‹ Notice historique sur Henri GrégoireChapitre 4 sur 7 · SM · texte numérisé non relu

SM

cueillie par plusieurs journaux et mérite d'être conservée.

n Grenoble , 13 septembre 1819.

i< Les électeurs de l'Isère, à Messieurs Grégoire y Savoie-Rollin , Français (de Nantes) et Sc^ppey, députés de leur choix.

a Messieurs ,

d En TOUS confiant Thonorable mission de représenter an département dont les principes et les vœax sont connas de toute la France , nous ne craignons pas de vous rappeler ce que nous avons le droit d'attendre de vous.

« Ce sont les intérêts sacrés de la chose publique que nous remettons entre vos mains \ n'oubliez jamais ^ messieurs ) que l'heure du repos ne doit sonner que lorsqu'il n'y aura plus de garanties à conquérir.

n L'organisation des administrations municipales^ le remplacement des préfectures par des administrations de département > la responsabilité des ministres et celle des agens secondaires , l'institution d'un jury protecteur de la liberté » Tabolition des lois d'exception qui tendent toujours à aliéner au monarque le cœur de ses sujets , l'éloignement de ces soldats qui, n'étant pas nés sur le sol de la patrie , n'ont]aucun intérêt à la défendre, et dont la présence autour du trône pourrait faire douter de l'amour

des Français poar lear roi; enfin ane garde nationale dign& de ce nom , par le dévouement de$ citoyens qui la com^ posent y par les^tdens des chefs de son choix, gage assuré de la paix intérieure et salutaire effroi des ennemis qui oseraient encore nous menacer.

« Yoili , messieurs , les grands et glorieux travaux qui doivent devenir l'objet de toutes nos pensées.

« Yous tronverei dans Tàrëne die nobles rivaux *, que vos noms s'unissent à leurs noms immortels ^ qu'ils s'associent à la gloire des Lafayette^ des d'Argénson, des Dupont ( de l'Eure ) y et de tant d'autres gravés dans le cœur de tout Français ami de la liberté et de son pays.

« Yous partez y messieurs , environnés de nôtre con<^ fiance *, elle a vaincu la calomnie et déjoué l'intrigue ; votre conduite passée , vos déclarations de principes et votre acceptation, vous font contracter aujourd'hui avec BOUS un engagement sol^inel et sacré , que nous nous plaisons à.enregistrer dans nos fastes.

« Fiers d'un noble désintéressement , riches de l'estime du ministère même , qui n'aura pas osé vous avilir de ses Caiveurs 9 revenez après chaque session jouir du tribut de notre reconnaissance \ que la France applâu* dissant à notre choix /s'unisse à nous pour inscrire vos noms sur le grand tableau de ceux qui^ de nos jours^ ont bien mérité de la patrie. »

L'élection de Grégoire ne fut point le produrt d'une irritation passagère , mais d'un raisonnement calme et d'une énergique volonté. La réaction semblait avoir voulu venger d'anciennes injures en choisissant le Dauphiné pour théâtre d'une de ses plus horribles scènes; le Dauphiné lui répond par une leçon solennelle. Des milliers de pétitions avaient demandé le rappel des bannis et l'oubli des querelles passées ; un pouvoir anti-national repousse et calomnie les signataires de ces pétitions : organe de la France, l'Isère élit un conventionnel pour la représenter dans une assemblée qui vient de proscrire les conventionnels.

C'était le temps où les empiétemens de l'ultramontanisme commençaient à inspirer de vives répugnances au pays. L'espérance d'acquérir en Grégoire un défenseur éloquent et éprouvé des libertés ecclésiastiques, contribua probablement au succès de son élection, qui d'ailleurs fut très populaire , si Ton en juge par une multitude de petites feuilles en prose et en vers répandues à cette occasion. L'une d'elles, rédigée en patois et intitulée : Réflexions des marchandes de melons de la pla<:€ Saint-- André ^ au moment de la no-

— ai5 —

mination de Vabbé Grégoire^ se termine ainsi :

Grégoire sara députa.

Choisi nomma pe notra villa.

Ton sou zefan zen son glorion^ Grenoblo n'et plu malérou. jj

Cette élection fut le signal d'un déchaînement inouï des passions contre-révolutionnaires. A peine fut-elle connue à Paris^ que la presse ennemie des liberté!» publiques et des conquêtes sociales de la révolution , le Drapeau blanc, la Quotidienne ^ le Journal des Débats^ le Conservateur, renouvelèrent, avec un ton que le père Duchéne eût désavoué ^ tous les outrages dont Grégoire avait été Fobjet depuis le début de sa carrière publique^ ils déclarèrent le trône et l'autel en péril , et la terreur prête à renaître. Ainsi, le nom seul d'un vieillard septuagénaire prononcé par un collège électoral, suffit pour mettre la France en émoi et faire trembler le pouvoir monarchique ^ tant ce nom réveillait d'illustres souvenirs et de haines invétérées.

Cependant les habiles du parti ne tardèrent pas à comprendre qu'ils pourraient faire tourner à leur avantage cette éclatante manifestation de

r~ 216 — l'opinion publique, et s*assurer, par la peur, dans la Chambre des députés , une majorité capable de forcer la main au ministère , qui favorisait , dans son système de bascule , tantôt les ultras , tantôt les libéraux. Quelques uns même des plus prévoyans avaient, dit-on, voté en faveur de Grégoire dans le collège électoral, et l'un de leurs journalistes eut la maladresse ou l'impudence de laisser échapper ces mota: f heureux prétexte! On les vit en effet grimacer tour à tour une fausse sensibilité et des alarmes ridicules; répéter que la présence d'un régicide était une injure pour le roi (lequel avait naguère fait son ministre de Fouché); déclarer qu'ils ne pouvaient siéger à ses côtés (eux qui avaient fiait anti-chambre chez ce même Fouché, leur collègue à l'assemblée introuvable) '.on les vit prendre texte de la nomination de Grégoire pour attaquer la loi électorale dont elle était le produit, et s'écrier que bientôt cette loi transformerait le Corps législatif en une nouvelle Convention nationale.

Tant de bruit effraya la portion timide du libéralisme : elle commença à craindre sérieusement que la présence d'un républicain avoué dans ses rangs ne compromit son plan d'oppo-

sition parlementaire, en la brouillant sans retour arec la monarchie bourbonienne. Les ultras, triomphans de cette faiblesse , annoncèrent hautement l'intention de repousser le nouvel élu sur le seul motif de sa conduite révolutionnaire, qui le rendait indigne de figurer dans une assemblée royaliste. Les politiques méticuleux du côté gauche se trouvaient partagés entre l'évidente équité d'un part, et de l'autre la crainte d'outrepasser les limites qu'ils s'étaient tracées, en prenant la défense d'un homme atteint et convaincu d'opinions démocratiques : ils tentèrent plusieurs démarches auprès de Grégoire pour le déterminer à les tirer d'embarras en donnant spontanément sadémission.Une correspondance s'engagea à ce sujet entre lui et quelques uns de ces messieurs. Nous allons citer en entier une lettre de l'un d'eux 9 homme de conscience et de talent, parce qu'elle nous semble très bien représenter les opinions de cette fraction mitoyenne.

«Paris, 2 octobre 1819.

« Monseigneur ,

« J'ai reçu la Lettre aux électeurs de t Isère que vous m'avez faitThonneur de m'envoyer^ reiciis jose espérer que

TOUS me rendez la justice de croire que je n^avais pas attendu cette lecture pour être indigné des diatribes doDt vous avez été Tobjet y et pour les trouyer aussi odieuses aux yeux de la morale chrétienne , qu'indécentes sous le rapport^des convenances sociales.

f( La marque de confiance que vous avez bien voulu me donner, et le respect que m'inspirent vos travaux philantropiquesy m'enhardissent à vous parler avec une franchise qui aura droit à votre indulgence.

c( Si , en considérant la situation politique où vous vous trouvez , je ne connaissais pas vos vertus religieuses, je vous parlerais des attaques violentes , des haines irréconciliables , des peines de tout genre auxquelles vous vous exposez*; mais ce que je vous dirab à cet égard, loin de vous détourner d'accepter un poste dangereux , pourrait exciter votre fierté à braver Forage et votre résignation à le supporter avec calme. Cest donc avant tout dans l'intérêt de la France et de la liberté que je vous demande la permission d'examiner avec vons les moti6 qui me semblent devoir vons déterminer i renoncer à la députation de l'Isère. Et, en effets vons les dites vousmême : ce Une démission ne doit avoir lieu qu'autant <c qu'elle seraitcommandéepar l'utilité publique \ et certes « le sacrifice d'une place qu'on n'a ni désirée , ni recher- « chée , n en serait pas un de la part d'an homme qui ouïe blie tout intérêt personnel, quand il s* agit de la patrie. »

« Une liberté de la presse à peine conquise et encore mal assurée ^ une loi d'élection , objet des attaques furieuses d'un parti toujours prêt à saisir le pouvoir ^ une opinion publique plus avisée sur ce qu'elle craint qu'éclairée sur ce qu elle désire ] une représentation nationale où siègent quelques honorables amis de la liberté , mais qui est faible a cause du petit nombre et de l'âge des députés \ le tact et la modération d'un roi infirme et âgé ^ enfin des intentions libérales dans une petite portion du ministère -, voilà^ je crois , quelles sont les circonstances favorables à l'établissement du gouvernement représentatif dans notre patrie. Gomment ne pas être effrayé lorsqu'on les compare à toutes les chances contraires ?

« Une faction aristocratique y qui supplée au nombre par l'union , et qui est toujours audacieuse dans ses entreprises y parce qu'elle est sûre de l'impunité lorsqu'elle échoue ; la plupart des places de Tordre judiciaire et de ladministration entre les mains des ultras -, une funeste inertie y triste résultat du despotisme impérial y dans la plos grande partie de la population -, un manque total de courage politique chez les hommes les plus marquans par lear bravoure militaire-, une déplorable administration de la justice -, point de garanties, point de moyens légaux de résistance à l'oppression ^ le successeur immédiat du roi y entouré de ce que la contre-révolution a de plus forcené^

les paissances de l'Europe liguées contre la France ^ leurs ministres h Paris conspirant contre notre constitution naissante , tandis qoe la plupart de nos ambassadeurs i Tétranger intriguent contre une admimstration qui n*a pas la force de les renvoyer -, une inquisition d*état établie à Mayence , soi-disant pour étouffer toute vie politique en Allemagne , mais placée sur notre frontière ponr mieox nous faire concevoir que c'est contre nous qu'elle est dirigée f que la France est le véritable objet de la haine de toutes les cours*, tels sont » monseignenr, et vous le savei mieux que moi, les dangers qui nons menacent.

