S VII
NOUVELLES NOTES DE LA COMMISSION CENTBALE A FAEIS , AUX ÉVÊQUES DE PHOVINCE.
Le Roi avait reçu des mains du Cardinal de Clermont- Tonnerre le Mémoire des Evêques contre les deux Ordonnances. Quoique la bonté expansive de Cbarles X se montrât particulièrement dans cette occasion, un Prélat , néanmoins , mandait à Mgr d’Amasie que le visage du Roi paraissait altéré , et qu’on croyait y voir le chagrin causé sans doute par ces mesures, qui déplaisaient à son cœur éminemment religieux. Le même Prélat ajoute qu’après Dieu , il comptait sur l’unité du corps épiscopal. Or , c’était pour maintenir cette unité si essentielle , sui’tout dans un moment si critique , que la commission adressa ces nouvelles notes aux Evêques de France.
3* /Vote des Evêques réunis à Paris, aux Métropolitains, pour être au plus tôt communiquée d leurs comprovinciaux ^ du 9 auût 1 828 :
• Les Evêques s’empressent d’adhérer au Mémoire. « Toutes les réponses n’ont pu encore être rendues au « centre commun. Une note donnera connaissance du « résultat : celle-ci a pour objet de renouveler aux Evê- « ques la recommandation expresse du silence sur le « Mémoire. 11 a été promis verbalement et d’une ma- « nière positive , quoique générale , qu’il serait ap- « porté des facilités satisfaisantes dans l'exécution des « Ordonnances ; mais on les fait dépendre formelle- « ment de la non-publicité du Mémoire, et l’on assure a que la moindre indiscrétion paralyserait une haute « volonté qui demande , en ce moment , des Evêques « un peu de confiance , et qui croit en mériter beau- « coup. »
On voit quelle importance , alors comme aujourd’hui, on attribuait au silence pour arrivera la servitude de l’Eglise. Mais , franchement , pouvait-H)n bien compter sur le secret , lorsque les exemplaires du Mémoire des Evêques avaient été envoyés par duplicata aux 80 évêchés de France ? Quoi qu’il en soit, cette troisième note fut bientêt suivie d’une
quatrième datée du lâ août. Elle était ainsi conçue : « On cherche à diviser les Evêques ; il est trop tard, « parce que sur 66 réponses qui , déjà , sont parve- « nues au centre , 64 portent pleine adhésion au Mé- « moire > 2 s«“ulenicnt y niettent restriction.
a On croit que , jusi|u’à nouvel avis , il serait « bon de ne répondre à toutes les lettres que par un « accusé de réception , auquel il conviendrait d’ajou- « ter : Je m’en réfère au Mémoire présenté le l" août, • au nom de l’Episcopat français, par Mgr le Cardinal « de Clermont-Tonnerre. »
« Les espérances indiquées dans la dernière note se « soutiennent , quoi(|u’on ait été fort affligé de l’indis- « crétion et de la précipitation des Journaux, b L e 24 août, la ac note partait de Paris : elle s’exprimait. ainsi :
O Ne [)ouvant encore compléter le tableau des ad- « hésions au Mémoire du 1" août , on fait connaître le « résultat obtenu jusqu’à ce jour ;
« Adhésions pleines et s;ms restriction aucune. 70 « Adhésions avec des restrictions qui indiquent
« la volonté d'exécuter les Ordonnances 3
« N’ont point encore répondu ........ 6
« l,e Ministre Evêque de Beauvais 1
Total. ... 80
Difi
« On attend incessamment la 2* circulaire annoncée « par le ministre. Aussitôt qu’elle leur sera parvenue , « MMgrs les Evôques sont instamment priés d’adresser « au centre commun , de la manière la plus prompte « et la plus précise , leur avis et leur détermination « sur la conduite à tenir. Afin de conserver, autant que « possible , runanimité , on aura soin d’informer sans « délai MMgrs les Evêques du résultat des réponses ; « et en attendant qu’on ait pu se concerter sur les me- « sures les plus propres à conserver l’ensemble et l’u- « nité d’action , on croit qu’il serait très-important de « se borner à un simple accusé de réception , $’en rifit rani d’ailleurs au Mémoire des Eviques , etc... au- « quel on a donné son adhésion. »
Disons-le à la gloire des Evêques français , leur démonstration contre les Ordonnances s’était jusqu’ici soutenue avec autant de sagesse que de fermeté et d’unanimité. Toutefois une attitude aussi digne frappait diversement les esprits ; car la France , alors comme de nos jours, était partagée en deux camps. Le parti, qui se piquait d’être ultrà-libéral , à condition d’asservir plus cruellement l' Église, était déconcerté d’un coup de vigueur capable d’arrêter, de refouler tous ses efforts pour la révolution, et ces fidèles Sujets de Charles X de crier trèshaut à la révolte , à la désobéissance. Les hommes au
libéralisme plus modéré, spécialement les vrais amis de la Reljgion étaient frappés d’étonnement et d’admiration devant le courage des Evêques ; les uns et les autres étaient donc dans l’expectative de ce qui devait résulter de ce grand éclat. L’on était surtout très-curieux de voir quels moyens prendrait le Ministère pour assurer l'exécution de ses Ordonnances.
