V. Ancien évêque de if lois
«• P. S. Si au milieu de mes souffrances, éprouvant quelque peine à rassembler mes idées pour dicter cette lettre, je n*ai pu donner aux graves questions qui y sont faible-
ment indfqoées qu'on eourl défeloppement» je m'en ré» Are aux oaTrages où je les m Irailée» i fond. >
A cette lettre, M. de Quélen répondit par deux notes successivement adressées à M. l'abbé Baradère y que le malade avait appelé auprès de lui et qui lui donnait ses soins. On regrette d'j trouver un ton de dureté dont Tévangile ne contient point de modèles , et ce n'est pas sans quelque satisfaction que nous voyons l'inférieur donner cette leçon à sipn supérieur : « M. Grégoire a reçu tous les sacremens spirituels qu'on s'est obstiné à lui refuser. On a pensé que le salut du malade était le premier intérêt à consulter. Si la discipline peut en souffrir, la charité , dit saint Augustin , devient alors la suprême loi (A ). »
(j) La citation ftoivaDte , que nous lisons dans le» i>a|)iers de Grégoire , semble dictée par un pressentiment :
« Mais quelque utiles que soient les derniers sacremens contre les horreurs et les combats de la mort, peut-on croire que le salut d'un chrétien dépende de la réception effective de ces sacremens, lorsqu'il les désire, qu'il les demande avec instance, qu'il s'y est véritablement disposé, et qu'il n'en demeure privé que par le caprice et les passions des hommes qui doivent les lui administrer? eette injuste privation retombe sur le dispensateur infidèle ; le
Cet échange de notes entre l'archevêché et la maison de Grégoire se prolongea plus de quinze jours, et le 27 mai, quand le malade était dans lé délire de l'agonie, l'archevêque prescrivait encore de tout tenter pour obtenir son adhésion aux brefs de Pie VI et Pie VII sur le point en question.
C'est que le clergé ultramontain attachait là plus grande importance à pouvoir répondre, par une* victoire gagnée sur l'illustre apôtre de la dé-^ mocratie religieuse, au témoignage d'aversion que venait de lui donner le peuple de Paris (1). Et Paris entier avait les yeux fixés sur cette lutte cruelle , où Grégoire déployait pour la der-
chrétieD qui la souffre avec patience et humilité ne perd aucune des grâces attachées aux sacremens , et il a encore aux yeux de 0ieu le mérite des plus héroïques vertus du christianisme; il est GomparaJi|p à ces âmes fortes dpnt parle saint Augustin, qui, ban- Dîes de la communion extérieure de l'Église Tpar les troubles qu* excitent des hommes charnels, sont couronnés en secret par le père céleste qui voit en secret la droiture de leurs inten^ Uons. »
Levéritable usage de F autorité séculière dans les matières qui concernent la religion, par Jean-Georges le Franc de Pompignan. — Ayignon, 1763.
(1) Le 14 février précédent, avaient eu -lieu les scènes de l'arehévêcfaé et de Saint-Gerroain-rAuxerrois.
nière fois toute ia fermeté de son caractère M. JBaradère , frappé de la grandeur de ce spectacle , et n'osant se fier à sa mémoire , écrivait dans la chambre même du moribond le récit de ses derniers momens; celui^i s'en aperçut et en exigea la lecture , qu'il écouta avec up calme parfait (1).
Cependant le danger allait crpissaat^ et Grégoire , qui avait reçu le viatique des mains de l'abbé Baradère, réclamait avec instance le dernier sacrement des mourans. Les refus réitérés du curé de l' Abbaye^aux-Bois , conunandès par l'archevêque , ne laissaient plus aucun espoir de ce côté. L'idée vint alors aux personnes qui entouraient le malade, et au malade lui-même, de s'adresser à M. l'abbé Guillon, évêque nommé de Beauvais , et aumônier de la reine. M. l'abbé Guillon j séparé de Grégoire par ses opinions religieuses et politiques, s'était montré pendant plus de quarante ans l'adversaire de ce qu'il nomme dans ses écrits le schisme constitutionnel} mais l'estime générale , inspirée par son carac-
(1) If^niersmomenêde M, Gré(f<Hre,ancienf4i>équed6 Bloùr par Tabbé Baradcre. 183<, iJi-8 de ^o page».
