HAUTE-AVESNES
HAUT&AYESNES.
HiSTOmE. — D'après la tradition, un temple dédié à Gérés, aurait été élevé en ce lieu, sous la domination romaine.
Une commanderie de Templiers s'y établit dans le XIII® siècle. On dit qu'il se trouvait dans cette maison trente-six chevaliers, lorsque l'ordre de leur arrestation y fut exécuté, comme par toute la France, le vendredi 13 octobre 1307. De longs détails de cette scène ont été racontés par M. Harbaville dans son Mémorial historique.
« Il était environ l'heure de Tierce (neuf heures du matin), le servant d'armes en sentinelle sur la tour, sonna du cor et signala l'arrivée d'une troupe armée qui bientôt réclama l'ouverture des portes au nom du roi. On connaissait la haine invétérée que Philippe le Bel portait à l'Ordre ; quelque chose de ses projets avait transpiré ; la milice du Temple sentit que le moment de la crise était arrivé. La porte de la commanderie fut ouverte ; les sbires se précipitèrent avec un empressement féroce dans cet asile de la
valeur et en gardèrent toutes les issues. Le chef ordonna au commandeur de réunir tous les chevaliers, dans la grande salle. Gela lait, l'ordonnance du roi fut lue. Nous vous mandons, disait cette lettre close, adressée au bailly^ d'arrêter chacun des frères de cet Ordre sans aucune exception, et après les avoir appréhendés, de les détenir pour les réserver au jugement de PégUse, et de saisir leurs biens, meubles et immeubles. Cette lecture ayant donné lieu à d'énergiques protestations contre cette violence, la troupe de sicaires se rua sur les malheureux chevaliers qui n'opposèrent aucune résistance. Une partie d'entr'eux fut lâchement égorgée, les autres, chargés de chaînes, furent traînés à Arras, au milieu des vociférations d'une populace imbécile, et jetés dans les prisons du château.
Ce jour vit flotter, pour la dernière fois, la bannière de l'Ordre Beauséant.
Les corps des chevaliers massacrés furent déposés, sans honneurs, dans \me fosse commune creusée derrière la tour.
Les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem recueillirent l'héritage de leurs frères du Temple.
A Tépoque de 1733, ce bénéfice valait 30,000 livres.
Les généraux d'armée, durant les difiFérentes guerres qui désolèrent l'Artois, y placèrent plusieurs fois un guet pour découvrir les marches et les mouvements de l'ennemi.
AftCHÉOLOGiB. — On pouvait encore voir en 1733, sur les vitres de l'église, des dessins représentant le costume des chevaliers. Revêtus, hors de l'église, d'une robe blanche, ils portaient au chœur un manteau rouge bordé d'hermine.
Une partie des bâtiments de la commanderie existe encore, servant à usage de ferme. La tour vient d'être détruite; elle était bâtie en pierres, de forme carrée, à trois étages voûtés, éclairée de barbacanes. Sa hauteur était d'environ 60 pieds, la plate-forme était découverte. L'intérieur n'avait guère que 12 pieds de face. Sous le rez-de-chaussée se trouve un souterrain de 20 pieds de hauteur. Des trous pratiqués dans les murs indiquaient qu'un plancher ^divisait cette pièce, dont la région inférieure servait
sans doute d'oubliettes. En effet, nous avons vu à la voûte une trappe et le crocliet de fer qui tenait la poulie par laquelle on descendait. A côté de ce souterrain, sont de vastes catacombes ou carrières taillées dans la pierre blanche. La tour, par sa situation, dominait un grand nombre de villages voisins. (Hennebert, ^Hist. d'Artois. — Mém. deVAcadém. des inscriptions et helleslettres, tome VIIL — Aubert Le Mire. — Dutilleux, Dessin de la tour d' Haute- Avesnes.)
HENDECOURT-LEZ-RANSART.
HENDECOURT-LEZ-RANSART, Hendecordel, Hendecourt-le- Oaland.
Ce village n'était encore, en 1169, qu'un hameau dépendant de Ransart.
Histoire. — La terre d'Hendecourt fut longtemps la propriété de la famille de Guines (branche de Hâmes) ; elle ressortissait, dans le XIV® siècle, au parlement de Paris. Des titres particuKers font mention de Fariol, sire d'Hendecordel, qui vivait vers l'an
On voyait autrefois à Hendecourt deux éminences. L'une était à l'entrée de ce village, du côté de Blairville; la seconde, qui dominait la vallée qui existe entre Hendecourt et Ayette, était environnée de fossés. Ces deux éminences feraient supposer que jadis deux seigneurs avaient leur résidence dans cette locacalité. L'un aura possédé le fief d'Hendecourt, l'autre celui d'Hen decordel.
La seigneurie d'Hendecourt fut vendue, en 1570, à la famille Le Sergeant, dont les descendants en jouissent encore aujourd'hui. Adrien Le Sergeant, écuyer, fit l'acquisition du fief d'Hendecordel.
Au commencement du XVIII* siècle, la seconde des élévations
fut rasée ; les terres qui en provinrent servirent à combler le fossé.
