S XIV
PERSISTAnCE DES MINISTRES A POURSUIVRE L’EAÉCUTION DES ORDONNANCES ET DERNIERS RÉSULTATS.
Les Ministres ne trouvaient pas les Evêques assez souples , ni assez empresses à courber la tête sous le joug des Ordonnances; l’Episcopat voulait se soustraire aux prescriptions ministérielles, et pour répondre aux exigences, il fallait aller vite au-devant du nouvel ordre légal, c’est-à-dire au-devant des chaînes, au-devant d’un honteux esclavage façonné par le despotisme révolutionnaire , au nom du libéralisme et d’un Roi débonnaire. I.e 1" octobre était le dernier terme fixé pour l’exécution de ces inconcevables Ordonnances ; le Ministère s’agitait, écrivait de tous côtés pour en venir à bout. Le garde-des-sceaux, M. Portalis, ne prêtait pas volontiers l’oreille aux arrangements qu’on négociait autre part , et sur d’antres ]H>ints en dehors de ses attributions ; toujours à cheval sur l’Ordonnance dont , au refus de Mgr de Beauvais , il s’était fait le ministre responsable, il ne voulait rien rabattre des rigueurs arrêtées contre les Jésuites. La faction l’avait saisi de cette proie qui convenait, d’ailleurs, par&itement à ses goitts. En
conséquence, fort de sa qualité de Ministre de la justice , il armait les procureurs-généraux des plus terribles menaces contre ceux qui ne feraient pas aussitôt la déclaration de n’appartenir à aucune congrég-ation religieuse, et ce Ministre d’un prince pieux disait comme l’officier de l’impie Antiochus : Obéissez à l’ordre du Roi, ou si non , vous mourrez, non point dans votre corps mortel, mais dans vos séminaires qui seront renversés , et ce martyre d’un genre nouveau n’en était pas moins cruel pour un cœur d’Evéque.
Soyons justes envers le Ministre des affaires ecclésiastiques , sa correspondance n’avait pas la même Apreté ; il u’oublait pas tout à fait la mansuétude du son état, surtout en écrivant ù des collègues dont la plupart étaient ses anciens dans la hiérarchie ; mais il oubliait trop facilement qu’il était ministre de Dieu, avant d’être ministre du Roi. Comprend-oii , en effet, comment un Evêque , défenseur-né des droits de l’Eglise , s’en soit fait , sans le vouloir, l’oppresseur, l’usurpateur, en faisant passer aux mains de la puissance civile ce qu’il y a de plus sacré, les vocations et l’avenir du Sacerdoce ? Disons-le pour expliquer cette aberration de l’esprit dans un Evêque : Mgr de Beauvais , jeté en pilote inexpérimenté sur une mer oti^euse, était véritablement digne de compassion. Ce Prélat ne
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manquait pas de vertus épiscopales , et moins encore des qualités aimables qui le luisaient rechercher ; mais il manquait de la science ecclésiastitiue , au degré nécessaire à sa haute position ; il manquait de maturité pour la direction des affaires, et peut-être aurait-on eu raison de lui reprocher une légèreté d’esprit qui lui faisait trop souvent prendre conseil de lui-méme , et précipiter ses jugements? Peut-être aussi sa jeunesse l’avait-elle rendu trop sensible à la-flatterie , et la Révolution, le prenant par cet endroit faible , le caressait, le portait en palme , pour en faire son instrument aveugle et presque son jouet. Cette traîtresse Révolution, qui a voulu se servir d’un Evêque pour mieux venir à bout de ses desseins, devait bientôt rejeter cet instrument, lorstjuelle n’en aurait plus besoin pour achever son œuvre. Faut-il s’étonner que, depuis Mgr Feutrier , elle ait su se passer des Evêques, qu’elle ne les ait plus soufferts au pouvoir, et que le Ministre des affaires ecclésiastiques soit devenu bientôt après ce personnage qu’on appelle Ministre des cultes (1). Toutes ces réflexions n’étaient pas inutiles pour éclairer la conduite et le fait des instances de l’Evêque de Bcau-
(t) Expression du Pape Pic Vit pour désigner celui qtii , déjà sous Bonaparte , ]>ortait ce titre.
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vais. On vopit donc alors le Prélal entraîné par ses premières démarches, et plein de l’idée qu’il ne pouvait reculer , poursuivre , à l’envi des autres Ministres , Portalis et de Vatisménil , l’exécution des Ordonnances, ne voulant pas qu’il fût dit qu’il ait fait grâce d’une seule des conditions prescrites, ni d’aucun des articles ordonnancés ; et voici qu’il écrivait à tous les Evêques de France , le 30 septembre, jour où expirait le terme de rigueur. Ecoutez sa circulaire ; cette fois elle est courte.
< Monseigneur ,
« Le moment de l’exécution de l’Ordonnance royale « du 16 juin , sur les écoles secondaires ecclésiasti- « ques, étant arrivé, j’ai l’honneur de vous inviter à « m’adresser le plus tôt possible les renseignements que • je vous ai demandés par ma circulaire du 30 août ■ dernier.
■ Veuillez agréer...»
Cette lettre , en forme d’avis , loin d’accélérer , au gré du Ministre , les démarches du grand nombre des Evêques, les laissa encore immobiles, et son Excellence écrivit cette autre letü’e, en date du 14 octobre :
Monseigneur
« Des circonstances indépendantes de votre volonté I vous ont sans doute empéché jusqu’ici de me faire a parvenir les pièces et documents que j’ai eu l’hon- « neur de vous demander par ma circulaire du 30 « août dernier, et qui me 'sont nécessaires pour obte- « nir du Roi une Ordonnance portant autorisation des « écoles secondaires ecclésiastiques de votre diocèse. « Je les attends avec impatience. J’ai l’honneur de « vous prévenir que la rentrée des élèves doit être
• ajournée jusqu'à ce que je vous aie donné connais-
* sance de l’ordre du Roi.