-assiérez ne permettait pas de craindre qu'il repoussât la prière d'un mourant, « Je fis^ raconte M. Baradère, une démarche auprès de M. GuiUon»
Celui-ci fut très surpris d'un pareil message. — Comment^ me dit-ili Af. Grégfoire m'appelle/ moi, Tauteur de la Collection des brefs de Pie VI et du Parallèle des révolutions? mais ce n'est pas possible. — Monsieur, je viens, loiu nom de la charité chrétienne^ TOUS priei: d'accourir au secours d'an mourant abandonné, et c'est lui-même qui Réclame votre assistance. Le temps presse , qui sait si vous arriverez à temps? il vient d'éprouver une crise épouvantable ^ si elle se renouvelle , il ne saurait y résister. M. Grégoire, se rappelle que vous avez suivi des bannières diftérentes;* mais Usait aii^si ce.<iu'oQ a droiit d'attendre d'un prêtre cbaritahle.
« Je lui §s ensuite part de toutes les, 4émarehes laites auprès de l'autorité ^ du refus persévérant des seicours spirituels ^ et M Guillon np balança pas un instant » quxûqu'ii n'ignorât .pas les tribulations auxquelles l'exposait son dévouement* Le même jour, H se rendit près, du malade, qui lui tendit la main en disant : << Monsiefir l'évèque, détentes les grâces que j'ai reç^es dans
— 5»4 — ma maladie, votre visite est eelle qui toaehe e plus mon cœur. » Ses yeux étaient baignés de larmes. »
L'abbé Guillon crut devoir faire d'abord de nouvelles tentatives auprès du ebef du clergé parisien y tentatives infructueuses comme les premières ; mais quand l'état du malade ne permit plus aucun retard , il prit sur lui de procéder à l'administration des derniers sacremens. « Jamais cérémonie ne fut plus touchante , dit la relation que nous avons déjà citée ; les personnes qui ont eu le bonheur d'y assister en conserveront long-temps le souvenir. Les pieuses allocations de l'abbé Guillon , et les réponses spontanées du mourant, ne sauraient se reproduire:
tout était admirable dans cette scène de dévouement, d'onction et de résignation. »
La tranquillité qui descendit alors dans Famé chrétienne de Grégoire prolongea certainement son existence de plusieurs jours, nouveau et magnifique témoignage de la sincérité de ses croyances.
A peine cet acte d'humanité fut-il accompli et connu, que les ultramontains se déchaînèrent avec violence contre son auteur et contre le
martyr qui venait d'en être l'objet. Des journaux , qui se prétendaient chrétiens ^ publièrent l'article abominable que nous allons transcrire pour donner la mesure de leur fanatique fureur ;
<c L'ancien évéque constitutionnel de Loir-et- Cher doit mourir comme il a yécu, étranger à la communion de l'Eglise catholique^ flétri du sceau de l'intrusion et du schisme , frappé des anathèmes du pape Pie. YL Le seul fait de son institution illégitime , sa persévérante opiniâtreté dans ses errreurs, le scandale de ses écrits contraires à l'unité et à la foi chrétienne, le dénonçaient hautement comme rebelle à l'ËgÛse , au siège apostolique : il ne pouvait être relevé des censures, admis au bienfait des sacremens et des suffirages des fidèles après sa mort^ à moins d'une solennelle rétractation j proclamée par lui de vive voix et par écrit, en présence de témoins. Conférer à un tel homme l'extréme-onction ne pouvait donc être qu'une violation sacrilège des règles de la discipline et des principes les plus sacrés de la foi catholique. C'est là le crime dont M. l'abbé Guillon s'est rendu coupable aux yeux des fidèles , des prêtres et des
pasteurs , aux yeui de Rome de qui il attend ses bulles canoniques. »
Nous avons tout à l'heure appelé cela du fonttisme; mais ce mot implique une idée de sincérité. Ne serait-il pas permis d'y voir plutôt une comédie politique, lorsqu'on se rappelle que rauteor du Dictionnaire des athées j et celui du Catéekism de la loi naturelle, avaient été déposés en terft sainte par le clergé de Paris? lorsqu'on se rappelle que si un pape infaillible avait condamié dans ses brefs les prélats assermentés , un antre pape, son successeur, non moins infailliUe, avait maintenu plusieurs d'entre eux dans tean fonctions épiscopales, sans en exiger aucoiie rétractation, et recommandé à tous l'oubli des anciennes querelles?
