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CHAPITRE XII

Gouvernement du général Carra Saint-Cyr et de M. de Laussat. — Établissements de Laiissadelphie et de la Maiia. — Voyage de MM. de Bauve et le Prieur. — Occupation de Mapa.

Les seuls événements remarquables du gouvernement du général Carra Saint-Cyr furent la destraction d'une bande de nègres marrons qui infestait la colonie ^ sous le commandement d'un chéf appelé Cupidoriy et l'introduction de vingt-sept Chinois que Ton alla chercher à Manille, dans l'espérance d'introduire à la Guyane la culture du thé. Mais cette tentative fut trèsmal dirigée, et les Chinois périrent presque tous très-peu de temps après leur arrivée. Le général Carra Saint-Cyr avait amené avec lui cette quantité dé commis^et d'administrateurs subalternes dont on ne sait jamais se passer en France, et qui profitèrent à Fenvi de cette occasion pour pressurer la Guyane. Lies plaintes de la colonie

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tfcvîttrent si vives , que M. Portai , alors ministre * de la marine, fut contraint de rappeler le gouvertieur. Son successeur, le baron de Laussat, était au contraire tourmenté par une activité maladroite qui lui faisait commencer un grand nombre d'entreprises sans en terminer aucune. M. de Laussat est surtout connu par ses démêlés avec M. Catineau-Laroche, dont nous allons parler tout à rheure, et au milieu des reproches les plus graves dont ils se sont accablés réciproquemcnt, il n'est pas toujours facile de reconnaître la vérité.

Au commencement de 1819, M. Catineau-Laroche, qui n'avait jamais étudié la Guyane que dans son cabinet, proposa à M. le baron Portai un plan pour mettre ce pays en valeur au moyen d'agriculteurs et d'ouvriers blancs. Le nouveau gouverneur se trouva, dès l'abord, trèvS-peu favorable à ce projet. M. Catineau n'en fut pas moins envoyé à la Guyane à la téte d'une com* mission, et le ton tranchant qu'il y prit acheva d'animer contre lui M. de lidussat et les principaux colons; ceux-ci, on ne peut se le dissimuler, firent» surtout en lui opjposant une résistance inerte, tout ce qui était en leur pouvoir pour empêcher la réussite de son expédition. D'ailleurs on croyait encore, à cette époque, à la possibilité de rétablir la traite, et il aurait fallu renoncer à cette espérànbe du Itiomelit où il aurait étéadiiiià

que le trayail des blancs était possible sous les tropiques. Il est donc certain que M. Gatineau

reucoQtra la plus mauvaise volonté. Quaut aux. autres accusations qu'il accumule contre le gouverneur, jusqu'à celle d'avoir voulu le faire empoisonner, une seule chose nous étonne, c'est que celui-ci n'ait pas demandé justice aux tribunaux d'une pareille attaque, et que l'administration, qui doit toujours se montrer jalouse de riionneur de ses agents, ne l'y ait pas contraint.

M. Ca tin eau-Laroche remonta cependant la rivière de la Mana, et explora le territoire situé entre l'Iracoubo et le Maroni. Mais on ne peut guère plus compter sur ce qu'il dit de ce pays que sur les allégations de ses adversaires. Il était décidé à trouver tout superbe, et le parti du gouverneur voulait, par tous les moyens possibles, démontrer que ses projets étaient impraticables. Aussi les mémoires qu'ils adressèrent, chacun de leur côté, au ministère de la marine, se contredisent-ils sur presque tous les points ; le seul sur lequel ils fussent de même avis, c'était l'excellente qualité des terres situées entre le Maroni et la Mana. Ce désaccord ht hésiter longtemps le ministre de la marine et la commission qu'il avait chargée d'examiner cette question.

