titre de priorité , cette paroisse jouissait de plusieurs privilèges. Dès l'an 1072 Guy, évêque de Beauvais, ayant déposé Roscelin , chantre de la cathédrale , et Nevelon , chanoine de Compiègne , tous deux curés de St. -Vaast-St. -Etienne , y fonda plusieurs prébendes ou canonicats ( portés ensuite au nombre de douze) auxquels il conféra tout pouvoir et juridiction ecclésiastique sur leur paroisse et celle de St. -Sauveur, avec toutes les attributions propres à cette dignité. En vertu de ce pouvoir, la cure de St.-Sauveur est restée à la présentation des chanoines de St.-Vaast jusqu'en 1793; ils y célébraient la veille et le jour du patron , et y percevaient les oblations pour lesquelles les marguilliers leur rendaient une somme annuelle de 35 livres. Le curé ne put jamais obtenir sur eux le droit de préséance, il devait même les recevoir au por-

tail, et présider la cérémonie. Ces chanoines avaient encore le droit de porter l'extrême -onction, de lever les corps dans les paroisses St.-Sauveur , St.-Thomas , St.-Gilles, St.-André, Ste. -Madeleine et St.-Martin. Voici le titre de fondation :

In nomine S. et individuœ Trinilatis.

« Guido Dei gratia Belvaccnsis tam futuris quam praesentibus notum sit. Quod nos considérantes Domioi Roscelini cantoris Ecclesiae S. Pétri et Nevelonis Compendiensis Ecclesiae Canonici religiosam devotionem collaudamus, et sicut digi est comprobamus. Hi siquidem Ecclesiam B. Vedasti qua; in Belvacensi Burgo sita pro antiquilatis dignitate quasi mater, et caput est cœterarum Ecclesiarum tam in urbe quam in suburbio positarum sub nomine personae possidentes cum duo tantum in ea presbyteri deservirent nostrae mansuetudinis licentiam postularunt , ut in prœdicta Ecclesia plures apponi canonicos concederemus : quatenus augmentato numéro ministrorum multiplicaretur quoque religion i s obsequium.

» Quorum laudabi lcm petitionem libenter amplectentcs in praedicta B. Vedasti Ecclesia canonicos institui decrevimus, id etiam constituentes ut canonici illi jam dictam Ecclesiam , necnon et Ecclesiam S. salvatoris sine calumnia possideant, cum omnibus quœ ad utramque Ecclesiam pertinentia in ea die qua Canonici constituti sunt , Roscelinus et Nevelo possidebant.

» Id etiam decernimus et presenti pagina sancimus, ut jam dicta 1 Ecclesia; Canonici ea dignitatc et liber la te vigeant quam cseteri qui vel in urbe vel in suburbio sunt Canonico obtinent. Ut autem hœc Canonicorum

tnstitutio rata in posterum et stabilis permanent illam carta; presentis attestatione et sigilli nostri assignatione corroboramus.

)> Illud postremo adjicientes ut si quis Canonicorum redditus et stipendia vel Ecclesiae ornamenta violenter aut fraudulenter et perperam detrahere corrumpere aut alienare prœsumpseril anathema sit. Àctum in ipsa B. Vedasti Basilica in praesentia cleri et populi 15 kalend. Junii anno Incarnationis Dorainicae 1072. Indict. 10. anno regni Philippi Régis 13. Episcopatus Domini Guidon i s 9. régnante Domino nostro Jesu Christo per omnia soscula. Amen. »

C'est le lendemain de la fête de l'Ascension , 8 mai 1072, en présence du clergé et du peuple de toute la ville réunis en l'église de St.-Vaast-St.-Etienne , que Guy évêque de Beauvais, installa solennellement le nouveau chapitre. Assistaient avec leur suite Thibault abbé de St. -Lucien , Robert abbé de St.-Symphorien, Ives abbé de St. -Quentin , Hugues doyen de S.-Pierre, Gautier trésorier, Roger archidiacre , Gosselin archidiacre , Henri chapelain , Régnier chapelain , Salomon prêtre, Odon doyen de St.-Michel, et autres dignitaires de l'Eglise de Beauvais. Nous n'avons encore qu'une connaissance trop superficielle de l'art du xi # siècle , et surtout du cérémonial usité alors , pour nous faire une idée exacte de l'appareil majestueux d'une semblable fête. L'imagination serait impuissante à se figurer le coup-d'œil que devait offrir cette imposante réunion ; un évêque vêtu de ses plus riches habits pontificaux , avec ses insignes ornés d'émaux bysantins, et entouré de toute sa cour, des abbés suivis de leurs moines, un immense clergé couvert de chappes d'or, toute cette