L'archevêque , informé de ce qui s'était passé, adressa à l'abbé Guîllon une lettre menaçante, dans laquelle il lui disait: «S'il était vrai qôe vous eussiez administré les sacremens à M. Gv^ goire , mon silence me rendrait votre complice. Je dois à mon diocèse , à l'Église de France , m saint-siége , à l'Église universelle, de le rompije de la manière la plus solennelle , et de vous demander en leur nom une réparation éclatante. »
M. Guillon répondit avec convenance et fermeté; il fit même imprimer un eiposé justificatif de Mi conduite auprès de rancien évéque de Blois. Plus tard, il est trop vrai, M. Giiillona en la faiblesse de désavouer son acte <|e charité ; il a eu la faiblesse bien moins excusable de se laisser entraîner jusqu'à écrire ces mots : ^ J'ai été trompé par une profession de foi que j'ai reconnue depuis n'avoir pas été sincère , ni faite dans un sens véritablement catholique. »
L'archevêque de Paris , qui , dans une occasion récente , avait cru pouvoir se présenter au lit de mort d'un comédien célèbre (lequel était protestant), pour lui offïîr les soins de sa religion, se borna cette fois , lorsqu'il s'agissait d'un illustre prélat, à répéter: * Que nepui^-je aller lui donner le baiser de paii et lui porter les paroles de la réconciliation (1)! ;> Loin de mettre obstacle à cette visite , Grégoire avait témoigné qu'il y serait sensible: cependant, M. de Quélen, après avoir promis de se rendre lui-même chez le malade , se fit encore représenter par un de ses vl-
(i)Noie adrcssc^c 5 M. Baradèrc, pour élre lue au malade, le 7 mai, 1831.
caires, chargé, non point du baiser de paix, des paroles de réconciliation, mais d'un uUimaium plus expressif , plus rigoureux que jamais. Après une nouyelle discussion orageuse et fatigante : tr Monsieur, s'écria Grégoire , c'est de la persécution : il est inhumain de tourmenter ainsi les de^ niers momens d'un vieillard à son lit de mort!»
Tandis que les dévots adversaires de l'évéqne républicain témoignaientque le temps n'avait pas eu de prise sur leurs haines implacables, les amis de la liberté , fidèles aussi à leurs souvenirs, suivaient avec anxiété les progrès de cette longue agonie, qui allait enlever à la France l'un des plus courageux auteurs de sa régénération politique. Des marques d'un touchant intérêt venaient le consoler au milieu de ses souffrances. Le général Lafayette vint s'asseoir au chevet da lit de l'ancien ami qui depuis cinquante ans parcourait avec lui une carrière glorieuse et difficile , dans laquelle ils ont su demeurer purs et grands l'un et l'autre. Ces deux patriarches de la révolution française se dirent un dernier, ua touchant adieu ; ils ne devaient pas tarder à se rejoindre.
Nous emprunterons, pour rendre compte des
derniers momens de Grégoire , quelques'pages à
la relation qu'en a écrite M. Baradère.
« Depuis le Christ mourant pour ses bourreaux, personne n'a vu la mort avec plus de
sang-froid , plus de résignation que l'ancien évêque de Blois. Atteint d'un sarcocelle carcino-* mateux qui dévorait lentement un corps bien constitué et plein de vie , en proie à des douleurs incroyables, jamais il n'a fait entendre une plainte qui ne fût une prière^ ses yeux, baignés de larmes, se portaient d'eu^x-mêmes sur un crucifix placé contre son lit, et ses souffrances semblaient s'apaiser à l'instant. Les plaintes que les douleurs lui arrachaient, il se les reprochait avec amertume. Quatre fois par jour on lui lisait plusieurs psaumes; l'hymne Urbs Jérusalem beata lui procurait un plaisir indicible ; souvent il en demandait une nouvelle lecture, et toujours ses yeux versaient des larmes en abondance.