<t Dans une pareille situation, les moindres fautes sont mortelles, et ce n^est, en vérité , que d'une faveur spéciale de la Providence que Ton ose espérer rétablissement de la liberté. Elle peut être compromise par la plus légère imprudence 9 par le moindre acte qui alarme à la fois TEarope et cette portion considérable de la France, pour qui le premier de tous les désirs est la modération, et le premier des intérêts le repos, la jouissance paisible de cd qu'elle possède.

«( Or , monseigneur , votre élection est un évéoemeat de ce genre -, et comme tel , je n'hésite pas i croire qu'elle expose notre liberté à de véritables dangers. Si j'avais des doutes à cet égard , je m'en fierais à l'instinct des ultras qui ont voté pour votre élection , et à la tristesse qu'en

il éprouvée les patriotes même, qui rendent le pins juste )mmage à ce que Thumanité doit depuis plusieurs années voire zèle philantropique.

K Votre nom retrace à une foule d*hommes à la fois )nnêtes et timides, des souvenirs qui les effraient, et d inquiètent la génération nouvelle , à qui les passions nestes d'une autre époque sont devenues étrangères.

« Vous ne pouvez pas ignorer Talarme et Tirritation que )lie nomination inspirée toutes les puissances étrangères. 58 plus modérées d'entre elles nous considèrent comme I peuple de pestiférés qull faut entourer d'une triple barite de forteresses et de baïonnettes. Ces puissances nous enacent toutes : le moindre prétexte peut leur suffire, et

France n'a aucun moyen de leur résister.

« A ne considérer que nos affaires intérieures , le ré illat inévitable de votre présence dans la Chambre sera B^viser les amis de la liberté , de doubler par la colère i force du côté droit, de rejeter vers les ultras tous ceux [m s'en distinguent encore par quelques nuances, et de oreer le ministère à rechercher ou à accepter du moins eirs déplorables applaudissemens. Le désir de servir la iberté de leur pays a sans doute porté les électeurs de 'bère à vous donner leurs voix. Vous feriez preuve, BMmseigneur , d'un patriotisme plus éclairé que le leur , BA refusant , dans l'intérêt même de cette liberté, la place pi vous est offerte.

(( Une aatre considération est tirée du sacerdoce qae yoQs remplissez. Personne ne doute des services importans que peuvent rendre vos rares connaissances pour les afjfoiresde Téglise catholique ^ mais ce n'est pas à la tribune, ce n*est pas au milieu du choc violent de toutes les passions politiques que votre voix peut être utile à la cause que vous plaidez avec tant de chaleur. Craignez plutôt de faire tourner les haines de parti contre les intérêts de la religion que vous professez. J oserai d'ailleurs vous le dire, parce que , à cet égard y Topinion de ma mère me donne une confiance que je ne saurais avoir dans mes propres idées > ily a quelque chose d'incompatible entre le ministère calme d'un prédicateur de l'Évangile et les guerres de partis dont une assemblée est le théâtre. Aussi voyonsnous qu'en Angleterre (i) et en Amérique, dans les deux pays du monde où il y a à la fois le plus de liberté politique et le plus de sentiment religieux , Tusage , si ce n'est la loi, exclut les ecclésiastiques de la représentation nationale.

« Telles sont, monseigneur, les observations que j'ai cru presque de mon devoir de vous soumettre. Quelque impression qu'elles fassent sur votre esprit , j'ose espérer du moins que vous verrez dans la franchise de cette lettre un hoDunage rendu à votre amour pour la vérité.

( 1 ) Erreur; il y a le banc des éféques. — (Note écrite en marge par Grégoire}.

a M. de Broglie se joint à moi, et me charge de vous remercier de l'envoi que vous avez bien voula lui faire.

« J'ai l'honneur d'être, monseigneur ,

<c Votre très-humble et très-obéissant serviteur ,

« A. Staël. »

A cette expression d'une des nuances d'oppositionqui dominaient alors, nous devons en comparer une autre , plus énergique , tracée par un des hommes qui ont fait le plus d'honneur à nos assemblées politiques par la fermeté de son caractère et la persévérance de ses principes.

« Aux Ormes, dëpartemeot de la Vienne, le 7 octobre 1819.

« Monsieur et honorable collègue ,

« J'ai OUI dire que l'on s'efforçait de vous décider à don- B^ votre démission des fonctions de député. Je n'ai sûrement pas la prétention de donner un conseil à celui dont je respecte éminemment les lumières et le zèle patriotique ^ nuiis j'ose me flattei: qu'il ne me saura pas mauvais gré de loi adresser mon vœu pour qu'il résiste aux insinuations dont je viens de parler ^ s'il en était autrement^ je ne crains pas de dire que de long-temps nous ne pourrions

espérer de voir les collèges électoraux s'élever k la hauteur où s'est placé celui de Tlsëre en vous élisant. Découragés par un affligeant résultat , et persuadés qu'il reoferme un avis indirect y nous les verrions éviter dorénavant de réunir leurs suffrages sur les hommes qu'un amour sincère et constant pour la liberté recommande à la véni^ ration publique , et se contenter de les faire porter, môme dans les collèges où les patriotes seraient en majorité y sur les instrumens de cette chicane de chiffres et d'opposition de bureau , auxquels les ministres devraient plutôt adresser des remerctmens que des reproches , s'ils étaient au moins en cela de bonne foi.

« Mais je suis certain que mes vœux sont satisfaits d'avance : ce n'est pas au moment où la diète germanique avertit de leurs devoirs tous ceux qui aiment la liberté , et leur fait entrevoir des dangers à courir dans la défense des droits du peuple , qu'ils ont à craindre d'être privés par son refus de l'illustre guide que votre élection vient de leur donner. :

« Je vous prie , monsieur et honorable collègue , d'agréer l'hommage de mon respect ,

« D'Argensor. )>

(iP, S. MM. Fradin et Demarçay^ députés nouvellement élus du département de la Vienne , ont pris connaissance de cette lettre, et me chargent de vous dire qu'ils partagent les vœux qu'elle exprime. »

Grégoire répondit :

c( Mon cher et honorable collègue , ce débat voas atteste qae je n'ai pas donné ma démission. Assurément^ si je ne consultais que mon goût pour la retraite et le désir d'acheyer .quelques ouvrages qui depuis long-temps sont sur le chaptier , je préférerais de ne pas rentrer dans la carrière politique^ mais en ce moment^ donner ma démission serait un acte de lâcheté, et j'ose croire que jusqu'ici une tache de cette nature n'a jamais. flétri mon caractère. Je Téux toujours mériter raffection de l'homme estimable auquel j'écris y et dont le courage habituel se montrait avec tant d'éclat lorsqu'il dénonçait les forfaits commis dans le midi, etc., etc. »

. Des moyens de tous genres furent employés pour obtenir la retraite volontaire de Grégoire. Aux outrages par lesquels on avait d'abord essayé de le décourager , succédèrent des alarmes que l'on s'efforça de lui inspirer pour son repos , et même pour sa vie. Ces expédions recounus infructueux y on en trouva d'autres plus puissans snri90ii cœur; ce fut de lui présenter cette démission comme un sacrifice personnel aux intérêts de la cause libérale. Mais sa sagacité déjoua

toutes les ruses, sa modestie résista à toutes les adulations , sa Tieille C^rmeté fit tête à tous les orales.

On cita dans le temps quelques paroles de l'un des péfsonnages qui avaient le plus insisté pour sa démission spontanée. Ces paroles attestent à la fois et l'admiration qu'inspirait la couragfeuse attitude de Fancien conventionnel , et la pusillanimité des hommes qui n'osaient point se rendre hautement solidaires de celui qui leur imposait un tel respect.

Il était alors question de fonder une société pour l'abolition de la traite et de l'esclavage, société dont on destinait la présidence à Grégoire. « Si je devais comparaître aujourd'hui devant Diéû) diMiit ee personnage connu par la ferveur de se^ eroyanee» religieuses (qui d'ailleurs n'é^ taiéfirt fMitit œlteB de l'évèque de Blois)^ j'aime- M» Miettï m€ présent avec la conactencé de M. Gf égèire qu'avec la mienne ; mais sous kl gonyertiemedt des Bouttons il est impossiMe de AOttsafAsocieràttti^ii^

De la t)a»l êa wimimétû aussi ^ placé entoe la crainte été vidienees dont «enaçaient les ultra^ ft^atistes et «elle du p^rofrès des idées Hbéralw

que semblait annoncer rélection de Grégoire, des tentatives furent faites attirés de celui-ci pour l'éloigner sans éclat de la députation. On promettait de le dédoibmager amplement de ce saerifice : mais Grégoire ataît imprimé jadis que Vtxkwers ne serait pas assez riche poiar acheter le suffrage éPun homme de bieni On Fàborda, dit-on^ sôus toutes les fvees : — > Si Fon vous Uà^ sait rentrer dans l'Institut, à ta fondation duquel rmis ayez concouru? — Je n'en suis junais sorti, puisqu'une ordonnance ne peut abroger une lok. Ceux qui préconisent si haut la légitimité royale devraient respecter à leur tout la légitimité littéraire. -^ Si l'on vous accordait le retour dé yos aifefôifS eonègaes proscrits, qui traînent les douleurs de leur vieillesse sur la terre étrangère ? ^^ Ab! tà f eft étais i^rl...Mais comment croire à la fit(Ae de ceuïqai ont violé tes primiessesd'Hartwell et le traité de Paris?

lit session M otivéfte. Grégoire u'avait point te^ de letlM^ dec(mvâ«atiot| pour la séance royale. On ptétendmêMeqtfe des oAlres avai^tt été donnés âttx: potte» de la salle pour qu'il ae fût point admis. Des fanatiques ou des courtisans Bé prc^osai^itt de l'InMAter; eaiii, il fut sàrieu-

— SB» — cernent question de poignards. Grégoire ne s'exposa point à la brutalité de ses ennemis.

