‹ Notice historique sur Henri GrégoireChapitre 3 sur 7 · Les droits réunis sont abolis · texte numérisé non relu

Les droits réunis sont abolis

8. Les autres impôts sont maintenus provisoirement 0. Le Sénat, au nom de la nation , vote des remerct-

mens solennels aux puissances alliées, dont le courage victorieux Ta soustraite au jougde la tyrannie.

iO. Le Sénat va s'occuper sans délai d'un plan de con* stitution qui garantisse la propriété et la liberté de tous Us individus, et qui sera soumis à l'acceptation libre de te nation françsôse.

II. Le Sénat invite tous les citoyens au maûHi^n d» l'ordre , an respect pour la religion et les bonnea mœurs» afin que le concours unanime des volontés, cicatrisant les plaies d'une nation instruite par de longs maiheqrs, ramène parmi nous l'industrie , le eômmerce, les arts» la paix et une prospérité durable. »

A mesure que la puissance du despote s'affaiblissait sous les coups de la coalition armée et les secrètes machinations de Tennemi intérieur^ la minorité opposante du sénat se recrutait de quel-

— 179 ~ qaes membres.. Au mois de mars 1814, elle se composait, d'mïe Yingtaine de sénateurs. Il y eut alors plusieurs réunions chez Lambrechts , et une dernière le 50 mars » au moment même où l'on se battait sous les murs de Paris. Ce fut dans cette réunion que le général Beumonville ayant laissé écb^per ces mots : « comment le Sénat pourrat-il exister sans tête ? » Grégoire lui répliqua avec sa vivacité ordinaire : ^ voilà bien quatorze ans qu'il existe sans cœur ! »

La déèfaéance fut prononcée \ non point la déchéance courageuse d'un trène encore debout , et kn^u'il fallait pour le renverser faire appel à l'énergie nationale, mais quand l'empereur abattu avait cessé d'être redoutable et que les soldats étfangers lui tenaient le pied sur la gorge. L'opposttion se grossit alors tout à coup d'une masse de' COtnrtisâds faisant assaut d'ingratitude enverg tour nndea maître, pour mériter les faveurs du mattre à venir, quel qu'il fût.

Louis XYIII avait eu d'exacts renseignemens stur leur compte lorsqu'il écrivait du lieu de son exil, dès le 1*' janvier 1814, cette déclaration que le cabinet britannique faisait jeter par ses croiseurs sur les côtes de France :

« Le Sénat, où siègent des hommes que leurs talens distinguent à juste titre, et que tant de services peuvent illustrer aux yeux de la France et de la postérité, ce corps, dont Tutilité et l'importance ne seront bien reconnues qu'après la restauration, peut-il manquer d'apercevoir sa destinée glorieuse qui rappelle à être le premier instrument du grand bienfait qui deviendra la plus solide comme la plus honorable garantie de son existence et de sçs prérogatives? *

Nous devons cependant ajouter, pour l'honneur d'un petit nombre , qu'au moment où fut mise aux voix la proposition de déchéance, quelques membres de l'ancienne majorité eurent assez de pudeur pour quitter la salle.

Quant à Grégoire et ses amis , en votant les premiers contre Napoléon , ils ne firent encore que se montrer persévérans. L'intention qui les dirigeait était d'ailleurs bien différente de celte dont on voyait se préoccuper la plupart de leurs collègues. Le Sénat se trouvait investi par sa position du privilège de donner à la France une forme de gouvernement. Grégoire avait senti combien pouvait être décisif, pour les libertés nationales, le moment d'intervalle à passer entre

un pouvoir qui venait de s'écrouler et un autre pouvoir encore à naître , et combien il importait au moins, si un nouveau régime monarchique allait s'établir dans la personne des Bourbons , que les limites de l'autorité royale fussent bien déterminées, avant que la bassesse des courtisans ne livrât l'état sans conditions aux souverains imposés.

Tandis que les sénateurs , peu soucieux de la réprobation publique , qui ne leur a point manqué , songeaient avant tout à stipuler, dans une constitution improvisée , le maintien de leurs dotations et de leurs dignités , Grégoire proposait que l'on se bornât à déclarer que la nation française choisissait pour chef un membre de l'ancienne dynastie , et qu'elle lui présenterait une constitution libérale , dont iLaurait préliminairement accepté les bases.

Le 4 avril , à onze heures du matin , une commission de cinq sénateurs avait été chargée de rédiger un acte constitutionnel; le soir, à huit heures, il était bâclé. (Ce terme est plus tard devenu classique en la matière.) Soumis au gouvernement provisoire, qui y introduisit, contrairement à l'avis de Lambrechts, un de ses auteurs ,

l'hérédité de la chambre haute, il fut apporté le 6 au Sénat assemblé ; puis décrété , sans ayoîr été préalablement imprimé ni distribué, malgré l'opposition de Grégoire, Garât et Lanjuinais^ Le Moniteur annonça le lendemain que ce projet avait été adopté à Vunammité^ après avoir été peêé et mûrement réfléchi.

Grégoire y apposa, comme les autres, sa signature : elle était d'obligation ; mais de ce jour jusqu'au % avril , il s'abstint de toute participation aux actes du Sénat.