Il nous parlait de sa mort comme d'un événement ordinaire : « Je vous demande comme un gage d'amitié de mettre en mes mains le crucifix quand je serai à ma dernière heure... J'aurais voulu rendre le dernier soupir sur la cendre. .. mais je vois bien que je dois y renoncer... Ne
permettez pas qae mon corps mit ensoT^i par des femmes... Point de distinction; Je tcox être enterré dans le cimetière de ma paroisse ; que mon conToi soit simple, et qn'on donne an pauTres ce qn'on dépenserait en soperflnités, en pompe. Faites mettre sur ma tombe mie rimple croix avec ces mots : « Mon Dieu, faUes-nudmir téricordej et pardonnez à mes ennemis. » nons pressait les mains : — « Mes amis, ne tous attristez pas; soyez les consolateurs de ma boiuie mère adoptire ; ce monde est nn lieu de passage et d'exil. Si Dieu me délivre, pornijaoi me plaindre 7 Que de grâces j'ai à rendre à la Proridence! Je pouvais, comme tant d'autres, di^a« raitre au milieu des orages politiques, et je meurs dans mon lit, entouré des secours de la religion, de la médecine, de l'amitié; il y a tant de malheureux qui manquent de tout cela!... » Dans ses plus fortes crises , il ne sentblait occupé que de ceux qui l'entouraient : -^ <f Messieurs, ne vous occupez pas de moi; retirez-vous ; vous perdez trop de temps ; vom négligez vos affaires ; les devoirs de l'amitié ne vont pas si loin... ^ Les égards, les petites attentions, rien ne lui échappait; il avait une égale
bienveillance pour ses domestiques. On peut dire que sa maladie n'a été qu'un long martyre , sout^o ayec tout le courage que la religion seule peut inspirer. Il a conservé toutes ses facultés morales presque jusqu'à son dernier jour; le délire n'est venu que quelques heures avant sa mort. Même dans ses aberrations , il était toujours lui-même : — ce Monsieur Baradère, je suis tourmenté depuis huit jours; j'aperçois une population nègre renfermée dans une lie qui lui sert de refuge contre la tyrannie ^ et qui va périr de faim !... On m'a dit que des protestans et des juifs sont venus me voir ; quoiqu'ils ne soient pas de ma religion, je désire qu'on leur témoigne ma reconnaissance... Je veux qu'on envole des Kvres de théologie à Haïti. Pauvres Haïtiens!...
le vois que ma dernière heure approche Ne
m*abandonnez pas à mes derniers momens !... » Après ces dernières paroles , il a perdu connaissance , et pendant trois jours que s'est prolongée encore son agonie, on n'a pu recueillir que des paroles incohérentes et mal articulées , quelques versets des psaumes ou des passa gei de l'Ecriture sainte; on lui a entendu répéter souvent In monui tuas... Jérusalem beata, etc. Ses yeux
éteints se portaient machinalement sur son craciGx. Parfois il tendait ses mains vers le ciel. Le 28 , anéantissement complet : toutes ses facultés avaient disparu dans la nuit précédente. Sa respiration gênée présageait une catastrophe qui s'est réalisée le même jour sans secousse et sans efforts ; il s'est éteint à quatre heures de Taprèsmidi , et son ame , dégagée des entraves qui la retenaient sur terre , s'est présentée devant celai qui sonde les cœurs et prononce an-dessus des influences de l'amour-propre et des haines des partis. »
Conformément à ses intentions, le corps de Grégoire, revêtu des habits épiscopaux^ ^t eïposé la face découverte, dans une chapelle ardente. Une foule silencieuse et triste se porta toute la journée au domicile du défunt; non point cette foule curieuse qu'attire le spectacle d'une riche décoration , mais le cortège des amis de la liberté qui venaient rendre hommage au noble et persévérant champion de leur cause, celui des nombreux infortunés dont Grégoire avait été la providence , et qui voulaient lui dire un dernier adieu. Un vieillard de 75 ans déposa sur le corps un] bouquet d'immortelles et se
retira en pleurant : tous les assistans furent prcH fondément émus de cette scène.