Cependant, les hommes qui auraient touIu éluder toute difficulté par l'abdication du représentant de risère^ imaginèrent un autre expédient pour arriver au même but. Les ultras .prétendaient exclure l'ancien conventionnel pour cause d'indignité y et condamner ainsi la révolution dans sa personne. Des libéraux timorés jugèrent singulièrement adroit d'annuler son élection, en lui faisant une application, fausse et forcée d'ailleurs , de la loi qui oblige de choisir la moitié des députés, au moins, parmi les éligibles ilu département. Un seul des trois premiers élus réalisait, disait-on, cette condition; le quatrième devait donc y être soumis, et ce quatrième était Grégoire , domicilié à Paris. Sa nomination, par ce seul fait, se trouvait, prétendait-on, entachée de nullité .

A la séance du 6 décembre 181 9, M. Becquey, organe du bureau chargé de vérifier les pouvoirs des députés de Grenoble , après avoir fait son rapport dans ce sens, le termina par un appel au scandale :

« Le cinquième bureau a pensé que M. Gré-

goire n'ayant aucun titre pour être admis dans la chambre^ il était inutile de soumettre à la délibération une question bien plus grave qui agite tous les esprits, depuis le jour où le bruit de cette élection a retenti dans le royaume ; question de morale publique qui se rattache aux plus douloureux souvenirs, puisqu'elle rappelle l'horrible attentat que la nation en deuil va chaque année déplorer au pied des autels. »

A peine l'orateur a-t-il cessé de parler, que le côté droit se lève avec des vociférations de rage, et demande que Texclusion ne soit point motivée sur un vice de forme, mais sur Yinclignité.Le côté gauche, au contraire, s'efforce de faire voter immédiatement et sans discussion sur les conclusions du rapport. Le tumulte devient effroyable; le président se couvre et la séance est suspendue. Aussitôt des officieux profitent du délai et courent che:ç Grégoire pour renouveler leurs instances, leurs représentations, leurs menaces; mais il se montre inflexible.

Le matin même il avait écrit à son ami Lamz brechts :

«(Paris, G décembre 1819,

« Mon cher ami !

(c Moi aosçi j'ai mon acte additionnel additionnel

aux motifs qae j'ai allégués hier à MM. vos collègues, et ensuite à vous , pour refuser ma démission .

(( Quelles raisons pourraient la motiver ?

« V illégalité ? Cest à la Chambre à juger cette question ; et d'ailleurs, il serait absurde de se démettre d'un titre illusoire , d'une élection frappée de nullité.

Vindignité? ce mot seul est un outrage y coQime celui à^ épuration. Je les repousse avec indignation. Celui qui pendant vingt- cinq ans a défendu les droits de la nation , a droit, sans blesser l'humilité , de se croire digne de les défendre encore, quoiqu'il sache qu'il ne sera pas dans ce cas , puisque son exclusion honorable est décidée ^ mais c'est nne pensée seulement qu'il énonce.

u Une démission n'aboutirait donc qu'à masquer la faiblesse y et, parlons franchement , la lâcheté de prétendus libéraux qui ne suivent qu'en tremblant l'exemple de quelques hommes énergiques placés à la sommité du côté gauche. Il est utile que la nation connaisse ceux à qui elle doit accorder ou refuser son estime , et la séance d'aujourd'hui lui donnera la mesure de bien des gens. Quant à

11)01, reDdii à l9 vie privée et paisible » je saÎ5 idéjà à quoi m*en tenir.

« Sa tut et amitié ;( ce f Qrégoire* )>

 la reprise de la séance ^ un homme qui ayait, dit-on, coiffé le bonnet rouge à l'époque où Tévéque de Blois , au péril de sa vie , refusait de quitter la soutane, et qui s'efforçait de faire oublier sa violence démagogique d'autrefois par un redoublement de violence monarchique , parut à la tribune et demanda avec un ton de forcené que la question d'mdt^mï^ dominât toutes tes autres.

Benjamin Constant répondit à M. Laine avec beaucoup de mesure, invoquant La Charte qui défendait toute recherche des opinions et des votes j et présentant, avec plus d'adresse que de vérité, l'entrée de Fouché dans le conseil du roi eomme une ratification intentionnelle de ce décret d'oubli.

Un autre orateur, qui avait aussi besoin de Cufe oublier ses adulations envers Tusurpaleur, M. de Labourdonnays , se distingua par la furie de ses attaques contre le nouveau député de

— «3 — risère. D*autres rimitèrent; ce furent particulu>remeDt MM. de Marcellus, Pasquier, Corbière, Castel^Bigac.

Et en présence de leurs perfides imputations, aucun membre du c6té gauche (M. Dupont de TKure excepté» dont le courage consciencieux égala la fermeté de son client)^ n^osa prendre la défense d'un vieillard absent dont on insultait les Gheveux blancs , se lever le cœur gros d'indignation, et dire : Vous en avez menti ! — « La lâcheté des uns fut complice de la mauvaise foi des autres, « dit Grégoire dans sa correspondance.

Certes « s il avait alors para tout à coup dans rassemblée^ s'il avait «ootié son firost vésârable ao milieu de ces visages enflammés pw la colore, si sa voix ferme et sa parole reiigie«8e avaient pu se faire eatewire au miliea 4e ces karicmeK barbares^ il aurait fait pàUr les ns et fidt taire les avlre^ Les gnuads soevemis <|a^il KpKsefttait. et celai des scfTices ^H avait lewims à sw piq(^« aaraiest aM«ati la Aa moi» mms éevo» le sappœer fie SCS eamemb CSX-

it.

-^ 255 leurs de Grenoble , soutenir, Içs lois à la main , la yaliditéde l'élection, chacun prétendait motiver à sa manière le décret d'exclusion. Les propositions se croisaient : en vain le président d'âge essayait de maintenir Tordre. Tout à coup , M. Ravez lance au milieu du tumulte cette position de la question : « Que ceux qui sont d'avis de ne pas admettre M. Grégoire , n'importe par quelle raison »

 peine le président a-t-il répété ces premiers mots : <^qae ceux qui sont d'avis de ne pas admettre... » que le centre et le côté droit se lèvent en masse aux cris de vive le roi I et la gauche , qui prétend toujours poser la question de légalité , n'a pas eu le temps de prendre part au vote que déjà c'est chose jugée.

Cette décision ne décidait rien , sinon le sacri* fice d^nii honnête homme ; l'escamotage législatif était consommé , et les politiques timides pleinement satisfaits.

Tout cela se passait, observa un journaliste , dans la môme salle où, dix-huit ans auparavant, Grégoire présidait le Corps législatif qui , dans l'espace de deux années , le présenta trois .fois pour être sénateur.

— «4 — L'exdiiiioB 4e Grégoire et rexpÉtokm de MimH sont des Cuts de la ptas haute gnritééaM rhisloire de la restaHratum. On tH alore m tofliner, en présence Tm de Favlre, les den ptftis dont se composait Toppositiott libènle; l'un acceptant la charte octroyée et se donnant poir mandat nne résistance purement parlementaire, destinée à servir de contrepoids ao poaïoir; l'autre, imbu des principes de la rérolntiofl, décidé à les maintenir, et à ne pardonner aux Bourbons les souvenirs de 1 SI 4 et de 1 M 5^ ^'en Careur d'un ralliement sans réserve à ces priii'^ eipes. Le premier, en obtenant la somrâsion de Grégoire et de Manuel, espérait éviter une coUi^on décisive entre la dynastie et Teptaiioa publique ; l'autre se croyait parvenu à Vum de ces momens où la politique veut que , par aae attitude pleine d'énergie, on contraigne son adver^ saire à céder ou à prendre le parti de la violence , toujours funeste pour qui en donne l9 signal. C'est ce qui arriva. Quinze jours après cette atteinte à l'intégralité de la Chambre , la loi électorale était rem(rfacée par un nooveaa projet du gouvernement, et une série de lois contre la liberté de la presse , et contre la liberté

îA^ivtdwUe, commença It lutte q^i s'est teniiiné» en lÂ^. l<4t courageuse ré^totviee des deu;^ gropdseitoyeus donna les plus rades secousse» au trône des Bour])ons,

Dans l'uae et l'autre de ces circonstances , ou espéra vainement que les collèges électoraux imiteraient l'exemple de la persévérance aOr glaise y renvoyant pour la troisième fois au parlement Wilkes deux fois exclu; mais nos mœur;? politiques sont moins anciennes et moins vjivaces.

Le ministère, par une misérable tactique, convoqua les électeurs de l'Isère à vingt-çing lieues de Grenoble ; il eut pour appui , dans ses manœuvres, les correspondances de ceux qu| approuvaient le résultat de la séance du 6 décembre. D'un autre côté, la gauche ayant paru admettre l'invalidité de l'élection, il n'y avait point de chance pour qu'une nouvelle majorité se formât en sens contraire. Les partisans de Grégoire lui écrivirent pour protester que s'il eût été exclu de la Chambre comme indigne , ils n'auraient point balancé à le venger par un choix réitéré ; ils le remplacèrent par M. Camille Teyssère , candidat de l'opposition.

Grégoire, qui avait adressé une première lettre aux éleetewrs de Visère pour les remercier, écrivit une seconde lettre pour leur rendre compte de ce qui venait de se passer et de la conduite qu'il avait cru devoir tenir. Il Ja terminait par un pardon aussi honorable dans sa bouche qu'il dût être humiliant pour ses ennemis.

Après avoir nous-mêmes rendu compte de ces événemens, avec les détails que nous semblent mériter leur importance , il nous reste un pénible devoir à remplir ; c'est de signaler les hommes qui marquèrent surtout par l'acharnement de leurs insultes contre un vieillard sans défense; sans défense » car la censure, qui favorisait l'attaque, mutila impudemment les lettres adressées aux journaux dans l'intérêt de la défense; digne émule de la police d'Avignon qu'un poète a montrée , après l'assassinat du maréchal Brune ,

Sar son corps mutilé protégeant lesyaotoars (i).