Pendant cet intervalle il publia une brochure pleine de nerf et de raison , qui produisit la plus vive sensation et fut réimprimée quatre fois dans l'espace de quelques semaines (1). Il y rendait compte de ce qui s'était passé au Sénat : ce n'est pas notre faute si l'on y trouve quelques pages que l'on dirait composées sur les scènes parlementaires des premiers jours d'août 1830 : Fhis* toire se copie quand les hommes se ressemblent.

^ La France est sans doute le seul pays civilisé où, dans trois jours, on rédige, on discute , on adopte une charte constitutionnelle. Je crains

(i) De la Constitution française de l'an 1814 , par Grégoire.

que cette précipitation ne rappelle ce que disait Gacon de ses yers : ils ne me coûtent rien. Vous connaissez la réponse. Nos Démosthènes criaient à Fnrgence , comme si Philippe eût été à nos portes. Quelques hommes bniyans avaient formé y à Paris , une petite atmosphère d'opinion prétendue politique.... à Paris ^ où l'on a l'habitude de voir la France entière concentrée dans la capitale , et de regarder seulement comme accessoire l'opinion de cent départemens. » ^

Il poursuit , fidèle aux principes de toute sa carrière politique :

^ « Le, mot Souverain , mal défini dans nos dic«tionnaires^ ne peut s'appliquer qu'à la nation; car une nation n'appartient qu'à elle-même. La souveraineté est pour elle une propriété essentieile , inaliénable, et qui ne peut jamais devenir ceHe d'un individu ni d'une famille. Du même principe découle cette vérité , que toutes les fStmctions publiques, depuis la dernière jusqu'à la pluséminente , étant instituées pour l'utilité commune , ne peuvent jamais être la propriété de ceux qui en sont revêtus. Ainsi rois , princes, sénateurs Juges, etc., tous délégués du peuple , sont responsables, et, en cas de besoin , destituahlei

« L'on me répond que le principe

de la souveraineté du peuple est une abêtraction. On s^exprimait de même sous le gouvernement qui vient de finir. Les amis de la liberté étaient des Idéologues. La nation exerce, à la vérité, son droit, en appelant librement un monarque ; mais toiyours est-il bon d'inculquer au peuple un principe auquel, malheureusement, il ne pense guère 9 vu surtout que certaines gens sont très intéressés à ce qu'il n'y pense jamais. »

U signale ensuite les vices nombreux du projet de constitution, et ses critiques seraient encore tellement de saison, que nous sommes confus, en les lisant , de penser que vingt années et une ré« volution populaire ont fait faire si peu de progrès à nos statuts politiques. Il voudrait que la nomination des sénateurs, au lieu d'être attribuée exclusivement à la couronne , fût l'œuvre commune des trois autorités dont se compose le pou* voir législatif; nous n'avons pas besoin d'ajouter qu'il se prononce contre l'hérédité de leurs fonctions, tf Attendons pour cela , dit-il , que nous ayons trouvé le secret d'établir l'hérédité des talons et des vertus* » Il demande Tinterdiction de tout emploi aux députés pendant la durée de leur

mandat , et aux sénateurs dans tous les temps. Il réclame en fareur de la liberté de la presse , de la liberté individuelle, de l'inviolabilité du domicile. Il veut que Ton pose en principe le droit de révision de la charte, et qtfon en prescrive les formes. Enfin, il montre combien il serait absurde de proclamer le nouveau roi avant que la constitution n'eût été soumise à l'acceptation d u peuple, lequel a toujours le droit de la changer.

Quelques uns de ses conseils semblent marqués du signe de prophétie : « Puisse , dit-il , un gouvernement nouveau se pénétrer de l'idée qu'il importe à son existence de ne pas concentrer ses afTectioDS dans un cercle tracé par l'esprit de parti , qui n'est pas l'esprit public ; mais d'identifier son intérêt avec celui de la grande famille , d'abjurer franchement des prétentions qui , désavouées par les lumières du siècle , loin d'affermir un trôné , le laisseraient ou le feraient écrouler peut-être au milieu des déchîremens. »

Les idées de Grégoire, comme on s'y devait attendre, nefurentpointadmises. Quantau projet du Sénat, il fut remplacé par la charte octroyée.

Grégoire prévoyait et annonçait d'avance que son écrit servirait de pâture à la calomnie : il ne

se trompait point. Ce fut le signal d'un nouveau débordement de pamphlets injurieux, aeconn pagnement ordinaire de toutes ses démarches publiques; car il était sûr de réveiller une masse de souvenirs toujours vivans dans l'esprit des contre - révolutionnaires , des apologistes de l'esclavage et de l'intolérance. Son aBcien collé* gue à l'Assemblée constituante , Bergasse , l'adversaire de Beaumarchais et l'avocat des rédamations contre la vente des biens naticumux , se distingua tout particulièrement dans cette tourbe haineuse.