Le 31 mai ^ jour fixé pour les funérailles , l'affluence fut immense autour de la maison mortuaire et autour de l'Abbaye-aux^Bois. Lesévénemens de rArchevêché et de Saint-Germain-rAuxerrois étaient récens; il y avait à craindre que l'imprudente opiniâtreté du clergé n'en excitât le renouvellement. Une vive fermentation régnait en elTet dans la foule , au milieu de laquelle circulait le bruit que les ecclésiastiques de la paroisse avaient dépouillé l'église de tous ses omemens et laissé les murailles nues ; des murmures d'indignation se faisaient entendre. Le fait est que les prêtres n'avaient laissé dans l'église que les ornemens les plus usés et les moins riches qu'ils possédassent; leur mauvaise volonté était évidente.Eux-mèmes avaient disparu. La messe fut dite par l'abbé Grien , proscrit dans son diocèse sous la restauration pour avoir baptisé un enfant dont Manuel était le parrain.
Au sortir de l'église, des jeunes gens dételèrent les chevaux du char funèbre et le traînèrent à bras jusqu'au cimetière du Mont-Parnasse. Le cortège 7 d'au moins vingt mille personnes , était
composé principalement d'une multitude d'oovriers et de jeunes gens des écoles, au nûlieu desquels se distinguaient presque tons les décorés de juillet, les députés de ropposition, et plusieurs des anciens collègues de Grégoire aai assemblées républicaines , que la nouvelle rérolution venait de ramener dans leur patrie. Les grands souvenirs que rappelaient leur présence et la triste cérémonie du jour semblaient absorber tous les esprits.
L'émotion l\it surtout à son comble lorsque , du sein de cette foule , on vit sortir et s'avancer au bord de la tombe entrouverte , un des plos illustres parmi ceux des membres de l'Âssemblée Conventionnelle qui avaient survécu à tant de proscriptions ; c'était Thibaudeau. Sa foix retentit dans un silence solennel.
((Grégoire! s*écria-t il^ mon collègue, mon ami, mon honorable complice ! je ne te fatiguerai pas do récit de tes bonnes actions, de tes généreux soitimens, detes vertas ! Ta as véca inébranlable dans ta aoble vocMton, fidèle à la révolatioA, à ses anciens amis, à la patrie.
« Ainsi U £iax di Ump$ moissouiQ eluiqae j/dv je*
TÎeox et rares débris de la Convention nationale ; mais leur mémoire'ne périra pas^ elle yivra toujours dans le souvenir et le respect des hommes généreux , cette assemblée qui rompit avec la royauté et les rois, qui, après les avoir vaincus , les força de traiter avec la république , qui main* tint l'indépendance da pays et agrandit ses frontières, qui extirpa la féodalité, planta les institutions libérales dans les entrailles de la France , qui exerça avec le plus pur désintéressement les plus grands pouvoirs et les abdiqua volontairement. Elle vivra , malgré l'ingratitude des illustres renégats qui, sans elle, ramperaient humblement dans , la condition subalterne où les refoulait la vieille aristocratie , dont ils veulent prendre la place. Combien n'a-t-elle .pas grandi par la haine persévérante de ses ennemis et le privilège de leurs persécutions ! Combien ne grandit-elle pas chaque jour auprès de la petitesse de ses détracteurs !
« Et t<H aussi , Grégoire , ils t'ont proscrit ! Ib nqus bannirent à l'étranger ; et toi , sur le sol même de la .France, ils voulurent te bannir de la patrie. La révolution de Jpillct te promettait une réparation éclatante ; ils n'ont pas voulu donner cette consolation à ta vieillesse ^ ils t ont laissé mourir dans ta glorieuse indignité !