« Je déclare à mes calonmlateurs, disait Grégoire dans une de ces leftres dont la censure ne laissa pas subsister le tiers Je déclare que je les

(1) Les Délateurs, par Emmanael Dupaty.

traînerai nominativement au tribunal de Thistoire et de la postérité , dont je ne crains pas le jugement. »

La Chambre elle-même nous a déjà fourni plusieurs de ces noms : en dehors d'elle nous trou* ▼ons MM. de Pradt, Chateaubriand , Mangin, Guizot, Dubouchage, Kératry, Charles Nodier, Lacretelle jeune , dont le frère, fidèle aux antécédens d'une carrière honorable , prit au contraire la défense de Taccusé ; à sa yoix s'unirent celles de MM. Comte et Dunoyer, Laurent (de TArdèche), LaVaud (de Tlsère), Léon Thiessé, Bailleul^ Benjamin Laroche, etc.; je recueille ces noms, ainsi que les premiers, dans les propres notes de Tancien évêque de Blois , où nous lisons encore celle-ci :

« L'épithète de calomniateur s'applique particulièrement au très-révérend père Antoine, abbé de la Trappe de la Meilleraye, vicaire -général de Nantes, qui, le 22 mars 1820, a répété les mêmes mensonges contre moi dans une oraison funèbre du duc de Berry, vendue au profit des pauvres. Jadis à Pise , en Italie , on a vendu des billets de comédie dont le produit pécuniaire devait servir à foire prier pour les âmes du purga-

toire. De nos jours , nous voyons un abbé gtmivicaire calomnier au profit despawres. Honneur au révérend père dom Antoine ! »

Ces mêmes notes vont nous fournir un nouveau document propre à faire apprécier les sentimens chrétiens de Grégoire; elles sont, à cet égard, un trésor inépuisaUe.

L'élection de Grenoble eut lieu sous le ministère de M. Decazes. M. Decazes avait été fort jemie admis dans la maison de l'évêque de Blois : BOUS avons sous les yeux des lettres où il le nomme son père , et lui parle avec enùsion de cœur de ses intérêts les plus intimes. L'bonmie d'état imposa-t-il silence à l'ancien ami a» point de favoriser les outrages qui arrachaient à Gré^ goire cette douloureuse exclamation : « Il y a donc une classe d'assassins pires que ceux qui cherchent à Ôter la vie (1)? » Nous aimons i croire le contraire. Toutefois , les scandales éft 6 décembre se passèrent en sa présence ^ et son Influence était toute puissante sur la censure : jféUt-îl point de reproches à se faire ?

Quoiqu'il en soit$ dés jotunalistes qui avaiest

^j) Seconde Mite aux éUeteurs de Usére,

ouï parler dea anoienoes liaisons de M. lemiiuistee de la police ayec le p aria de la Cbambre/des députés, en prirent texte pour le harceler vivement. Veut-on savoir quels furent 5 à cette occar sion , les sentimens de Grégoire ? voici des notes dont le décousu atteste la sincérité :

« Indigné d'injures à Decazes que j'ai aimé. » « On voulait que je donnasse se^ lettres ; mais respect à l'amitié même éteinte. »

« Ego lié avec lui^ et subito brusquement rompu. Quare P nescio '^ car c'était même avant la

rentrée des Bourbons. La prévoyait-il déjà ? »

« Amitié sincère , et par là même plus sensible à son éloignement. »

« U a de belles qualités, sad »

Ce moment de crise passé, Grégoire revint à ses habitudes laborieuses.

Nous avons dit que la restauration , en éliminant de l'Institut l'ancien évêque de Blois , l'avait privé du seul titre qui lui restât. C'était faire un onldii» que lui-même avait fait sans doute, car il n'attachait qu'une médiocre importance à sa dignité de commandeur dans Tordre de la Légiond'HoBBeiir ; cependant , lorsqu'une circonstance nouvelle vînt la lui rappeler, il se hâta de s'eife

— SMO — dépouiller spontanément par une abdication motivée, adressée au grand chancelier, M. le maréchal Macdonald ; cette lettre Ait coimue du public , et produisit une assez vive sensation :

«< Paru, 19 norembre 1822.

« Monsieur le Grand-Chancelier -,

(c Votre lettre du 15 de ce mois m avertit que Tordonnance du 86 mars 1816, dont j'ignorais la teneur, prèscrit le remplacement desanciens breyets des membres de Tordre royal de la Légion-d'Honneur.

« Je vous envoie ci-joint Tacte primitif de ma nomination au grade de conmiandeur f et si je n'y joins pas les autres pièces exigées pour l'obtention d'un nouveau brevet, c'est par des considérations que je vais déduire avec la franchise, j'ai presque dit la crudité de nàon caractère* Parlerdesoiest une chose embarrassante, mais elle m'est imposée par l'obligation de tous répondre .

(( Pendant un quart de siècle et plus » j'ai rempli honorablement dans l'ordre social des fonctions éminentes que m'avait déléguées l'estime de mes concitoyens. En 1819, leur faveur persévérante rappela sur le théâtre politique un vétéran concentré dans la solitude \ mais alors

était arrivé le temps des vengeances féodales , ecclésiastl'^ qaes , coloniales y etc., etc. Un {ilan systématique d'impostures , d'outrages , de persécutions commandées, soudoyées, fut ourdi ] les rôles furent distribués , pour faire retentir dans toute l'Europe une calomnie, démentie , si Ton peut le àirey jusrju^au'delà de téifidence^ par un procèsverbal , par un discours prononcé à la tribune nationale , par une lettre dont Toriginal est déposé aux archives du gouvernement-, toutes ces pièces sont impriniées. A ce déchaînement de fureurs dont les annales françaises n'offrait pas un pareil exemple, concouraient ardemment des déi^ots ; c'est Vantipode des hommes pieux. Le pardon que je leiir accorde et le désir sincère de me venger d'eux par des bienfaits, ne les absolvent pas d'un assassinat moral et des conséquences que pour eux il entraîne.

« Le résultat de cette trame odieuse , subversive de la Charte et de toute liberté nationale , fut tel que j'ai pu m^en a[qplaudir ^ car depuis cette époque l'opinion ptibliqoe et très publique n'a pas cessé d'ofinr des consolations i cdoi auquel suffit le témoignage de sa conscience.

« Mais cependant , monsieur le Grand -Chancelier, si rhomme contre lequel furent déployées tant de fureurs , étaitcimpàble , doit-on lui renouveler son brevet d'inscription sur le tableau de la Légion-d'Honneur? Le fait suivant rendrait plus saillante encore cette contradiction :

« Sons la terreur de 1795 , après avoir plus que per-

•onne ( j^oaer le dire , car le foit est indéniable ) contribué i sauyer les monamens des sciences , des arts et ceux qsi les cultivent *, membre de la représentation nationale , je fus nn des plus fervens promoteurs et Tun des fondatenn de rinstitut , auquel m'agrégea une élection libre et sanctionnée par la loi , mais dont je fus exclus en iSIG, sinon de droite au moins défait par ordonnance ; et celai qui le premier dans cette société avait expressément repoussé lacté additionnel y dont on se rappelle le dernier article, fut d'après cette ordonnance réputé sans doute indigne de siéger au milieu de cent cinquante signataires de cefianeux acte additionnel-, il fut même censé indigne de vii^re, cài pendant quelques années on lui ravit ses moyens d'existence f et quoique y soit nécessité , soit pudeur , on ait arrêté ou su^endu le cours de cette injustice , jamais on n'a rempli à son égard les lacunes d'une dette étayée de lois et d'ordonnances.

« La métamorphose de l'Institut a établi une doctrine absolument neuve sur la légitimité littéraire , et si elle n'a pu obscurcir la notion des devoirs que commande la solidarité littéraire , eUe a laissé k d'antres hommes , d'autres temps ; d'autres pays, la gloire de les mettre en pratique. Mais y revenant à l'objet de ma lettre , je demainde si l'ex* dusion de l'Institut ne heurterait pas la concession d'un nouveau brevet de la L^on-d'Hmineoi: , et n'offrirait pas une seconde contradiction , qui ne serait pas la dernière ,

— Î43 — car d'catret t-éflfolterflâeiit de feits et de mcAramei» liistoii^ faes dont on pourrait ici entremêler le souvenir.

« A ces difficultés il est une solution ; mais il ne faut pas même la faire entrevoir, parce qu'en général les ministères ont pour maxime d'agir comme s'ils étaient infaillibles et impeccables.

<c Honoré des suffrages les plus flatteurs dans les trois hiérarchies ecclésiastique, politique et littéraire , je ne tes cherchai point *, ils tinrent trouver celui qui s'efforçait de les mériter et non de les obtenir. Dans cette dernière route on ^st coudoyé par la foule, dans l'autre on ne court pas ce daiiger. Tandis qu'au milieu des tourbillons révo« lationaaires , les hommes sans caractère ( c'est la presque totalité) se traînaient dans les ornières de l'adulation^ de la servilité , je restai immobile sur les principes qui , dès la plus tendre jeunesse , présidèrent à ma conduite ; car la religion est une boussole qui ne décline jamais : avec elle on épanche sur tous tes hommes les effusions de la beoté ; celui qui est l'objet de leurs persécutions n'est pas le plus & plaindre.

« Une vie intègre défie la médisance; mais qui pourrait défier la calomnie, surtout depuis que les théories de Vindignùéy du pouvoir absolu et du système interprétatif n/ai ftit un progrès si étrange ? Des vexations d'un genre nouveau , si toutefois l'immense séirie n'en est pas épuisée, sont réservées peut-être à un citoyen paisible , inoffensif,

éloigné du monde , qac les amis des mœurs , de la liberté, de Tordre, rencontrent toujours dans leurs rangs; mais qui y n étant pas dirigé par des idées , par des sentimeos d'emprunt y toujours rallié au drapeau de la loi , ne s'enrôle jamais sous la bannière des partis.

« Un serment de fidélité au gouvernement est exigé dans la Légion-d'Honneur \ il est également prescrit aax collèges électoraux où plusieurs fois je Tai prêté y et ré« cemmcnt encore aux dernières élections de Paris.

^ Certes, clic est très respectable cette institution d'us ordre destiné à récompenser le mérite civil et militaire. Mon diplôme de nomination, sous la date du 26 prairial an 18^ énonce textuellement qu'elle est un témoignage éclatant de la reconnaissance nationale. Si c'eût été simplement une grâce , je Teusse refusée \ mais le régime sous lequel on vivait alors était aussi peu disposé a étendre sur moi la répartition de ses faveurs que j'étais peu disposé à les recevoir.