• Veuillez agréer , etc. »
Les dernières paroles de cette lettre laissent entrevoir la résolution du Ministre de ne pas permettre la rentrée des élèves , et de faire fermer tous les petits séminaires de France , pour lesquels on n’aurait pas rempli les formalites de rigueur.
Nous ignorons si quelques Evêques répondirent davantage à cette seconde lettre qu’à la première ; nous savons seulement qu’il se fit alors, comme nous l’avons dit, un rapprochement entre les membres de la Commission et le Ministère , dans le but d’entamer des négociations et d’obtenir quelques tempéraments aux
dispositions des Ordonnances ; nous savons , en particulier, par rapport à Lyon, que l’Administrateur apostoli<|ue ne fit aucune espèce de réponse ; et , de fait , qu’aurait-il répondu au Ministre des affaires ecclésiastiques, puisqu’il était en instance auprès du Pape dont il attendait les ordres pour régler sa marche? Par le même motif, lui etplusieurs autres membnes influents de l’Episcopat , voulaient rester étrangers à toute espèce d’arrangement avec le Ministère, ne concevant pas qu’il fût
possible de traiter avec le pouvoir civil , tandis que la cause était présumée pendante au tribunal du Chef de l’Eglise. Ainsi que" nous l’avons dit, Mgr d’Amasic était du nombre des Prélats dont la prudence ne cessait de demander à la commission de Paris qu’on ne précipitât pas ses démarches, 'et 'qu’on ne prit aucun engagement ail nom de l’Episcopat. En attendant, ce chef du premier tfiooèse' de France crut qu’il devait ouvrir scs petits séminaires au jour fixé : toutes les idoles ecclésiastiques du diocèse de Lyon étaient donc en plein exercice au milieu de novembre. Le Ministère, informé de ce fait qu’il regardait comme une infraction des Ordonnances, comme un flagrant délit , voulut faire un exemple sur l’Archevéque-Administrateur. Des ordres sévères furent donnés en conséquence à M. de Courvoisicr, procureur-général, devenu peu après Ministre de la justice. Etrange posi-
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üon d’un magistrat à la probité religieuse ! M. de Cuurvoisier était combattu d’une part par le respect pour les établissements ecclésiastiques, et d’autre part , il ne voulait point rompre avec le Ministèa* ; il s’abouchait donc fréquemment avec l’Àrchevéque d’Amasie , dans l’espérance de tout concilier. Mais enfin , arrivèrent des ordres plus pressants du Ministère. Eh ! pourquoi ne pas dire que, malgré toutes ses répugnances, M. de Courvoisier céda cette fois, et qu’il fut disposé à exécuter les prescriptions ministérielles? Dès lors le parti fut pris, de la part du magistrat , de fermer le petit séminaire de Lyon ; l’Archevêque, de son côte, fit injonction au supérieur de ne céder qu’à la force brutale. Le Procureur-général , étonné d’une si ferme résolution , exposa encore au Ministère scs embarras ; mais on répondit de Paris qu’on ne reculerait devant aucun obstacle, fallùt-il recourir aux mesures les plus extrêmes ; partant l’on allait voir, au nom du Roi très-chrétien, la force armée violer , bouleverser l’asile de la paix , des gendarmes appréhender au corps de tendres enfants et faire un éclat , au grand scandale de la cité la plus catholi(|ue de France. Heureusement la Providence voulut qu’à la veille même de l’exécution de CCS ordres violents , le Bref de Léon Xll arrivât de Rome. On reuconlre dans un certain
parti des gens qui se piquent de faire de l’esprit , même aux dépens de l’Episcopat persécuté. Ces hommes aussi spirituels que généreux , étonnés que le Bref fût arrivé si à propos, disaient donc plaisamment : « Sans « doute qu’il est venu par le télégraphe. > — Non, ré- « pondait un partisan du monopole , ce Bref a été ap- « porté par un messager céleste. » Quoi qu’il en soit de ces bluettes, Mgr d’\masie fit prévenir aussitôt M. le procureur-général : celui-ci se réjouit sincèrement avec Monseigneur de la réponse venue de Borne, et accorda volontiers un sursis à toutes les mesures ordonnées par le Ministère , les jugeant lui-méme excessives, absurdes. C’était la fin de novembre , et l’Arclievéque d’Amasie écrivit au Ministre des affaires ecclésiastiques cette lettre laconique :
■ J’avais adressé au Souverain Pontife mon juge- • ment sur les Ordonnances en ces termes (1) :
« Le Très-Saint-Père m’a écrit le 15 novembre. « D’après les communications que Mgr l’Archevêque « de Paris eut la bonté de me transmettre sur des ar- < rangements matériels proposés pour la réorganisa- « tion'dc nos petits séminaires , j’ai transmis au Très- « Saint-Père l’expression de ces arrangements maté-
(I) Venait la lettre de Mgr d'Amasieau Pape, du 24 oriobrr, page 160.
« riels, et Sa Sainteté m’a rcponilu en ces termes (1) ;
< Conséquemment , les bases de rarrangement que • j’ai donné ordre de vous adresser, m’ont été tracées « de la main du Souverain Pontife ; j’ai la conSance « que vous en serez salisiait,
• Agréez, etc. »
A lu vue du Bref de Rome , Mgr de Beauvais garda un silence respectueux, et ce qui est bien remarquable, sans autre démarche , sans nulle autre explication de la part de Mgr d’Amasic , ce Ministre ne fit point de diificultc pour délivrer les Ordonnances royales demandées en faveur des petits séminaires du diocèse de Lyon.
