C’est aujourd’hui un temple calviniste
3. La première coupole est celle de l’église des Carmes, construite en 1620.
L’HOTEL FIEUBET
troisième est celui de la Sorbonne, qu’éleva, sur les ordres de Richelieu, en 1 6 3 5 , Charles Lemercier. Mansart fut ensuite appelé à continuer l’hôtel Carnavalet ( r 63 p), que Ducerceau avait repris d’après les dessins de Pierre Lescot. Non loin du quai des Célestins enfin, François Mansart avait, rue de Jouy, présidé à la bâtisse de l’hôtel d’Aumont, et du portail des Minimes, place Royale.
Les travaux de l’hôtel Fieubet étaient terminés en 1 68 1 . Dans l’édifice tel qu’il existe aujourd’hui, on peut encore reconnaître tout ce qui sortit des mains de Mansart.
L’hôtel se composait d’un bâtiment principal, flanqué de deux ailes. Malgré les cariatides et les ornements d’assez mauvais goût dont le dernier propriétaire a écrasé le monument primitif, il est pourtant facile encore d’en reconnaître le dessin original. Cette façade qui regarde la Seine et qui a été si malheureusement gâtée, par la pensée, on la revoit majestueuse dans sa régularité. La façade sur la cour n’a point été endommagée. Voilà bien la grande ligne, un peu froide, mais si correcte, si en harmonie avec les goûts et les habitudes du xviP siècle. On aime cette simplicité de grand genre, cette distinction de bon goût, cette sobriété dans l’ornementation qui rappellent la phrase limpide, solennelle pourtant, grave et harmonieuse d’un Racine ou d’un Bossuet.
Fieubet invita les artistes les plus fameux à la décoration de son hôtel, afin qu’il abritât dignement les visiteurs illustres qui s’y presseraient un jour. Avec les écrivains, peiiv très et sculpteurs exposaient alors leurs chefs-d’œuvre aux regards de la cour ravie. Mais quand ils avaient embelli un palais royal, ils ne dédaignaient point de vouer leur pinceau ou leur ciseau à de simples particuliers. Le Sueur qui, avec
L’ECOLE MASSILLON
Lebrun, a peuplé tant d’hôtels de ses charmantes créations, travailla à décorer la maison de Fieubet. Rivaux en art, mais rapprochés par une estime mutuelle, ces deux peintres semaient leurs brillantes fantaisies dans ces somptueuses demeures, dont la noblesse, ou de robe ou d’épée, à l’imitation de Louis XIV, couvrait Paris. De l’hôtel Lambert, Le Sueur vint chez Fieubet; il apportait la pureté du dessin, le sentiment dans la composition, un idéal de grâce chaste et sévère qu’il semble avoir emprunté à Raphaël; Lebrun, au contraire, se jouait avec les difficultés du coloris et traduisait par son pinceau cette pompe, cette majesté quelque peu théâtrale dont Louis XIV était si épris. Le Sueur décora le rez-de-chaussée de l’hôtel Fieubet, où il peignit Y Histoire de Tobie : dans les salons du premier étage, il retraça divers traits de Y Histoire de Moïse , entre autres : Dieu apparaissant dans un buisson ardent , sujet qu’il répéta chez Mme de Tonnay- Charente, rue Neuve - Saint-Merry.
C’était au plafond que Le Sueur avait raconté ces épisodes bibliques, dans ce style châtié et pur, qui est comme la caractéristique de son génie. Qui n’admirerait encore la souplesse et la fécondité de son imagination ? Pendant que, sur la rive droite de la Seine, il évoquait sous son pinceau les grandes figures de Moïse et de Tobie, de l’autre côté, chez le président Lambert, il faisait sourire, aux murs du Cabinet des Muses et du Cabinet des Bains , les plus gracieuses légendes de la mythologie grecque.
Autour de ces plafonds, les frises couraient, rehaussées d’or, variées par des bas-reliefs peints de bronze. Aux murs flottaient ces tapisseries merveilleuses que la manufacture royale des Gobelins renouvelait avec tant d’art et de succès.
L’HOTEL FIEUBET
Sur les portes aux lambris dorés, se détachaient des fleurs, des oiseaux, des génies dont l’œil suivait les fins caprices aux mille couleurs. Tout était savamment combiné pour aviver les joies de l’esprit, donner plus de charme au plaisir de la conversation, rendre plus séduisante la vie de la société, si intense alors et si universellement répandue.
L’œuvre de Le Sueur à l’hôtel Fieubet n’a point complètement disparu. Le musée du Louvre, aujourd’hui encore, en possède un précieux fragment : c’est le tableau qui a pour titre : Le père de Tobie donnant des instructions à son fils. Un bâton de voyage à la main, le jeune Tobie descend les marches de la maison qu’il va quitter, et, penché à son oreille, son père semble lui indiquer la route qu’il doit suivre. Ce groupe offre des attitudes d’un naturel et d’un sentiment exquis; Le Sueur s’y montre dans toute la vigueur de son génie. D’autres peintures embellissaient ces salons. Vicotte, maître de Lebrun, y avait représenté : Minerve conduisant Achille au temple de la Gloire.
La distribution des pièces a été complètement renouvelée. On entrait dans la cour par la porte cochère, restaurée en 1764. Les deux sphinx qui en gardent chaque entrée furent les premiers exécutés à Paris. Le Maire 1 les décrit avec admiration quand il dit : « Au-dessus de la porte, l’on voit deux monstres très bien travaillés; ils ont le visage d’une fille, le corps d’un chien, les griffes d’un lion et la queue d’un dragon. » A droite, une terrasse bordait le mur, au long du quai, jusqu’à la rue du Petit-Musc. Là, se tenait le suisse vêtu des livrées de la reine, et pour l’entretien duquel Fieubet touchait 5oo livres au budget particulier de Marie-Thé-