scène vue sous le clair-obscur des vitraux, accompagnée des chants graves et religieux entonnés par l'enthousiasme de la multitude , voilà une solennité digne du moyen-âge. Mais le chapitre de St.-Vaast, institué avec tant de pompe , ne fit guère parler de lui dans l'histoire que par une composition faite avec les Franciscains à la fin du xin* siècle, et pour s'être opposé, mais infructueusement, à l'établissement du collège de Beauvais.

Vers la fin du xv e siècle le chœur roman , bâti en 997, fut détruit , on ne sait encore par quelles causes. Le pourtour du nouveau chœur fut commencé en 1 506 , et le maitre-autel consacré en 1522 par maître Jean de Pleurs ; le tout bâti aux frais et dépens du clergé et des habitansde la paroisse; mais les comptes furent longs à terminer, car Simon nous apprend qu'il y eut concordat en 1619 pour régler l'association formée à cet effet par les chanoines et les marguilliers. En 1590 on éleva la grande tour qui fut surmontrée plus tard, en 1674 , d'une cage de bois, dont les mesures avaient été mal prises , disent les historiens ; cependant le dessin en avait été donné par un chanoine de la cathédrale qui a construit le jubé de St. -Pierre , et qui avait conçu le projet d'achever cette superbe église en bois suivant l'ancien plan. Il y a lieu de croire que l'intention des architectes du chœur et de la tour de Saint- Etienne était de supprimer l'ancienne nef comme ils avaient renversé l'ancien chœur. Cette intention semble du moins indiquée par les pierres d'attente, et les arcs qui pendent interrompus sur la paroi du clocher tournée vers l'édifice. Heureux estlecontre-tems qui suspendit leur projet sacrilège, car tel élégant que

soit le chœur dont il nous ont gratifié, on ne doit pas moins condamner, dans l'intérêt de l'art, ce mélange des ornemens gracieux et légers de la renaissance aux formes imposantes et graves du style roman. Entr'autres vandales architectes, qui entreprirent cesdiverses reconstructions, on cite Naquet, Maréchal, Casier. Engrand Leprince , célèbre peintre sur verre a composé pour Saint -Etienne le vitrail de Notre - Dame de-Lorette, celui de la chapelle Saint-Jean, d'après les cartons de Raphaël , l'arbre de Jessé , Saint-Sébastien d'après Jules Romain , la Nativité dans la chapelle de Sainte-Marguerite , le jugement dernier; le martyre, de saint Etienne donné par la famille Delafontaine - saint Nicolas dans un vaisseau agité par la tempête, finalement sainte Catherine discourant au milieu de docteurs. Nous verrons à l'explication des vitraux ce qui subsiste de ces merveilleuses peintures. Nicolas et Jean Lepot, Champagne et autres artistes dont les noms se rencontreront dans la suite de cet ouvrage , ont encore travaillé pour cette église.

Je ne sais précisément à quelle année il faut fixer l'érection de la tribune aux harangues , monument qui était adossé au transept méridional de St.-Etienne , et dont l'usage est connu de tout le monde. Là , le maire de la ville sortant décharge remerciait ses concitoyens; là, le maire nouvellement élu prétait serment à la commune; là, les pairs et échevins juraient de maintenir la liberté. Quant à l'élection des maires et pairs de la ville, voici la description que Loisel fait de cette cérémonie : « Chacun an , le dernier jour de juillet , la commune » de la ville est assemblée au son de la cloche qui est » en l'église de Saint-Estienne, et est la principale