Mais tout ne se passa pas aussi doucement à l’endroit de plusieurs autres Prélats. Nous avons vu qu’on en voulait particulièrement au Cardinal de Clermont- Tonnerre , Archevêque de Toulouse ; on choisit donc cette grande victime pour l’immoler, sans égard pour ses cheveux blancs , pour sa haute position , et même sans égard pour son neveu , l’ex-Ministre de la guerre. Ah 1 qu’il dut en coûter au doyen de l’Episcopat de fléchir devant ces Ordonnances qu’il avait si baute-
(1) Monseigneur avait joint au dossier le texte latin du Bref de S, S. I>on XII. — Voir aux pièces justificatives, n" 4 ,
ment réprouvées dans le Mémoire présenté au Roi !
Mais on arrachait cinq cents enfants il son cœur paternel , et son courage ne put tenir contre une si rude épreuve. Bientôt , après avoir cédé aux rigueurs du Ministre, il en éprouva les plus vifs regrets, et exhalant sa douleur dans une lettre adressée à ses vénérables collègues, il voulut qu’on sût dans toute l’Eglise de France , que , malgré des concessions faites à la violence, il persistait invariablement dans les principes énoncés au Mémoire des Evêques. Nous reproduisons ici cette lettre - circulaire comme monument hisU>rique :
« Toulouse, le 7 février 1829.
« Monseigneur ,
« Je ne dois |>as douter que dans le cours de la ses- « sion qui va commencer , on ne s’occupe de nos af- < faires ecclésiastiques , au moins en ce qui concerue ■ les Ordonnances du 16 juin.
« Et comme les mesures prises pour tûcher d’opéi'er « leur cséculion n’ont pas été l<!S mêmes pour tous les r Evèijiies; qu’elles ont été d’ailleurs (wrtées envers
« moi à une rigueur inconcevable , je dois à mon dge, « à ma dignité, à la fermeté de mes principes comme « au besoin qu’en éprouve mon cœur , de faire con- « naître à mes collègues dans l’Episcopat , les motifs « qui m’ont déterminé à souscrire la déclaration qui
■ a été impérieusement exigée de moi pour obtenir « l’autorisation de mes petits séminaires.
« Je savais bien que le Ministre voulait se faire un
■ mérite auprès des Chambres de m’avoir forcé à ce
■ que l’on n’avait pas exigé de mes confrères; plusieui-s « m’avaient fait l’honneur de m’en prévenir, en div « mentant l’assurance que son Excellence m’avait don- « née qu’ils avaient adhéré aux mêmes conditions. • Leurs lettres, qui sont entre mes mains , attestent le « contraire.
« Au surplus, cette considération générale , et cette s petite astuce du Ministre auraient été incapables « d’ébranler mes principes , si la voix du Chef de l’E- « glisc, que le gouvernement avait lui-méme consulté,
■ ne se fût fait entendre. Je ne balançai plus è adopter « vis-à-vis du Ministre des expressions qui m’avaient « répugné jusqu’alors. Mgr l’Evéque de Beauvais ne « voulut i»s néanmoins recevoir 1a désignation de pr(- « tre* sécubVrji , auiorisf’c par le Souverain Pontife, « quoi(iu’il ne IVùt pas exigée d’abord , et (|u’il s’en
« fût ensuite contenté de la part de plusieurs autres « Evêques. Je me trouvais donc dans la nécessité de « faire la déclaration qu’il me demandait, ou bien de « renoncer à mes petits séminaires dont je sentais vi- ■ vemcnt le besoin , et dont la privation devenait tous « les jours plus nuisible à mon diocèse. Dans cette pé- « nible position, il fallut cependant me décider, et « je lui adressai la lettre ci-jointe , après laquelle mes « petits séminaires ont été autorisés.
« J’ai cru , Monseigneur , devoir d’autant plus vous a donner connaissance de ma conduite , que S. Excela lence ayant traité partindièrement avec chaque Evéa que sous des conditions différentes et moins rigoua reuses , je pourrais craindre que l'on n’essayât de a jeter du louche sur mes sentiments , et que l’on ne a me soupçonnât de variation dans les principes a énoncés au Mémoire des Evêques auxquels je reste a invariablement attaché.
a Veuillez bien. Monseigneur, agréer.
S. E. le Cardinal-Archevêque de Toulouse voulut que toute la France jugeât entre elle et le Ministre. Elle joignit donc à sa première lettre celle adressée à Son Excellence Mgr T Evêque de Beauvaii , Ministre des affaires ecclésiastiques.
«14 janvier 18S9.
« Monseigneur ,
« Voire Excellence , par sa dernière lettre du 9 de « ce mois, m’a fait l’honneur de me marquer que je « ne pourrais obtenir l’autorisation royale de mes pe- « lits séminaires qu’autant que je lui adresserais la « déclaration telle qu’elle me le prescrit.