Pendant ce temps, le gouverneur avait fondé sur le Passoura, un des affluents du Kourou, une petite colonie à laquelle il avait donné le

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nom de Lanssadelphie. Son plan , qui n'était pas

mauvais en lui-même , consistait à prendre des Américains des États de Touest, habitués aux défrichements; mais il paraît qu'il fut très-mal servi I et que la population de Laussadelphie ne se composa que de vagabonds irlandais ramassés sur les quais de Norfolk; il fallut au bout de Fannée renvoyer ceux qui avaient survécu. Huit hommes et un caporal, qui venaient d'être libérés du service, s'y établirent à leur place, et y végétèrent deux ou ti*oîs ans sans pouvoir donner une importance quelconque à leur culture. Enfin, eu i8a6, sur un ordre du miuistère de la marine, on évacua cet établissement; ce qui, soit dit en passant, nous parait une mesure au moins inconsidérée. Pourquoi rappeler ces hommes, s'ils conservaient encore Tespérance, peut-être fondée, d'un avenir plus prospère?

N'étaient-ils pas meilleurs juges de leur position que les bureaux qui leur ordonnaient d'évacuer un territoire qu'ils avaient commencé à féconder de leurs sueurs? Combien d'établissements en Amérique n'ont prospéré qu'au bout de longues années? Combien d'autres» sans jamais acquérir d'importance par eux-mêmes, ont servi de jalons à la colonisation à laquelle ils ont fourni de grandes facilités pour la création d'établissements importants?

Après avoir délibéré pendant deux ans, on

décida que Von ferait une tentative de colonisation à la Mana, et Ton en chargea le baron Mylius qui venait d'être choisi pour remplacer M. deLaussat. Une expédition, composée d'une compagnie d'ouvriers militaires, d'un détachement de sapeurs et de cinquante apprentis orphelins, qui formaient un total de cent soixantequatre personnes, y fut envoyée. Le colonel Elliot, qui devait les diriger, n'arriva que l'année suivante, comme le chevalier Turgot au Kourou ; mais les résultats furent loin d'être aussi désastreux.

«c Peu de temps après leur installation, dit la relation officielle, les travailleurs se mirent à l'ouvrage. Les sapeurs se firent remarquer par leur courage et leur bonne volonté. On eut lieu également d'être satisfait des orphelins. Il n'en fut pas de même des orphelines et des ouvriers militaires. Celles-là s'abandonnèrent à la paresse et au libertinage (i); ceux-ci, à l'ivrognerie et à toutes sortes de vices. Il éclata même parmi eux des désordres si graves que, pour les réprimer, la présence d'un détachement de gendarmerie devint nécessaire. Il fallut retirer de

(i) C'était ce qui devait nécessairement arriver au milieu d'un poste militaire j commeut les y envoya-t-on sans avoir eu soin de les marier avant de quitter Cayemie? La présence de ces jeunes filles, orphelines et livrées k eUes-mémeSj prét&it beaucoup trop à Tintasion des mauvaises mœu#s*

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rétablissement et rappeler k Gayenne ces ouvriers que Ton avait choisis, sans le discernement nécessaire, dans la population des ports de firest et de Rochefort. Le gouverneur, ne voulant point que les travaux fussent ralentis à la Mana» les remplaça par des esclaves tirés des habitations domaniales de la Guyane. Les préparatiifs pour recevoir les familles de cultivateurs français prirent alors un degré d'activité qui permit à M. Mylius d'indiquer ic mois de juillet 1824 comme étant 1 époque où ces familles pourraient, sans inconvénients, être installées dans la colonie. »

Le gouverneur, effrayé par les souvenirs de l'expédition du Rourou , tomba cette fois dans

l'excès contraire ; il ne voulut envoyer en Guyane que trois familles du département du Jura, choisies par M. Gerbet, capitaine de la gendarmerie de Gayeune, et quatre Alsaciens. Gomme cette population parut encore trop nombreuse, on la destina à former deux colonies séparées.

Pendant ce temps, des fièvres pernicieuses s'é- 'talent déclarées au nouvel établissement qu'on avait décoré du nom fastueux de Nouvelle- Angouléme. Ges fièvres se trouvaient considérable» ment augmentées par les excès des émigrants et par les privations que les malades avaient eues ' à supporter. Le gouverneur avait vainement pris soin d'expédier d avance de Gayeuue les dif-

férents objets nécessaire au service de l'hôpital. Les difficultés de la navigation du fleuve s'étaient opposées à leur envoi du poste inférieur à la Nouvclle-Angoulême, et ils étaient restés déposé-s dans les magasins de ce poste. M. Vaillant, aide de camp du gouverneur, qui avait été envoyé pour surveiller la nouvelle colonie, fit bientôt cesser ce fâcheux état de choses, et , dix jours après, le nombre des malades se trouva réduit de moitié. Mais les Alsaciens étant arrivés sur ces entrefaites, deux d'entre eux ne tardèrent pas à succomber. Les deux autres se rembarquèrent pour retourner en France.