» horloge de la ville, afin de se trouver au cimetière » de l'église. En laquelle l'ancien maire montant en » la chaire qui y est de longtemps, remercie les bour- » geois de l'honneur qu'ils lui ont fait , les priant l'en » vouloir décharger, et procéder à l'eslection d'un au- » tre qui soit bien affectionné au service du roi , et à » la conservation delà ville. Le lendemain à six heures » du matin , luy accompagné de ses pairs et autres » du conseil , font chanter une messe du Sainct-Esprit » en ladite église; et de là vont en rhostel- de-ville, « auquel se trouvent tous ceux du conseil , et la plu- » part des habitans, au moins les maistrcs des mes- » tiers : en la présence desquels le maire ayant dere— » chef remercié, remet les clefs de la chambre du » secret, et les sceaux de la ville sur le bureau. Les- » quelles, s'cstant retiré, sont mis par le procureur » de la ville es-mains du plus ancien pair, et la com- » pagnie advertie par l'advocat d'icelle d'eslire quatre » scrutateurs pour recevoir les voix de l'eslection, » sçavoir est , deux du corps de la ville , et deux de la » commune : du nombre desquels est ordinairement » le plus ancien pair. Sont en leur présence appelés » à tour de roolle lequel est scellé par les scrutateurs : » et lors chacun sortant de la chambre du secret, en » laquelle ces nominations ont été faictes, ils s'en » vont en la salle où est tout le peuple; et ayans lesdits » scrutateurs reconnu les roolles avec leurs sceaux, » on publie et annonce tout hault le nom de celu y qui » est esleu maire à la pluralité des voix. Lequel en est » incontinent adverti par les députez , qui le prient » d'accepter la charge : et à cette fin se trouver au » lieu de la commune sur les quatre heuresde relevée,

Diqitized by

* afin d'en prêter le serment. Ce qu'il faict en la pré- » . sence de tout le peuple. Et est la forme du serment » que l'advocat de la ville lui faict jurer telle; vous » jurez Dieu le créateur que vous conserverez la ville » de Beauvais souz Pauthorité du roy, la défenderez » de tout vostre pouvoir envers tous et contre tous en » ses droits, privilèges, franchises et libertez, en- » semble toute la commune ; qui si tost qu'il viendra » à votre cognoissance aucun péril éminent par le- » quel il vous apparoisse aucune chose au dommage » de la ville et surtout contre le service du roy, vous » le communiquerez à vos pairs pour en avoir ad vis : » et au contraire s'il vient à vostre cognoissance au- » cun bien pour le profit de la ville et commune, vous » le mettrez en délibération, qu'en vostre charge aucun » pour inimitié ne blesserez, ni pour amitié ne sup- » porterez, que vous ne transporterez, ne permettrez » être transportés aucuns tiltrcs ou enseignemens du » secret sans délibération , que vous ferez exécuter se- » Ion vostre pouvoir ce qui sera délibéré, et vous vous » comporterez en vostre charge comme un bon maire » et un homme de bien est tenu de faire. Ce serment » étant faict , lui estant en bas au milieu de la corn- » mune, sur l'interrogatoire de l'advocat qui en haut » dedans la chaire, on 4e conduict en icelle. Et de là » après avoir remercié la compagnie , et exhorté un » chacun au service du roy, et au bien et conservation » de la ville, il est conduict en sa maison par la plu- » part de ses pairs et amis, auxquels il donne à soup- » per. Le lendemain matin , lesdits maire , pairs , con- » seil et principaux des mestiers étant derechef as- » sembés au son de la cloche; se trouvent en l'hostel-

» de-ville pour procéder à l'élection des nouveaux » pairs, au lieu de ceux qui sortent de charge, aux- » quels l'eslection étant signifiée par un sergent de la i» ville, ils se rendent sur les cinq heures de relevée » au mesme lieu de la commune, pour y prester le » serment en la présence du peuple. Lequel ils réitè- » rent en l'hoslel-de-la-vile en la présence du maire » et des autres pairs. Ce que font aussi tous les autres » . officiers d'icelle , sçavoir est , les lieutenant, advocat, » procureur, greffier et maistre des forteresses. »