En 1626, Hendûeonrt fut érigée en cure par Pévêque Boudot, et du consentement de Philippe de Gaverel, abbé de Saint-Vaast, à la sollicitation de Louis Le Sergeant, qui assigna sur sa terre une partie de la portion congrue à attribuer au curé. Avant cette érection, Hendecourt dépendait de Ficheux.
Ignace Le Sergeant mourut le 28 février 1669. Il fut enterré avec sa femme au pied du sanctuaire de Péglise de cette commune, du côté de l'Évangile. Leur épitaphe était inscrite sur la muraille à droite, avec les armoiries des familles alliées à la lem*, savoir : Le Sergeant, — Hendouche. — De Mol. — Denis. — De Monchaux.
LA GAUCHIE.
LA GAUCHIE, Calceia, Calceaia, Kaussiy El Kalchie.
Histoire. — Ce village est situé sur l'ancienne voie romaine conduisant d'Arras à Amiens, par Thièvres. En 1743, en creusant dans le but de trouver des matériaux nécessaires à la construction de la route actuelle, on trouva cette voie à une profondeur d'environ 4 mètres ; selon M. Harbaville, elle aurait été rechargée en 580, lorsque la reine Brunehaut fit réparer les nombreuses chaussées qui portent son nom.
En 1058, le sire Izambart de Calceaja est témoin dans la charte de donation faite à Tabbaye d'Hasnon de la villa d'Auchiaco. (Le Carpentier, Hist. de Cambrai.) Dans une charte de 1154, on voit figurer un sire Verry d^El Kalchie.
Jusque vers le miUeu du XVIIP siècle, ce village n'était qu'un hameau dépendant de Bailleulmont. Mais, en 1741, les habitants se mirent à l'œuvre et bâtirent l'église actuelle sur un terrain cédé par un de leurs concitoyens, nommé Cuvillier. Ils avaient
proposé aux religieuses des Chariottes, à Arras, de la bâtir sur un fond qui leur appartenait, elles le refusèrent. Ils demandèrent alors et obtinrent de Tévêque François Baglion de la Salle, la permission de construire cette chapelle : chacun y travailla avec tant de zèle, qu'elle fut bâtie en très-peu de temps.
Ce prélat, informé que le marquis d'Hesdigneul, seigneur du lieu, conjointement avec les habitants, avait terminé pour les droits d'amortissement du fond où est située la chapelle, et que celle-ci était décorée et garnie de toutes les choses nécessaires à la célébration des saints mystères, donna pouvoir au vicaire et au chapelain de la HerUère d'y venir dire la messe, fêtes et dimanches, moyennant ime rétribution de 50 livres par an, répartie sur les habitants. De plus, il permit d'y conserver le Saint-Sacrement dans le tabernacle.
Du 27 décembre 1870 au 2 janvier 1871, la commune fut journellement traversée par la cavalerie et l'infanterie prussiennes.
Lieux dits. — Avant 1789, il existait à l'est de ce village une ferme considérable appelée La Hayette et appartenant à M. de Béthune-Hesdigneul. Elle a été depuis démolie.
LA HERLIERE.
LA HERLIERE, Herliery HerUère-Uz-Bailleulval.
Histoire. — En 1188, le pape Clément confirma à l'abbaye de Marœuil la dîme de ce village. En 1192, Jean Aubry, seigneur du lieu, fit construire une chapelle à La Herlière. Cette fondation fut autorisée par le cardinal Julien, évoque d'Ostie. (Locrias, Chron. Belg.)
Il y avait jadis trois seigneuries à La Herlière. La principale en portait le nom ; la deuxième s'appelait Montreuil ; la troisième était le fief de Bassecourt, appartenant à un seigneur de ce nom.
Jean Capet était seigneur de Famechon et de La Herlière, grand-bailly d'Oisy et homme d'armes de Philippe II, roi d'Espagne, en 1619.
La seigneurie de La Herlière fut détachée de celle de Gouturelle, par un sieur Boudart à qui elle appartenait. Après être restée quelque temps la propriété de Moulart, elle fut achetée, en 1723, par Marguerite Delsaux, veuve d'Eugène-François Dufour, phar macien, à Arras. Leur fils, Pierre-Ignace Dufour, chanoine d'Arras, succéda dans cette terre à sa mère, décédée en 1732.
Au mois de septembre de l'année suivante, cet ecclésiastique concéda un terrain situé vers La Gauchie, pour former im cimetière. En 1735, il fonda en ce lieu une école pour les petites filles, dont il confia la direction à deux religieuses Franciscaines appartenant à la maison étabUe à Arras, par M. Hocedé, curé de Saint- Aubert. En 1739, le même chanoine fit bâtir une chapelle sur la place de La Herlière. L'ancienne fut vendue pour un usage profane au profit de la nouvelle, où furent transférés les restes dés person* nés enterrées dans la première.
Il y avait à La Herlière une confrérie du Saint-Sacrement; on y révérait les reliques de saint Maxime, martyr. Elles étaient renfermées dans une châsse argentée : un capucin les avait apportées de Rome à un curé d'Armentières qui les donna au chanoine Dufour.