M. Mylius, sans se laisseï^ effrayer par une épidémie accidentelle, porta sur cette localité un jugement favorable. Il remarqua que Fair y était bon et le sol fertile; et, sur son rapport, le département de la marine se décida à y envoyer le commandant Gerbet et les trois familles qu'il avait recrutées dans le Jura. Son choix aurait pu être plus heureux. Les membres de la famille Pageoz étaient tous des vignerons. Le chef de cette famille, homme fort adonné au vin, avait, ainsi que tous ses enfants, le goût de la dépense. Il paraît qu'avant de passer à la Mana , il avait dissipé en France un patrimoine de 60,000 fr. La famille Giboudeau n'était guère formée d'éléments meilleurs, et son chef, ancien maquignon , beaucoup plus expert dans ce mé-

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tier que dans celui d'agriculteur, n'était venu à la Mana que dans le dessein d'y tenir cabaret.

Malgré le peu de chances que paraissait offrir une colonisation entreprise par de pareilles gens, leur début fut plus heureux que Von n'aurait (lii l'espérer. Leur bétail ne tarda pas à se multiplier, et une abondante récolte de maïs et (le riz récompensa leurs travaux. Mais la cupidité ne tarda pas à les pousser à abandonner cette culture, qui les faisait vivre dans l'aisance, pour entreprendre celle des denrées coloniales dont ils espéraient une fortune rapide. Ce fut en vain que M. Gerbet leur adressa constamment des représentations sur la manière imprudente dont ils s'exposaient au soleil. Quoique l'un d'eux n'eut pas tardé à succomber, sa mort ne corrigea personne; si l'imprudence devait plus tard être punie, le travail fut d'abord si large* ment récompensé, que les éraigrants s'empressèrent d'écrire à leurs parents et à leurs amis pour les engager à venir les rejoindre. Plusieurs familles du Jura, au nombre de cent quatrevingt-sept personnes, sollicitèrent du Ministère de la Marine la faveur d'être transportées à la Guyane; mais il fallut la leur refuser, car on manquait de fonds au moment où l'on devait croire que l'on avait obtenu une réussite complète.

M. Gerbet ayant quitté la Guyane en noyembre i8a6, un changement complet s'o-

péra dans les habitudes et la disposition morale de la presque totalité des cultivateurs de la Nou-

velle-Angoulème. Ces hommes qui jusqu'alors avaient déployé tant d'ardeur et d'activité que leur chef s'épuisait en efforts pour les modérer, cessèrent tout d'un coup leurs travaux, et se livrèrent à la paresse et à l'inertie. Les motifs de ce brusque changement ne sont pas très-clairement indiqués dans les rapports de l'autorité locale. Il paraîtrait cependant que la sévérité du successeur de M. Gerbet fut la première cause de ce découragement. Les distributions de vivres, qui leur avaient .été accordées ^ cessèrent k l'époque fixée, et comme, dans leur ardeur de gain, ils avaient négligé d'eu cultiver, la faim commença à se faire sentir : pour s'y soustraire, ils abandonnèrent entièrement leurs champs, afin de se livrer à la chasse et à la pèche. Ils ouvrirent même des espèces de cantines, où ils vendaient à boire et à manger aux employés de l'administration de la Mana, ainsi qu'aux noirs qui travaillaient aux exploitations de bois pour le compte de l'État. Ils finirent par solliciter et obtenir d'être renvoyés en France aux frais du gouvernement. Somme toute, le résultat de cette tentative peut passer au moins pour un demisuccès^ car elle a démontré que les blancs peuvent vivre et travailler sous les tropiques, ce qui est déjà un grand pouU. Quant à la culture des

denrées ccdiiniales , il £mt , même poar l'entre-

prendre avec des noirs esclaves , des avances pécuniaires qui étaient beaucoup au dessus des moyens' des colons de la Mana.