S VIH.
VAINS EFFOaTS DES KINISTRES POUR FAIRE TRIOXPHER LES ORDONNANCES.
Cependant le Ministère ne s'endormait pas, et pendant que le garde-des-sceaux , M. Portalis, écrivait aux procureurs-généraux, et que M. de Vatisménil en qualité de Grand-maître de l’Université écrivait aux recteurs d’académie , Mgr Feutrier faisait suivre l’envoi des Ordonnances à chaque Evêque d’une circulaire datée du 30 juin où le nom du Roi intervenait à toutes les lignes, et qui se terminait par ces deux phrases : « Sa Majesté « me charge de vous dire qu’elle compte sur votre co- • opération pour l’entier accomplissement des mesures
Digilizeo
« prescrites. Je m'empresserai de l’informer de celles « que vous aurez prises pour remplir ses intentions. » Sous le coup du Mémoire du 1^' août , le jeune ministre abasourdi , consterné, n’eut pas d’abord le courage de se défendre contre tout l’Episcopat; il laissa une aussi grande tâche à l’ancien Grand-Vicaire d’un grand diocèse (1), M. l’abbé de la Chapelle, qui crut apparemment s’acquérir de la gloire, en luttant seul contre toute l’Eglise de France, pour le triomphe d’une mauvaise cause. Le secrétaire de son Excellence entreprit donc une correspondance avec les Evêques , laquelle ne fut remarquable que par le ton insolite de ses lettres , et l’étrangeté des doctrines qu’il y professait.
Vous allez l’entendre dans sa première du 1 3 août 1828, donner des leçons à tout le monde, même aux personnages les plus éminentsdu clergé de France. « Des laïques,
« écrivait-il , des journalistes mêmes se croient le droit ■ de s’ériger en docteqrs de l’Eglise, de discuter l’éten- « due de la juridiction divine de l’Episcopat; j’ai cru « pouvoir vous adresser , ainsi qu’à tous MMgrs les « Archevêques et Evêques , quehpies réflexions sur l’or- « donnancedu 16 juin, sur les écoles secondaires ecclé-
(1) M. l’abbé de la Chapelle avait été Grand-Vicaire de • Mgr. de Moiilazet, Archevêque de Lyon.
c siastJques. . . Je ne puis me défendre d’étre effrayé des « dangers d’une résistance mime passive, et que des m craintes imaginaires ne produisent des maux trop « réels. Dans tous les temps le Clergé de France s’est « distingué par sa circonspection dans tous ses rap- « ports avec l’autorité royale. Ses respectueuses doléan- « ces n’arrétaient point sa soumission , quand la foi , ■ le dogme, la discipline générale de l’Eglise n’étaient « pas évidemment attaqués. Dans une circonstance qui « abiendesrapportsaveclesactueZfci,en 1762, lorsque « les Jésuites furent bannis de France, le Clergé fit con- « naître combien il regrettait une congrégation qu’il « jugeait si utile à la Religion; mais loin de chercher à « paralyser par une résistanée passive, par un relus de « coopération, les mesures que le gouvernement avait « prises pour réorganiser les collèges, il y concourut de
• tout son pouvoir... Ce que le Clergé de France crut
• pouvoir faire alors , pKturquoi ne pas le faire aujour- « d’hui , et par une coopération franche aux Ordon- < nances , calmer une irritation que des journalistes « imprudents excitent?..»
