‹ Notice historique sur les ordonnances du 16 juin 1828Chapitre 5 sur 20 · CHARLES · texte numérisé non relu

CHARLES

Par le Roi :

Ae Ministre secrétaire-d’ Etat des affaires ecclésiastiques ,

Signé : f F. J. H. Etique de Beauvais.

Sous le coup de l’impression produite par les Ordonnances, M. Laurentie publia dans la Quotidienne des réflexions écrites avec un style de feu et exprimant de grandes vérités. Si cet article fut accueilli avec tant de faveur â l’époque, c’est parce qu’il fut l’éclio de tous les cœurs catholiques, dont il rendit fidèlement les pensées. Nous ferons sans doute plaisir à nos lecteurs de le rappeler ici.

Paris , 17 juin.

Persécution de l’Ë)(llse catholique.

« Le voilà donc enfin, ce grand dénouement de tant d’intrigues, de tant de fureurs, de tant d’outrages et de tant de haines ! Deux ministres font faire à la nio-

narchie légitime ce que la révolution n’eùt jamais songé à arracher à Buonaparte. L’un de ces Ministres est le chef de la magistrature française et le gardien des lois ; l’autre est un Evêque catholique , le dépositaire public des droits de ses frères dans l’Episcopat ; tous les deux rivalisent de zèle pour exterminer le sacerdoce dans sa racine, et pour compléter ainsi l’œuvre sanglante de la révolution , qui du moins avait laissé l’espérance à l’Eglise , et en frappant les têtes des vieillards n’avait |Uis poursuivi l’enfance , et jusqu’à ces premiers vœux d’une piété innocente dont la première inspiration est de monter vers le ciel et de se dévouer à ses saintes lois.

« Applaudissez, race d’impies et de sacrilèges ; écrivains factieux , applaudissez. Voici un prêtre qui vous livre le sanctuaire ; voici un magistrat qui vous livre le pouvoir. Vous vouliez que l’Episcopt fût enchaîné 1 On fait plus : on l’immole. On fait plus encore : on le méprise assez pour lui offrir quelques pièces de monnaie , et ]K>ur lui payer d’avance le prix d’une bassesse sur laquelle on u'a pas craint de compter. Êtes-vous contents? Vous ne vouliez pas de Jésuites ! Attendez , vous n’aurez pas même de prêtres. Vous ne vouliez pas de ces huit écoles secondaires ccclcsiastiipies dont les disciples étaient , par leur multitude

et par leur piété , une accusation vivante contre vos écoles d’athéisme 1 Attendez , vous n’aurez pas même ces petits séminaires où la milice sainte se recrutait par le zèle et la ferveur des exemples. Tous vos vœux sont comblés et au-delà. Vous invoquiez les libertés de l’Eglise gallicane ! Attendez , et tout-àl’heure l’Eglise gallicane ne sera même plus. Est-ce assez de sacriBces? Votre haine est-elle satisfaite, et votre joie est-elle assez profonde ? Ali 1 certes , vous avez raison de vous réjouir ; car cette fois vos mains sont pures, ce n’est pas vous qu’on a chargés de frapper les victimes. Vous les avez seulement couronnées de fleurs par vos outrages , et ensuite on les a sacrifiées à vos yeux. Mais qui donc les a sacrifiées? Regardez ; tout parle , tout vous instruit. Allez , ordonnez encore , imposez des conditions nouvelles ; vous savez à présent qu’on est prêt à vous obéir , et que vous pourriez même commander le suicide.

