Op. laudat p
L’HOTEL F I E U B ET
histoire ne dit rien des propriétaires de l’ancien hôtel Fieubet. Les terrains qui en dépendirent appartenaient et à la famille de Senneterre, et
aux Philippeau ou Phélyppeaux. Henri de Senneterre fut ambassadeur en Angleterre. Bussy-Rabutin rapporte de lui un mot assez piquant : « Ne savez -vous pas, écrit -il en i65q, à Mme de Sévigné, ce que disait le vieux Senneterre, homme d’une grande expérience et du meilleur sens du monde , que les gens d’honneur n’avoient point de chausses? h » Le fils de ce vieux Senneterre joua un rôle considérable pendant les guerres de Louis XIII, et celles qui illustrèrent les débuts de Louis XIV : avec Condé, avec Turenne, il porta son courage et son activité sur les champs de bataille les plus fameux. Fait duc de la Ferté, il
i. Lettres de Mme de Sévigné, édition Régnier, t. I, p. 374.
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mourut maréchal de France, chargé d’honneurs et d’années.
En i63o, l’hôtel portait le nom d’Hôtel d’Herbault. Il étaithabité par Balthasar Phélyppeaux, seigneur d’Herbault1, qui le tenait du partage de la succession de Raymond Phélyppeaux. Il le céda, en 1664, à son frère l’abbé Phélyppeaux, qui était pourvu des abbayes de Bourgmoyen, près Blois, et de Saint- Laurent. Ce fut à lui que Gaspard de Fieubet acheta cette maison, le 23 juin 1676, par contrat passé devant Me Benjamin Moufle, pour la somme de 80,000 livres. Elle relevait de la censive directe du roi, et, chaque année, son propriétaire devait, le jour de la Saint-Remi, payer un impôt de 3 livres 3 deniers.
Ces noms des Pomchartrain, des Fieubet, des Ardier, des Boula de Mareuil que nous venons d’écrire ou que nous allons rencontrer, appartiennent à cette noblesse de robe, qui n’est pas une des moindres gloires de notre vieille France. Jamais, peut-être, autant que sous Henri IV, Louis XIII et Louis XIV, d’aussi grandes figures ne relèvent l'histoire de la magistrature; l’impartialité, la dignité du caractère, cette attitude correcte, respectueuse du devoir, mais soucieuse aussi du maintien de tous les droits, cette ferme obstination dans la conduite qui a été mûrement choisie, persistent comme un héritage sacré chez tous les magistrats de ces règnes. Grâce à eux, les temps troublés des révolutions n’anéantirent point, en France, les notions de l’obéissance et du respect. Ils purent, au prix de vaillants efforts, garder intacte la majesté de la justice. J’ajouterai pourtant qu’avec Louis XV l’austérité de cette vie consa-
1. Histoire généalogique, etc., par le P. Anselme, t. IX, p. 314 et 335.
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crée aux études juridiques se gâta par le venin janséniste. L’excès de tant de belles et nobles qualités devint un vice.
Les Fieubet étaient d’origine toulousaine et ils s’étaient distingués dans la robe. Celui qui le premier fut appelé à Paris se nommait Gaspard de Fieubet, seigneur de Cendrey, baron de Launac. En 1629, le 8 décembre, il obtenait les lettres d’honneur comme secrétaire du roi; il était déjà conseiller au conseil d’Etat et trésorier de l’Épargne.
Il semble qu’à cette epoque la fortune ait réservé ses meilleures caresses pour les gens du Midi. L’Académie française reçoit, dès sa naissance, Pellisson, Esprit, Balzac et Fléchier. Leur esprit vif, leur ténacité à mener un plan déterminé, leur humour en face d’un échec, leur rire franc et jovial leur ouvraient tous les rangs; les Fieubet, Gascons dans l’âme, se poussèrent tant qu’ils finirent par arriver. Peut-être en avaient-ils le droit. Le Languedoc leur doit un souvenir reconnaissant : l’un d’eux fonda dans une de ses terres un hôpital qu’il dota de 12,000 livres de rente '.
Celui dont l’histoire fait mention pour la première fois, Armand de Fieubet, prononça un jour une parole qui l’honore autant que ses talents de magistrat. Après avoir visité de splendides tapisseries que le cardinal de Joyeuse lui montrait avec une trop heureuse fierté, Fieubet lui dit : « Si votre Éminence voulait venir chez moi, dès demain, je pourrais vous en faire voir de plus belles.» A l’heure fixée, le cardinal accourt, avec l’impatiente curiosité d’un amateur émérite. Fieubet alors, lui montrant dans sa cour une foule
1. Panégyriques des saints, par l’abbé Anselme, 3 vol. in-]2. Paris, 1718, chez Giffart; t. III, p. 5oi.
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de pauvres qu’il nourrissait chaque jour: « Voilà, Monseigneur, dit-il, des tapisseries plus animées que les vôtres. » Le cardinal comprit, et imita le courageux magistrat, qui, à seize siècles de distance, faisait revivre la fierté de saint Laurent, étalant ses pauvres, comme autant de précieux trésors. Un autre Fieubet mourut, en 1686, premier président au parlement de Toulouse ; ami de Le Tellier et de Colbert, il mérita cet éloge de Louis XIV, qui dit, en apprenant sa mort, que -< c’était un des plus grands juges de son royaume, et qu’il aurait beaucoup de peine à trouver un sujet de ce mérite pour remplir la place qu’il avait tenue 1 ».
Gaspard de Fieubet est digne d’être tiré de l’ombre, où jusqu’ici il reste enseveli. « Magistrat très capable, dit Saint- Simon, d’un esprit charmant, dans le plus grand monde de la ville et de la cour et dans les meilleures compagnies, recherché par toutes les plus distinguées, quelquefois gros joueur... c’était un homme de beaucoup d’ambition qui se sentait du talent pour la soutenir, qui soupirait après les premières places 2.» Intrigant, ami des arts et des lettres, lié avec les hommes les plus spirituels de son temps, Fieubet traverse la partie la plus brillante du grand siècle. Mme de Sévigné lui donne son amitié; Marie-Thérèse le nomme son chancelier. Poète à ses heures, il écrit aussi bien en français qu’en latin. Montplaisir, frère de la maréchale de Créqui, Subligny, d’Ablancourt, Conrart, Charleval, Saint-Pavin, La Fontaine l’honorent de leur affection. Il ouvre sa maison aux hommes de lettres les plus renommés, et, dans leur docte compagnie, il fait une figure honorable. Enfin après une vie