CHAPITRE III
Description de la Guyane. — Les Français tournent leurs vues de ce côté. — Expédition de M. de Bretigny. — Sa cruauté excite une révolte parmi les colons. — Il est assassiné par les Indiens.
Entre rOrénoque et TAmazone, depuis le huitième degré de latitude septentrionale jusqu'au quatrième degré de latitude méridionale, s'étend la vaste contrée connue sous le nom de Guyane. Sa longueur est de trois cents lieues du nord au sud. Sa largeur est ^core inconnue j parce que ses limites occidentales ne sont pas bien définies. Si on les place au versant orientai de la Cordillère des Andes, sa superficie est d'environ quatre-vingt-deux mille lieues carrées.
Outre les deux grands fleuves que nous venons de nommer, la partie de la Guyane qui avoisine la cote est arrosée par i^ne multitude de rivières , qui prennent leur source dans une chaîne de montagnes peu élevées et parallèles à la mer. Les principales^ en commençant par le
nord, soat celles de Demerary, d'£ssequiboy de Berbice, de Nickerie, de Surinam, de Copennaina, de Maroni, de Mana, de Sinnainary, de Kourou» de Cayeune, d'Oyac, de Raw, d'Approuague et d'Oyapoc. Presque toutes ces rivières sont navigables jusqu a vingt lieues de leur embouchure pour des navires du plus fort tonnage; mais comme elles coulent sur un terrain très -bas, leur courant est si. peu rapide qu'il est facUeipept arrêté par les mirées. Plusieurs de ces rivières offrent à leur embouchure l'apparence d'un large fleuve^ mais dès l'endroit où la marée cesse de se faire sentir, elles se rétrécissent considérablement, de sorte que l'on est très -surpris de voir un cours d'eau majestueux se changer en une espèce de rats* seau navigable seulement pour des pirogues. A vingt ou trente lieues de la côte, leur cours est quelquefois intercepté par des cataractes que les embarcations ne peuvent remonter, et qu*on ne peut dépasser qu'avec des canots as* sez légers pour être transportés à force de bras.
Entre les cataractes et la côte le terrain est presque partout très-plat. Jusqu'à la distance de trois ou quatre Keiies de la mer, il est généralement composé de vase et de terre d'alluvion que les rivières y ont successivement accumulées pendant leurs débordements. Souvent même il
est complètement noyé pendant la saison des
pluies. Une vaste foret de palétuviers le couvrait entièrement à Tépoque de la découverte. Plus loin commencent de vastes savanes qui s'étendent jusqu'au pied des montagnes, et offrent en générai d'excellents pâturages.
L'intérieur de la Guyane , qui est encore trèspeu connu y est arrosé par un grand nombre de rivières considérables qui se jettent, soit dans TÂmazone , soit dans TOréncque. Un bras de ce dernier, le (jassiquiare, communique même par . le Rio-Negro avec f Amazone^ et forme ainsi un canal naturel qui réunit les deux plus grands fleuves du monde. Toute cette vaste étendue de pays n'est qu'une immense plaine qui nour* rira un jour d'innombrables troupeaux, comme le font déjà celles de la rive gauche de TOrénoque , qui dépendent de ^a république de Véuézuel».
Avant l'arrivée des Européens, la Guyane était habitée par une multitude de petites tribus d'indigènes qui, pour la plupart, ont cessé d exister, et qiri souvent ne se composaient que d'une cen* taine de familles, l.es principales étaient les Aricarets qui habitaient File de Cayenne, les Arrouagues, les Caribous ou Paliconrs, et surtout les Galibis ou Caraïbes. Toutes ces nations errantes au milieu des forets ne se nourrissaient que du produit de leur pèche on de leur chasse«
Les plus avancées avaient à peine commencé à cultiver quelques champs de manioc. Leurs arcs et leurs hamacs de fil de coton, et quelques poteries grossières, composaient toutes leurs richesses. L'autorité de leurs chefs était presque nulle y et leur ignorance religieuse si grande qu'on ne peut même pas les accuser d'idolâtrie.- Us n'avaient qu'une idée très-vague d'un bon et d'un mauvais esprit; leur seul plaisir était de s'enivrer d'une boisson dégoûtante fabriquée par les vieilles femmes en mâchant des racines de manioc que l'on faisait ensuite fermenter.