« Le peuplera chassé cette race que la Convention avait abattue , que la nation avait deux fois expulsée. — Ils l'ont eBx-mêiues jugée et bannie. Que leur a-t-il manqué pour
— i»6 — t(rc ce que , par un haineux abus de la langue ^ ils ont appelé régicides? que Charles X fût fait prisonnier /et que le peuple le leur livrftt. Et ils t*ont laissé sons le poids de la proscription de cette race. Ib ont laissé debout les monamcns qu'ils lui ont érigés ; ils n'ont point abrogé TanniTersaire expiatoire qu'ils lui ont TOté^ ils iront^ peut-être, au 91 jauTier, yerser sur elle des pleurs hypocrites. Qullsy ailent ! c'est là que la France les attend !
a Grégoire, nous, Tieux conventionnels, qui, ses interprètes , Tenons te rendit ce dernier hommage , nous te suivrons bientôt dans la tombe \ bientôt aussi il ne restera plus de nos personnes qu'un peu de cendre : mais , tant qu'un soufQe de vie nous animera , à ton exemple nous le consacrerons au culte de la liberté et de la patrie. Nous nous présenterons , la tête haute , I la France et aa monde. Nous mettons notre gloire et nos espérances dans cette foule de citoyens rassemblés autour de ton cercueil, dans cette génération nouvelle qui a accepté notre héritage , et dans la révolution de Juillet. Elle a associé la Convention nationale au trOne, et nous a ouvert enfin, pour notre défense , cette tribune de la mort. »
Âprè9 ce discours , l'un des condamnés de la Martinique 9 M. Bissette, vint à son tour prononcer ((uelques mots de reconiiaissuice et d'a<-
dieu à rami des noirs ^ au constant défenseur de leurs droits.
Puis le cortège reprit lentement sa marche; chacun semblait se recueillir et méditer sur l'immense perte que venait d'éprouver la famille nationale.
Une autre famille encore, une famille lointaine dont Grégoire pouvait se dire le père , témoigna sa douleur dans cette occasion. Le président de la république haïtienne ordonna des prières solennelles^ et la mort de Grégoire fut annoncée par des décharges de canon, tous les quarts d'heure , pendant une journée. Le clergé célébra l'office divin à la même heure dans toute l'étendue du pays avec la plus grande pompe. Plusieurs curés prononcèrent des orai-« sons funèbres et vengèrent l'évéque de Blois des outrages que sa cendre éprouvait dans la tecre natale (1).
Lorsqu'on ouvrit les testamensde Grégoire» la persévérance et la charité de son ame s'y révélèrent de nouveau tout entières : ils sont pour
(0 Voir le Télégraphe haïtien, qui a reproduit on diieoars remarquable de l'abbé Ecbercria» curé do Kort^A^Mf.
ainsi dire on résumé de sa vie; chacune des pensées qui rayaient préoccupé vient s'y reproduire comme dans un miroir moral y et il s'efforce d'assurer encore après lui la propagation de chacune d'elles par des concours publics. Cest un phénomène vraiment étrange y en notre temps si fertile en métamorphoses» que celui d'un homme qui traverse quarante ans de luttes raligieuses et politiques sans changer une virgule âu programme de sa carrière. Grégoire ne fut pas, à coup sûr j ce qu'on nomme une intelligence progressive ; caries opinions qu'il avait iqiportées AUX États- Généraux de i 789 sont identiquement celles qu'il a emportées dans la tombe ; mais ces <^inions étaienten elles-mêmes si avancées , elles reposaient sur un sentiment social si profond et si vrai » que la révolution de i S30 les a trouvées au niveau de ses esprits les plus jeunes et les plus actifs; c'est que la révolution de 1830 fut un éOlair passager de cette belle flamme qui anima U JPrance pendant son époque héroïque.
. Ces testa mens , dont nous venons de parler^ forment si bien le complément de la vie morale de Grégoire ^ que l'on nous reprocherait de ne point les. publier presque dans leur, entiejr.
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galUcane ont aussi contristé mon cœor : j*ai tftché de ren^* are service à mes frères dissidens^ je leor ouvris toujonrs les bras de la charité ; mais je gémis de voir que la plupart d*entre eux , surtout piirmi les nouveaux évoques , tourmentent ce clergé constitutionnel , toujours attaché à la patrie , et sans les efforts duquel la religion eût été peut-être exilée de la France \ je gémis également de voir fouler aux pieds les libertés gallicanes , dépôt sacré qae nous avons reçu de nos pères dans la ÙÂ , et qui sont le droit commun de toute Tantiquité chrétienne.
