L’HOTEL FIEUBET JUSQU’A NOS JOURS
A son tour, Mme Dedelay n’y fit point un long séjour. Le 22 juin 1769, devant Me Cordier, notaire, elle céda l’hôtel à Alexandre-Jean Boula de Mareuil, pour la somme de cent quatre-vingt mille livres, dont vingt mille pour les objets d’art.
Chaque génération avait embelli cette sorte de palais. A cette date, de fins pastels par Broth, des tableaux de Van Dyck - — • entre autres, les portraits d’Édouard V, et de Richard, son frère, fils d’Édouard IV, — un chef-d’œuvre de Le Sueur, — le Génie de la musique , — s’étaient ajoutés aux richesses artistiques des âges précédents. On remarquait aussi un beau buste en marbre de sainte Cécile , par Le Guide.
Avec la noble famille qui y entrait, l’éclat de l’hôtel Fieubet va revivre. Les Boula de Mareuil porteront dignement ces honneurs de la magistrature que les Fieubet ont rehaussés par tant de vertus. Le présent est digne du passé, et, comme autrefois, le culte des choses de l’art s’allie à l’amour des plus difficiles devoirs.
Alexandre-Jean Boula de Mareuil naquit le 2 1 juin 1720. Jeune encore, il devint conseiller du roi, en 174t. Les qualités qu’il déploya, le talent dont il fit preuve, le désignèrent bientôt pour un poste plus important. En 1745, il était nommé avocat général de la cour des Aydes. A la fin de sa vie, si bien remplie, il recevait, en 1779, le titre de conseiller d’honneur. Il avait épousé Antoinette de la Haye de Bazinville, fille d’un écuyer du roi. De ce mariage naquit Antoine- Jean Boula de Mareuil, qui fut conseiller du roi en sa cour du parlement, et qui plus tard épousa Marie-Geneviève Bruant des Carrières, dame de Puiseux. M. Jean Boula de Mareuil prit part à l’Assemblée nationale. En 1792, il fut
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arrêté avec sa femme dans son hôtel même, par un ordre du comité du salut public. Les habitants du village de Louvres, en Pàrisis, qui relevaient de la châtellenie de Puiseux, écrivirent pour demander la délivrance de leurs seigneurs. Leur supplique fut refusée-, mais la mort de Robespierre ouvrit, peu de temps après, les portes de leur prison aux deux nobles détenus. L’hôtel Fieubet continua d’être habité par la famille de Mareuil, et, en 1 8 1 3, la veuve de M. Jean Boula de Mareuil y mourait.
L’hôtel fut alors vendu à deux industriels : MM. Gérard Auriacombe et Antoine Debladis, qui y installèrent une raffinerie. La décadence de la splendide demeure commençait. Les jardins furent détruits et chargés de constructions utilitaires, la cour d’honneur bouleversée, les tapisseries vendues, les œuvres d’art dispersées. A une raffinerie succéda une pension ; puis, l’abandon.
M. Adrien de la Valette acheta l’hôtel dans le but de le restaurer et de lui rendre son antique splendeur. M. Jules Gros, élève de Henri Labrouste, se chargea de refaire le palais que l’imagination de M. de la Valette se voulait créer du sein de ces ruines. Le nouveau propriétaire ne laissa debout que les façades de l’hôtel. Puis, par encastrement, par surélévation, il ajouta les pierres que nécessitait son plan de restauration. « Bientôt, dit M. A. Dupuis, on vit se profiler le petit dôme central, puis le hardi belvédère de droite, et enfin d’habiles et agiles ciseaux façonnèrent la pierre en frontons, en cariatides, en vases, en balustrades, en trumeaux, comme si, selon une pittoresque expression, un portefeuille d’estampes était venu faire là son carnaval. » Il ne fallait plus au milieu de ces décorations disparates, de ce fouillis de trophées et de médaillons, chercher la pure et noble grandeur du
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style de Mansart. Ce qu’on désirait, c’était l’étrange, l’extraordinaire, la richesse qui fasse réclame, et qui surprenne l’admiration des naïfs. Les raffinements les plus audacieux de luxe devaient surtout forcer l’attention. Par un canal souterrain, l’hôtel aurait été mis en communication avec la Seine, et des gondoles eussent amené les convives jusqu’au palier de la salle à manger.
De ce rêve aux fantaisies capricieuses, qu’y eut-il de réalisé ? Peu de choses. Bientôt l’argent manqua, et les uns après les autres, maçons, charpentiers, sculpteurs, délaissèrent une œuvre où on ne pouvait plus les payer. Pendant plus de quinze ans, l’hôtel Fieubet resta livré, sans merci, aux injures des saisons. Le vent, la pluie, la neige, le soleil mordaient tour à tour les toits, les planchers, les statues, les colonnes, qui çà et là n’avaient pu être terminés. Un estaminet vulgaire s’installait au rez-de-chaussée de la rue du Petit-Musc. Un autre marchand devins du voisinage achalandait sa clientèle, en prenant cette enseigne : Au vieux château! A l’édifice abandonné, même les insultes de la main des hommes apportaient leur part de destruction et de ruine. Pendant la Commune, un bataillon d’insurgés y prenait ses quartiers, et, lors des luttes suprêmes de l’armée rebelle-contre les soldats de Versailles, deux obus firent leur trouée à travers les combles.
C’est dans cet état lamentable que M. l’abbé Nouvelle trouvait l’ancien hôtel des Fieubet et des Mareuil, lorsque, avec ses deux associés, MM. Lechevaliier et Thédenat, il l’achetait , par contrat passé devant M ' Deschars , le 3 avril 1877.
Le 10 octobre suivant, la rentrée des classes amenait plus de cent cinquante élèves à la nouvelle école. Sous l’habile direction de l’architecte, M. Marchand, les salles d’étude
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avaient été apprêtées, les cours pavées et égalisées. Toute trace de ruine avait disparu. Des caves aux mansardes, un travail intelligent avait su donner aux murs une robe fraîche, rajeunir les planchers, et restaurer les fenêtres par où l’air et la lumière inondent les pièces les plus humbles. Aux galeries, les statues respectées, la loggia de la façade maintenue dans son intégrité, le campanile à la flèche dorée donnent à l’édifice un certain grand air, je ne sais quelle fière allure qui, malgré tout, ne déplaisent pas, et qui font que Y École Massillon compte parmi les plus beaux établissements scolaires de Paris.
Bien humbles pourtant avaient été ses débuts. C’était en 1872, au lendemain des désastres qui avaient mutilé la France. On se rappelle avec quelle énergie tous les hommes de cœur, sans distinction de parti, se mirent à l’œuvre commune du relèvement de la patrie, et aussi comment tous virent dans l’éducation le seul moyen de salut. Quelques prêtres, unis par l’amitié et une communauté début, ouvrirent rue de Turenne, dans un modeste appartement, un externat d’enfants qui devaient suivre les cours du lycée Charlemagne. L’entreprise, quoique hardie, n’était point originale. Le regretté M. Thénon est le premier à avoir compris qu’entre l’enseignement des Pères jésuites et celui de l’Etat, il y avait place pour une œuvre qui concilierait les avantages de l’un et de l’autre; et, à côté du lycée Louis-le-Grand et du lycée Fontanes, il avait fondé l’École Bossuet et l’École Fénelon. En donnant à la maison qu’il créait le nom de Massillon, M. l’abbé Nouvelle disait hautement qu’il s’inspirerait du même esprit qui avait fait naître les écoles de M. Thénon. Plus d’une critique fut adressée à la jeune institution. Le temps en a fait bonne justice, puisque, depuis dix ans, elle