Les Français, qui fréquentaient la côte du Brésil au moins depuis les premières années du xvi^ siècle , eurent de très-bonne heure connaissance de la Guyane. Thevet, dans la relation de son vo7age(i )y rapporte qu'ayant eu occasion d'inter^ roger un prisonnier qu'avaient fait les Indiens Tapouyas qui habitaient vers l'embouchure de l'Amazone y celui-ci lui parla de la province de Ouyana comme d'un pays très-riche, et lui dit que pour s'y rendre il fallait remonter la rivière de Kourou. Il ne paraît pas cependant qu'ils aient pensé à y fonder des établissements avant d'avoir été successivement expulsés par les Portugais des différents postes qu'ils possédaient sur
(i) Manuscrit de la Bibliothèque royale.
Ja cote du Brésil. Les Anglais les y précédèrent donc, mais leurs tentatives n'eurent point de
succès.
Dès iSgS le capitaine Hobert Dudley (i), qui se trouvait à llle de la Trinité avec un navire de Soulliainpton nommé FOurs, ayant entendu parler du Dorado, envoya à la découverte une cha^ loupe montée par quatorze hommes. Ils remon-^ tèrent TOrénoque, et s'avancèrent ensuite jusqu'à la rivière Mana. Dudley assure dans sa relation, qu'ils découvrirent en effet un pays où Tor et l'ar^^ent se trouvaient en abondance.
Ce fut à la fin de la même année que le célèbre* Walter Raleigh visita les côtes de la Guyane dans son expédition à la recherche du Dorado j dont le récit est étranger à notre sujet. Dans sa relation y Raleigh dit que les Français cherchaient aussi à découvrir ce pays, mais qu'ils n'étaient pas dans la bonne route. Ce voyage, celui de Laurent Keymis et du capitaine Berrie en 1 696, de Charles Leigh en iGo4t de Robert Uarcourt en 1608 y et enfin le dernier voyage de Walther Raleigh en 1617, qui tous avaient pour but, non de former des établissements 9 mais de découvrir un pays, fabuleux y n'eurent d'autre résultat que de mieux. Élire connaître cette côte.
Quant aux Français, quoiqu'il soit très-pro-
(1) HacUuyt, t. III, p. 676.
bable que leurs voyages a la Guyane remontent à une époque beaucoup* plus reculée je n'en puis citer aucun, avec une date certaine, antérieur à celui du capitaine Ravardicre en i6o4i dont la relation nous a été donnée par son conipa« gnon, Jean Moquet, depuis garde des curiosités du cabinet du roi. Il ne parait pas, d après son récit, qu'il y eut. alors aucun Français établi dans le pays. Mais ce voyage se faisait avec une grande facilité, et les relations avec les naturels étaient bien établies; car Ravardière quitta le Havre le 1 2 janvier, et y fut de retour le i5 août de la même année.
Le premier établissement permanent fut fermé par quelques marcbands de Rouen qui, eu 1626, envoyèrent les sieurs de Gbantail et de Chambant fermer un établissement sur les bords de la rivière de Sinnamary ; ils avaient avec eux vingt* six personnes ( 1 ).
Le capitaine Ilautépine établit deux ans après, sur les bords du Conamana, quatorze hommes sous les ordres du capitaine Lafleur qu'il y laissa avec une barque armée pour les protéger (2).
En i63o, le capitaine Le Grand y conduisit de nouveaux colons, et en f634 quelques-uns d'entre eux. passèrent dans Tile de Caycnue, et
(1) Malouet, Mémoires sur les colonies , 1. 1 , p. 111. (a) Statistique des coIodîcs, t. Il, p. 143.
commencèrent à cultiver la côte de Remiro»
Trois ans après, ils construisirent sur la rive op- ))osée9 ^ l'embouchure de la rivière de Cayenne, un fort et un village qui est devenu la capitale de la colonie.