On a remarqué , à propos de cette lettre, que jamais Pontife, parlant ex cathedrâ, n’avait affecté tant d’autorité. La prétention si exorbitante du nouveau censeur ne resta pas impunie; un silence absolu fut la réponse du Cardinal de Croi , Archevêque de Rouen , et d’un
î^y Cobgic
grand nombre d’autres Prélats. Plusieurs Archevêques relevèrent convenablement ce qu’on appelait alors U» imper iinence» d’un secrétaire de bureau. « Que « pensez-vous de la circulaire de l’abbé de la Chapelle? « écrivait un Evêque ; elle est curieuse ! quelle pré- « pondérante autorité ! Le donneur de leçons avait ac- « compagnécet envoi pour l’Archevêque de Paris d’une « lettre dans laquelle il dit que le Clergé se laisse mener « par un esprit de parti , etc. L’Archevêque lui a ré- « pondu; Fi donc, M. Vahhé! Pourquoi ne pas recon-
• naître plutôt \' esprit de Dieu dans cet a(X!ord si par- > fait de tout l’Episcopat français (1). »
Un autre Archevêque fit cette ré|>onsc encore plus sévère et trop bien méritée : « Monsieur l’abbé, je ne puis « m’expliquer l’iiTégulariié de votre démarche ; quelle
• entreprise ! Car vous ne pouvez ignorer que les Evê-
• ques et Archevêques ont prononcé presqu’à l’unani- « mité sur les Ordonnances ; que leur Mémoire au Roi « a été envoyé au chef de l’Eglise; que nous sommes « dans l’attente d’une décision pontificale ; et vous avez
• cru devoir devancer cette décision, par une circulaire « adressée à l’Episcopat tout entier, et en opposition
(1) I.ettre manuscrite du 16 aoUt 1898.
« de principes avec la très-grande majorité des Evêques « et Archevêques du royaume I »
« Vous êtes étonné de i’eflroi général des laïques et des « Journalistes voués à la cause de la Religion et du Roi,
■ qui par un cri unanime ont proclamé les nouvelles « invasions qui menacent l’autel et le trône, au sujet des « Ordonnances du 16 juin. S. Hilaire vous aurait ré- « pondu : Quels temps sont les nôtres 1 tanctiores aures
• pUbxs quàm corda sacerdotum.
• J’ai la confiance, M. l’abbé, que ma franchise ne « vous déplaira pas; je vous ai cru capable d’entendre « la vérité et de vous y soumettre (1). »
L’Archevêque qui écrivait ainsi s’était trompé. M. de la Chapelle était en trop beau chemin pour ue pas continuer dans les mêmes errements. Il faisait donc, quatre jours après, autographier, et adressait à tous les Evêques une épître de 8 pages in-folio , munie de tous ses titres, de conseiller-d’Etat, de directeur des affaires ecclésiastiques, dans laquelle renchérissant sur le ton de la première, il étonna par les phrases suivantes :
« Non, Monseigneur , je n’ai point offensé ces respec-
• tables Pontifes en ne partageant pas leurs opinions.
(1) Lettre de rArchcvéqiie-Adminislrateur de Lyon, du 16 août 1838.
Dl,.;î;..-ioyCînogle
« en lesâupposant entraînés, «an< le savoir, sans même
• s’en douter, par le tourbillon qui , depuis quelques « années, agite la société, et qui, depuis quelques mois, « est dégénéré en une véritable tempête. »
« Dans la dernière assemblée du Gergé , en 89 , les « conseils de la sagesse , de la prudence , de l’intérét
• personnel furent méconnus ; ceux des passions furent
• seuls écoutés. Faudrait-il refuser sa vénération à ces « Prélats qui tous out acquis depuis des titres si hono- « râbles? — Non sans doute , hommes , ils ont subi la loi « commune à toute l’humanité ; ils ont partagé les er- « reurs auxquelles elle est sujette ; ils ont marché avec « l’opinion qui dominait autour d’eux , sans prévoir où « elle les conduirait.