En terminant sa brochure, Grégoire n'avait pa retenir le cri d'un cœur ulcéré par le spectacle dont ses yeux étaient les témoins :

« L'ame est profondément contristée à l'aspect de fourbes couverts d'or et couverts de crimes, qui, par leur fortune, leur audace et leurs places, exercent sur la société un ascendant funeste. Louis XIV disait tout haut : Vétat, c'est moi; eux disent tout bas : la patrie^&estmoi.Cesilemai qui est le thermomètre secret de leurs actions. — ^Plu^ sieurs d'entre eux, après avoir encensé Maral et Robespierre, entassèrent toutes les malédictions sur la tombe de ceux dont ils avaient étélescom-

plices. D'autres, après avoir été les panégyristes de l'homme qui vient de tomber, gorgés par lui de biens aux dépens de la nation , déroulent actuellement le tableau des forfaits de celui qu'ils déifiaient. Ayant arboré toutes les livrées, on ne peut les comparer à Janus ; car la mythologie ne lui donne que deux faces , ils en ont trente. De tout^ parts ils s'agitent, ils intriguent et se glis-* sent dans tous les rangs , pour reconquérir Tinflaence qui leur est échappée. Tenez pour certain que les Séjans , les Séides , les sicaires d'un des-^ potisiQe sont toujours prêts àYenrôler sous de nouvelles bannières. Peut-être le sont-ils déjà , car déjà l'on se demande si l'on n'a pas tendu quek|ue piège ; si des hommes cachés sous le rideau n'ont pas une arrière-pensée , qui bientôt , se dévoilant , serait pour eux le comble de l'opprobre , pour nous celui du malheur ; si l'on n'a pas le projet de réduire le souverain, c'est-à-dire la nation, à capituler sur ses droits, parce qu'on veut recevoir un don, comme s'il était le paiement d'une dette. Ne seraient-ce pas là les signes précurseurs de quelque catastrophe , à travers laquelle on voudrait nous traîner aux funérailles t de la liberté ? Il est bien permis d'être soupçon-

neux à la saite d'un long cours d'expériences sur le cœur humain. »

Lambrechts aussi, mourant, disait à une amie : « vous avez deviné la cause de ma mort; ce n'est pas la maladie qui me tue, c'est la honte d'avoir eu de semblables collègues. »

Le Sénat de Napoléon fut transformé en Chambre des pairs de Louis XYIII , et une moitié de son personnel futjugée propre à continuer sous la royauté le rôle de complaisance dont elle s'était si bien acquitté sous l'empire. On choisit ceux qui acceptèrent Voctroi d'une charte et adhérèrent à ce mensonge imprimé au bas : elle a été mise sous les yeux du Sénat (i ). Les noaveam pairs s'inquiétèrent fort peu du sort réservé à leurs anciens collègues frappés d'exclusion.

(0 Nous lisons la note suivante dans les papiers de Grégoire .

« Les journaux annoncent une nouvelle édition de la cbirte, précédée de trois additions : la déclaration de Saint-Oaen , le serment du souverain , et Tarticle de Tordonnance royale portifit qu'aucun des articles de la charte ne sera révisé.

« Toutes les éditions de la charte attestent qu'elle a été MÎf ^

90U9 les yeux du Sénat. On demande que, dans uae éditioa ooo-

velle, on indique le jour où elle a été mise sous les yeux du Sénat;

on offre cent mille francs de récompense à celui qui poirrt le

aîre connaître. »

Grégoire et Lambrechts firent naturellement partie de ces derniers. « On vit, dit un biographe^ le vénérable évoque de Bloîs jugé indigne d'entrer dans une Chambre des pairs formée sous l'influence et le ministère dé l'ancien évêque d'Autun. »

Napoléon ne l'appela pas davantage dans sa chambre des cent jours , malgré les efforts du ministre Camot , qui, à plusieurs reprises , porta son nom sur la liste des candidats. Grégoire, continuant son rôle d'opposition , comme avant 1814, s'inscrivit sur les registres de l'Institut , lè seul corps dont il fît encore partie^ contre Y acte additionnel y et motiva énergiquement son refus de le signer.

Le 2 juillet il offrit à l'Assemblée des représentans la collection de ses ouvrages , en accompagnant ^et envoi d'une lettre dans laquelle il flétrissait l'odieu^x traité de 1814, dont un article prolongeait pour cinq années, au profit des Français, le droit d'acheter et de vendre des nègres , traité qui avait soulevé d'indignation tous les amis de l'humanité en Angleterre , et jeté les écrits, à Saint-rDomingue, dans un état d'irritation difficile à décrire. Déjà un décret impérial

do 99 mars 1815 , atait prononcé TaboUtioa de ce sanglant trafic ; mais Grégoire insistait surtoat pour faire sanctionner ce décret par une loi nationale : on ne nous saura pas mauvais gré de citer textuellement sa lettre :

ff Beprésentans de la oatioft.

« Un ancien ami de la liberté qai, pour la défendre à la tribune nationale y éleva souvent la voix lorsqu'il y avait du danger et conséqucnunent du courage à parler, réclame près de vous un acte de justice qui sera simultanément un acte de sagesse politique.

« La constitution présentera une lacune affligeante , si vous ne déclarez solennellement que la traite des nègres est nour jamais abolie.

a Le traité avec TAngleterre en 1814 , stipulait que pendant cinq ans encore des Français pourraient faire ce commerce du crime et de Tesclavage. Cet article a soulevé toutes les âmes en Ànglelerre-, plus de trois millions de signatures ont appuyé les pétitions addressées au parle-^ ment britannique contre cette clause scandaleuse. Xfxxa autre côté eHe a révolté les habita ns libres de Saint-Bo* mingue, déjà très aigris contre la France. Dès ce moment les Haïtiens, aiguerris sons la conduite de chefs- eiipérimenlés , ont pris une attitude menaçante et juré de dé«

fendre jusqu'à la mort une liberté qu iis ont reconquise par leur courage.

