S XII
oPFOsrrion codragei'se de flusieubs évêques aux
AEEANGEKEnTS PHOPOSÉS.
Parmi les Evêques qui n’avaient pas répondu ou qui n’avaient répondu qu’en s’en rapportant à la majorité, repoussant de toutes leurs forces la note du 8 octobre, étaient les Evêques de Chartres, de Nevers, de Nantes, de Rennes.
Les deux Prélats qui avaient refusé plus fortement
toute adhésion au projet étaient le Cardinal-Archevêque de Rouen, Prince de Croï , et l’Archevêque -Adminislrauur du diocèse de Lyon. Le refus motivé de ce dernier était ainsi formulé :
■« Monseigneur,
• N’ayant aucun doute sur la droiture des intentions « qui vous animent dans la nouvelle mesure adoptée et « proposée par les sept respectables Prélats qui l’ont « souscrite , il m’est pénible de ne pouvoir y donner « mon adhésion. Voici les raisons qui m’en empêchent, « exposées avec simplicité et adoptées par le seul zèle « des principes canoniques : Toutes les fois que le « corps Episcopal de France a déféré au Saint-Siège « le jugement ou la décision d’une cause quelconque, O il a toujours attendu avant d’agir ou de prendre un O parti. Parmi les exemples qu’on peut citer de cette « conduite , je me borne à vous rappeler la lettre du « Clergé de France au Pape Benoit XIV , en date du « 31 octobre 1765 , le rescrit du Saint-Père à cette ■ lettre, du 16 octobre 1766, et la lettre dont le Roi « l’accompagna le 10 décembre de la même année. « Ce motif de refus d’adhésion tire une nouvelle force « des circonstances de l’appel actuel du Clergé de « France au Pape. Il a été accompagné d’un Mémoire
« dressé el signé par la presque unanimité des Evêques « français. Ne serait-ce pas une inconséquence mani- « Teste et un scandale véritable aux. yeux de toute la « France Catholique , instruite de la démarche faite « auprès de Sa Sainteté , de voir le corps épiscopal « revenir sur un acte si unanime , devenu si public ,
• et accorder au seul besoin des circonstances une co- « opération aux actes du gouvernement qu’il a aulhcn- « tiquement refusée, comme contraire aux principes de « la foi catliolique sur la juridiction Ecclésiastique P B N’y aurait-il pas de la témérité et même une irrévé- B rence envers la personne auguste du Vicaire de B Jésus-Christ , de prendre une détermination sur une
• matière qui a été soumise à sa décision, avant d’avoir B reçu sa réponse , et au risque d’en recevoir une B contraire au parti qu’on a pris ? Quelle tache pour B l’Eglise de France si cela arrivait! Quelle imprudence B de l’exposer à un pareil affront !
« J’ignore l’impression que ces réflexions feront sur B l’esprit de MMgrs les Evêques ; mais je dois vous B déclarer, avec autant de cordialité que de modestie, B qu’elles me dissuadent pleinement de toute adhésion B à la note du 8 octobre que vous me faites l’honneur B de proposer à ma signature. Plusieurs des faits qu’on y B allègue me paraissent destitués de preuves suffisantes.
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« entre autres les assertions suivantes , savoir : Qu'il
< y a eu des insinuations manifestées par la Cour de « Rome ; que les motifs de sa conduite actuelle sont « enveloppés d’obscurité ; que la condescendance
■ de l’Episcopat ne répondrait qu’à une nécttnU
< actuelle; que le gouvernement s’en contentera. ÇxA • allégations et plusieurs autres me paraissent tomber « pleinement devant ce fait incontestable : Sa Sainteté
< consultée par l’Episcopat n’a pas parlé ; c’est donc « un devoir pour les Evêques d’attendre sa réponse.
■ Telle est aussi ma plus ferme résolution.
• Agréez , etc... »
Mgr de Nancy s’efforçait avec toute l’ardeur de son zèle de gagner aux arrangements proposés Mgr d’Aniasie, et de faire passer dans son esprit ses illusions ou plutôt les idées de l’Archevêque de Paris. Il faut entendre sa lettre où il expose les motifs, selon lui, les plus déterminants pour les Prélats négociateurs de cette grande affaire.
« Monseigneur ,
« Je n’ai presque rien à ajouter à notre note confi- « dentielle n® 9. Hier, cependant, on a craint un in- « sbint que le gouvernement revint sur son accord .