« J’aurais de la peine à m’expliquer comment votre « Excellence insiste si fortement sur une déclaration < qu’elle n’a point demandée à mes confrères , qu’ils « ne lui ont point donnée , notamment les derniers « Prélats qui ont été autorisés , ainsi que j’en ai la « preuve entre les mains
«Quoi qu’il en soit, ma conscience se trouve bien « embarrassée. Si, d’un cété, elle ne me permet pas de « feire ladéclaration que me demande Votre Excellence, « de l’autre, je ne vois pas, sans déchirement de cœur, « plus de cinq cents malheureux enfants qui tournent « autour de ces asiles où la Religion offrait à leur piété « et à leur instniction les’plus précieux bienfaits. Je ne « puis entendre lesgémissements de leurs familles, sans
< craindre qu’elles ne croient que c'est mon op|H>sitiun
• <|ui les en prive. Ainsi, Monseigneur , en cédant à lu « condition si dure que m’impose Votre Excellence, la « seule réserve que j’aie à faire , d’après l’autorisation a qu’elle m’en donne , c’est de protester devant Dieu « contre une persécution aussi inouïe ; en conséquen- « ce, forcé par l’intérét que m’inspire cette malheureuse « jeunesse, en faveur de laquelle le Dieu juste et Inm « me pardonnera ma faiblesse, j’ai l’honneur de déclarer « à Voue Excellence que je me fuin assuré réguliére- « ment qut MM. les supérieurs , directeurs et profes- « seurs n'appartiennent d aucune congrégation reli- « gieuse non autorisée par les lois.
• Au surplus , Monseigneur, je dois bien prévoir que « ce n’est pas le seul sacrifice personnel que j’aurai A « Ihire, ni la seule plaie qui frapiwra l’Eglise de Dieu; « mais je suis résigné à loin, et je m’attends à loin.
• Je bénirai , d’ailleurs, la Providence de toutes les « disgrâces et de tous les genres de persécution dont il « lui plaira de m’affliger ; mais je recommande à Voü e « Excellence ces malheureux enfants qui aspirent àthv « venir un jour de dignes ministres du Seigneur ; car « si je devais éu-e la cause que Votre Excellence leur « fennâl la porte du sanctuaire , je n’hésiterais pas h
• prier le Souverain Pontife d’accepter ma démission.
« J’ai l’honneur, etc. »
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Nous lisons au bas de la lettre imprimée cette note manuscrite :
« D’apris une lettre aussi franche (praimabic par « laquelle S. Excellence le Ministre des aflaii'es ec- « clcsiastiques se justifiait auprrà de Son Eminence , « d’avoir été l’auteur de sa disgrâce cl d’avoir agi con-
• tre Elle par ressentiment ou passion , M. le Cardinal
• a cru devoir supprimer la phrase par laipiclle il lui « en faisait le reproche.»
11 faut bien le dire pour Juger de ce premier résultat des Ordonnances , la générosité du bon Cardinal pardonnait volontiers les tourments qu’on avait fait subir à sa vieillesse; mais son grand caractère s’indignait des mesures arbitraires, de l’astuce et de tous les ignobles moyens rais en œuvre pour lui extorquer la déclaration qui lui répugnait le plus. Il était surtout humilié d’une concession qu’il regardait comme une faiblesse d’autant plus poignante qu’il avait promis plus solennellement de ne point céder aux exigences du Ministère. Certes, l’illustre Archevêque n’aurait pas été vaincu aussi aisément, s’il n’eût eu à soulfrir <|ue dans sa personne, et si on ne lui eût fait ap|iréhender la ruine des établissements qui lui tenaient le plus au cicur. Dans toute autre circonstance , cette
âme forte eût été inflexible môme devant la mort (1).
Ne peut-on pas dire , qu’à force de chagrins , on aurait hâté le trépas de l'illustre Cardinal? Nous avons lu une lettre qu’il écrivait, peu de temps avant sa mort, à un Prélat bien connu; il épanchait dans le sein de l’amitié toutes les douleurs que lui avaient causées les Ordonnances, et succombant sous le poids de son Episcopat , il priait son noble ami de vouloir bien être son coad-
(1) Un trait de cette âme généreuse mérite de figurer dans l'Histoire. Mgr de Clermont-Tonnerre était évéque deChâlons lorsqu'il fut député aux Elats-généraux : hélas! jeune encore, à cet âge des illusions, il aimait le luxe et la dépense plus qu’il ne convenait à son saint état. Mais lorsque l’orage de la Révolution grondait, et qu'à chaque séance de la Constituante qui suivit les Etats-généraux , c’étaient de nouvelles propositions les plus audacieuses , les plus menaçantes pour l’Eglise, les Evêques, membres de l’Assemblée, se réunirent en particulier pour concerter les moyens de défendre la Religion. Alors Mgr de Clermont-Tonnerre de s’écrier, avec la vivacité de son zèle : « Messeigneurs, c’est le temps de nous sacrifier ; « il faut de notre part un courageux dévouement pour la cause de Dieu. »— Un Archevêque ( on croit que c’cst .Mgr Dulau, Archevêque d’Arles), auquel seslongues années d’expérience et de vertu donnaient plus d'autorité , répondit au jeune Prélat : « Vous parlez très-bien , Monseigneur , mais il faudrait que « notre conduite fût en harmonie avec de si belles paroles. » — « C’est très-vrai, répliqua modestement Mgr de Clcrmont- « Tonnerre , malheureusement je n’ai pas toujours été ce '1 que je devais être; pour vous. Monseigneur, le martyre U sera glorieux ; pour moi , il sera expiatoire. »
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jiiteiir ou son sui'ccsseiir. Voilù donc une première viclinie des Ordonnances de Juin.
Mgr Feulricr, l’atiieiir d-' l'Onlonuance contre les petits séminaires , ii’a-t-il pas été lui-même une autre victime? L’ablié de la Cliapelle , tout en déplorant la mort prématurée de rEvéïpie, et en essayant d’excuser ou d’amoindrir ses torts par rapport aux Ordonnances, nous montre assez clairement que cet acte principal et si mallieurctix do l’ex-Ministre , après avoir abreuvé son âme d’amcrtnnie , aurait aussi abrégé ses jours , en occasionnant le coup d’apoplexie qui l’enleva au milieu de sa carrière ; tant les Ordonnances ont été fécondes en toutes sortes de calamités!