En 189.3, M. Galtier, ofticier de marine, fut chargé d'explorer la Mana, et s'avança presque jusqu'à sa source. II parvint à remonter, avec sa pirogue, la grande cataracte connue sous le nom de Saut des Cascades , qui avait été considérée comme infranchissable ; il arriva à une grande chute de quarante-cinq pieds de hauteur, perpendiculaire, qu il appela Saut du Fracas, et parvint ensuite jusqu'au pied des montagnes granitiques , où presque toutes les rivières de la Guyane prennent leur source (i).

L'année suivante, M. Bodin, chargé d'explorer rOyapoc, parvint au delà de la crique £poussin, après avoir rencontré un saut de plus de quatre-vingts pieds de hauteur, et plusieurs villages habités par des Indiens. D'après ce. que lui dirent les naturels, il n'était plus qu'à quinze journées de marche du Maragnon, et à huit d'une grande rivière qu'il pensa être le Rio*Negro. Mais il ne crut pas pouvoir, avec quelque sécurité, pousser plus loin son exploration (2).

En 181 7, madame Javouhey, supérieure des sœurs de Saint-Joseph de Ciuny, qui fournis»

(i) Bulletin des Voyages. Octobre i83i.

(a) Annales maritimes. Janvier idsii.

saient depuis longtemps des sœurs hospitalières à nos colonies, présenta au comte de Chabrol, alors ministre de la marine, un nouveau plan de colonisation à la Mana. Il est assez difficile de juger, au milieu des rapports les plus contradictoires et les plus entachés de Tesprit de parti, quel a été le résultat réel de sa tentative. Tous les travailleurs que madame Javouhey avait emmenés avec elle, à Texception de trois, la quittèrent aussitôt que le terme de leur engagement fut expiré. Mais il ne parait pas que leur santé eût souffert, et plusieurs restèrent de leur plein gré dans le pays. I^a vie presque monastique qu'elle leur faisait mener contribua probablement, plus que toute autre chose, aies dégoûter. Gomme elle imite fidèlement les principes des anciens jésuites, en empêchant, autant qu'il est eu elle, toute communication entre ses ouailles et le reste de la colonie, et qu'elle n'a rien publié, nous ne connaissons ce ([ui se passe dans ses domaines que par les rapports des colons, qui n'ont peut-être pas toujours été très-justes à son égard. Ce qui parait certain, c'est que sa colonie cultive assez de vivres pour sa subsistance, et même pour en exporter un peu à Guyenne, et que, pour son compte personnel, la supérieure n'a pas fait de mauvaises affaires.

En i83o, MM. Adam de Bauve et Ferré entreprirent de remonter l'Ûyapoc. Ils traversèrent le

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territoire habité par les Oyampis, et arrivèrent jusqu'à Fendroit où M. £odin était parvenu en i82i4« Un Portugais, nommé José Antonio, établi depuis longtemps dans cet endroit, leur assura que, dans les forets voisines, on trouvait Farbre qui produit le quinquina. On rencontra aussi^, souvent et en abondance, la salsepareille, qu*on lire cependant du Brésil pour la consommation de Cayciine.

Les deux voyageurs continuèrent leur route, et arrivèrent à un village indien situé sur les rives de rAgamiware. Mais comme c'était la saison des basses eaux, ils furent contraints dabandonner leur canot dans la crique d'Iao, et de continuer leur route à pied, lis arrivèrent, en traversant de profonds marécages , jusqu'au cours du Tamande, et ensuite de lllieuwari, qui se jette dans T Amazone, et dont les rives sont babitées par les Coussaris; les Indiens de cette tribu se livrent à l'agriculture et ont de vastes champs de manioc, d'ignames et de patates. lie sachant comment ils seraient accueillis par les postes brésiliens, et ne pouvant se réclamer du consul français au Para, qui était beaucoup trop éloigné, MM. de Bauve et Ferré se décidèrent à revenir sur leurs pas, en descendant l'Arouarisur des canots que leur fournirent les Indiens, et revinrent ensuite à Cayenne (i).

(i) La relation de ce voyage a été iasérée dans U But*

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