« Heureusement l’opération n’est point interrompue, « et je crois en mon âme et conscience , vu l’ensemble « des circonstances et la division imminente de l’E- I • piscopat qui allait inévitablement se partager en • plusieurs fractions , je crois pouvoir bénir la Provi- « dence de ce résultat, et même de la part qu’elle a « permis que j’y prisse. En effet , il ne s’agit plus « maintenant ni d’une soumission pure et simple , ni « de l’entier concours aux Ordonnances, tel que sem- « blàit l’indiquer la lettre de Mgr de Reims , tel que « l’avait aussi proposé Mgr de Paris , fondés l’un et « l’autre sur certaines communications particulières , « et principalement sur la lettre du Cardinal Bernetti, « à laquelle Mgr de Reims attribuait beaucoup plus de « force que Mgr de Paris. A présent , au contraire , •> d’après l’arrangement proposé, non-sculcmcnt les « principes du Mémoire sont maintenus par notre pro- « jet de lettre (ce qui a toujours été la pensée de « MMgrs de Reims et de Paris), mais encore, et « dans le vrai , nos actes y sont rigoureusement con- « formes. Nous n’accordons nul concours aux Ordona nances ; nous ne soumettons point nos directeurs ou a supérieurs à l’agrément royal , ni nos professeurs Si « aucimc déclaration ; nous ne connivons point à la « réduction ou limitation du nombre de nos élèves ;
• enfin nous conservons notre dignité dans l’accepta- « lion d’un secours que nous ne demandons ni ne refd- « sons. Les réponses que nous faisons au Ministère par <■ forme de renseignement , nous les eussions faites ou « pu faire en tout temps. Les Ministres n’ont certes « pas de quoi chanter victoire ; s’ils s’en avisaient, on « ne serait pas longtemps aux Chambres sans rabattre a leur forfiinterie ; et cependant nous leur fournissons « de quoi se défendre, tant bien que mat , puisqu’ils « sauront officiellement que nos directeurs ou supé- « rieurs ne sont pas Jésuites, et ils nous enverront des « Ordonnances et des agréments royaux bénévoles « qu’il sera bien notoire que nous n’aurons point con- « sentis , mais qui pourront peut-être les sauver , eux « et nous des coups des libéraux. Dans tous les cas , « nous nous serons épai^é à nous la responsabilité <• d’un avenir fort menaçant; nous aurons , par une « légère condescendance, montré notre amonr pour la « paix, notre éloignement de l’esprit de parti, et « d’une Apposition par trop opiniâtre au Ministère. « Nous aurons conservé notre unité, couvert et réparé « de notre mieux la précipitation de plusieurs de nos « collègues, évité peut-être , ou du moins retardé de « grands malheurs pour l’éducation ecclésiastique; « enfin , il me semble que nous aurons donné notre
« uUtmatum , et par là même acquis le droit d’une « plus vigoureuse résistance, si le gouvernement reve- < nait sur le présent accord, ou s'il en venait plus tard » à de nouvelles exigences.
« Daignez agréer , etc.
« 10 octobre 1828. ■
L’\rohevêque-Âdministrateur de Lyon ne fît pas au tendre sa réponse.
c Mon très-cher Seigneur,
« Je reçois vos lettres avec la note n° 9 et les leu
• très de Monseigneur l’Archevêque de Paris. Mon
■ âme est brisée ; dans quel abîme de confusion on « précipite les Evêques de l’Eglise de France par des
• communications qu’on assure venir du Saint-Siège, « et qui ne viennent pas du Saint-Siège !
« Leur position était si belle par la noble défense
■ du dépôt sacré des saintes doctrines proclamées « dans leur Mémoire au Roi ; leur recours à l’autorité « de la chaire de Pierre doublait leurs forces et les « maintenait dans la plus noble position de défense « pour empêcher l’envahissement qui les menaçait.
« En devançant le jugement du Saint-Siège , ils ont « abandonné leur belle position.
« Car il est certain que le Pape n’a pas répondu au « Mémoire des Evêques, et que les dépêches diploma-
■ tiques arrivées de Rome ne disent rien sur les Or-
■ donnances ; que c’est gratuitement qu’on a cru voir « dans ces dépêches des paroles qui portent d croire
■ que le Pape, sans s’expliquer formellement sur les « Ordonnances , semble trouver cependant qu’il y au- « rait moins d’inconvénients de céder quelque chose
• à la nécessité que de demeurer inflexible. Cette € interprétation, donnée par vos lettres, est pleine < d’hésitation et d’incertitude. Donc, je dois conclure « que le Pape n’a pas dit ce qu’on suppose être dans « ses intentions ou dans son cœur. Ces suppositions « sont évidemment gratuites , et faire violence à qua- « tre-vingts Evêques pour devancer le jugement du « Pape, d’après des porte à croire , des semble trou- « ver, sur des questions qui intéressent la foi et la
■ discipline générale , qu’on avait soumises au Saint-
• Siège, agir comme si le Pape avait parlé , lorsqu’il « est certain qu’il n’a pas répondu , c’est déjà une « grande inconséquence.