Mais la Franc'! catlioliquc , tpii supporte toutes les funeites conséquences d’une telle ciilreprisc , n’est-elle pas plus digne de notre compassion ? heureuse, si victime de ces fatales Ordonnauces , depuis dix-sopt ans , elle ii’esl pas destinée â les voir continuer leurs ravages dans le sanctuaire, et comme un glaive à deux tranchants entre les mains de la Révolution, faire à l’Eglise de nouvelles plaies et peut-étn! porter les derniers coups à la Religion dans noire patrie ! Terminons ce paritgraphe par ces jiaroles de Mgr Frayssinous au roi Charles X :
IfH
« Sii i' , on no s’osl [ms donne lo Icinpsdc
• on dirait que les Ministres étaient eoinine dans nn
• état d’o|ipression, quand ilsont rédif'i' l’Ordonnance, « Pt qu’elle a été arrachée par la violence ; il semble O qu’elle ail été conçue dans on es[irit de défiance et « de haine contre l’Episcopat et la Religion catholique; « tant, dans chacune de eesdis|)ositions, elle est dure, « humiliante et pleine , dans son en»enilde , de pré- « cautions et d’entraves contre les Evécpies ! Si du « moins, Sire , celte nouvelle concession était la der- « nièrel si elle devait apaiser pour toujours les rureurs « d’un parti 1... Mais, non; n’est-il pas à craindre « qu’elle n’en fasse demander d’autres encore? Les ré- ■ volulionnaires sont si insatiables ; c’est bien le cas « d’appliquer 1e proverbe : L’appétit vient en man-
• géant. Cette Ordonnance désolera le Clergé , con-
• tristera tous les vrais amis de la Religion et de la lé- « gitimité; peut-être ira-t-elle jus<|u’à affaiblir les sen- « timents de dévouement et d’amour pour votre trône
• dans (;eu\ tpii en sont les plus pénétrés. Je l’avoue , " pour rien au monde je ne voudrais contresigner une « pareille Ordonnance; je n’aurais pas le courage de « me perdre à jamais dans l’esprit du Clergé et des « gens de bien (I). »
(Il Vie de M. Frny$sinn%u, par le baron llrunon.
CO.'ICLtISION.
Nous avons mis au (;rand jour l’origine , l’objet et les résultats des deux funestes Ordonnances qui , en violant tous les droits des Evêques, comme ceux des pères de famille et des individus, ont porté la perturbation dans l’Eglise de France. Il s’agissait de détruire , par un simple exposé historique, une grave erreur du parti universitaire. Celui-ci , fier de ces Ordonnances improvisées au profit de son monopole , et voulant les rendre plus respectables aux yeux de la France catholique, s’est plu à les représenter jusqu’ici comme des actes presque religieux, marqués du sceau de l’autoriié pcclésiastifpie. A l’entendre, l’Episcopat français aurait été .assez inconséquent pour leur donner son adhésion ; le Saint-Siège lui-méme y aurait acquiescé par la voix du Ministre de Léon XII ; or, nous croyons avoir fait justice de cette double erreur , et, les pièces à la main , nous avons donné un démenti formel à ces écoruiflleurs de la liberté d’enseignement qui seuls ont intérêt i soutenir une assertion insoutenable.
D’abord , du côté des Evêques , leur perpétuelle opposition à ces mesures anti-religieuses est un fait de toute évidence. Leur Mémoire au Roi est là pour
aitoster qu'ils ont vu avec lioriviir ce qui leur ap' paraissait comme un altenlat à la Religion et aux libertés publiques. Ce Mémoire , monument éternel de leurs doctrines , occupera nécessairement une grande place dans l'iiistoire , en rai)p:‘laiu le fait si glorieux pour rE|)iscopat de sa constante unanimité à défendre les droits de l’Eglise, et à comb.atlre les envaliisseinenls trop n’auifosl"S du pouvoir civil sur le spirituel.
Maintenant oser accuser de contradiction , d’inconstance les Prélats français dont la plupart , malgré leur non possumiis , ont pu consentir à un arrangement avec le Ministère, ne serait-ce pas prendre un incident ix)ur le fait principal? Ne sent il -ce pas aussi prendre le change sur le but , sur le fond même de cet arrangement? En résume de quoi s’agiss:iil-il? d’arrêter l'élan des Evêques , au plus fort du combat , de les amener è composition par tous les moyens possibles. On eut donc recours à la diplomatie romaine , afin de faire intervenir le nom du Pape, tant les ennemis même du Saint-Siège ont été convaincus , à toutes les époques, qtie ce nom vénéré a de puissance sur tous les cœurs catholiqm^s ! Rienlôt , gr;ke à I:i mission secrète de M. Lassagni, arriva la prétendue lettre de Rome, adressée au Ministre des affaires étrangères , lettre mystérieuse dont le sens a été entendu diversentent.
