Lettres , t. IX, p. 106 et 268. Édit. Régnier
FIEUBET : LES CAMALDULES
Patria cariorem civem,
Toga prœclarius lumen , Sæculum prœstantius ingenium, Optimus quisque paratiorem amicum.
Qui
Nat u s in magnis divitiis , Vagatus per varia oblectamenta, Evectus ad multos honores,
Dum in Republica magna obtineret, Maxima sperare posset,
Dixit:
Vanitas vanitatum et omnia vanitas.
Utque vera posl vana qucereret, Hanc in solitudinem, ubi veritas loquitur A d cor
Sumptis columbœ pennis advolavit ,
1 bique
Piorum ascetarum exemplis excitatus, Turmis pauperum quos liboris carens Pro liberis habuit cinctus ,
Per multos labores doloresque bajulans Sibi crucem
In stadio pœnitentiœ giganteo p assu cucurrit.
Quo cursu consummato brévium accepturus, obiit
IV Idus septembris , anno salutis M.DC.XCIV.
Ætatis LXVIII.
Manus arnica
Publicis votis , non modestissimi viri Voluntati obsequens,
Id enim vetuerat ,
Posuit.
Paraphrase de l’épitaphe de M. de Fieubet par M. Hau diqué :
Au juge souverain dont l’équité suprême Jugera la justice même.
Dans l’ombre de ce monument,
Terme de la grandeur humaine,
Fieubet attend en paix qu’un heureux changement L’environne à jamais d’une gloire certaine.
La France n’eut jamais un plus cher citoyen, Thémis un magistrat plus grand, plus digne d’elle, Le siècle nul esprit d’un plus parfait modèle;
Jamais de tout homme de bien Il ne fut un ami plus vif et plus fidèle.
Né dans le sein de l’opulence,
Il goûta des plaisirs les trompeuses douceurs ;
Au gré d’une juste espérance,
Il se vit revêtir de charges et d’honneurs :
Mais lorsque d’un haut rang il aspire au sublime, L’Esprit-Saint dont la voix l’anime,
Pour fixer son cœur agité,
Lui dit : en ces bas lieux tout n’est que vanité.
Aussitôt dégoûté du monde périssable,
Il fuit le faux bonheur, cherche le véritable :
Et brûlant d’une sainte ardeur,
Ainsi que la chaste colombe,
Il vole, et tout d’un coup il tombe En cet heureux désert, où loin de toute erreur Le Dieu de vérité se fait sentir au cœur.
Ce fut là qu’excité par ces saints solitaires,
Dont l’exemple vivant lui prêchait la vertu,
Il apprit aux âmes vulgaires A réprimer l’orgueil dont il fut combatu.
Là, regardant toujours avec des yeux de père Les pauvres du Seigneur dont il fut entouré,
FIEUBET : LES CAMALDULES
Prompt à soulager leur misère,
Il crut revoir en eux cette famille chère Dont la mort l’avait se'paré.
Là, parmi les travaux, le jeûne et la prière, Portant sa croix, ferme et constant,
Par de longues douleurs humilié, souffrant, Dans le sentier étroit du pénitent sincère,
Il courut à pas de géant :
Enfin, ayant fourni sa pénible carrière,
Il alla recevoir au séjour de lumière
Le prix qu’à ses élus donne le Tout-Puissant.
Cet illustre défunt, aux dépens de sa gloire, Défendit, en mourant, de rendre à sa mémoire Des honneurs vains et fastueux ;
Mais depuis, un ami toujours fidèle et tendre, Sans blesser cette loi, satisfit mille cœurs Et couvrit d’un tombeau sa précieuse cendre.
L’HOTEL F I E U B E T