Saint-Simon , t. II T, p. 35-36. Hachette
L’HOTEL FIEU B ET
agitée, où les lettres, les plaisirs, les affaires avaient été menés de front, il se retire aux Camaldules de Grosbois, et il meurt saintement.
Il naquit, en 1626 , à Toulouse, où il reçut une éducation que les belles-lettres et le droit firent aussi brillante que solide. Dans la cité qui avait vu créer les jeux floraux et qui se pouvait glorifier d’une des plus savantes universités de France, le jeune Fieubet prit de bonne heure le goût des choses de l’esprit. Plus tard, il suivit à Paris son père, nommé secrétaire du roi. C’était un champ plus vaste pour déployer librement ses riches qualités et il mit à profit les avantages de sa fortune nouvelle. Le 8 mai 1649, il entre comme conseiller au parlement de Paris. Ce corps venait de s’illustrer lors des troubles de la Fronde, et, à cette heure même, les nuages qui assombrissaient l’horizon politique n’étaient point dissipés. Entre Mazarin, les princes et la reine, la lutte continuait, tantôt plus sourde, tantôt plus ouverte, mais toujours dangereuse pour le bien public et inquiétante pour le salut national.
Fieubet, sans doute, se montra à la hauteur de sa tâche délicate. Il était maître des requêtes, en i65q, lorsque Louis XIV pénétrait dans la salle du Parlement, en équipage de chasse, de grosses bottes aux pieds, et interdisait à la Grande Chambre de se réunir désormais.
En 1671, Fieubet devient chancelier de la reine Marie- Thérèse. Cette charge lui donnait accès à la cour; il avait le privilège de suivre la souveraine partout où elle allait. Il vit donc de près ces premières années de Louis XIV, si pleines de promesses, si retentissantes de bruits de victoires, de fêtes et de passions.
L’ÉCOLE MASSILLON
Fieubet se maria à sa cousine germaine, Marie Ardier, fille de Paul Ardier, président de la Chambre des comptes. Elle sut inspirer à son mari une tendre et constante affection : elle devait avoir de grandes qualités de cœur et d’esprit, car elle était laide. Un couplet injurieux du chansonnier de Maurepas ne lui ménage pas ce reproche, dans ces vers quelque peu grossiers :
Dis-moi donc, Fontraille,
As-tu jamais veu marmouset Ny visage qui vaille La Fieubet1 ?
Il ne manqua au bonheur parfait des deux époux que d’avoir des enfants.
En 1676, on l’a dit, Gaspard de Fieubet achetait la propriété du quai des Célestins. Ce quartier s’embellissait depuis des années : à cette époque, il était le rendez-vous de l’aristocratie, et l’élite de la société multipliait les riches et somptueux hôtels dans les rues voisines de la place Royale. Fieubet voulut se construire une demeure digne de son rang et de sa fortune. C’est à Jules-Hardouin Mansart qu’il confia le soin de dresser les plans du nouvel hôtel. Neveu de François Mansart, l’éminent artiste trouvait aux environs des souvenirs de son oncle. Le premier monument que celui-ci signa fut en effet l’église de la Visitation, qu’il avait commencée en 1 63 r , dans la rue Saint-Antoine. Cet édifice a survécu aux révolutions 2, qui en ont renversé tant d’autres. Le dôme, quoique lourd, a une courbe d’une rare élégance : il fut le second qu’on ait vu à Paris3 : le