« Tout évêqoe a droit d'avoir chei soi une chapelle; depuis le concordat la mienne est le lieu où presque tonjours j*ai rempli mes devoirs religieux , et non à Saint- Sulpice ma paroisse. En voici les raisons. Les évêques démissionnaires y soit constitutionnek soit dissidens, diaprés une circulaire du ministre des cultes , ne sont point admis dans les églises sous le costume qui leur est propre; j'ai cru, non pas par aucun sentiment d'orgueil, 'mais par respect pour l'épiscopat, qu'il valait mieux ne pas fréquenter habituellement les églises y que d'y être en qoelque sorte confondu avec les laïcs ; d'ailleurs j'avais lieu de douter si les dispositions du clergé de Saint-Sulpice étaient pacifiques, et si dans ma personne l'épiscopat n'y aérait pas exposé à des outrages.
« Dans les diverses fonctions que j'ai remplies, comme vicako^curéy éviqao^l législateur , sénateur , etc., j'ai
iâchi tfacfMlter WÊtB àtwéia ; wêmè je m'ai pas b frésompliûn àt craiie fM je m j ai pas fait ic Cuilet ^ je prie Dieu 4e bm ks paiéoBser. Mus qaaad j*a& piêié la sermait exigé ées frtihJwàm ptBfar ïkwrw Ê JÀft camsA^ tuante y f ai sera fiMpalrina ic aa coaadefe; je lai Cûl après aToir itoaMat na»mé la yiatioa, et jepiotesie conlre qaiomqae dirait fiK je Fairélncté. ÂTee la griee de IMea je mommi hom catkoliqoe et hom rffpobKcaïa.
« J'ai en hc»ie«r le despolisaiey je fai ounbalta de tootcs mes forces, je forme des jœmx, pour lalibcrté dn OMwde.
« ïesfète qae des écriraiBS* couageax et sensibles li- Tienmt denonreiks attaqnesà imqoisitîoii et à l'infitaBe
« Je désaTOoe ce fu poorrait être lépréheBSÎlile dans mes écrits^ f ai lâcké d'ailleurs d'y nMNilrer mon respect InTariableponr la refigion, les inœnn et ia liberté.
« Je demande pardon a tons cenx fnefanrais pn offenser^ je pardonnede même a Ions cenx dont j'aiéprouTé des offenses, et spécialement a cenx qni à loccasion de mes écrits concernant le serment driqae , les colonies , lin* quisition, m'ont tant calonmié. Xai en le plaisir dobliger plusieurs d'entre enx.
« Je Tenx qne Ton acqnitle fid^ement toot ce que je pourrais devoir ^ on troarera dans mes papiers ane note de ce qm m'est dû*
« Je traTaiile a 1 Usloifede l'Eglise gallicane pendant k
— 3oa —
coan de la révolotion ; cet outrafe doit Mre préeAdé de considératioDS sar Tétat actuel de Fesprit reKgievx ea Europe.
« Si je rocars avant que cette entreprise soit acl^féei j'espère qnVIle le sera par le révérendissime Mojse, ancien évoque de Saint-Claude, mon ami , qui réside anx Gm, près Mortcau , département do Doobs. Il m*a promis de me suppléer pour cet objet*, son amour poar la religion s( SCS talens dbtingués me sont garans du succès avec lequel il s'en acquittera -, en conséquence je veux qu'on lui remette mes manuscrits , extraits , notes , lettres , actes aathentiques, et autres papiers relatif à cel article, dépoeii dans mes archives , ainsi que les registres originaux des deux conciles nationaux, tenus à Paris en 1797 et 1801 , dont te double a été par moi déposé aux manuscrits de la bibliothèque nationale.
(( Je prie le révérendissime Moyse, de prendre des mesures concertées avec mes exécuteurs testamentaires, pour qae ces registres et papiers soient ensuite placés dans un dép6t qui les transmette au clergé, et qui soit accessible i cem qui voudront les compulser. On j joindra quelques oavrages imprimés, appartenant au clergé, qui son! dans ma bibliothèque, et qui seront distingués soit par une note indicative, soit par une liste signée de ma main.