« U est passé le temps où ravarice, étouffant les cris de la nature et de la religion , révoquait en doute Funité et ndentité de Tespëce humaine. Des faits accumulés prouvent que les noirs ayant les mêmes droits que les blancs, sont doués de la même énergie pour les défendre , et s'élever comme eux à tout ce que Tintelligence a de grand , à tout ce que la vertu ofTre de sublime.

« n est passé le temps où , à défaut de raisons, les par*tisans de la traite y suppléaient par les calomnies. Les philantropes ne pouvaient élever la voix en faveur des noirs sans être accusés d'être les ennemis des blancs , sans être signalés par Timposture comme vendus à une nation longtemps notre rivale , et qui ne sera plus que notre émule , quand la liberté et la paix, se plaçant sur les deux rives du détroit qui nous sépare, donneront la main à deux peuples faits pour s'estimer et s'aimer.

« Déjà un décret impérial a prononcé l'abolition de la traite ; mais ce décret n'est pas revêtu des formes nécessaires poor avoir le caractère de loi.

a Représentans de la nation ! par une déclaration so-

lamelle , rendant hommage à la nature et à son auteur , eflEM^ei, je vous en conjure , effacez de nos annales cette stipolation affreuse du traité de 1814, qui les souille et qui tend à prolonger les calamités de Tespèce humaine :

•féaoliafiei à jamais an Uraûc qui a coûté tant de sang , de larmes , et qui a si puissammeot contribué à.déoioraliser les peuples.

« Malheur h cel^i qui voudrait fonder sa prospérité sur les désastres des autres ! Il est dans Tordre essentiel des choses réglées par la Providence que ce qui est inique soit impolitique, et finisse, tôt ou tard, par d'épouvantables catastrophes.

« Tandis qu'ailleurs, en parlant d'idées libérales, on se partage les peuples comme s'ils étaient de vils troupeaux : tandis que des hommes aveuglés ou corrompus préconisent Tobéissance passive au nom du christianisme qui la désavoue -, tandis que tout en simulant une tendresse paternelle envers la France, on veut y pénétrer en marchant sur les cadavres de tant de milliers de nos braves et sôos Tescorte de baïonnettes étrangères ; Tacte qui prosdrira constitntionnellement un commerce iiifôme , mettant tû harmonie la justice et la politique, retentira dans les àevft mondes -, il préparera les esprits et les cœura à une réconciliation générale.

a J'invoque, à cet égard, le courage et la droitore d» représentans de la nation, s

Délaissé par l'empire j Grégoire fut persécuté parla restauration. Â défaut de prétexte pour le comprendre dans quelqu'une de ses cathégories

de proscrits , soit comme régicide , soit coHimè partisan de l'usurpateur , elle voulut du main» lui enlever le seul titre qu'il possédât eneore; celui de membre de l'Institut. L'ordonmAice Vaublanc fit un choix des hommes qui avaîecil su réunir en eux la fermeté du caractère au taf lent ou à la science : Monge , Guyton dé -Afor n veau, Camot, Grégoire et quelques autrâs furent les objets de cette honorable excljQi^sion. Quand Lambrechts en apprit la nouveUÇ;, qui ne le concernait point personnellement puisqu'il n'avait pas figuré dans ce corps savant^ il fit cette brusque sortie contre les membres de l'Institut demeurés en fonctions : ^< Ces hommes auraient mérité d'être sénateurs ! Quoi ! il n'y en a pas six, il n'y en a pas un qui ait assez d'ame pour donner sa démission et sortir avec vous? on ne verra pas une protestation , pas un regret inscrits sur leurs registres ! Nous n'aurons pas un hœnme capable d'imiter Fontenelle réclamant contre la radiation de l'abbé de Saint-Pierre ! »

Non satisfaite de cette mesquine et maladroite vengeance, dont l'opinion publique dédommageait amplement les victimes, la restauration s'efforça d'atteindre Grégoire dans ses moyens

d^Bxtetence , en siispendanl sa pension d'anciea séaateur, au mépris de la charte octroyée pw le roi qui disait n'avoir jamais promis en vain (i).

liais les persécuteurs avaient affaire à un iMBune qui possédait en lui les garanties les plw puissantes contre la misère , peu de besoins et niMiis d'orgueil encore. Grégoire vendit unepw* tte de sa bibliothèque , comme il avait été d^ oMif é de le faîte en 1799; il restreignit ses dâ^ pendes; mais s'il ne se plaignit point, lespav^ très auraient pu se plaindre , car la chanté absorbait une grosse part de son revenu. EnÉti de guerre lasse , ou de retour à des sentimen plus justes, on mit un terme à ce scandale^ «ftie^ tenant toutefois nn arriéré de quelques anite sur les pensions restituées ; Grégoire , tenace m toutes choses, et ne voulant jamais céder' H pouce de terrain , apposa snr ses quittanoeâ , st la dernière même quil écrivit au lit de- m«ftj cette formule conservatrice de ses tf timts, «t'^M noud citons parce que le fait est capaetèristf^ai: « Sans préjudice de ce qui m'est redupour^Mx «t ans et trois mois, dont je n'ai rien perçu, et

(1} Proclamation de Louis XVllI, datée de Cambrai.

dans leurs vieux jours, société dont l'Angleterre possède un modèle fondé d'après les Tues du gé* néral Melville (1). L'écrit de Grégoire yeiiait de paraître , quand la Cour de cassation le cita comme autorité dans un arrêt en faveur d'un domestique qui demandait à épouser la demoiseUe de la maison dans laquelle il servait.

