‹ Notice historique sur la Guyane françaiseChapitre 8 sur 32 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

F<»ntiAti()n (l'une nouvelle compagnie pour la Guyane. — M. de la Barre est envoyé à Cayenne. — Les HolUndaisca- |Mi\rieiit — Les Angtaîs s'emparent de la Guyane.—^ Elle

. afrt rendue k U paix de Bredfi. M. de la Barre et ruinai d'Estrée rétablissent la colonie.

Dix années s'écoulèrent sans que Ton s'occupât en France de la Guyane; maiS| ea i663, le sîcttr Lefebyie de la Barre» maître des requêtes et intendant du Bourbonnais, s'étant lié avec un fiomoié Bouchardeau qui avait déjà fait plusieiira voyages en Amérique, ae laissa persuader par lui de former une nouvelle compagnie pour la colonisation de Cayenne. Colbert, à qui il communiqua son plan, et qui ne perdait pas une occasion de favoriser le commerce extérieur^ l'ayant hautement approuvé et lui ayant procuré ^autorisation du roi, la compagnie ne tarda pas à se former ; elle se composait de vingt person** nés, dont chacune versait 10,000 livres, et s'en*

gageait à doubler cette somme , si cela devenait nécessaire* Le roi lui accorda en tonte propriété^ sous le nom de France équinoxiale, tout le pays situé entre F Amazone etTOrénoque, ainsi que les lies qui en dépendent. M. de Prouville^Tracy^ qui venait d'être nommé gouverneur des Antilles et qui s'y rendait à la téte d'un corps de douze cents hommes, fut chargé d^expulser, chemin fai<» saut, les Hollandais qui s'étaient établis à la Guyane, et de mettre M. de la Barre en possession du pays.

La flotte était Composée de deux vaisseaux du rot, le brézé et le Terron^ et de quatre navires de la compagnie. Elle mit à la voile le 26 février i664y et arriva le 1 1 mai devant Cayenne. Le même jour, M. de Tracy envoya à terre M. de Flavigny, qui connaissait bien les localités, parce qu'il avait déjà fait partie des expéditions pré* cédentes, et le chargea d'engager le commandant hollandais du fort de Céperou à venir lui parler, en lui offrant de rester en otage à sa place. Guerin Spranger, voyant qu'il lui était impossible de résister, souscrivit à une capitulation par laquelle les droits de la compagnie d'Amsterdam étaient réservés. Il fut stipulé que les colons hollandais auraient la liberté de se retirer avjec tout ce qu'ils possédaient, ou de rester dans 111e comme sujets du roi de France , en conservant la jouissance de leurs plantations. Ce fut le 27

mai qu'eut lieu le débarqueuient des Français^ auxquels les Hollandais remirent lé fort après en être sortis tambours battants, enseignes déployées; ils s'embarquèrent sur un bâtiment que leur fournit la compagnie, et passèrent aux An» tilles. Au moment où ils abandonnèrent leur colonie, elle était déjà parvenue à un degré assez élevé de prospérité. Spranger avait établi une sucrerie et importé uu assez grand nombre d'esclaves noirs qui cultivaient le coton , le rocou et l'indigo. Mais tous les juifs , craignant d'être persécutés à cause de leur religion , comme ils l'avaient été dans les Antilles françaises, se retirèrent à Surinam, qui était alors au pouvoir des Anglais. M. de ïracy, après avoir mis M. de la Barre en possession du gouvernement, partit le 26 mai pour les îles françaises. Le premier soin de M;* de la Barre fut de côn^ dure la paix avec les Indiens, qui étaient très-* effrayés de son arrivée, parce qu'ils craignaient; que les Français ne fussent venus pour venger la mort de ceux qui les avaient précédés. 11 profita de leurs craintes pour leur imposer un traité par lequel ils s'engageaient à quitter rîle de Cayenne, qu'ils abandonnaient entièrement, à permettre aux Français de s'établir sur tous les points du continent qui leur conviens, draient , à les aider dans toutes les expéditions qu'ils voudraient faire dans l'intérieur di\

