Ibid., t. IX, p
4. Saint-Simon. Mémoires , t. III, p. 35-36. Édit. Hachette, 1864.
L’ÉCOLE MASSILLON
cris; ils reviennent, et il leur dit : « Messieurs, j’ai vu à vos « manières que vous étiez d’honnêtes gens croyant galamment « les gens sur parole; monsieur vous a escroqués; je ne veux « pas être son complice. Fouillez-le et vous ne perdrez pas vos « peines. » Les voleurs trouvèrent facilement la bourse que Courtin stupéfait tenait encore à la main. La cour rit beaucoup de l’aventure, et surtout de la colère de Courtin, qui garda longtemps rancune à son ami, moins pour la somme perdue qu’à cause des railleries dont il fut l’objet 1 ». C’était là une anecdote propre à égayer les ruelles, et que ne démentent point plusieurs malices dont M,ne de Sévigné se fait l’écho, avec sa plume parfois si hardie, mais que je n’oserais répéter.
Fieubet, pourtant, ne consacrait point uniquement son talent de poète à chanter les grandes dames des salons. Il trouvait parfois des inspirations touchantes, quand il composait, par exemple, l’épitaphe de Descartes et celle de Saint-Pavin. Où Fieubet avait-il connu Descartes? Certes, dans l’entourage du chancelier, le grand philosophe était apprécié et aimé. La Fontaine attaque en maints beaux vers quelques idées de la doctrine cartésienne. M010 de Sévigné se déclare hautement pour elle. Mais pour écrire l’éloge qu’il a fait de Descartes, il semble que Fieubet ait eu avec lui des relations personnelles. Il serait assez doux de penser que parfois Descartes a franchi le seuil de notre école d’aujourd’hui, et qu’il est peut-être telle salle d’étude dont les murs ont entendu l’auteur de la Méthode , parlant devant un auditoire choisi2. Fieubet lui a payé sa dette de reconnaissance
1. Courtin, ancien ambassadeur, e'tait l’ami intime de Louvois.
2. Mais Descartes est mort en 1 65o ; ce que je dis là n’est donc qu’un beau rêve.
GASPARD DE FIEUBET
en ces vers qui étaient gravés sur son tombeau, dans l’église de l’abbaye de Sainte-Geneviève 1 :
Descartes, dont tu vois ici la sépulture,
A dessillé les yeux des aveugles mortels,
Et, gardant le respect que l’on doit aux autels,
Leur a du monde entier démontré la structure.
Son nom, par mille écrits, se rendit glorieux;
Son esprit mesurant et la terre et les deux En pénétra l’abîme, en perça les nuages.
Cependant, comme un autre, il cède aux lois du sort,
Lui qui vivroit autant que ses divers ouvrages,
Si le sage pouvoit s’affranchir de la mort2.
L’épitaphe de Fieubet pour Saint-Pavin est plus connue.
Disciple de Théophile, de Desbarreaux et de Bardouville, abbé de Livry, Saint-Pavin fut un de ces libertins du xviic siècle, qui apparaissent alors, rares, il est vrai, mais frondeurs et obstinés, comme les précurseurs du siècle de Voltaire. Laid, bossu, il avait l’esprit subtil et mordant. Son voisinage avec Mmc de Sévigné explique combien facilement il en fut épris; son portrait physique et moral explique combien plus facilement encore la digne femme sut ranger à la raison son trop enthousiaste partisan. Mais Fieubet lui fut franchement attaché. Saint-Pavin maniait le petit vers avec un rare bonheur. Dans sa première Satire , Boileau avait mis au nombre des impossibilités qu’on pût voir un jour :
Saint-Sorlin janséniste, et Saint-Pavin bigots.