Dans le cours de cette même année 1814, l'an* ciep évêque de Blois publia la traduction de la fameuse Homélie démocratique , prêchée le jour de Noël 1797, dans la cathédrale d'Imola, par le citoyen cardinal Chiaramonti, devenu pape sous le nom de Pie VII ; la police fit de grands efforts pour entraver la mise au jour (un peu malicieuse, peut*être, à ce moment où il ^éta«blissaibles jésuites) de l'oauvredu saint-père>'aii* quel on n'eût pasvolontiers intenté un procès pour délit de presse. On prétendit d'abord que la pièce était apocryphe ; il fallut, dit Grégoire ^ exhiber le.teite italien aux cerbères de la censure. Fm-r xês de céder à l'évidence , ils se consolèreat eà décidant que l'homélie ne serait point annoncée

(I}llule8 and order of the British socicty for the eDcourâgemeiit <if fervajsts^ instituted 2t ooyember 1792. London, 1798.

dans le Journal de la librairie. En effet le prélatqui^ dans un mandement du 25 décembre 1 795 ^ avait déjà proclamé Brutus et Caton les héros de l'antiquité , appelait ici saint Augustin un sublime philosophe , ne se faisait pas scrupule de citer J.-J. Rousseau, reconnaissait avec Montesquieu que la vertu est l'inébranlable fondement des républiques^ et s'attachait à prouver la liaison intime de cette forme de gouvernement avec l'Évangile. « Soyez tous chrétiens ^ mes chers frères, disait-il au peuple de son diocèse , et vous serez d'excellens démocrates. » — Sur la traduc^ tion de Grégoire, trois fois réimprimée, forent foites des traductions anglaises, allemandes^ por^ tagaises et espagnoles, répandues dans les deux mondes , et accueillies surtout dans ces états de l'Amérique méridionale, où les idées de liberté ont grandi à côté du catholicisme.

Le zèle de Grégoire pour les intérêts de la religion lui avait inspiré, en 1814, une généreuse . tentative.

En 1717, Pierre-le-Grand , czar de Russie, se

trouvait à Paris : la Sorbonne lui présenta un

mémoire sur l'importance de réunir les églises grecque et latine; l'empereur accueillit ce projet

et le communiqua aux ôrèques de ses états ^ qui répomlireiit Tannée suitante à la Sorboime. Des négociations furent entamées; mais dtes demeitrèrent inftructueuses , ce qui n'étonne guère quand on songe qu'elles ftirent confiées par le régent à ï^abbé Dubois. — Grégoire, préoccupé ée be belle idée d'unir les hommes par m même lien religieux, entretenait, depuis i^l^^ une correspondance à ce sujet arec Tarchevéqne métropolitain de Moscow, lorsque le mouvement général des peilples européens, en i%{ 4, Itir sembla ménagé par la ProTidence pour feforDsercette grande fusion des églises chrétienne». Le réte prépondérant que venait de jouer Vanpereur Alexandre , ses sentfmens de piété connus et sa qualité de chef dé la communion grecque, l'appelaient naturellement à être le promoteur d'une telle entreprise; Grégoire lui adressa, le 14 mai 1814, un mémoire sur tes moyens de la réaliser, et écrivit en même temps une lettre à Louis XVIII pour tâcher de l'y intéresser. E'tra et l'autre demeurèrent sans réponse, et Grégoire a mis de sa main au bas de ses minutes :

«r Ces lettres avaient pour objet d'engager fc roi Louis XVIII, leV empereurs de Russie etd'Au-

triehe^à s'oceuper de;la rônliion des églises ^rec^ que et'latîBe. Us n'en ont rien MU et il me peste le regret d'areir tenté dés démarches kintiieB, mais dont le bntéflaii reiîgieiui.» — Quant an mé* moire^ il a été fneoiporè éepuis par Taiitemr dans soft Histoire des Sectes.

L'apparitiob du fameux concordat de ISiy^ce mimSIeste des prétentiems ultramontaines, qui devait ramener la France au siècle de François I-, fut pour Grégoire une nouvelle occasion de monter sur la brèche. Il fit pa^ître son Essai kistapique sw les libertés de f Église galUcane (t). L-auleuf y dévoile les ruses employas par le cabinet romain potirr établir et maintenir Tinftuenoe de sa politique ^ il montre eomttent FÉgfise giHAiealie , par des Itittes perj^tueUes , sut toujours se maintenir à son^égiàvd dans certainles conditions d'ind^endance; puis,|traça«t Fhistoire des dvrero concordats depuis la; pragmatique sâncCio»4e saint Loui^ jusqu'au prajet de 1^7, il M^pose avec évidence les vices de. celui-ci et ses résultats probables. Ce livre éclaira les yeux dtf pidiflf C' français , et contribua incontestable-

(t) Pari», *- l^lfr.'2«édî1. en f820. — S^'édHion en I8?7.

ment à faire rejeter les demandes ambitieuses du Vatican , présentées sons les auspices du saint personnage qui avait si bien démontré à Imola raccord de l'Évangile avec la liberté.

/On ne doit pas toutefois considérer cette histoire comme un simple écrit de circonstance.