« Quiconque se respecte met dans sa conduite un. ensemble dont il ne sait pas se départir \ telle est ma suscepr tibilité à cet égard^ que placé par une main ennemie, dans une catégorie particulière y appelant le passé au conseil du présent^ je craindrais (si j'envoyais les documens demandés pour le renouvellement du brevet), que cette démarche ne fQt assimilée à une sollicitation. Qui sait si , contre la volonté formelle et l'assurance positive consi^

gBée dans la lettre du Graad-ClMiiKt^Her« ^u) m\\x i)U-j^\ si des agess de la puissance la oiroonvenanl , w 10 m^^ nageraient ps en celte occurrence le piniilr « <|ii(i j«^ W ▼eux pas leur donner^ de faire rejeter la ftréHn^H^ iullioltation, on, après Texpédition du breyet , la pldliir du lu faire révoquer?

« D'ailleurs y lorsque pendant huit un» (uiimilouilh IIM indlyidu a été conspué, tourmenté iftui ritlAiibtf (»l/ff^r lui ! ) ; lorsque pour le flétrir ont été MiM dm IHAlitivtfi» inouïes^ quoique sans aucun êoech, énnmnw f^m umu dans la matrienle de llmmettr dvUf m imnit-m ^ lèim iaconséqnenoe doatOB peut, d^itf i^u 4éM nlifi^fHim (41 ricoche ? nsetait pbii coiinmiiMi^ 4^ mmhk, 4m ^4m;4 iet régulétrememt kV€%9mm 4^ itam iffi^ éd 4é( m$ 4êvih Cdn 0fÊi iadfifne cette nwamfC' im/i ym$ 'mMMiM*t ^^i>i hj&^Sfct rmim wr m^ ^fikk ^ fiM f^mitHfik 1^ vinna^ortioe «n ^'«Htiics^

e oe ^ p00l 4k!liiker imm m^fi^, mu4tk^fm mw H ppMirifcMr Ml \w âki mf 4^ Ummm 4^^^'^ ksnswBs t;»w leur «ip4 irtim^ ki4m ^rt^ëêmma^ w« ^— fc, Wiffftwmf é0 ^ii^ U$iêya, m^tmÊt^ 4^' iiyMM , i «s éoB «mMiéw tm ymi mk Ui^ mm 4iM0U ^ i^

- 2W — rées par brevet , ni enteTées par ordonnance , qualités .seules admises dans deux tribunaux qui réviseront beaocoup de jugemens dont nous sommes contemporains : le tribunal de Tfaistoiro et celui du Jngp étemel.

« Monsieur le Gran^-Cbancelier, la prolixité de celte lettre réclame votre indulgence. Pour obvier à des interprétations erronnéesy i des suppositions gratuites d'arrièrepensées , en vous annoncAnl ma détermination > j'ai 4A Tentoarer des motifs sur lesquels elle|s'appuie. La vérité les a.tracéSy je vous crois digne de Tentendre, et cette déclaration est un hommage d'estime que je vous présente.

« t Grégoire , « Ancien évêque de Blois. »

Durant les années qui s'écoulèrent jusqu'à la révolution de juillet 1830, Grégoire vécut dans un cercle d'amis singulièrement restreint par l'ingratitude et la pusillanimité. Chaque soir^ quelques uns d'entre eux venaient goûter le charme de sa conversation pleine de feu , d'en* jouement, et d'une érudition dont il prenait plaisir à dispenser les richesses. Il s'informait 4e leurs occupations , leur donnait des conseils , et jamais , dans ses immenses lectures , il ne tombait sur un document peu connu sans le trans-

mettire aussitôt à ceux qu'il pouvait intéresser ^ il n'est aucune des personnes qui se sont trouvées en relation avec lui qui. n'ait reçu de sa part quelque service de ce genre. Il aimait surtout à encourager, au début de leur carrière politique ou littéraire, les jeunes gens que sa bienveil* lance ne tardait pas à lui attacher comme des fils. Partaient-ils pour quelque voyage , Grégoire rédigeait , selon la spécialité de chacun , des se* ries d'observations à vérifier ou de faits à re* cueillir, qui leur servaient de guidés , en même temps que les réponses qu'on ne manquait pas de lui adresser accroissaient ses précieux matériaux de travail. Grâce à sa renommée européenne , sa maison continuait d'ailleurs d'être le rendez*-vous de tous les étrangers qu'attirait i Paris le désir d'étendre leur savoir en quelque kranche que ce fût ; car aucune connaissance ne lai était étrangère : littérature , histoire , ' théo* logie y sciences physiques et même industrielles ; . il avait l'heureuse faculté de s'intéresser à tout , parce qu'avant tout ami de l'humanité , il était sans cesse préoccupé du besoin d'agrandir le domaine de l'intelligence générale.

Personne^ certainement, n'^a contribué autant

— i48 — que Grégoire à propager les idées nées de la révolution française, à leur faire faire, comme on a dit , le tour du monde. Son caractère épiscopal lui donnait un haut crédit dans les pays où les habitudes religieuses se sont le mieux conservées, et l'harmonie qu'établissait sa parole entre les doctrines de TÉvangile et les idées libérales» ouvrait à celles-ci l'accès des esprits qui se fussent montrés les plus rebelles.

Sa correspondance embrassait , pour ainsi dire , l'univers entier ; nous y trouvons des lettres des contrées les plus reculées^ et de plusieurs qui sans doute n'ont jamais eu avec la France d'autres relations. Un jour peut-être nous entreprendrons d'en faire le dépouillement et d'y choisir les extraits qui peuvent intéresser le pur blic curieux.

Outre ces communications épistolaires. Gré* goire consacrait une portion notable de son revenu à faire sur différens points l'envoi des livres qui lui paraissaient les plus utiles pour répandre les progrès de la science et des arts. Sa demeure était en quelque sorte un entrepôt de librairie phiiantropique : on n'y voyait que ballots de voulûmes, destinés à aller porter les lumières de la

civilisation dans toutes les parties du monde.

Une autre portion de son revenu, et ce n'était pas la moins considérable, était appliquée à des œuvres de charité. Plus d'une fois il contribua de sa bourse au soulagement de quelques an> ciens collègues proscrits , de ces hommes qui , après avoir gouverné la France , allaient traîner dans Texil leur honorable pauvreté. Plus d'un vieux prêtre, persécuté pour son attachement aux libertés gallicanes , trouva chez lui le partage du chrétien. Sensible aux souvenirs de sa jeunesse , il faisait souvent parvenir aux églises de Vého, son lieu natal, et d'EmbermesniU sa première cure , des omemens et des livres pieux, ainsi que des secours aux indigens de ces deux communes. C'est par l'entremise des pasteurs qu'habituellement il envoyait ses offrandes; leur correspondance de charité présente quelquefois une lecture touchante.

La piété de Grégoire , dont il ne .fit jamais ostentation , se manifestait surtout dans sa vie inr time, à la fois austère et douce. Le matin , lors-qu'après avoir dit sa messe il sortait de son oratoire et paraissait au déjeuner, sa figure était radieuse, sa voix claire et eqouée j jamais il ne

semblait si heureux. — Pendant tout le carême, il observait un jeûne sévère , ne mangeait qa'à midi un peu de pain et quelques fruits ; à dtner^ SOB potage et un plat maigres. Mais cette rigidité n'était que pour lui-même, et il y avait toujours sur sa table des plats au goût de ses convives. ~ Un jour de carême , quelques ecclésiastiques vinrent dîner chez lui , et aussi plusieurs laïques. On servit du gras et du maigre : MM. les ecclésiastiques, sans se faire inviter^ attaquèrent une volaille et firent honnemr au lepm sôus les deux espèces. Grégoire n'en manilesta aucun blâme et s'en tint à son ordinaire. Lorsqu'ils furent partis , madame Dubois dit en {rtansaiitant : — Eh bien! monsieur i'évêque, ^^cf des collègues moins rigides que vous. -r-- Ce H-est q[>» à moi qu'il appartient de les juger» %obiie mère, répondit Grégoire avec douceur; Dieu les jugera.

On a souvent élevé des doutes sur la sincérité rsligieuse de l'évécpie de BMs; il y a , disatlHon, idàfts lés pratiques du culte catholique , tant de Misses ^pie repoussenl les lumières modernes, -qttitiï homme aussi éclairé ne saurait les adme<^ tre. N^uBHBiême nous avons quelque temps f»-

tagé cette errevr^ je dis : cette erreur^ car il est impossible d'avoii: yécn dans Tintimité de (iré^ goire , d^ayolr saisi sur ses lèvres ces exclama^ tiûfis qui partent du cœur^ et dans son regard cette expression spontanée que l'on ne peut feindre, sans y lire tous les caractères d'une BaSre et profonde piété. Religion et politique, «^é* talent pour lui deuK idées îndissolublemeM liées : apôtre fervent du protestantisme naibkmal appelé gallicanisme, il voyait xlans l'Evangile le code «àcré de:la démocratie; mais dans ta créaf^ tion 4'uH gouvernement caftholique une déviai tion de l'égalité chrétienne.

Fidèle au culte de l'amitié, il avait ^consenvtt des mlations non interrompues avec qudqu»

uns de ses anciens compagnons de travaux^ jnreb Lanjuinais p»ticulîèrraieffit. lis' se rénmissaieiiJ; tovs les vendredis, pour conférer ensemble s«r des matières religieuses et politiques. C'était un spwtacle toucbant que de voir ces denxvîèui amis de près de cinquante ans , mettre aua»i6t toute affaire à Técart et causer avec la vivacité déjeunes celiégiene qui se rencontrent inL* joor de vacance.

Le fMTincipal travail qui oceupa les «ieraièm

aimées de Grégoire fut un remaniement complet de son Histoire des sectes religieuses; il y incorpora plusieurs de ses anciennes publications^ et y ajouta des développemens considérables. Qnq volumes de ce bel ouvrage ont paru de son vivant; le sixième et dernier, dont rimpression commençait lorsque l'auteur fut surpris *par la maladie , verra le jour prochainement.

Indépendamment de cette grande composition , plusieurs des manuscrits dont nous avons parlé dans le cours de cette notic^ étaient sur le chantier; et, cependant, Grégoire trouvait encore le loisir de terminer d'autres productions d'une moindre étendue , mais qui devaient exiger, par leur nature , de nombreuses lectures et de patientes recherches. Nous devons citer particulièrement le petit volume intitulé : De fmfiuence du christianisme sur la condition des fem-mes y qui est arrivé à sa troisième édition, et qui a été traduit dans presque toutes les langues, même en russe.