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pays, à ne contracter aucune alliance avec les Angbis et les Hollandais, et enfin a ramener au lort les esclaves et tes engagés qui s^enfuiraienr. Les Indiens acceptèrent avec joie ces conditions, et rapportèrent même un grand nombre d'objets qui avaient été abandonnés lors du désastre delà compagnie de Paris. Les colons com» mencérent à se livrer avec zèle à la culture des terres, et tout paraissait promettre d'heureux résultats, quand M. de la Barre, ayant appris la formation de la compagnie des Indes occidentales, craignit (ju'elle ne nuisît à ses intérêts, et revint en France sous prétexte de maladie, en laissant le commandement à son frère, le che^ valier de Liesy.

Pour mettre un terme aux désordres qui avaient lieu dans les colonies fondées par divers particuliers souvent eu querelle entre eux, et qui n'ayaient pas les moyens nécessaires pour les faire prospérer, le ministère français avait pris la résolution de les réunir toutes sous l^^d^ ministration d'une compagnie, qui prit le titre de compagnie des Indes occidentales, et qui reçut par des lettres-patentes la propriété de toutes les iles et terres habitées par les Fran* çais dans l'Amérique méridionale (i). Vers la même époque, car une fatalité malencontreuse

[\) yoj, Dutertre, t. UI ^ traité 1|, ch. i et suiv.

semble s'attacher à nos tentatives de colonisa*»

tioii, le roi résolut de prendre parti pour la Hollande dans la lutte quelle soutenait alors contre TAngleterre, et déclara la guerre à cette dernière puissance , au commencement de 1666. La compagnie, qui avait choisi M. de la Barre pour son lieutenant général , résolut d'envoyei" des renforts dans les pays qui venaient de lui être concédés. Mais presque toute la flotte se di* rigea vers les Antilles, auxquelles on attachait beaucoup plus d*importance. Quelques vaisseaux seulement furent envoyés k Gayenne pour por** ter des munitions au chevalier de Lezy.

Pendant les premiers temps de la guerre, les Anglais, qui dirigeaient leurs principaux efforts contre nos îles, le laissèrent assez tranquille. Mais, ayant été repoussés partout, ils résolurent d*es-^ sayer s'ils ne seraient pas plus heureux à Cayenne, et, le octobre, une flotte composée d'un gros navire, de six frégates et de deux petits bàti^ raents de transport, se présenta devant celte île. Aussitôt que cette flotte fut signalée, le chevalier de I^ezy, qui se trouvait à Mahury, ne sachant si c'étaient des amis ou des ennemis, se rendit en toute hâte au fort de Géperou, où il trouva un brigantin que son frère lui avait envoyé pour le prévenir qu'il 'allait être attaqué. M. de Lezy, voyant que les Anglais se dirigeaient vers Re« mire, s'y rendit en toute hâte, à la téle de trois

cents hommeçy pour s'opposer à leur débarquement. Quatorze chaloupes chargées de soldais

se dirigèrent bientôt vers la terre, et eurent le temps de les y déposer avant que M. de Lezy> dont un profond ravin avait intercepté la marche , eut pu atteindre ce point. Il les attaqua assez bravement, et fut même blessé dans le combat. Mais, se voyant repoussé, il perdit complètement la téte , etf au lieu de rentrer dans le fort de Céperou et de s'y défendre, il se réfugia en terre ferme, d'où il envoya Tordre aux soldats ^t aux habitants de venir le rejoindre. Un sergent suisse, nommé Férant , qui était resté dans le fort avec une ciuquantaine d'hommes , voyant qu'il était abondamment fourni d'armes et de munitions, fit tous ses efforts pour engager les habitants à l'aider à le défendre; mais, se voyant abandonné par eux , il fut forcé de capituler.

