Panégyrique
FIEUBET : LES CAMALDULES 5q
« Il voulut avoir des pauvres, des malades dans sa maison, qu’il visitoit deux fois par jour ', » et il leur faisait le catéchisme. Son talent de poète, il le purifie aussi, en consacrant ses vers à chanter les louanges de Dieu et à célébrer les saints martyrs.
Est-ce à dire que parfois l’ennui ne prit point Fieubet, au milieu d’une solitude si pieuse et si mortifiée? Saint-Simon, en méchante langue qu’il est, l’affirme. Après avoir dit que le dépit, la mort de sa femme sans enfants, des affaires peu accommodées, de l’âge et de la dévotion sur le tout avaient jeté Fieubet dans cette retraite, Saint-Simon ajoute : « Pontchartrain envoya son fils le voir, qui, avec peu de discrétion, s’avisa de lui demander ce qu’il faisait là : « Ce que je fais, « lui répondit Fieubet? Je m’ennuie. C’est ma pénitence. « Je me suis trop diverti. » F’abbé Anselme nie au contraire que Fieubet ait jamais connu ce vague malaise « qui fait le fond de la vie humaine », selon l’expression de Bossuet.
Après trois ans de cette vie édifiante, Fieubet, atteint d’une hydropisie, mourut saintement, le 10 septembre 1694, entre les bras de l’abbé Anselme. Son cœur fut rapporté à l’église Saint-Paul où sa femme était enterrée : son corps fut enseveli aux Camaldules, où reposait déjà Rogostki, le fameux écuyer de Jean Sobieski. « Vous avez, écrit Coulanges à Mmc de Sévigné, le 3 octobre 1694, vous avez fait de belles réflexions, de l’humeur que je vous connais, sur la mort de M. de Fieubet. »
F’abbé Anselme, comme on l’a déjà dit, se chargea spontanément de l’oraison funèbre de son illustre ami. Avant de la prononcer, il la soumit à des critiques du meilleur goût.