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etdonl le texte n’;i Juiiiais été publié. Celte lettre était sans importance , et pourtant le [Ministère la faisait sonner bien liant ; le Cardinal Bernetti nous a déclaré francliement n'ai-oir pas écrit un mot en faveur des Ordonnances, et le Ministère alors m? cessait de crier que la lettre leur était tout à fait favorable. Or , que prouvent tous ces tri[)otages diplomatûjnes , sinon la perfidie du Ministère , puisqu’il est visible aujourd’hui , d’après tous les documents , que c’était un leurre, une misérable intrigue d’une politique fallacieuse pour surprendre la Beligion des Evêques? Dites, à la bonne heure, que les Evêques ont donné trop facilement dans ce piège tendu à leur bonne foi ; dites encore que la lettre du Cardinal secrétaire-d’Etat fut un malheur, parce qu’elle a troublé l’harmonie dans le Clergé de France, parce qu’elle a changé la marche d’un très-grand nombre de Prélats , parce qu’enfin elle a contribué à faire vivre des Ordonnances qui n’étaient pas liées viables. C’est là le grand mal qu’il faut déplorer, mais est-ce à dire pour cela que les Evêques ont contredit les doctrines de li’ur Mémoire? [Nullement. Il n’y avait, de leur part, qu’une erreur de fait, qu’un malentendu <|ui leur a fuit faire une &usse démarche. Ils auront toujours appris par cette expérience ce que peuvent appoi ier de trouble dans les alfaires de
l'Eglise, les voies diplomatiques, n'oubliant pas, ([u’après tout , selon la règle ortiiodoxe , la diplomatie romaine n’est ni le Souverain Pontife, ni le Saint-Siège.
Du reste , trois choses ici sont positives et résolvent pleinement la question. Il est positif que le Mémoire du 1” août réprouve entièrement les Ordonnances ; il est encore positif que , malgré tous les arrangements proposes, les doctrines professées par l’Episcopat n’ont été ni changées ni altérées , à l’endroit des deux Ordonnances. Il y a plus, la lettre même adressée au Ministre par les Evêques est la preuve irrécusable que cet accommodement, consenti par le plus grand nombre, était sans préjudice des principes consacrés dans la protestation de tout l’Episcopat. En effet , l’Archevêque de Paris et tous les signataires de sa lettre avaient voulu mettre ces principes en sûreté ; ils prirent donc, la sage précaution de faire leurs réserves et de i)oscr pour préliminaires de tout arrangement avec le Ministère, leur Mémoire raisonné , auquel ils s’en réfe-raient entièrement ; et , i>our qu’il ne restât pas ombre de doute à cet égard , ils inscrivirent en tête de l’acte ou de la lettre qui devait être signée par chacun des Evêques adhérents, cette profession de foi : ■ Je persiste à professer sur la juridiction et l’autorité « spirituelli“ , les princi|H*s consignés dans le Mémoire
« ilu 1"^ aoûl, au sujel des Urdoiiuances du 16 juin , « relatives aux écroles secondaires ecclésiastiques , « principes (|ue je crois être ctuix du Saint-Siég(! , et « <pii me sont communs avec la presque unanimitt’: des « Evè(]ues de France. »
Mais de peur qu’on ne s’imagine que, depuis cetupremière lutte engagée au sujet des Ordonnances , hsentiment de l’Episcopat ait pu varier un seul instant , nous dirons aux adversaires : N’ave/-vous [tas vu tout récemment la manifesUition des Prélats français aussi unanimcet aussi fermequ’en 1828? Or, qu’on y fasse bien attention, à l’une et l’autre épotpics , c’étaient au fond les mêmes droits à soutenir, les mêmes princi|>es à défendre, la même question vitale mise en jeu, celle de la liberté de l’enseignement restreinte par le monopole universitaire ou jilutôt par les Ordonnances du 16 juin. L’ancien comme le nouvel Episco|iat ne diffèrent donc point par rap|xirt aux doctrines : les successeurs ne feront jamais qu’un cœur et i|u’uneâmc avecleurs illustres prédécesseurs ; et (juand on leur donnera occasion de se prononcer sur les détails comme sur l’ensemble des deux Ordonnances, leur jugement sera invariable , dès qu’il s’agira de la vérité qui aussi ne saurait varier.
Enfin , il est positif cl c’est le point essentiel qui doit
ressortir de celte notice historique, que ronstainmeoi les Evêques ont combattu les principes renfermés dans les Ordonnancesde 18^, comme contraires aux droits sacrés et imprescriptibles de l’Eglise catholique. Il fallait s’assurer, une fois pour toutes, que l’Episcopat a toujours reganlé ces Ordonnances comme des cliaî-< nés impftsées à la liberté irligieuse. , (pi'il a subi le matériel de leurs dispositions comme un joug intolérable et un dur esclavage , sans cesser de protester contre ces mesures vexaloires. On a défié et on défie encore les plus chauds partisans du monopole de l’enseignement de citer un seul Evêque , excepté MgrFeuirier,de citer une seule main épiscopale autre que celie du Ministre qui ait écrit pour la défense de ces mesures prétendues législatives du 16 juin. Vous ne trouverez pas non plus un seul théologien du Clergé de France qui ait essayé de les justifier au point de vue des principes canoniques; nul homme instruit, ou un peu au courant de la question n’a pu même comprendre comment ces mesures pouvaient être plus licites pratiquement qu’en théorie.
Tout ce résumé était ici nécessaire ; ce sont lé autant de faits qu’il importait de bien constater, afin qu’on ne vienne plus nous jeter au visage l’assentiment de l’Episcoiiat français , comme s’il n’y avait pas eu pliilét
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de sa part une entière , une unanime réprubaiiun do ces lamentables Ordonnances.