Oatté:que Tesprit dont elle est animée en fait en quelque sorte le manuel du clergé gallican, ce qui lui valut d'être inscrite, à Rome sur Yindex Ubrorum prohibitorum , tandis qu'on la réimprimait à Paris et qu'on 1^ traduisait en espagnoli eUecon*^ serve une importance étrangère à son bn^ immé-diat. Plusieurs chapitres, consacrés aux relations des "diverses églises nationales 4ivec le tr6ne ultramontain, traitent un sujet fort peu connu en France, et que peut-être alors Grégoire seul ét«t en mesure d'éciaircir.

L'auteur , en terminant son ouvrage , en pro* mettait un autre : V Influence du christianisme^ la liberté politique et la liberté civile , qui n'a été rédigé que partiellement , et dont les matériaux existent dans ses papiers.

Mais, en 1 826, il en publia un , qui se rattache à la fois au précédent, à Y Histoire des sectes et à quelques autres travaux inédits dont nous avons

— 2tM — parié , ea ce sens qu'il présente comme eux.dea faits relatifs au clergé contemporain : c'est rjUstaire du mariage de$.prêtre$ en France, particu'' lièrement depuis 1789.

En 1 824) avait paru r Histoire des confesseurs des empereurs, des rois et d'autrfis ptinces^ composée dans le but de jieter des lumières sur la politique pontificale. Ce livre est riche en Curiosités importantes. ; . f

Antérieurement encore, en 1 81 8, il avait donné Aes Recherches historiques , sur les congrégations kospUaUères des frères pontifs ou constructeurs de ponfey c'est une de ces dissertations éruditesdans lesquelles se complais^t l'écrivain. C'était d'ail-*' leurs faire acte de justice , que de tirer ée l'oubli o.à l'histoire les a^ laissées ^ ces associations religieuses et industrielles , qui furent sous plusieurs rapports , dit Grégoire , les restaurateurs de l'architecture et du commerce. Presque toute l'Europe leur a dû des ouvrages d'une haute utilité, et la France, en particulier, le pontSaint- Esprit et l'ancien pont d'Avignon.

Parallèlement à ses travaux sur les matières religieuses, Grégoire continuait avec assiduité ceux qu'il s'était imposés lui-même comme un

— aoâ —

devoir sacré pour rabolition do la servitude coliGOiiale. Noua aïois cité sa i^tre à la diambre des représentais de i815. Il avait pdi)tièla nâme année une brochure : De la Traite et de tBeeUir vage ée$ noirs et des blancs y povr séclaitier au nom de rhomanlfié contre la convenlioA qu prolongée»! cet odieux trafic, et il avait saisi en mAme temps roccasion de faire entendre quelques par rôles généreuses en faveur des cathoMques ir* landais.

donsidérant particuiièremeni eemme ses fils d'adiq^tion les répuUicaina d'Haïti « son active aollicitttds était à rafiftt de toutes? les eifconstan»cea qui^ pouvaient se présenter de eoopèrw i leurs progrès.

Des infractions révoltantes à des^fois d^ trop indulgfentes, la révélation de nouveaux faite de b«rbaiie de la part des colons et ées mttrcbands d'esclaves , lui inspirèrent deux écrits pleins de verve :

Bfs Peines infamantes d infliger aux négriers

De' ta Noblesse de la peau, ou du préjugé des ikmes contre la couleur des Africains et cette de 9ewf^ descendans nmrs et sang-mélés^ C^^^)»

— 5MB — Quelques mismniiiaires méthodistes ayttt> dans leur correspondance , accusé d'intolésuice ciTfle les baUtans de Samt-DomingaD89.6r^oifiè s'empressa d'adresser* à eenx-^oi ime^ cnJMnrtatMNl yrahnent chrkiexiie : • i

Be tm Liberté ée eùnscietêep et dè\ adt» é:HûiUi. (1824.) .(

IVairtres j^elatioM^de la même coittcée lisf a]!an(t appris 4tte tes habitudes de concabimrge intro*duifes fK les cobns, qui auraient roogi de shibnîr légitimement à des femmes* de ooulem', s'y étaient maintenues, et qiie^ Findissotidttlité dp lien conjugal y était pett respedèev il èerlTlt, smr la demandiez du vénérable insheiréqw de Santo* Domingo, se9

C(màidi^^àHam sw k^nimia§ê et mnr k divorce, aâr$në€9 met eitoyem d'HMtti. (4825,) *

Btf 48f8; a^aiVparuia premièreéditiaiidesôn Manuêtêepiéié, à Vusage de$hanmes^ de- cBulnr et des mirs (réimprimé en 1-803), p€*it livre diestiné à populariser les maximes de la jusiâee et de la charité universelles; Hestomédelithograr pffies o^ l'on voit figurer ensemble des noirs et des blancs autour des symboles du christianisme* Out»e ses propres publications^ Grégoire axait

— 5tt4 — soin de faire passer à Saiot-Domingue tout ce que ia presse française lui paraissait offrir d'utile à te eiyilisation de ce pays, et dans ses derniers |oors encore, il ordonna d'envoyer à M. Àlgado, grand-vicaire au Port-au-Prince , un choix de livras de sa bibliothèque (3SM) volumes). Quant à sa précieuse collection d'ouvrages concernant les ^nègres, c'est à la France surtout qu'elle était nécessaire, à la France où l'on rougit d'être encore obligé de fonder une Société pour V abolition de ^esclavage coloniaL Nous avons dit que d'après ses intentions, cette collection a été déposée À la bibliothèque de l'Arsenal.