« Oui , mon cher Seigneur , j’en ai la conviction in- « time , le Pape n’a pas parlé ; il est de toute fausseté
« qu’il ail manifesié des désirs , dans ce sens que les » Evêques cèdent à la prétendue nécetsité et adoptent « de$ tempéraments qui laisseront aux Ministres la « faculté d’envoyer aux Evêques des Ordonnances , « des agréments royaux bénévoles , qu'il sera bien no- « toire cependant que nous n’aurons point consentis , «• mais qui pourront peut-être les sauver, eux et nous, « des coups des libéraux. Ce sont là autant de dissi- « mulations sur des points qui intéressent essentielle- « ment la Religion, manières détestables que le Saint-
• Siège n’a jamais adoptées, etqu’il n’adoptera jamais. ■ n feut conclure de ces dépêches arrivées de Rome
« qu’elles ont été influencées par les envoyés du gou- « vemement, qu’elles ne sont point l’opinion du Sou- « verain Pontife , ni son jugement sur les Ordonnan- « ces, puisque ces dépêches ne disent pas un mot de
• la question , et qu’elles se contentent de termes va- « gués. Il est même faux qu’il y ait eu des insinuations « marquées par le Saint-Siège sur ces Ordonnances. « Cette condescendance commandée aux Evêques a « pour but , dit-on , de sauver le Ministère des coups « des libéraux; mais les libéraux veulent, comme « Luther et Calvin, que l’autorité spirituelle vienne du « peuple ; il faudrait donc dès lors , de pttr la volonté « «lu peuple , laisser au pouvoir civil le droit de fixer,
• |>our chaque diocèse , les vocations au Sacerdoce ,
• d’après le nombre 260.
« Les libéraux ont aussi manifeste leur haine contre « toutes les congrégations religieuses, et ils ont frappé
• d’une peine légale tous ceux qui appartiendraient <• à ces congrégations qu’ils n’auraient pas autorisées. « Faudrait-il donc , sous le prétexte de sauvei- le Mi- « nistère des coups des libéraux , leur faire encore « cette concession ? »
Mgr de Pins n’était pas le seul ii elever la voix contre les arrangements projetés. Le Cardinal de Croï, Archevêque de Rouen, écrivait à Mgr de Paris, le 24 octobre, pour le prévenir de sa détermination à ne point accepter d’arrangement , résolu qu’il était d’attendre la réponse du Saint-Siège. M. l’abbé Perreau annonçait dans plusieurs lettres (du 16 et du 26 octobre) ces répugnances du prince Archevêque de Rouen. « Vous « avez dû recevoir, au commencement de cette a semaine, écrivait -il, une note avec un projet de « lettre au Ministre ; elle vous annonce l’esprit dans « lequel on veut agir. Je ne trouve cet esprit ni droit ni « sincère : c’est tout simplement faire de grandes pro- • testations en faveur des principes et de grandes con- « cessions en faveur des Ordonnances : c’est établir en « droit qu’on refuse, et prouver en fait qu’on accorde.
lâs
• à peu près tout, jusqu’à la déclaration. C at, dire qu'on
• a de» prêtres séculiers pour direcleui's, supérieurs et « professeurs, c’est avouer en termes détournés qu’au- « cun n’appartient à une congrégation. Mgr de Paris « tenaità quelque chose de plus exprès encore... il vou- « lait , à peu près, la Fameuse lettre de Reims ; mais
• quelques-uns des Evêques ont tenu plus ferme , et la « lettre avec la note ont été proposées, telles que vous « les avez reçues. Plusieurs adhésions sont déjà arri- « vées à Paris ; quelques lettres aussi sont dubitatives. « L’Evéque de Rennes dit qu’il suivra la majorité, mais « que c’est contre sa conviction ; Nantt;s parle a peu « près de même ; Chartres et Nevers sont extrêmement
■ opposés à la note. On va donc se diviser , selon toute « apparence. Je loue ceux qui restent dans leur simpli-
■ cité primitive , sans me permettre de blâmer lesau-
• très. Quelle autorité (|u’une lettre mystérieuse qu’on
• n’ose pas publier ! »
Celui des Prélats de France dont les réclamations eurent le plus d’éclat, fut le Cardinal de Clermont-Tonnerre , Archevêque de Toulouse. Aussi le courroux du Ministère éclata-t-il plus violemment contre cette Eminence. On voulut lui faire expier sa fameuse devise ; Etiamsi omnes , ego non; et à force de poursuites , de vexations de tous les genres, on put venir à bout d’é-
branler cette colonne de l’Eglise. Nous entendrons bientôt l’illustre Cardinal 'en appeler à tout le Clergé de France des tracasseries et des rigueurs dont il avait été la victime. Plusjtard aussi on fera subir à Mgr d’Amasie un autre genre de persécution, pour le punir de sa fermeté dans l’affaire des Ordonnances; car la Révolution n’oublie rien ; c’est d’elle qu’on a pu dire avec vérité : EU» a une mémoire implacable,