Lieux dits. La Bazèque. — Ge domaine, ayant titre de comté, appartenait à la famille Imbert, qui avait entrée aux États d'Artois. Elle est la propriété de M. le comte de Diesbaeh. Il dépendait autrefois de la paroisse de Bienvillers-au'-Bois, et de pieuses traditions rapportent que saiafc Eton allait souvent de Bienmllers à la Bazèque. Il faisait trois pauses ou stations, et le souvenir en fut conservé par trois croix érigées, l'une près de la ferme de La Bazèque (elle existe encorç)^ la seconde sur l'ancienne chaussée d' Arras à Amiens^ et la troisième au-delà d'Humbercamps.
MERCATEL.
MERGATEL, Merle-Kastel (Plaids de 1128).
Histoire. — ^L'archevêque de Reims, Hincmar, dans son diplôme de ?an 870, relatif aux possessions de Saint-Vaast, assigne ad matriculam ecdesice^ la villa de Senons ou Senonum. Mirœus {Annales Belg.) traduit ce nom par Merchastel. Ce village, en effet,, appartenait alors à Saint-Vaast, quoique non compris dans la donation de 673 et le privilège de 674.
Les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem possédaient des biens à Mercatel.
En 1678, Louis XIV, accompagné de Monsieur, son frère, étant parti de Bray-sur-Somme, le 23 mai, vint dîner à Mercatel, le 14, et fut coucher à Lens.
Il existait à Mercatel un fief qui appartenait à la famille Perrin. Un de ses membres, officier et valet de chambre de Louis XIV, la vendit, à la fin du XVIP siècle, aux Jésuites d'Arras.
Le 26 décembre 1870, vers trois heures du soir, trois éclaîreurs prussiens, hussards bleus, entrèrent pour la première fois dans la commune de Mercatel, pendant qu'une douzaine d'autres restèrent sur la route d'Arras à Bapaume, où ils fibrent prisonniers un marin et trois mobiles qui s'étaient attardés. Il y en avait qui parcouraient la commune en tous sens, afin de savoir s'il n'y avait pas de troupes françaises. Ils continuèrent ainsi leurs visites et leiu's réquisitions jusqu'à la fin du mois. Le 29, 70 fantassins, précédés par 17 cavaliers, et accompagnés de plusieurs chariots de réquisition, se dirigeaient vers Beaurains; à.peine arrivés à la hauteur de Mercatel, ils rebroussèrent chemin immédiatement, ayant appris que des francs-tireurs étaient dans cette dernière commune. Le lendemain, nouvelle visite des fantassins du 28® d'infanterie, réquisition des armes et sac du moulin à vent, dit de Jfoisleux. Ce
jour-là, un éclaireur prussien fut démonté et fait prisonnier par des francs-tireurs ; son cheval fut tué à Pentour des maisons qui se trouvent sur la youte de Bapaume ; toutes ces excursions furent arrêtées le l**" janvier par Parrivée des marins et du !?• chasseurs à pied, qui vinrent loger à Mercatel avec de Partillerie.
Plusieurs escarmouches eurent lieu sur le territoire, entre les francs-tireurs et les éclaireurs prussiens, pendant le séjour du 75« de ligne à Mercatel.
Le hameau, dit les Maisons-Blanches y situé sur la route de Bucfluoy, à quelque kilomètres d'Arras, eut aussi la visite des éclaireurs prussiens, qui s*y livrèrent à leurs orgies habituelles.
Archéologie. — L'ancienne église, bâtie en 1757, fut détruite pendant la Révolution, Les religieux de Saint-Vaast, seigneurs du lieu, avaient fourni la somme de 2,200 francs, pour la reconstruction du chœur.
La tour fut bâtie en 1700, par Deforge, l'architecte du clocher de Saint-Vaast. Carrée, large et d'une belle hauteur, elle est fermée de murailles épaisses, et appuyées aux angles jusqu'au sommet, par des contreforts. Elle était surmontée d'une flèche en bois, couverte d'ardoises, et de forme octogone ; mais le clocher, que l'orage révolutionnaire avait respecté, fut frappé de la foudre au commencement de ce siècle. La flèche fut alors remplacée par un petit dôme.
Le chemin de fer du Nord passe à environ un kilomètre de ce village, mais il n'y a point de station.
MONCHIET.
MONGHIET, Monchieulj Mondet. (1218, Cartul. de Saint- Vaast.)
Histoire. — Monchiet, cité dans les titres de l'abbaye de Saint-Vaast, en 1218, n'était alors qu'un simple hameau. La terre
pj^rtizè^by LjOOQ le
de Monchiet a appartenu au comte de Ôrtiày, qui la Veiîdît^ en 1698, à un avocat d^Arras.
Archéologib. — Il existe; derrière Féglise de cette comnlane, une motte très-élevée, entourée de fossés, et au-dessous de la« quelle il y a un puits ; ce qui fait penser qu'il a existé autrefois un château sur cette motte. On rencontre aussi un souterrainrefuge dont l'embouchure est dans le cimetière. L'église, bâtie en 1712, fut reconstruite en 1770.