L’autorité du Clergé de France, jadis péremptoire, surtout aux yeux des Gallicans, ne sullîrait-elle plus aujourd’hui pour tranclier la question débattue ? — Non; les artisans et les fauteurs d’une œuvre révolutionnaire en ont appelé au Saint-Siège pour en obtenir du moins une note approbative. Eli bien ! le Saint- Siège a parlé , sa grande voix s’est fait entendre par le Bref du Pape Léon XII. Cette réponse si imposatite, si décisive de la première autorité de Punivers, doit fixer à jamais tous les vrais catholiques sur la valeur de ces actes qu’il s’agissait de juger au point de vue religieux. Elle vient ôter tout prétexte, tout subterfuge aux suppôts du monopole universitaire , couper court à toutes leurs subtilités , surtout à la chimérique supposition d’une prétendue sanction donnée par le Pape aux deux Ordonnances. La décision du chef de l’Eglise, si conforme aux doctrines professées par le Clergé de France en 1828, doit obtenir de plein droit son assentiment en 18^5. Dès iors on peut dire, en toute vérité, que ces Ordonnances jugées de tous points vicieuses et condamnables, ont été réellement condamnées , et par l’Eglise de France , et par le Saint-Siège.
A coup sûr, une si grande autorité doit suffire aux
humniL's de lui qui eruieiit aux jirumessex l'uiluà à l'Kglise. iSéuiimoins , il sera curieux de voir dans les autres sjihères <lu la raison, du droit et de la |)oliti(|ue , toutes les opinions honorables se réunir, sans respect luiniain , |iour flétrir les coupables Ordonnances.
Ceux 1“ qui veulent raisonner en dehors de raulorite su])rémc du Saint-Siège et de l’Episcopat , trouveront en elTet , dans la corresjiondance que nous publions , des principes propres à entraîner tous les esprits raisonnables : princiites mis en lumière par les lettres épiseoptdes ; et quand ils auront vu , d’autre part , les paralogysmcs , 1a faible argumentation des auteurs des Ordonnances, ils ne jKiurront s’empêcher de conclure qu'il n’y a ni raison, ni justice là où la logique lait entièrement défaut.
2“ Les légistes eux-mêmes trouvei-ont qu’il y a dans l’Ordonnance Portalis une violation du droit de propriété , une véritable confiscation dans la contrainte exercée envers des ecclésiastiques, placés sous la juridiction des Evêques, pour les forcer à abandonner leurs maisons , sous le vain prétexte qu’ils étaient Jésuites. Indignés de ces rigoureuses prescriptions qui furent autant d'actes arbitraires, ils croiront y voir une alfaire de parti , une partialité révoltante , et le besoin de satisfaire aux jalouses exigences de l’IIniversité, à laquelle
on a sacritiù des rivaux, des coiicurrenls pour l’enseignement de la jeunesse de Fi-anee. •
3® Les amis d'un libéralisme éclairé et de la Constitution actuelle ne veiTont-ils pus aussi une anomalie dans les Ordonnances , dans leurs di$ix)sitiuns évidemment ineonciliables avec les principes constitutionnels , particuliéreinent avec la Charte de 1830, ce pactifondamental qui assure à la société française toutes les libertés réclamées par les cris unanimes et les besoins d’un grand ix>uple.
ils demanderont à M. Dupin et à si's consorts (pii ont déclan'/solennellement , dans la fameuse séance du 7 août , que la Charte serait désormais une vérité , comment ils peuvent laisser convaincre de mensonge les principaux articles de celte Chai'te , par les Ordonnances de juin. Sans discuter ici , puisque ce n’est plus le lieu, comparez seulement les articb’s aux articles, et vous verrez s’il est, en effet, possible de trouver une plus manifeste opposition entre eux , et de faire mentir plus formellement la Cliarte-vérilc. L’article 1*', par exemple , porte : « Les Français sont égaux « devant la loi. » L’article 3 : « Ils sont tous égale- « ment admissibles aux emplois. » Eli bien ! l’article '2 de l’Ordonnance Portalis et l’article o de l’Ordonnance Feutricr viennent vous créer des catégories ,
des exeepiioiis , des privilèges , eu sorte que ceuxci lie Eei'üut point admis pour l’enseignement, dès qu’ils appartiendront à une congrégation religieuse ; et ceux-là n’arriveront point aux grades, partant à aucun emploi civil, par cida seul qu’ils auront fait leur cours d’études dans les petits séminaires. L’article 5 de la Cliaitc ne vous dit-il ]ias encore: « Chacun pro- « fesse sa religion avec une égale liberté, et obtient ■ pour son culte la même protection. • Eh bien I en vertu de l’Ordonnance Portalis , les voeux , les conseils évangéliques qui font très-certainement partie de la Religion , sont interdits à tout individu, sous peine d’être déclaré incapable d’enseignement. Voulez-vous voir l’article où l'on fait mentir plus hardiment la Charte-vérité ? Le 69* vous promet qu’il sera pourvu 'dans le plus court délai possible à une loi sur l'inslruction publique et la liberté d'enseignement; et pou^nt cette loi est encore à venir , et l’instruction publique est asservie par le monopole , et la France catholique gémit dans les fers que lui ont forgés les Ordonnances de juin ; en somme , ces honteuses servitudes sont là comme une épigramme sanglante contre un gouvernement qui se proclame le plus libéral , le plus tolérant, le plus éclairé de l’univers. C.ertes, quand In Charte de 1 830 obtiendra .»on
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lihùii cITet, et que les uriicles jurés par les trois poiivoii's de l’Etat seront mis à cxéeulioii , il faudra Lieu alors que ces deux Ordonnances disparaissent comme des abus de jwuvoir , comme des actes du despotisme et de la violence.