Le chevalier Harman, qui commandait les Anglais, dont le nombre s'élevait à six ou sept cents , ne resta que quinze jours dans l'île. Pré* voyant bien que cette colonie serait rendue à la paix générale qui était sur le poânt de se con* chire, il 6t brûler et ravager tout ce qu'il était impossible d'emporter, et fit détruire les fort!*' ^cations, il alla ensuite attaquer Surinam, où

Lezy, qui s'y était retiré à la téte de deux cents hommes, aida les Hollandais à lui résister, et dq^t H^rmsin n'^^qrait pu réussir k s'emparer

sans la trahison chi major qui lui ouvrit une des ppites. Lezy montra taut de valeur dans cette occasion , que le général anglais ne put s'empe^ , cher de lui dire que si Cayenne eut été défendue avec autant de courage, il ne a*en serait jamais rendu maître.

Les prisonniers français furent conduits à la JBarbade. Le gouverneur de cette ile^ lord Villoughby, qui avait déjà reçu la nouvelle de la paix de JBréda, les renvoya à la Martinique. Le chevalier de I^ezy passa ensuite à la Guadeloupe , où il trouva son frère; mais celui-ci, irrité de la perte de la colonie qu'il lui avait confiée, ne consentit qu'avec beaucoup de peine k se récou* cilier avec lui.

M. de la Barre ayant cependant appris du P. Morelet, jésuite, quHI restait encore à Cayenne un grand nombre de Français qui avaient trouvé un refuge dans les bois et chez les Indiens, résolut de rétablir la colonie. Au mois de décembre, il y renvoya Lezy avec deux cents hommes, de nombreux esclaves, de l'artillerie et des munitions. Aussitôt quil eut repris possession du fort, un grand nombre de colons sortirent des forêts où ils s'étaient réfugiés, rétablirent leurs habitations, et recommencèrent à cultiver la terre.

Mais cette époque de prospérité n'eut qu une courte durée. Au commencement de 1672, la

France ayant déclaré la guerre aux Hollandais , ceQX*ci envoyèrent une flotte de onze vaisseaux, commandée -par Tamiral Bînks, qui s'empara de Cayenne par surprise, et presque sans coup férir. U parait cependant que la plupart des colons obtinrent de rester sur leurs propriétés en consentant à se reconnaître vassaux des Ëtats-Généraux. Quand la nouvelle de cette perte arriva en France , le roi venait de supprimer, par un écHt , toutes les compagnies 9 et de décider qu'àTavenir les colonies seraient gouvernées en son nom et par ses officiers, comme les autres provinces de France.

Comme, d'après ce nouvel arrangement, la

perte de Cayenne tombait directement sur le roi, le ministère se bâta d'envoyer, pour reprendre la colonie, une escadre considérable, commandée par l'amiral d'Ëstrées. Il arriva devant Tile le 17 tiécembre 1 674 ^ et jeta l'ancre dans l'anse de Re> mire, à trois lieues du fort. Les Hollandais Favaient entouré de nouvelles palissades et d'un fossé profond. 11 était défendu par une garnison de trois cents hommes et par vingt-six pièces d'artillerie.

L'amiral d^strées fit débarquer le lendemain huit cents hommes de troupes réglées, qui enlevèrent d'emblée les premiers retranchements ,

et forcèrent au bout d'une heure le commandant hollandais à se rendre à discrétion. 11 s'empara

également, presque sans coup lërir, des forts que les Hollandais avaient construits à lembou* cfaure des rivières d*Oyapoc et d'Approuague. Depuis cette époque jusqu'à la révolution française, Gayenne et la partie de la Guyane qui lui est contiguë restèrent toujours au pouvoir de la France, sans avoir à souffrir du fléau de la guerre; mais nous verrons bientôt les autres obstacles qui s'opposèrent à son développement.

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