La chaire , ou ( pour conserver le langage traditionnel ) la tribune aux harangues, n'existait pas comme monument avant le xvi" siècle. Lescommuniers de Beauvais , en possession du droit d'élire librement les officiers municipaux, se réunissaient primitivement pour cette élection devant le grand portail de l'église. Plus tard, on se porta dans la partie septentrionale du cimetière, et l'on choisit l'extrémité du transept, où, d'abord, on n'éleva qu'un simple tertre surmonté d'un auvent ; ce tertre, où l'orateur montait pour haranguer le peuple dans les occasions solennelles , s'appelait alors la commune. Mais il fut bientôt remplacé par un petit édifice en amphithéâtre auquel on accédait par un perron à trois faces. On trouve en 1571 un avis des chanoines de Saint-Vaast, pour prévenir le corps de ville du mauvais état de la tribune. En 1629, la tribune fut reconstruite intégralement sur un plan tout nouveau. On y incrusta trois armoiries en pierre, celle du roi, celle de M. Dauvet seigneur du Marets , et celle de la ville , et deux tables de marbre noir sur lesquelles étaient gravées, en lettres d'or, deux inscriptions dont l'une rappelait l'origine

et le but du monument, dont l'autre était le dislique suivant :

Regius hic nions est et in hoc de monte quotannis Francorum régi dextra fides que datur.

C'est alors que le monument prit le nom de tribune aux harangues , concurremment avec celui de commune qu'il conserva toujours. On y fit encore de nouvelles réparations et quelques modifications en 1739. Dans ce dernier état, la tribune aux harangues offrait l'aspect d'un bastion. La façade se divisait en trois travées inégales, celle du milieu étant la plus haute, celles de coté suivant un plan incliné. Les murs en, chaînes de brique et de pierre étaient recouverts d'un parapet en longues dalles. L'intérieur formait une cour pavée à laquelle on arrivait de chaque coté par un escalier de pierre; la saillie totale de l'édifice, depuis le mur de l'église jusqu'à la façade , était d'environ cinq mètres (i).

Cette tribune municipale fut détruite en 1793.

D. Devert appelle Saint-Etienne église in campis dans son explication des cérémonies de l'église. Erigée hors les murs , elle demeura église paroissiale de faubourg jusqu'à l'époque où l'on assigna pour limites à la ville les fossés qui l'entourent aujourd'hui, et dèslors elle conquit le droit de cité. Un vaste cimetière clos de murs l'environnait, suivant l'antique et religieux usage; ce cimetière servait à toutes les paroisses

(i) J'ai puisé* ces divers renscignemens dans une notice sur la tribune aux harangues , présentée par M. de Vadancourt au Comité archéologique de Beau vais. [Séance du 21 mars 1842.)

^jui n'en avaient pas , de sorte que les voitures ne pouvaient y aborder d'aucun côté ; il est aujourd'hui travesti en une place de foire et de marché. On lit extérieurement cette inscription près de la petite porte méridionale :

Respecte ici les morts , tremble en ces tristes lieux ; Crains la mort et l'enfer, et pense au bien des cieux.

D'autres sentences laissent encore quelques traces dans l'entre-colonnement extérieur des contreforts , mais elles sont indéchiffrables.

« Sous Philippe de Dreux l'Hotel-Dieu fondé plu- » sieurs années auparavant , était bâti aux environs » de l'église Saint- Vaast , comme il y possède encore » plusieurs maisons : ensuite il a été transféré hors la » porte Saint-Laurent (i). »

Après ces notions que la chronique avare nous fournit si succinctes, il faut prendre connaissance intrinsèque du monument; mais avant, je résume.

Il y eut donc trois églises Saint-Etienne : l'église gallo-romaine , bâtie vers 290 par saint Firmin ou ses disciples-, l'église romane commencée en 997, dont la nef et la croisée subsistent encore $ l'église de la renaissance , qui n'eut jamais que le chœur et la tour latérale encore existans.

Tel qu'il est aujourd'hui, ce monument présente deux époques tellement distinctes qu'on ne saurait, pour l'étudier et le décrire, adopter de divisions plus naturelles que celles qu'il offre à l'œil le moins exercé.

(i) Godefroy Hermant.

Page 1