En i633, une compagnie de marchands de Rouen obtint le privilège du commerce de l'Oréooque et de l'Amazone. £lle envoya à la Guyane le capitaine Le Grand , qui y établit soixante-six nouveaux colons. Les privilèges que le cardinal de Richelieu avait accordés à cette compagnie furent confirmés et augmentés par lui en 1 638; la compagnie s'engagea, de son côté« à former de nouveaux établissements au Gap Nord et sur le Maroni. Vers la même époque, quelques Frauçab qui revenaient de ce pays, ayant par hasard fait la connaissance du sieur Poncet de Bretigny, lui en firent une description si pompeuse quil résolut d'aller s'y établir. Il vendit donc tous ses biens, et alla offrir ses services à la compagnie, qui les accepta, et lui donna le commandement de l'expédition qu'elle préparait. Bretigny reçut le titre de gouverneur et capitaine général pour le roi aux terres du Cap I^ord, et ne tarda pas à réunir à Paris environ trois cents personnes qui se tiécidèrenl à le suivre. Mais, à Texception de quelques officiers, ce n'était qu uu ramassis de vagabonds et de gens sans aveu qui allaient plu* tôt chercher en Amérique un asile contre la ri-
giieur des lois , qu'un champ où ils pussent exercer leur industrie.
Ce fiit le 3 août 164 3 que les nouveaux colons s'embarquèrent à Paris , au port Saint-Nicolas , pour se rendre à Kouen par la Seine : dés leur passage à Mantes ils se firent avec les archers de la ville une querelle que l'on eut bien de la peine à apaiser. Les voyageurs arrivèrent à Rouen le 8 du même mois, et le 12 à Dieppe, où devait se faire l'embarquement. Le premier soin de M. de Bretigny fut de leur donner une organisation militaire^ on eût dit qu'il s'agissait d'aller conquérir un pays occupé par l'ennemi, et non de coloniser une province à peu près déserte. Après les avoir divisés en quatre compagnies, auxquelles il donna un nombre d'offîciers beaucoup trop considérable, M. de Bretigny se choisit'un capitaine des gardes, un écuyer, un chancelier, un maître d'hôtel, comme s'il eût été prendre tranquillement possession d'un royaume bien organisé.
Mais il ne pensa ni à engager des artisans et des laboureurs qui eussent fait prospérer sa colonie, ni à s'assurer les moyens de la faire subsister jusqu'à l'époque des premières récoltes.
Les deux vaisseaux qui devaient transporter les émigrants étaient le Saint-Jran, de deux cent cinquante tonneaux, et le Sainl'Pierre^ de soixante; ils mirent à la voile le septembre, et après une traversée assez iieurtiuse, ils mouillèrent^ le
aS novembre, près de Tile de Cayenne, en face de lliabitation de Mahury. Il n'y avait dans cet endroit que cinq Français et une femme indienne de la nation des Palicours, qui avait épousé leur chef appelé Desfosscz. Celui-ci se hâta de venir à bord du SaiiU^Jean^ et d'offrir à M. de Bretigiiy tous les rafraîchissements dont il pouvait disposer. Il fut imité par quelques Indiens que la curiosité avait attirés. On s'occupa aussitôt du débarquement des passagers, de leurs effets et des marchandises de traite; de sorte que, dès le 3 décembre, le tout fiit transporté à terre. Mais déjà le 3o , le sieur TAhLé, commandant le Saint-Pierre ^ qui avait eu à souffrir du caractère irascible et 'despotique du gouverneur, et qui craignait qu'il ne se portât contre lui à quelque extrémité, mit brusquement à la voile pour retourner en France, emmenant avec lui Grand maison, capitaine de la troisième compagnie , qui avait aussi été maltraité par Bretigny.
Le gouverneur, sans laisser à ses colons le temps de se reposer, les employa à construire des cabanes couvertes en feuilles de palmier; mais il avait si mal choisi son emplacement, qu'elles furent emportées par un coup de vent. Ce malheur, la dureté avec laquelle ils étaient traités, et le manque de vivres qui commençait à se faire sentir, ne lardèrent pas à jeter le découragement parmi eux. I^in de profiter de Tarrivée fortuite d'un navire,
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commandé par le capitaine Sanson de la Rocbellet Brerigny voulut le confisquer, et faire arrêter
Sanson comme ayant violé les privilèges de la compagnie; mais celui-ci parvint à s'échapper, sous prétexte d'aller à la pèche du côté deKourou.