« Je prie mes exécuteurs testamentaires de séparer égaliéihent, et de disposer comme ils jugeront coAveoaUe, de
quelques lines de ma bibliothèque relatifii & la religion ^ qui ne sont pas de nature a être mis entre les mains de tout le monde.; Ils jugeront si parmi mes manuscrits > autres que ceux qui méritent d'être remis au revérendissime Hoyse /il en est qui méritent d'êlre publiés. Je m*en réfère à leur sagesse. Le manuscrit contenant mon Testament moral et les Mémoires de ma vie ecclésiastique^ poUtique et littéraire seront remis à' madame Dubois; elle m'a promis de les faire imprimer
Je prie M. Lanjuinais, sénateur, et M. Silyestre de Sacy, membre de llnstitut national , de vouloir bien être mes exécuteurs testamentaires \ ces deux savans chrétiens et citoyens me sont attachés , ils ne refuseront pas ce dernier acte d'amitié à un homme qui est leur ami y et qui emporte cette espérance dans Tantrc monde
(( Fait à Paris le l^r messidor mil huit cent quatre de Jésus-Christ y an douze delà république.
(( Henri Grégoire.
a Ancien éçéque de Blois y sénateur, )>
Extrait de deux codiciles de M. Grégoire , ancien évéque de Blois. - 4804 et 1851 .
« Je lègue ISyOOO francs à Yého, ou je suis né , et i Embermesnil où j'ai été curé ; le revenu de ce capital sera employé^ en perpétuité, ainsi quil suit :
« AnnueUeiuent il sera célébré , dans rime et raotrc paroisse, une messepiaote soitie da Libéra, poor le repo« des âmes de mon père et de ma mère. • • Ces messes seront annoncées au prdne, le dimanche précédent, en ce qui me concerne , sous le titre d'ancien Mque de Blois : si cette clause n était pas ponctuellement exécutée , mes ptrens de tous les degrés [seront autorisés & revendiquer i leur profit les fonds de la fondation : j*a|^^ose crtte clause sans aucun motif de yanité, à Dieu ne plaise, je connais trop bien mon indignité^ mab par respect pour le caractère épiscopal dont j'ai été rcTêtu > et qui a été si souvent méconnu et outragé par Tignorance et la haine, soit des impies , soit d'un certain nombre de nos frères dans le clergé assermenté.
« Je me recommande aux prières des fidèles de ces deux paroisses, où s*est consenré, sans doute, le souvenir des vertus de mon père et de ma mère, dont je m'efforce de suivre les exemples.
« Sur le revenu delà fondation, on entretiendra les tombes, croix^ inscriptions ou épitaphes de mon père et de
ma mère Le surplus du revenu sera employé , on poor
payer les mois d'école des enfans pauvres, surtout des écoles où Ton suit la méthode d'enseignement mutuel > contre laquelle des membres du clergé ont des préventions mal fondées, oo pour leur procurer des livres élémentaires ou distribuer des aumônes, etc.
— sosie lègae poar les pauvres et pour les écoles des pauvres :
SOO fr, à la paroisse de Vého.
500 fr. à celle d'Embermesnil.
500 fir. à celle de Yaucourt.
400 fr. à celle de MarimoBt.
500 fr. à celle de Plessis-Saint-Jean, etc. .
500 fr. à la paroisse où je mourrai.
L'Évangile du cinquième dimanche après la Pentecôte a pour objet le pardon des ennemis. Je consacre une somme
de 4,000 fr. à la fondation d*une messe annuelle pour mes calomniateurs et mes ennemis morte et vivans , soit dans la paroisse où je mourrai , soit dans une autre paroisse , au choix de madame Dnbms (légataire universelle). Cette messe, et l'intention dans laquelle elle est fondée , seront annoncées au prOne de la messe paroissiale le cinquième dimanche après la Pentecôte, etc. . .
Je prie madame Dubois d'étendre ses bienfaite à ceux de mes calomniateurs et de mes ennemis qui , à sa connaissance, seraient dans le besoin, et à leurs enfims...
Je lègue 6,000 fr. pour six prix de i,000 fr. chacun , à décerner au concours, sur les questions etarticlessuivans :
f . Prouver par l'Ecriture-Sainte et par la tradition , que le despotisme , soit ecclésiastique , soit politique, est contraire au dogme et à la morale de l'Eglise catholique.