4® En attendant celte loi toujours promise et toujours ajournée , les coryi>liées du parti conservateur , pour peu qu’ils aient la conscience de leur serment, et qu’ils ne soient pas tout à fait inconséquents , demanderont à leur tour it M. de Salvandy qui passe pour si modéré, pourquoi, en sa qualité de grand-maître , il n’essayerait pas de corriger les rigueurs de ces monstrueuses Ordonnances. Le mal ici serait-il donc irréparable? Qui a fait plus peut faire moins; dès-lors, le Ministre de l’instruction publicpic ne pourrait-il pas rap[)orler les Ordonnances de 1S28, reconnues abusives et qui jurent avec notre législation , aussi bien qu’il a pu abolir toutes les Ordonnances qui régissaient l’Université depuis la cliûie de l’Empire , et par la même puissance qui a fait revivre le décret impérial de 1808, lequel était prescrit, périmé par le non-usage de plus de trente ans ? Car si vous avez pu remanier à votre gré toute cette législation universitaire qui embarrassait votre marche , et qui vous paraissait trop informe, ne seraiH'c pas annoncer un mauvais vouloir de mainte-
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iiir li's voies cüërcilives et iiilolcrables du (tciiie ntvoliilioiiiiairc par rapport aux écoles ecelésiastiques P Ennii toute la France chrétienne , tous ceux du moins <|ui ont (piclqucs notions de la foi orihodoxe, n’ont-ils pas lieud’èireindignésdc la dernière entreprise deM. Martin (du Nord)? Pour vous convaincre que les Ordonnances du 16 juin sont plus en vigueur que jamais, vous l’ave/ vu, en novembre dernier, tri|K)ler, lui laïque, sans consulter les Evéciues, l’affaire et le nombre de vocations ecclesiastiques dans chaque diocise , se poser en régulateur de l'Kglise gallicane, et apprendre à la nation par le Moniteur , qu’au mépris des règlements antérieurs faits avec le Ministère et sanctionnés par ordonnances royales, il lui a plu de réduire le nombre des éléees ecclésiastiques d’Ajaccio, d’Amiens, d’Angers, de Gap, d’Arras , de Meaux , de Nîmes , de Saint-Fluur , de Valence, de la Rochelle , c’est-à-dire, qu’il a eu le courage d’appauvrir dix diocèses pour eni-ichir celui de Paris. Tout cela , selon le ministre, pour oliéir au vœu des Ordonnances de 1828, ou plutôt poursuivre les erremenis, les usurpations téméraires de scs devancieis. Souffre/., Messieurs , qu’on vous répète ce qu’une voix plus éloquente vous a déjà dit : avec les conditions que vous faites à la Religion de la majorité des Français , avec ces cas exceptionnels où vous place/ les seuls
c;iilioli(iuos , l’Egliw rerlcs joiiirnit dp plus <lf lihcrté clipz les sauvages de l’Ainérique et chez les Turcs , que sous votre régime libéral et votre civilisation si avancée. Franchement, le czar de Russie qui |)Otirsuit avec tant de fureur son plan de persécution en Pologne et parmi les (îrecs-unis, aurait-il un moyen plus expéditif pour tarir dans sa source le Sacerdoce , et décatholiser ses provinces , que de prendre l’esprit de vos Ordonnances , et voire maxime de Y omnipotence de l’Etat sur les institutions religieuses ?
Ainsi à quehpie parti (m’on appartienne , ou quelle que soit la nuance des o|)inions, on ne saurait raisonnablement se déclarer partisan des inextricables Ordonnances; les hommes réfléchis qui en comprendront tout le venin seront forcés au contraire de les maudire. Donc, si ces Ordonnances passent à la postérité, elles y arriveront avec les flétrisstircs (|u’elles méritent. Mais, dès à prés sent, il ne saurait être permis de les invoquer , do les louer sérieusement , de célébrer la sagesse de leurs dispositions alors ({u’elles apparaissent, au QamlKtau de l’histoire , injustes , irréligieuses et liberticides. Voilà auLint de considérations, autant de faits qui résultent des pièces officielles que nous livrons au publc.
Puisse cet écrit , lu sans préoccupation , porter la conviction dans les esprits droits et amis des libertés
publiques ! Puisse-t-il cuutribiier à dissiper les erreurs des hommes prévenus eu faveur d'un système insoutenable, celui du monopole de rinslrucliou ! Heureux si seidement nous avons réussi à rendre susj)ecies ces Ordonnances dont on a si fort abusé , et qu’on a représentées comme un fait accompli , comme un jalon pbnté à l'entrée du temple pour avoir le prétexte de pénétrer dans riiiiérieur du sanctuaire ! Plus heureux encore les cœurs sincèrement attachés à rpylise, s’ils se tiennent en garde contre les mesures calamiteuses qu’une révolution toujours progressive dans l’iniquité , prépare de nouveau à la France, et qu’elle prétend déduire logi(|ueraent des Ordonnanci'S du IG juin, comme les conscVjiiences d’un principe ! flhjsicrium ja/n operaliir iniqutlalis ; lantitm ul qui tenet nuiic , (fiieat , douce Je medio fini.
(Tliess. 2. c. 2. V. /.) (1)
(I) Nous étions à la fin ila notre ouvrage, qnaml nnis avons appris par l’^lmi delà Helejion, n° du I" janvier 1810. l’hourensc découverte de la lettre on de la note du cardinal IJcrnctti qui a joué un si grand n'de dans l’all'airc des Ordonnances , note trop peu nunistcrielle pour avoir causé tant tle fracas. Nous nous félicitons que ce docnineiit, qui doit coiiijiléler notre histoire, vienne justifier de tons points nos prévisions et toutes les i éflcxions ipic nous avons f.iites it ce sujet. Voir le texte de cette pièce intérc^san'c A la fin du volume , page 225.