Toutes ces contrariétés aigrirent encore le caractère de Bretigny, dont le despotisme devint intolérable. Loin d'épargner les colons peu accoutumés au travail, surtout dans un climat aussi brûlant, il leur faisait monter la garde pendant la nuit, et leur refusait un instant de liberté pour se procurer du gibier ou du poisson. Il faisait foire de fréquents appels, et celui qui y manquait était aussitôt condamné à une amende de mille livres de tabac au profit de la compagnie, bien heureux encore quand il n'était pas mis aux fers ou accablé de coups. Trouvant encore cette punition insuffisante, Bretigny fit foire une estampille de fer à son nom pour marquer au front ceux qui lui désobéiraient. Il les accabla enfin de tant de mauvais traitements, que Boyer assure que les Indiens eux-mêmes commencèrent à traiter les Français avec mépris, et à leur reprocher d'être des esclaves.
Cette conduite finit par amener une révolte.
Le 4 tûm 16449 officiers s'emparèrent de leur chef et lui mirent les fers aux pieds. Ils chargèrent ensuite du gouvernement une espèce de conseil choisi parmi eux et dont la présidence
fut donnée à un nommé Saint-Hemy; un autre officier, M. de Montmaur, fut chargé de porter en France Pacte d'accusation que ron avaitdressé contre le gouverneur.
Le conseil ayant résolu de mettre à exécution le projet qu'avait foraié Bretigny d'envoyer soixante personnes s'établir sur la rivière de Surinam, en donna le commandement au capitaine de Woaiily. En passant à renibouchure du Maroni, il y trouva cinq Français qui y avaient été laissés par Chambaud , et qui se joignirent à lui. Noailly arriva heureusement à Surinam, où les chefs indiens , après avoir longuement délibéré, iui permirent de s'établir, à la condition de les aider à faire la guerre aux Arrouagues, leurs ennemis, qui étaient soutenus* par les Hollandais de Berbice. Quatre Français partirent en effet avec eux pour une expédition contre ce poste; mais ayant été découverts trop tôt par ceux qu^ls voulaient surprendre, ils revinrent au bout de six semaines sans avoir rien bàt d'important;
Sur la fin de juin , un navire commandé par Jean Davaux leur apporta la nouvelle que M. de Bretigny avait été rétabli dans son autorité par les officiers. Ne pouvant s'accorder entre eux, ils s étaient contentés de lui faire signer un traité dans lequel il promettait d'oublier le passé et de mieux se conduire à l'avenir, dépendant ceux qui se trouvaient le plus compromis n'avaient
pas voulu se fier à sa parole et s'étaient embar>
qués sur ce navire pour retourner en France.
Aussitôt que M. de Bretigny eut reconquis son pouvoir, sou premier soin fut de faire jeter à Cayenne les fondements d'un fort qui devait étré flanqué de quatre bastions. Il promulgua en même temps un codé en i^o articles de la plus grande sévérité, surtout dans tout ce qui touche * à la religion. C est le véritable pendant des lois bleues du Massachusset. Les hérétiques doivent être brûlés vifs, et les moindres fautes contre les préceptes de l'Église sont punies de la prison et d'une forte amende. Tous les crimes et délits imaginables y sont prévus; mais il n'y est pas le moins du monde question de l'organisation de la colonie.
Après la promulgation de ce beau cbef-d'œuvre^
Bretigny s'embarqua sur la rivière de Cayenne dont il voulait examiner les chutes; mais quand il eut fait une cinquantaine de lieues, le manque de vivres le força à revenir sur ses pas. A son retour à Cayenne j il fit partir dix Français pour aller se fixer à Maroni; mais le vent fit chavirer l'embarcation qui les portait devant les iles de Kourou, et un seul d'entre eux parvint à s'échapper. Malgré les belles promesses qu'avait faites Bretigny pour recouvrer sa liberté, son caractère nç tarda pas à reprendre le dessus, et il recommença le cours de ses cruautés; il fit rom-
pre vifs huit soldats sous les plus irivoles prétextes, et trancher la téte à M. de Gongy, quoiqu'il fût sou parent; uu soldat re^ut l'estrapade pour avoir cueilli un brin de piment, et enfin il poussa ia démence jusqu'à exiger que chacun vînt le matin lui rendre compte des songes qu'il avait eus pendant la nuit, et à punir sévèrement ceux dont les rêves lui déplaisaient.
