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LES SOUVENIRS

ans cette vie, où les belles études et les belles amitiés tenaient une si large place, et qui passait, avec tant de souplesse, des amusements aux plus graves occupations, il semblerait difficile de surprendre une lacune ou un vide. D’autant plus que tout, autour de Fieubet, conspirait à flatter ses goûts d’artiste, d’érudit et de poète, et j’ajouterai ses inclinations de chrétien. Passer une journée idéale avec lui, c’est revivre en la compagnie de grands souvenirs.

La femme de Fieubet était d’une piété exemplaire. Son mari l’avait favorisée en lui donnant un oratoire dans son hôtel. En cela, il ne faisait que continuer une tradition de famille. La maison curiale de Saint-Paul avait été édifiée en 1 636, par les soins de son père, Gaspard de Fieubet.

L’ÉCOLE MASSILLON

Une chapelle, sous le patronage de saint Amable, servait de sépulture à sa parenté, dans l’église Saint-Paul1. Quand il assistait aux offices de cette paroisse, je ne sais s’il en admirait les superbes vitraux, l’architecture sévère du plus pur style gothique. Au xvue siècle, le moyen âge n’était guère goûté. Mais les tombes illustres qui remplissaient l’église ou le cimetière avoisinant devaient lui rappeler plus d’un nom connu et aimé2. Aux fonts baptismaux, Charles V et Charles VI avaient fait baptiser leurs enfants. Dans cette chapelle de la Communion , la maison de Noailles eusevelissait les siens. Dans la chapelle de Saint-Louis , c’était le tombeau de Gilles, le premier écrivain français des Annales de France. Plus loin, une modeste épitaphe indiquait les cendres des deux Mansart, François et Hardouin. Nicot qui a importé le tabac, Adrien Baillet, bibliothécaire du président Lamoignon, reposaient aussi sous les dalles de l’église Saint-Paul. Des charniers, en longue galerie, — ils forment aujourd’hui le passage Saint-Pierre 3, — conservaient les ossements tirés du cimetière qui entourait l’église, et où Fieubet pouvait encore voir la tombe de Rabelais, mort dans la rue des Jardins-Saint-Paul. Plus tard, en 1673, Fieubet y donnait un souvenir attendri à Mme de la Suze, aussi inhumée à Saint-Paul.

Si la fantaisie le prenait, il allait à la chapelle des Pères jésuites, bâtie sous Louis XIII4. Quand Bourdaloue y pro-

1. Recueil d’ épitaphes dressé par Toulorge, prêtre clerc, en l’église Saint Paul. Paris, 1715.

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