Les balles de juillet , qui vinrent frapper jusque dans son cabinet d'études à Passy, et faillirent le tuer, suspendirent un instant ces paisibles occupations; un instant, car sa vieille expérience

dut le détromper plus promptement que bien d'autres sur Tavenir que semblait promettre à la France son nouvel effort révolutionnaire. Ne vit* il pas dès le lendemain siéger dans les conseils du gouvernement, armés d'une funeste influence, plusieurs des hommes qui s'étaient montrés ses plus ardens persécuteurs ?

Une heure de sainte jouissance fut néanmoins réservée au vieillard qui avait survécu à tant d'orages. Il put embrasser, après quinze ans de bannissement, quelques uns de ses anciens amis; mais combien d'autres, que son regard chierchait vainement , manquaient à cette fête de famille l

On avait cédé aux exigences del'opinionjiublique en rendant à la France ceux des proscrits que n'avaient point tués la douleur, la misère et les climats étrangers ; mais, tandis qu'aucun souvenir de reconnaissance nationale n'était adressé aux illustres victimes qu'avait dévorées la terre d'exil, ceux-là ne rentraient eux-mêmes dans leur patrie que comme des amnistiés. Il y eut une chambre des pairs , un sénat ; et les noiof^ de Sieyes , de Grégoire, de Thibaudeau n'y figurèrent point, lorsque le fils de Philippe d'Orléans s'asseyait sur

]m trame. Deux académies demandèrent la rentrée des anciens exclus , comme nn droit; et un ministre , M. Guizot, osa répondre qu'elles pou- Taient les réélire successivement , lorsque des places deviendraient traçantes, mais que l'ordonnance d'exclusion ne serait point rapportée* Réélection, voilà ce qu'il offrait à des hommes privés injustement de leurs droite ; successivement, voilà ce qu'il laissait entrevoir à des vieillards dont plusieurs étaient octogénaires. Grégoire^ en effet, mourut avant cette réélection, que d'ailleurs il n'eût point acceptée.

^ Ainsi y dit l'auteur d'une brochure publiée à cette époque, l'iniquité commise en 1816, sous le ministre Vaublanc, a été maintenue e» 1850 sons le ministre Guizot , par deux décisions qu'on croirait ramassées sur. la route de Gand. Lacretelle aine , descendu dans la tombe où le suivit l'estime publique, avait infligé au ministre de Louis XYIII une dénomination qu'il doit partager avec celui qui figurait récemment dans la Urte de ses successeurs ; nous avons deux if onpeou de la littérttnre (1 ). »

(0 L'Institut créé par une loi , démembré par une ordonnance, ih-B*» de'C pages,

Nous ayons dit que Grégoire n'avait pu tarder à être détrompé sur les promesses de juillet. Et, en effet, voici la minute d'une lettre adressée par lui , dès les premiers jours d'août y à ^. Constancio , ancien ministre portugais en Amérique :

« Passy^ le 6 août t830.

f( Estimable et savant Constancio ,

<( Je distingue yotre lettre amicale dans la multitude de celles qui m'arriyent et auxquelles je ne réponds pas.

' «( La vôtre respire cet amour des principes , ce caractère de dignité dont vous avez donné des preuves éclatantes , surtout lorsque plénipotentiaire du Portugal aux États-Unis, vow apprîtes la lâcheté de Jean YI et le renversement desCIortè». Notre manière de penser, identique sur beaucoup de points, diffère en quelques uns. J'entre en matière.

« Pendant un quart de siècle , j'ai rempli mes devoirs dans des postes élevés des hiérarchies ecclésiastique et po- Ktiqm y sans les avoir cherchés. Vous me rappelez qu'en 1814 je publiai des vérités sévères et qui frappaient k plomb ce Iftche Sénat dont j'ai été membre pendant treize ans. Mon éerit fut applaudi et maintes fois réimprimé. Mais la liberté en a-t-elle recueilli quelque avantage?

aocun. Mes observatioDs sont tombées dans le fleuve de Tonbli \ Topposition sénatoriale , qui ne comptait guère que trois individus , fut huée, persécutée*, beaucoup de Iftches associèrent leurs efforts à ceux de ces Bourbons qui établirent leur tyrannie sur la déception , le parjure , et qui voulaient la continuer sur des cadavres sanglans. Au despotisme de la gFoire payée chèrement, succéda celui de la stupidité et de Thypocrisie.

a En 181^9 j'étais , comme aujourd'hui^ sous la remise, et cependant je crus devoir adresser à rassemblée des cent jours y en faveur des nègres , une réclamation qui fut accueillie. Je pense comme vous qu'on peut emprunter à cette assemblée des articles importans pour rédiger une constitution assortie à nos besoins : TAssemblée constituante et la Convention peuvent aussi fournir d'excellens matériaux \ celle-là surtout pour le régime administratif , celle-ci pour tout ce qui concerne Tinstruction publique et les établissemens scientifiques \ car cette GonTention , qui eut des torts immenses par sa persécution contre la reUgion , a d'un autre côté donné l'impulsion au développement de rindustrie et des talens. Dans ces deux assemblées et au Sénat , j'ai payé mon contingent de zèleet de travaux *, que pourrais<je faire de plus en cédant à votre invitation de prendre la plume ? vous me jogex avec trop de bienveillance et d'indulgence. J'applaudis comme vous à cette jeunesse française qui est toute radieuse de

courage el de talens \ mais peu soucieuse des hommes qui Font précédée dans la carrière politique^ elle les circonscrit dans ce qu'elle appelle Gérontocratie y ci leur imprime une teinte de ridicule, contiguë au mépris* Je n'aime pas à m'ayancer sur la scène , et j'ai toujours cédé le pas à quiconque yeut marcher en avant. Considérez, je vous prie, que depuis Ce qu'on a si improprement appelé restauration^ la France , à quelques exceptions près , la France est gouyemée par Témig^ation ecclésiastique et nobiliaire , par le jésuitisme et Tultramontanisme , et par des hommes, tristes débris de nos assemblées politiques , qui ont ( tant de fois je Tai dit) suivi toutes les bannières, arboré toutes les couleurs et professé toutes les doctrinss. Tels sont les hommes dont un grand nombre encore aujourd'hui vont s'occuper de notre avenir. Je ne suis pas coopérateur dans cette entreprise. Parmi les faiseurs, je vois une foule do gens qui, en 1819, abandonnèrent lâchement la cause du député de llsère , et d'autres qui l'accablèrent d'outrages , les uns plus tôt , les autres plus tard \ je n'en connais aucun même de vue ; en me repoussant d'un poste que je n'ayais ni désiré, ni cherché, et que je n'aurais accepté qu'en sacrifiant mes goûts et ma santé , ils me rendaient un service ', mais de là datent le relâchement , l'apathie^ l'abandon des principes qui firent altérer la législation, expulser Manuel , décerner aux émigrés le milliard promis aux dé» fenseurs de la patrie, etc. Voilà (du moins en partie) les

hommes à qui seront livrées nos destinées. A Diea ne plaise que j'aie contre eux aucune aigreur; ce sentinient est étranger à mon cœur » à mes principes » et j'éprouve un vif désir de trouver l'occasion de faire du bien à ceux qui m'ont fait tant de mal \ ce qui m'intéresse essentiellement c'est le sort de ma patrie. La victoire, temportée par Théroisme français est admirable \ un pacte social qui garantisse toutes les libertés doit en être le résultat. Panni les hommes chargés de cette tftche, j'en vois d'éminens en taléns y en vertus -, mais il y a déjà Yombre au tableau, Yétéran d'âge et d'expérience , je suspende mon jugement. Cette lettre commencée à Passy , et que j'achève à Paris, a été sept ou huit fois forcément interrompue ; griffonnée à la hâte , c'est une marqueterie de pièces incohérentes. I^urais bien d'autres observations à vous présenter : elles jpourrokit être l'objet d^uné autre épttre.

Les nations sont solidaires et ne fénrmernt en droit qu'une famille. Je fais aussi des Vœtir pour le Portugal , et faime à espéterqu'un jour il profitera des'Yumières et du coarage^deThbufine estîmabk^ à qbi'jé r^^dnds , et'que j%m- Inratôè cordialemiènt. »

ti^ombre ne fnt pas long-temps sans couvrir le tableau. L'homme de juillet , Lâfayette , traité avec la plus noire ingratitude dans la Chambre des .députés, à l'occasion d'un projet de loi sur

259 — la garde nationale^ fut obligé de se démettre do commandement suprême que les acclamations de la France lui avaient décerné. Grégoire lui écrivit aussitôt :

m Paris, 6 décembre 1830.

« Mon cher ancien collègue et ami ,

a L'étude des hommes, toujours utile et même nécessaire 9 n'est pas toujours consolante *, un mérite éminent offusque l'enyiè y et quand elle ne peut échapper à Tobligation de donner des éloges /un dépit concentré s-échappe en explosions qui révèlent le fond du cœur.

« Dans toute organisation politique autorité municipale et garde nationale sont des élémens essentiels. JDepuis 1789, votre nom est indispensablement uni à ce)ui de cette armée citoyenne qui, toujours digne de If natio|i , a jnst^ié nos efforts et comblé nos espérances.

« Vous connaissez nies sentimens d'estime et d'amitié pour TOUS : s'ils étaient sosc^^bles d'accroissement , il aurait lien après avoir lu ce qui vous concerne dans la ëffw^ d'avant hier à la Chambre des députés-, j'éprouve le besoin de vous le dire ; et c'est d^ns Teffusion de son ame que yous embrasse votre ancien collègue et ami,

<( Grégoire, « Ancien éi^êque de Blois, »

La fixation da traitement accordé an chef de Fétat fut une des premières occasions où se mirent en présence le parti qui voulait continuer l'ancienne monarchie sous un nom nouveau , et celui qui demandait une réforme plus profonde dans le sens démocratique. Grégoire prit la plume pour payer un dernier tribut aux opinions de toute sa vie , et publia des : Considérations sur la liste civile , ouvrage vendu au profit des blessés de juillet. Il n'y dissimule pas son regret d'avoir vu le drapeau de la république servir à l'établissement d'une nouvelle royauté; mais il se soumet sans murmure , et cherche seulement à faire sortir des circonstances tout ce qu'elles peuvent of* frir de favorable à la liberté.