Les sauvages de l'île , qui n'étaient pas mieux traités que les colons , ne tardèrent pas à our* dir un complot pour exterminer les Français.
Une de leurs femmes les dénonça à Bretiguy, qu i en fit arrêter quelques-uns ; mais ils parvinrent bientôt à s'échapper, et gagnèrent la terre ferme à la nage. Bretigny fait aussitôt armer un canot; et se mettant lui-même à leur poursuite , il remonte une petite rivière près de laquelle il pensait qu'ils s'étaient réfugiés. La nuit l'ayant surpris , il la passa dans une cabane de feuillage que ses gens lui construisirent; mais le lendemain, au moment oit il voulait remonter dans son canot , il se vit cerné par une multitude d'Indiens qui firent pleuvoir une grêle de flèches sur lui et sur les siens. Sans essayer de £sure la moindre résistance, il s'enveloppait lâchement dans son manteau en leur demandant quartier, quand il fut frappé au milieu du front d'une flèche qui le renversa mort sur la place. Les sauvages se répandirent ensuite dans la
terre ferme et dans l'île de Cayenne, brûlant les maisons et massacrant les habitants. Tout fut détruit, noii>seuleinent à Mahury^ mais aussi à Maroni , à Berbice et à Surinam. Après avoir ainsi tout ravagé^ les Indiens vinrent assiéger le fort que Bretigny avait &it construire sur la montagne de Cepérou. Les missionnaires, qui n'avaient pas perdu toute leur influence sur eux, parvinrent cependant k les calmer un peu. Les Indiens les emmenèrent avec eux à Kourou, aiusi que quelques Français qui consentirent à les accompagner; d'autres, au nombre d'environ quarante^ après avoir fait main basse sur tout ce qui appartenait à M. de Bretigny, s'embarquèrent à bord d'un navire commandé par le capitaine Mirbaut, qui veiuiit-d'arriver à Cayenne, et qui les transpcnrta à File de Sainl«Ghristophe; et les plu$ déterminés se maintinrent dans ie fort de Cepérou.
Deux ans après, la compaguie des marchands de Rouen, qui ignorait encore tout ce qui s'était passé dans Tile de Cayenne f y expédia un renfort de quarante hommes, sous la conduite d'un cer.tain Laibrest; ils n'y trouvèrent plus que des personnes qui s'étaient retranchées de leur mieux sur la montagne de Cepérou. Loin de vouloir rester dans cet endroit , les émigrants prirent à leur bord une partie des anciens colons. Laforest, qui ne voulut pas manquer à ses
engagements envers la compagnie, resta à Cepérou avec seize hommes seulement et deux missionnaires capucins; mais ayant été surpris par les sauvages, ils furent tous massacrés, à fex* ception d'un nommé Le Vendangeur, qui , après avoir été longteaips prisonnier parmi eux, parvint à s'échapper et à gagner Surinam, d'où il passa en France.
L auteur de la relation (i) qui nous a servi de guide ne donne pas la date de ces derniers évé- ' nements; mais il paraît que l'établissement subsista environ un an. Quoique les colons aient travaillé eux-mêmes, non-seulement à défricher la terre, mais à construire un fort et des maisons , ib n'eurent à souffrir ni des effets du climat ni des maladies contagieuses. La mauvaise conduite de M. de Bretigny, et la révolte des sauvages qui en fut la suite, causèrent seules la destruction de la colonie. Notre auteur fait, an coniraire , un grand éloge du pays et de ses productions. Il invite à plusieurs reprises les Français à ne pas se décourager et à former une nouvelle compagnie pour le coloniser.
(i) Relation du iroyage de M. de Bretigny en rAmérique
occidentale, par P. Boyer, sieur de Petit -Puy. Paris, i654, 8".