Le nom de Grégoire était, comme on peut bien le penser, Tobjet d'une reconnaissance et d'une vénération sans bornes parmi les Haïtiens; son crédit y était immense. Aussi le bruit a-t-il été répandu souvent, par des calomniateurs volontaires ou gagés, que l'ancien évoque de Blois ret^evait du gouvernement de Saint-Domingue une pension en récompense des services rendus par lui à la cause des Africains. Le fait est complètement erroné. La délicatesse de Grégoire dans ses rapports avec Haïti fut poussée jusqu'à ce point, que quelques balles de café lui ayant un

jour été adressées par le ^néral Boyér^ jl fûH très embarrassé de cet innocent cadean, et, sen-* lement pour n^en paà désobliger rafdteur pariitt refus 9 il en fit fe&e distrfbtftibn bAx hommétûër couleur établis en France, •• • ' ii-n

Voici son accus'é de réception, où cet ehllEili^^

ras se décelle à chaque phrasé :

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Parlf,'34aaftt trit. '• ''

« M. le président»

f( Sans doote yoos avez peasé que vieillard «i haimam de cabinet » l'osage da café entrait dans le r^me lé» plut oonye&able i mon âge et i mes trarvaiix \ l'envoî qoe «dot me Cotes estiDspâréparvae bieBTeiHanee éélicate. Jêsoii tenté : ■■ . j. ji'

« !• De donner à cet acte la plus grande publicité , afin

de fournir aox coortisansy anz^coUms possesseors d*es« darea , aox négriers , etc. , an nooTcaa prétexte poor élcTar for cette annonce un nooTal échafaudage de^ca-» lonmieaetd'injaresy oa do moins d'accuser de sensnatité QB des hommes les pba restreints dans ses goAts diététiques.

« S» Je sois tenté ne pas tous rem^rder , afin que Vm^ gratitude apparente ajoute au mMte du présent. D*aillewt

dKk taoi, rëiMtiott do eour émoHMeiaipril^ l6)i4'xpKi- , rions m'échappent quand il s*agil de remeretn^nB. Dans tonte na ¥Îe faiaoïgnansanieni écarté ce qui pouvait me constilner dans le cas dW fiare; on a ^elquelbia taxé de fierté déplacée cette conduite , qui cependant n'est qu'une aûte A% mon amour pour Tindépendance.

« Voltaire accepta un présent de gibier de la part de U. d'Âranda. Cette citation est un peu profane. Les suivantes ne le sont pas. .

« Yenance-Fortunat et Saiote-Radegondc s'envoyaient des fleurs et des fruits. Je me rappelle aussi la lettre par laquelle un illustre père de TEglise^ saint Ambroîse ^ re- BHicîait quefa|tt'n de lui avoir envoyé des truffas. . « Jd crairais vousoffeiiser, monsieur le président, si je nAisaîs un emroî que vous avei entouré des Ibrmeà ks plus aimaUes » et ja om ruprocfae «ne kmgne indécirion qui d^uis long-temps le retient au Havre et empêche son aitivée .loi. iGoiIwm saint .Àmbroise ^ faurm âôin que tenpoi joUjm^fié fHtr t emploi.

MkUafo avant de terminer cette lettre, pisniiettez-molde vons rappeler ce ifàt sans eosse j'ai eu soin dlnculqnër à tfaîfS et ailleurs.

4t Indépendant dn «Mé^ ta fotrtnné, indépendant psr mes principes y j'ai resserré d'ailleurs tous mes be^Oim dans le eepcle le plus étroSC. 11 en est un cependant qui doittonjburs stimuler nMame chrétienne et quime ponr^

suiTra jasqn'ao -lonbeita c c'est 4e trov^er de$ocQMiO|tt pour Ciirê da bieii mk hommes , qaelles ^ue soient h^in dispositioMiS à mon égards Les Haitraw iont ^V(r lepn çcbwt des droits inaliéraUes, Covfm^ moi à ^écel^ «do 4'p<JUrçtrr sîté» ih ont bS9vé ses rigiienrs îcW mdiieii des tourmeiitç^, leor caraotève a pris 11110 tfepap^ énergique , et .^«i iiçi^*-

assure {a Jq^iiuftoçt d'ime liberté d'autant ,,p)iis obère qu'elle «si tenir ^^q^iête * et xêceipment encore tous j avez puissamment coptritu^é.