« Jadis un philosophe donna aux Athéniens^ non les lois qui lui paraissaient les meilleures , mais les mieux adaptées à leur situation , à leur caractère. Une considération de même genre a fait prévaloir, dit-on , le système politique qu^oa vient de" proclamer. Il est permis de croire qu'une base monarchique n'est pas la plus solide pour asseoir l'édifice social; mais l'anarchie , c'est-à-dire l'absence de gouvernement , serait un fléau plus redoutable encore qu'un gouverne-

ment défectueux. En conservant une théorie ré^ publicaine , en s'affligeant des obstacles qui en repoussent l'application ^ il faut s'incliner devant la volonté nationale , et remplir par conscience un devoir que tant d'autres ne rempliront que par des calculs de crainte, d'ambition, d'intérêt. Réconcilier la liberté avec la royauté , c'est une tentative au succès de laquelle j'applaudirais. Puisqu'on nous promet une monarchie démocratique^ tâchons d'en effacer les anomalies et d'en rectifier les imperfections. Tel est le but de cet opuscule, dicté par l'amour de la patrie, et non par une intention hostile. »

Ce passage exprime complètement les dispositions conciliatrices où se trouvaient, en 1850, les partisans même les plus absolus du système républicain. Ces dispositions n'auraient point changé, s'ils n'avaient vu des hommes anti-nationaux précipiter le pouvoir dans des voies réactionnaires , et outrager avec impudeur les souvenirs glorieux de notre révolution.

Dans ses Considérations , Grégoire , après avoir signalé les dilapidations de l'ancienne cour comme une source principale de nos déficits financiers , tracé l'histoire des listes civiles , et montré que

le régime républicain est le plas économique pour les nations 9 examine, l'almanach royal en main , les réductions qui pourraient être faites sans porter atteinte à la dignité de la couronne, et les trouve fort nombreuses. Il pense que la liste civile , au lieu d'être fixée d'ayance pour la durée de tout un règne , devrait être votée annuellement comme le budget, en tenant compte des besoins du chef de l'état et des ressources du pays , deux élémens naturellement variables.

Les déceptions politiques , qui se succédèrent alors avec tant de rapidité, exercèrent itee douloureuse influence sur l'ame du vieiftard, un moment rajeunie par l'espérance de roir, au terme de sa carrière, V arbre de la liberté ^ qu'il avait célébré, étendre ses rameaux sur la génération nouvelle. Sensible, comme ub jeune homme, à la perte de ses illusions, parce qu'il avait su conserver l'ardeur et la naïveté du jeune âge, un chagrin rongeur s'empara de lui, et détruisit en peu de mois ses forces qui lui avaient permis jusqu'alors de se livrer à des travaux assidus. Ceux qui rapprochaient le voyaient souvent joindre les mains et lever au ciel un regard attristé, comme pour une muette prière^

puis, lorsqu'il s'apercevait de l?i présence de témoins , ou quand on lui demandait avec sollicitude s^il éprouvait quelque souffrance , son visage exprimait un sourire , douloureux n^ilgré lui, par lequel il s'efforçait d^ rassurer ses amis.

Le notai moral rendit bientôt incurable ua mal pfay^que dont l'énergie de son ame triomphait depuis long-temps. Mais Grégoire n'était point de ceux que les approches de ki mort peuvent surprendre ni troubler. Six ans auparavant, dans la prévoyance de cet événement, il avait luimême rédigé ses instructions.

Notes sur ce que je désire que Vonfjdsse si je tomlfe malade , quand même le danger ne paraitrait pas imminent y et sur ce que je demande que l'on fasse dès que f aurai expiré.

a Le vertueux Duhamel, prêtr^r membre de FAcadémie des sciences, décédé en 1706, avait dit plusieurs fois qu'il désirait mourir immédiatement après avoir dit la messjç : son vœii fut exaucé ; car la mort le frappa dans la sacristie lorsqu'il descendait -de lautei. Si j'avais la piété et les vertus de ce saint homme , je formerais le même désir-

t Jlgnore si la mort viendra m*atteindro inopInémcnC par un coap d'apoplexie , par un accident, on même par on assassinat , dont j'ai été menacé. Dans ce dernier cas , qae mon imagination repousse , en condamnant le crime je pardonne d'avance h celui qui m'Oterait la vie, et d'àvanae je prie Diea qu'il lui pardonne.

< Si au contraire une maladie précède mon trépas , je supplie ma bonne mère adoptive , madame DuIkhs , et les autres personnes qui connaîtront ma situation, de me pro« curer sans délai tous les secours de la religion , plus im* portans que ceux de la médecine, en priant de se rendre près'dejmoi mon confesseur, H. Euyrard, prêtre de la paroisse Saint-Séyerin , rue de la Yieille-Bouclerie, n» 24, pour me disposer au passage de la vie à l'éternité , par les sacremens de pénitence, d'extrême-onction et de l'eucha* ristie comme viatique.

« Par respect pour le caractère épiscopal doni, quoique indigne , j'ai l'honneur d'être revêtu, et d'ailleurs pour se conformer aux prescriptions du pontifical et du rituel , on me] revêtira des rochet , camail , étole , croix pectorale. Avant de recevoir le corps sacré de Jésus-Christ , je renouvellerai me^ vœux du baptême et ma profession de foi catholique.

« Je regarde comme un crime l'absurde délicatesse de certaines gens qui craignent d'annoncer à un malade le danger de sa situation. Quant à moi, je veux qu'on m en

instruise sur-le-champ ^ c*cst tout à la fois un ordre que je donne et une, grâce que je demande.

ce Dès ce moment, les personnes qui veulent bien s'intéresser à moi sont suppliées de redoubler de ferveur pour demander à Dieu le salut de mon ame.

tt Je demande qu'on fasse près de moi, surtout le soir et le matin , des prières à voix haute , afin que mon cœur s'y associe ; qu'on me récite en français ou en latin la prose des morts, Pies ircBj Fhymnedes premières vêpres du jour de la dédicace, urbs Jérusalem beatu'^ qu'on me lise la passion de Jésus-Christ , et qu'on place le crucifix entre mes mains.

« Quand on présumera que je suis près d'expirer, qu'on me récite les prières des agonisans, et qu'on m'étende, si ma situation le permet , sur la paille ou sur la cendre pour 7 rendre l'ame en pénitent.

te Je veux que ce soit un homme qui m'ensevelisse ] mais seulement après la visite du chirurgien chargé de constater mon décès*, car avant cette visite, il est abusif et même criminel de couvrir le visage d'un malade, qu'on étouffe par cette imprudence, s'il lui restait encore un souffle dévie : cet abus, dit-on, est commun à Paris et sans doute ailleurs.

« L'usage est qu'un prêtre , qu'un évêque , soit dans le cercueil à visage découvert avec le costuçie sacerdotal on cpîscopal, comme pour célébrer la messe, jusque ce

bertédu culte, quoiqu'il fût à l'avance certain d'être outragé et conspué ; qui , avec d'autres évêques et prêtres , malgré les menaces et les persécutions , s'occupa sans relâche du rétabHssement de la religion catholique; qui, à la tribune contentionnelle , tonna eontre les vexations exercées sur une multitude de prêtres insermentés , entassés sur des pontons a^Rochefort, et obtint leur délivrance, etc., etc.

« Si après tant de calomnies, d'outrages, de persécutions, on dernier outrage est réservé à ma dépouille mortelle, que Dieu pardonne à ceux qui en seront les auteurs et les approbateurs ! J'espère en la miséricorde de Dieu par les mérites de Jésus-Christ mon Sauveur.

« Paris 22 octobre 1835.

« t GRÉGOIRE , « Ancien évéque de Blnis. »

L'opiniâtre haine de ses ennemis ne fut que trop fidèle à justifier ces appréhensions. Lorsque Grégôîrê fui Convaincu de la gravité de son état, après avoir dépoâé sa confession dans le sein dn prêtre qui avait coutume de la recevoir, il témoî** gna le désir que les sacremèns lui fussent administrés par le curé de sa paroisse , TAbbaye-aux- Bois. Celui-ci vint, accompagné de son premier vicaire, jeune ecclésiastique plus ardent, à ce

qu'il parut , pour les récentes études du sémi* naire que pour les devoirs de la charité chrétienne. C'est du moins ce que Ton peut inférer de sa conduite chez Tancien évéque de Blois, avec lequel il s'empressa beaucoup plus d'entamer une discussion théologique qu'il ne son* gea à lui prodiguer de pieuses consolations. Prenant la parole pour le curé , qui sans doute l'avait amené dans ce but , il déclara au malade que l'unique moyen de se réconcilier avec l'Église^ et d'obtenir les sacremens, était de faire me rétractation du serment constitutionnel ; à quoi le vieux gallican répondit avec quelque yivacité : tt Jeune homme , ce n'est pas sans un mûr examen que j'ai prêté le serment que vous me demandez de renier; ce n'est pas non plus sans de sérieuses méditations au pied de la croix qoe j'ai accepté Tépiscopat, alors qu'il ne poayait être un objet d'ambition; et toutes ces choses, je les ai faites avant que vous ne fussiez ao monde. »

Il termina ainsi la discussion : « Messieurs, vous n'obtiendrez rien de moi de contraire à ce que j'ai professé toute ma vie ; ressusciter aujourd'hui (\e pareilles tracasseries, même en dé-

pit du concordat de Pie VII , qui a jeté un voile sur ces questions^ abrogé les brefs de son prédécesseur, et nous a conjurés à la paix et à l'union , c'est faire le plus grand mal à la religion et s'en déclarer les ennemis. Si la nécessité où vous me réduisez de recourir, pour les sacremens , à un prêtre étranger, cause du scandale, il retombera sur ceux qui y auront donné lieu... ^

M. le curé lui ayant aussi demandé s'il consentirait à signer le Credo du rituel , le malade répondit qu'après avoir manifesté par ses actions et ses écrits son attachement inviolable aux vérités de la religion , il devait repousser comme injurieuse une exigence à laquelle on ne soumettait point les simples fidèles.

Grégoire avait d'ailleurs conservé si bien tout le calme et toute [la lucidité de son esprit ^ que pendant cette discussion , et dans les scènes qui suivirent , il argumenta , malgré sa faiblesse croissante, avec sa verve et sa fécondité ordinaire , et plusieurs fois il envoya chercher des livres de sa bibliothèque pour appuyer sa pensée par rautorité des citations.

Le lendemain de l'entrevue que nous avons racontée , M. l'archevêque de Paris, exactement

informé de circonstances qui l'intéressaient viyement , envoya à Grégoire une lettre que nous devons rapporter dans son entier (1). Four éidter de donner un titre quelconque à l'ancylea prélat, cette lettre était sans suscripUon.