« Nous l’avouons : à la douleur profonde qui soulève notre cœur et fait couler nos larmes , se mêlent une indignation et un mépris qui emportent nos pensées par-delà toutes les bornes. Notre regard se porte tourà-toiir sur mille objets contraires ; nous osons même passer des Ministres au Roi ; chose étrange , dit-on , dans notre gouvernement représentatif, mais chose na-

turelle cependant pour la Udelilé. Et ce Hui pieux , ce modèle de vertu , ne nous pardonnera-t-il pas d’élancer nos gémissements vers lui ? Quoi 1 parce qu’il y a de la liberté en France , on ne pourra plus dire qu’il y a des Ministres qui perdent la royauté ! Parce qu’on doit de la soumission à la Charte, il faudra trahir le Monarque 1 Non , non. Ce n’est pas ici le moment d’enfouir des paroles. Disons-le au Roi , disons-le avec courage , disons-le tous les jours. Deux Ministres viennent d’ouvrir devant lui un vaste abîme ; ils viennent d’ébranler le catholicisme parmi nous; ils viennent de commencer cette révolution formidable qui fut longtemps un rêve des factieux , et qui devient aujourd’hui une al&euse réalité , cette révolution qu’ils nous ont annoncée comme devant être une sanglante répétition dus désordres de l’Angleterre et de ses horribles usurpations. L’église nationale est déjà proclamée. Voici l’enseignement théologique transporté au Roi ; voici les Evêques dépouillés , dégradés , payés ; voici le sacerdoce détruit ; voici l’opprobre qui pèse sur les malheureux qui ont une fois touché le sanctuaire et qui n’y ont point pénétré. C’est une infamie désormais d’avoir seulement voulu être prêtre ; si on ne l’est point , par-là même on ne sera plus rien. D’où il suit qu’être prêtre, c’est être rejeté dans le dernier

degré de l’abjection. Tout cela est dans les Oi-donnances, et mille choses encore. Nous le montrerons j nous le proclamerons à la face du ciel et de la terre , et il faudra que le monde sache ce qu’un Evêque, ce qu’un Pontife de l’églite nationale ose proposer ù la sanction d’un Roi de France , d’un Roi vénérable dont c’est un crime et une lâcheté de désoler la vieillesse et d’outrager la piété.

« Ce n’est point à présent que nous allons commencer ces discussions. Nous livrons les Ordonnances à la méditation de nos lecteurs. Qu'ils remarquent dans celle de M. Portalis cette inquisition qui va

sonder les consciences ; car nous ne parlons

pas ici du droit d’enseignement ; cela viendra plus tard. Qu’ils voient donc ces essais de persécution odieuse, ces tentatives d’une haine qui, ne pouvant allumer des bûchers , vabourreler les coeurs. Voilà l’ordre légal de ce temps-ci , c’est l’ordre légal du temps de Julien; mais c’est pis , cent fois pis. Il ne suivait pas le régime de la Charte , et il ne joignait pas aux horreurs de l’intolérance , l’hypocrisie de la protection.

« Que nos lecteurs aillent plus loin, et puisque nous avons parlé d’hypocrisie , qu’ils étudient , qu’ils pèsent chaque parole du raj)[)oil de M. le Ministre des affaires ecclésiastiques. Qu’ils voient cette sollicitude

touclianle d’un bon Evêque , à côté des lâdies disposi' lions d’un méchant ministre. Tout se réduit aux contrastes de cette monstrueuse logique. Sire , il faut des prêtres; nous allons détruire tous les établissements qui en peuvent former. Sire , il faut de jeunes sujets qui soient une espérance pour le clergé ; nous allons flétrir tous ceux qui auraient le malheur de se dévouer à un état désormais sans honneur. Sire , les Evêques sont dans un grand embarras pour répondre aux besoins des ômes; nous allons réduire les Evêques à n’avoir, que ce que nous voudrons. Juste ciel I Mais c’est là sans doute une exagération , et cela est - il croyable dans la bouche d’un Evôque? Croyable I lisez, catlioliqucs , lisez ce rapport et celte ordonnance de M. de Beauvais, de ce grand Prélat, qui devait être l’ornement de l’Episcopat français , que les journaux révolutionnaires ont tant caressé , et qui certes mérite bien à prâsent leurs tendres vœux et leurs justes applaudissements. Voyez l’admirable et paternelle prévoyance de son zèle. Il a tout pénétré , et l’avenir lui ouvre ses secrets. 11 compte les morts du sanctuaire , il sait au juste ce qu’il plaira à Dieu de faire désormais de ses élus. Il sait combien il faut de lévites; il sait le nombre des vocations qui persévèrent; il sait ce que doivent produire les établissements qu’il voudra bien au-

luriser. Sa statistique est complète , elle a la perfection de celle de M. Dupin. Tout se réduit à présent en chiffres ; et la conscience sera administrée comme le budget; les ordres sacrés seront des degrés d’avancement dans la hiérarchie de \'égli»e nationale, et le catholicisme enfin , la religion de Jésus-Christ sera un objet de discussion et d’ordonnances comme tout autre objet d’administration , comme les douanes, comme tout ce qu’il y a de plus matériel dans l’Etat.