« Agréez et partagez a^ec eiui, monsieur le Président^ meS'Sentimens d'estime et 4e tendre amitié. »

Grégoire ntilifla toigourg 609 influevce à^iit" Domingue au profit 4n s^ypi luit^Qi^e 0114^^ liberté générale.^r-Ciefiit^ par efemplç, çn iS^i pour intéresser les Haïtien».^ fo^eiir 4^. J'lf|f>; surrection grecque : il eût étéi^eAiien ^t^ voir les derniers nés de la civiUwtiaP P4rôtei;)«iur appui à ses plus anciens eafaw pou^r la réiwti^T 1er parmi eux. — Ce fut souvent surtout p9jW envoyer au clergé de la république nègre des ecclésiastiques français^ recommandables par leurs vertus et leurs lumières*

liiis d'une fois, il est trop vrai, l'iQtrigve «bus» de ses bontés pour en faire un moyen de spécu-

— 2W — lation , OQ des haines déloyales parviorant aie circonyenir. Tool cela , et rabaadoa ingai go lâche de personnages qni nagaère FenUHiFttieBl complaisammenl , et les attaques injustes auquelles il se voyait sans cesse en botte , aviieit jeté dans son cœnr des germes de méfiance et d'amertnme. Son imagination, facile à s'eialiWt lui présentait sa demeure comme assiégée par l'espionnage ou la cupidité , et souyent lé re^ de sa vie était troublé par de telles inquiétudes. Les hommes qui font le mal sans être décidèitxênt méchans reculeraient parfois peut-être deyant les conséquences de leurs actions , s'ils savaient qu'outre ratteihte immédiate portée à leuss ykh timék , il leur arrive souvent d'altérer les plus nobles natures et d'empoisonner ainoi toute l'exisiehce d'un hommè^de bien.

- 'CbiUbien ils sont coupables, ceux qui olitpa liBpfrer à iine ame chrétienne des pensées telles

qneicelles^i : i-

ff II est heureux qu'on ne connaisse les hommes qoe par une longue expérience*, car si cette connaissance non était donnée dis la jeonesse , on fuirait dans la solitude poor les éviter.

n II feiat faire aux autres tout le bien dont on est capable, el attendre d'çux tout le contraire. La première partie de cette sentence est un précepte évangélique, la seconde est le résultat d'une expérience qui n'admet que très-peu d'exceptions*

L'ancien évêque de Blois se livrait tout entier à ses travaux littéraires, lorsque les électeurs d'un département qui, après avoir donné le premier signal de notre révolution, s'était toujours distingué par son attachement aux idées libérales, jetèrent les yeux sur lui pour leur représentant. MM. Bérenger et Duchesne (le fils de l'ancien tribun), tous deux aujourd'hui membres de la Chambre des députés , furent les premiers à répandre la pensée de cette élection et à faire des ouvertures à celui qui devait en être l'objet. Une des réponses de Grégoire montre qu'il n'avait point lui-même recherché cet honneur ; elle est datée du 1 4 juillet 1 81 9.

a Monsieur,

« Le reproche que tous me faites de n'avoir pas répondu aux lettres qui m'ont été écrites concernant les élections prochaines dans le département de VIsërc , est

dicté parraflèction que toujours youb m'ayez témoignée, et par la persuasion , bien ou mal fondée^ qu'en paraissant de nouveau sur la scène politique , je pourrais encore être utile i ma patrie. Ce double sentiment m'honore et m'attendrit. Le mfimc reproche m'a été adressé par d'autres , et surtout par mon ancien collègue et ami le général Lafayette. Je ne puis que répéter , si non textuellement, du moins quant au sens , ce que je lui ai répondu.

« Les suffrages que ces lettres m'annoncent sont d'autant plus flatteurs qu'elles sont écrites par des hommes recommandables à tous égards \ mais je préfère le tort apparent d'être ingrat ou de manquer aux procédés , plutôt que de faire la moindre démarche pour appeler sur moi les regardsl Trouvez bon, digne citoyen, que je ne dévie pas de la marche que j'ai suivie dans le cours de ma longue et pénible carrière , dans les temps calmes , comme dans les tempêtes. S'agit-ii de faire élire des hommes désignés par l'estime publique ? Tj concours de toutes mes forces » et je crois l'avoir prouvé dans les élections de la Seine , les années dernières \ mais quant à ce qui m'est personnel , je tiens invariablement à l'habitude de rester passif. Par U est atténuée la responsabilité devant Dieu et devant les hommes. Mais, me direz-vous peut-être : Vous refusez donc de servir encore la patrie? non assurément : ce refus sans motif plausible serait un crime , et le souvenir anniversaire du jour auquel je vous écris aggraverait la culpabi-

— SMI —

Vue ; mais si , n^ayant manifesté ni désir , ni répugnance ; ilarriTe cependant qu'on réunisse les suffrages des votans; si> élevé par eux à des fonctions éminentes , il arrive ensuite (et cela^^peut avoir lieu) que, tout en s'efforçant de remplir la tâche de ses devoirs , on ne justifie pas leurs espérances , du moins la conscience est allégée par la certitude de n'avoir pas convoité la place qu'on occupe , et d'avoir fait son possible pour en acquitter les charges.

« Des électeurs ne portent;leurs regards hors de la circonférence départementale que quand ils espèrent trouver ailleurs des hommes plus aptes à les représenter. Mais le pays qui a vu naître les Servan , les Mounier, etc., etc., est depuis long-temps en possession de produire des hommes distingués et ne fut jamais au dépourvu.

Je vous ai exposé mes sentimens, monsieur, avec la franchise innée de mon caractère. Religion, vertu, liberté, sciences, amitié, voilà les objets qui toujours occuperont mon esprit et ,mon cœur , et tel je serai jusqu'au tombeau qui bientôt doit me recevoir. Je vous embrasse avec estime et affection.

Le i 3 septembre, le nom de Grégoire sortit triomphant de l'urne; le même jour, les électeurs adressèrent à leurs quatre députés une lettre qui respire le plus noble patriotisme : elle fut re-

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