Clélie , part
GASPARD DE FIEUBET 43
Fieubet semble s’être souvenu de ce passage, quand il veut à son tour décrire la beauté de son amie :
Quae Dea sublimi rapitur per inania curru ?
An Juno? an Pallas? an Venus ipsa venit?
Si genus inspicias , Juno ; si scripta, Minerva;
Si spectes oculos, mater Amoris eril 1 .
Au sortir de ces conversations, tour à tour poétiques et philosophiques, sérieuses et galantes, Fieubet se rendait au conseil, où parfois l’attendaient de graves discussions. Tantôt il lui fallait combattre M. de Harlay, archevêque de Paris, qui voulait que le roi pût mettre des abbesses à plusieurs couvents de filles, surtout aux Cordelières. Il était vaincu. « Mais, disait M,ne de Sévigné, cela commence à s’exécuter avec un bruit et un scandale épouvantable2». Tantôt, il devait se charger d’un procès embrouillé dont il n'osait promettre l’heureuse issue à Mme de Lavardin 3. Même alors son humeur plaisante ne le quittait point, et il fut un jour le héros de cette jolie histoire, racontée par Saint- Simon4. « Il menait Courtin dans une voiture à Saint- Germain, où était la cour; ils furent attaqués par des voleurs et dévalisés assez poliment. A peine ceux-ci les eurent-ils laissés, que Courtin d’un air triomphant montre à Fieubet une bourse d’or qu’il avait subtilement coulée dans ses chausses pendant la visite de ces messieurs. Aussitôt Fieubet, mettant la tête à la portière, rappelle les voleurs à grands
1. L impartialité m’oblige à dire que ces vers sont attribués aussi au P. Bouhours. Je préfère, avec le plus grand nombre des contemporains, dire que Fieubet en est l’auteur.