« Non , non , il n’en sera pas ainsi ; l’Eglise de Dieu a traversé bien d’autres orages. Elle a été abreuvée d’outrages et de persécutions, et elle en a triomphé. Son histoire est un long récit de malheurs et de sacrifices : mais elle survit aux passions des hommes , et reste ferme au milieu des ruines. Les trénes tombent^ les ambitions se renouvellent, les empires changent, les peuples disparaissent, et toujours elle est debout en présence de ces formidables catastrophes. Ce qui la menace en France ne l’ébranlera pas plus que d’autres tempêtes ne l’ont ébranlée. La foi n’est pas éteinte parmi nous; il reste assez de chrétiens fidèles pour lutter contre les persécuteurs. Et après tout, si la gloire du martjre était renouvelée au nom de la liberté , c’est un assez beau prix des sacrifices que l’on ferait é une religion divine, |xnir laquelle, prêlres et fidèles, pon-

lil'es et simples chrétiens , nous avons tous juré de mourir ».

D’autres articles de la Quotidienne attaquèrent avec la même verve les deux Ordonnances.

1,'Àmi de la Religion, avec une raison plus froide , fit de son côté des réflexions également solides. 11 s’en prenait à l’Université de ces mesures acerbes contre les établissements ecclésiastiques, auxquels on n’avait à reprocher que d’avoir fait ombrage au monopole. 11 s’étonnait surtout , avec tous les hommes éclairés , qu’on pût, au camp ennemi , entonner le chant' de la victoire et s’applaudir de son triomphe; tandis qu’on avait tant de motifs d’étre modeste , et qu’on avait si fort besoin d’indulgence pour soi-môme. Après tout, on devait savoir qu’imc institution créée par l’Empire n’avait qu’une existence provisoire , précaire , en attendant la loi qui devait lui donner la subilité, toutefois sans lui permettre d’envahir les autres institutions , ni d’affecter un ridicule despotisme souslerégime constitutionnel. Mais qui pouvait prévoir, en 1828, qu’un jour, en dépit des promesses d’une nouvelle Charte , et au nom même de la liberté de l’enseignement, le monol>ole universitaire se montrerait si envahissant , si des- {jote , qu’il irait jusqu’à s’emparer des écoles de filles , pom- les régcnler à sa manière ! L’auteur de l’article

du 38 juin 1 838 faisait donc retomber justement sur le corps universitaire tous les reproches adressfrs aux écoles ecclesiastiques. « Ne pourrait-on pas , disait-il , a se plaindra avec plus de raison des envaliissements « de rUniversité, qui prétend attirer à elle toute l’in- « slruction publique ? Sur quoi fonde-t-elle cette pré- « tention? Sur un décret de Bonaparte. Or , qui ne « sait que dans son système, l’Université était un « moyen d’accroître son despotisme. Le feu roi l’a dit a dans l’Ordonnance du 17 février 181.5 : Celte insti- « tution était destinée à servir les vues politiques de a l’usurpateur. Il nous a paru, ajoutait Louis. XVllI « dans le préambule de l’Ordonnance , que le régime a d’une autorité unique et absolue était incompatible « avec nos intentions paternelles.

Mais une voix plus imposante devait se faire entendre. L’Episcopat , uni d’action dans une eause commune à tous les diocèses', allait bientôt juger les Ordonnances dans leurs vices et leurs principales erreurs. On sera curieux de coniiaitre ses réclamations solennelles , dont la plupart étaient jusque-là inédites. Elles vont verser des flots de lumière sur des questions trop souvent obscurcies par le génie révolutionnaire.

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