«PaTi9, leS.mai taii.

a Au sein de la retraite d'où je voudrais sortir pour aller vous tendre la main sur le penchant de Téternel adilme , an pied des autels où je viens d'offrir pour vous le saint sacrifice ^ je me sens pressé d'ouvrir mon cœur à un frère, d'autant plus malheureux et plus k plaindre qu'il ne paraît pas comprendre le danger où il se trouve ; et je demande k Dieu de lui laisser voir le désir ardent qui me possède pour son salut.

« Le curé de rAbbaye-aux-Bois n'a pas manqué de m'instruire des démarches que 'son zèle et sa charité pastorale, lui ont fait entreprendre , conjointement avec son

(1) Quelques lecteurs trouveront sansdoute que nous accordons à ces débats une étendue peu en rapport avec l'intérêt qu'ils^ inspirent aoipnblici Mais ilest^mdfvoir .aaorépour lebîogr^pfiet «'«st de se substituer, en quelque sorte > à rhomme dont il j^crit Thistoire » et de donner à chaque fait personnel , Timportance que celui-ci n'aurait pas manque de lui attribuer, s'il en eût été le narrateur.

vicaire , pour répondre d'abord aux intentions que vous loi aviez manifestées , au sujet des derniers sacremens de l'Eglise , et ensuite de la stérilité dont tous avez frappé ces mêmes démarches 9 en refusant > avec une désolante assurance, d'abjurer des erreurs condamnées par l'Église universelle, et dont vous avez soutenu jusqu'à ce jour la profession publique.

ff L'état de maladie où vous vous trouvez ne me permet pas d'entrer avec vous dans une discussion qui serait trop fiitigante et trop pénible, discussion d'ailleurs plus d'une fois renouvelée , et toujours devenue inutile. C'est de la seule grâce de Dieu , et non de nos moyens et de nos efforts , que nous attendons nue conversion , qui pour être tardive n'en consolerait pas moins l'Église, que vous avez si long-temps 'contristée, et qqi vous préparait par le repetilir nne place dans la société des saints. Je me transporte en ^prita^rès de votre lit de mort ; je vous conjure i geûMx, les wains jointes et les larmes aux yeux ,^4'avoir pitié dé 'tertre ^«le en' rentrant «dans le sein' de l'unité ca* Ihelîqiie, 4org de^laquelle'lFOuS' ne ponvez espérer la coufcmmeiHWiùrteUe.

« Les filmes les^ plus ferventes de '■ mfon diocèse sont en ee'HiMcient «n prière , et ne cesseront de fatiguer e ciel jusqu'à votre dernier soupir, afin d'obtenir pour vous cette grande miséricorde. Non, quelle que soit la fausse sécurité dans laquelle vous semblez demeurer , non, il n'est

pas possible quo tous puissiez vous persuader avoir seul raison contre le clief de TEglise et Tépiscopat tout entier ; la modestie toute seule devrait tous en faire douter; ThamilitéySanslaquelle nul n*entrera dans leroyaumedescieox, achèvera de vous convaincre. Priez donc avec nous , en toute humilité, mon cher frères et vous verrez se dissiper les nuages qui jusqu'à cette dernière heure vous déro« bent la vérité.

«r Quel que soit, au reste, le sort de cette lettre, croyez qu'elle n'est dictée par aucune considération humaine, par aucun motif de crainte ou d'amour-propre; non pas même uniquementpar le motif si louable d'ailleurs de préveniran scandale dont les suites seraient aussi peu honorables pour votre mémoire qu'elles seraient affligeantes pour la religion ; mais elle est dictée par le sentiment qui convient à an pasteur disposé h donner sa vie pour chacune des âmes confiées à sa garde, à sa vigilance et à sa sollicitade. Cette seule parole aussi vous dit assez , mon très cher firèra, tout ce que vous pouvez attendre de mon cœur , tout ce qoe vous avez droit d'exiger de moi en échange de la consolation que j'ai la confiance de réclamer de vous^ qu'il ne tient qu'à vous de me procurer, en même temps jqu'elle vous assurera devant Jésus-Christ un jugement fovoirable.

(( f Hyacinthe,

« j4rch€%^^quc de Paris, »

^ P. S. Je charge le Yénérable curé de TAbbaye-aux-^ Bois de vous remettre cette lettre. »

Grégoire dicta sur-le-champ la réponse suivante :

Vancien évéque de Blois à monsieur Parchevêque

de Paris.

«Paris, le 7 mai 1831.

^ Monsieur rArchevêqae ,

« 31e tendre la main quand yous me croyez jor le

penchant de Cétemel abtme est un acte de charité qu mérite toute ma reconnaissance. Depuis la mort de mes* sieursde Belloy, Maury et Emery, • je n'étais plus habitué à reoeroir de communications directes de rarcheyêché de Paris.

« Je regrette vivement que la nature des conditions dont le respectable curé de l'Abbaye-aux-Bois était chargé de me faire la proposition , ait rendu stérile une démarche que je m'étais empressé de solliciter , et m'ait privé de la consolation de recevoir , par les soins du clergé de ma paroisse 9 les secours de la religion. Ce refus ayant tous les caractères d'une persécution , j'ai reçu d'une autre

main le saint viatique , et j'ai l'heureuse certitude qu'en I. i«

€18 de befoin» jo recevrai aiMM rexlrême-oiiclion. « le vois , moDsieor rerchetêqne , qoH est inpoitilih de noas Mtcndre sar ces prétendues erreurs eondanméet pat tÈgjlise , et qoe toqs me reprochei de soulettir atec une désolante asuranees : comme toos, je sais oonraiaea que , dans le sein de TEglise catholique , apostolique et romaiDCy exelusii^entent^se trouvent les moyens d'obtaiir cette co9ironne immortelle y objet de tous mesTorax^et que» dans votre pieuse sollicitude , vous craignez de voir m'écbapper. Je sais qu'à TEglisecetbolique ^eiife a été promise cette assistance de TEsprit- Saint , qui ne permet pas qu'elle s'égare au milieu des écueils dont elle est entoorée;«as8i ^ tontes les vérités qu'elle enseigne me sont elles également chères ^ et s'en est^il anenne qne je 9e finie prti à s^er de hmi sang. Da restoy ma vie tout entière el mes ouvrages déposMt assez d0 Tintégrit^ de ma foi ^ ponr qne je me croie dîspeasé de sabir TkijwisiiM condition de proclamer de nouveau , au lit de dooletr^ par^oosoriptiOn am Credo ^ sotnaription qu'on n'mge pm même des stm^^es fidèiës ^ ke- vérités d'nne rdi^oa daitt laquelle j'ai es te bcashenr de naHM y que je n'aietssé ttn seul Ittstatit de professer et dte défendre a« mîlîen des ètrcottstaiices le» phn pérHlenses , et où j'ai la ferme cou- ^ioù tjfue Diéti me fera la grâce de mborir* ' <c Vous me pafleÈ du chef de tEgiise et de tépiscopat tbut cnïter, qni atsraictit vondamné le serment à la coMli-

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talion dnic du clergé. Si le cfaef de TEgiise etfépiseopat Umt entier eosseDt porté un pareil jugement , meniderotr serait de me soumettre et de me repentir *, mais, outre que l'église unirerstlle n'a point statué sur cette matière , et qu'au contraire, Pie YII a touIu , par son bref de juil-^ let 1796, mettre fin h des discussions plus politiques que religieuses , mon caractère épiscc^l et lion arthodoxie ont été constamment reconnus par un grand nombre d^é« vêques , les plus sayans comme les plus pieux de la catho-* Udté 9 qui , pour la plupart , m'ont préyenu d'égards , et dont la conformité de principes arec les miens est attestée pnrdes pièces qui sont en ma possession. Vos propres ar« chÎTieSi monsieur rarehevêquo , peureni yeuf apprendra quelle Téstévabte c«rdiiiaA de Belloj, l'nn do yds prédéceii^ seitra, m'aifàit, en me donnant la qsalité d'éy^ue / q«ê fOiM aves fu^ det m supprimer dans votre lettie, autorisé 1^ exerce ,» 4ans tout la diocèit^ le» fanotions^ safatt «■piatène \ cette autorisation ma fut emintle «reriMile«feiit fianfimée par le cardinal Mavry ; enfin , toss ne potitet ignonar.la ioodiante union qui^ depuis le concordat jus^ qn?àâa.restauration9 a existé entre la majorité des pfGîteê isapiaiwnto et ceux qui ne l'étaîmt pas. Comment donc taanit^on fende & dire qne je «eiàV/e at^xr raison êet4 conire t9us , lorsque je refuse de rétracter un sermeal ^èté avec conyiction et bonne foi , que beaucoup d'éft^ qoea n'ont pas improuvé comme tous, puisqu'ils 9onC

restés en eommuDioii avec moi » el dool, à ohmos d'one décisJon contraire de TÉglise onÎTerseUe , on ne peot me contester le droit et le dcToir de soutenir la légitimité et la catholicité. Aussi sais-je fondé à penser, atec Bossoet, que les TéritaUes schismatiqoes sont ceux qoi repoosBeit des frères attachés k Tanité.

a Après ce que je Tiens de dire , si de nonvelies coih sidérations étaient nécessaires » je tous rappellerais que le serment imposé en 1606» par Jacques !«', roi d'Angle* terre, fut d'abord condamné par le pape*, qu'il fut, depuis, approuvé par la Sorbonne , et plus tard , par Béraolt- Bercastel, Fabre, Holdin , et enfin par l'immortel Bossoet. Le môme dissentiment existe quant au serment cifiqae. Si jamais l'Eglise, je le répète, venait k se prononcer contre ma doctrine, je suis soumis d'avance à sa dédsion «, mais, jusque là , je reste inébranlablement attaché k ma cro janee, comme i mon amour pour la chaire de saint Pierre, fl étrangement défigurée par les fausses décrétales et par ces prétentions ultramontaines , au milieu desquelles oil été bouleversées et les libertés de l'Eglise galUcane, s précieuses à nos pères, et la discipline de la primitive église, cette discipline qui avait conquis à la fois Ions ces peuples qui , depuis plusieurs siècles , déchirent le seia de leur mère, et dont la désertion accuse la haute imprudence de ceux qui, par des abus déplorables , ont fourai tant de prétextes de schisme.

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