‹ Notice historique sur BarèreChapitre 7 sur 8 · LES DOCTRINAIRES · texte numérisé non relu

LES DOCTRINAIRES

Ce sont les jésuites de l'aiislocratie européenne, jésuites tricolores aujouixl'hui, comme ils ont été réactionnaires blancs. Leur caractère serpente merveilleusement dans la politique. Hommes sans passions généreuses, mais habiles à exploiter les passions des autres ; absolutistes ou charlatans , selon les temps et les lieux; tantôt servîtes de cour, tantôt libéraux des centres ; ils ménagent les intérêts ambitieux, vaniteux, égoïstes; ils ne reculent devant aucun excès, aucun attentat, s'ils les croient nécessaires à leur succès; ils ne redoutent aucune des conséquences de rimpopulaiitéqui est une de leurs maximes d'État ; ils sont en communauté avec les passions diverses, en partage avec les intérêts différents , poui vu qu'ils servent à rendre plus compacte leur majorité de coalition. Les fonctionnaires, à quelque pouvoir qu'ils appartiennent , ne sont pour eux que des séides politiques , s'ils ont quelque talent ou quel que audace , des marionnettes si ce sont des hommes vulgaires. Les doctrinaires se font tour à tour chefs et soldats , et à la fois centre et moteur. Ils ont l'apparence de n'être qu'une coterie scientifique , un professorat politique : c'est une association machiavélique et absolutiste; c'est un parti arrogant et inexorable de haine et de décri contre toutes les institutions sociales inspirées par la liberté; c'ost une secte de persécuteurs et d'.ennenus de toutes les noJbles exigences de l'esprit du temps; c'est une faction recrutée dans les hautes et dans les moyennes classes de la société, qui a pour auxiliaires ardents, maisstupides, des hommes peureux, crédules, ignorants, fanatiques. Cette faction de la résistance n'a foi ni dans la patrie ni dans la liberté ; elle nie le mouvement moral cl intellectuel qui agite la France , et n'aspire qu'à régner par la paix des tombeaux. Ce parti prétend faire avorter la révolution de juil-

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lot 1830 et effacer toutes les traces de la révolution de juillet 1789 ; ce parti se glorifie de n'avoir pas appelé la nouvelle et d'avoir éloigné l'application des principes de l'ancienne; ce parti ne voit dans les glorieuses journées qui ont mis en éclats un trône de plusieurs siècles qu'un accident, une catastrophe; et dans l'œuvre de 8i) une usurpation de pouvoir; ce parti, plâtrier d'une charte octroyée, veut continuer la restauration malgré la victoire populaire qui l'a fait cesser, et réputer inexécutable l'acte constitutionnel de 1791 : ce parti mi voit pour but à ses travaux qu'un milliard et demi de budget à exploiter, et dans le peuple de 89 et de 1830 qu'une vile matière imposable. C'est à l'opinion publique à prononcer sur ces charlatans, usurpateurs de tous les pouvoirs et destructeurs de tous les droits. L'opinion publique aura un jour sa justice; car les doctrines de tous ces savants professeurs de despotisme classique ne sont qu'un retour à l'arbitraire, au privilège, à la dilapidation et à l'impopularité du gouvernement.

l'impopularité.

On ne peut nier le progrès dans le régime des Bourbons. Un ministre de Louis XV III , M. Pasquier, dit naïvement à la tribune à ceux qui demandaient que le gouvernement fût impartial, qu'il croyait la partialité nécessaire pour un bon gouvernement. Un ministre de Louis-Philippe, M. Guizot, a déclaré à la chambre des députés, en 1831, que la première condition et le caractère d'un bon gouvernement devaient être l'impopularité.

Quel aveuglement donne le pouvoir! proclamer dans le pays le plus civilisé de l'Europe l'impopularité comme un principe, et soutenir que la force brutale, résultat nécessaire de l'impopularité, est un moyen de gouvernement! Ce faux et ignominieux système a porté ses fruits , en multipliant les défiances, en produisant la désaffection, en exaspérant les partis , en éternisant les haines, en froissant ies intérêts, en paralysant par des émeutes provoquées et

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par une police occulte et immorale la cessation du commerce et de l'industrie.

l'article i/\ DE LA CHARTE OCTROYÉE.

C'était le despotisme tout pur, mais devenu constitutionnel. Le despote n'avait nul besoin de dédaigner les lois, de les interpréter , de les tourner ; il pouvait les suspendre et mettre à leur place sa volonté , ses caprices, ses passions, ses erreurs Mais ce refo menaçant, cette épée de Damodès suspendu(> au-dessus de la ciiarto par la royauté , n'en était pas moins une arme aussi périlleuse pour celui qui s'en servirait que funeste pour la nation. Aussi cette arme s'est-elle tournée contre la main de Charles X , lorsqu'il a voulu l'employer contre la France accoutumée à ne rien redouter que la servitude. Son exemple aurait instruit ses successeurs, s'il y avait une expérience en politique. Mais d'ambitieux pédants, déguisés en ministres, ont trouvé une tactique plus simple, ils arrivent au but de l'article 14 sans le dire. Ils font législativement des coups d'État , et rejettent sur les chambres la responsabilité et l'odieux de leurs mesures de gouvernement. Ces aventuriers politiques parlent sans cesse de légalité et ils se jouent des lois; ils ne connaissent de légal que le succès.

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