« Et ici , Monseigneur , admirons la toute-puissance « de Dieu, sa divine protection sur son Eglise : ses pre- <• miers pasteurs peuvent être comme les autres hom- « mes , sujets aux méprises, susceptibles d’étre séduits « par de fausses apparences: sont-ils réunis en con- « cile ? ils ne se trompent plus ; les passions mêmes s’ar- « rétent devant le seuil de cette enceinte sacrée , et les « fidèles reçoivent d’eux la vérité. Mais on ne saurait
■ oublier que c’est aux conciles seuls que cette infail-
■ libilité est accordée. Des assemblées d’Evéques ne « peuvent y participer, et ne reçoivent le don de Dieu
« que lorsque, convoquées dans des formes régulières, « elles prononcent sur le dogme etsur la discipline gé- « nérale de l’Eglise dont J. C. est le chef, et qui sera « jusqu’à la fin des siècles assistée par l’Esprit divin. » On a remarqué dans ces alinéa trop de paralogismes, pour ne pas en dire un mot. D’alwrd nous avions cru , qu’au jour desgrandes épreuves, l’ancien Episcopat s’était montré admirable, héroïque, surtout en face de Iq constitution civile du Clergé : mais M. de la Chapelle a d’autres souvenirs, et sans distinguer l’époque des combats légitimes, il fait de cet illustre Episcopat le jouet des passions délirantes. — Mais remarquez un vice plus gi ave de sonargumentation : Ne voilà-t-il pas qu’il articule des hérésies en bonne forme I Selon le nouveau tliéologien, l’Evéquc, divinement établi juge dans son diocèse, n’aurail pas le donde Dieu pour juger ; l’Eglise ^spersée ne serait plus infaillible, mais les conciles seuls, et encore quand ils prononcent , non sur la morale , mais sur U dogme et sur la discipline générale, et encore, les assemblées d’Evéques ne peuvent participer à l’infaillibilité ni recevoir le don de Dieu, qu’autant qu’elles sont convoquées dans les formes régulières. Or, parce que selon les articles organiques , nulle assemblée délibérante d" Evêques n’aura lieu sans la permission expresse du gouvernement , il s’ensuit comme conséquence nécessaire qu’il
u’y a nulle autorilédans l’Eglise, puisque, dispei*sés, les Evêques ne peuvent rien et qu’ils ne peuvent aujoui^ d’Iiui se réunir, toute réunion dépendant du pouvoir civil. Ainsi, en fait comme en droit, c’est le directeur des aflaires ecclésiastiques ou le ministre qui sont seuls juges compétents , seuls juges infaillibles , et juges des infaillibilités. Est-ce assez clair?
Ce n’est pas tout, et voici la mercuriale qui a le plus indisposé les Evêques. Après avoir énuméré les mesures prescrites par les Ordonnances, M. de la Chapelle conti- « nue son interminable leçon : On n’oteraitpa» deman- • der. Monseigneur, si ce sont là des questions qui in- « téresstnt la foi de nos pères et la doctrine de VEglise.
« Le Mémoire attribué ù MMgrs les Cardinaux, « Archevêques et Evêques réunis à Paris , soulève de « trop graves et de trop nombreuses questions , pour « que je me permette de discuter tous les principes « dont il présente le développement; je me bornerai à « une seule observation. »
« Habiterions-nous un pays où tous les cultes , sous <• quelque dénomination <|u’ils soient connus , seraient <• tellement indifférents à son gouvernement qu’ils ne « recevraient de lui ni aide, ni assistance, ni protection « spéciale? On concevrait alors que les ministres de « (!es divers cultes pussent imposer à ceux qui ont
« confiance en eux (elles pratiques qu’ils jugeront « convenables; car tant que l’ordre public n’est point « troublé, nul n’a le droit de se plaindre, encore moins « celui d’examiner , le gouvernement pas plus qu’un « particulier, puisqu’il est étranger à tous les cultes « à toute religion. »
« Mais, Monseigneur, telle n’est point la position de « l’Eglise catholiqueen France : la Giartc que Louis XVIII « a octroyée, en même temps qu’elle assure protection « et liberté à tous les cultes, déclare la religion catholi- ■ que, apostolique et romaine, la Religion de l’Etat.
« En conséquence , les églises , les évêchés , les « presbytères, les séminaires sontconstraits,entretenus, « décorés aux frais de l’Etat.... le Clergé reçoit une
• dotation.... et, avec de tels avantages , la Religion « catholique étant partie essentielle dans l’Etat , on « croirait pouvoir demander pour elle une inJépers-
• dance absolue , un complet affranchissement des loisi « On croirait pouvoir exiger que tout ce qu’on juge- « rait utile à l’Eglise fut établi , sans le concours de
• l’autorité civile , sans qu’elle eût reconnu si les me- « sures qu’on propose soqt en harmonie avec la l(^is- « lation et avec les autres besoins de la société qui fait
• tant de sacriGces pour l’Eglise ! Mais , Monseigneur , « on ne trouverait aucun exemple de semblables pré-
■ rt^üves dans l’histoire de l’Eglise de France. Ses « monuments existent et malheureusement sont trop
• peu consultés ; si l’on y avait recours , on verrait « avec quelle attention elle s’est toujours occupée de « s’iRCOEPORER AVEC LE GODTERREXENT , de marcher « de concert avec lui.... Comment craindrait-on de « s’égarer en suivant la même route qu’ont suivie nos
• pères ? JŸikil innovetur , nisi quod tradifum est. »
Si c’était le cas de discuter dans une notice historique , nous nous croirions en droit de relever ici , en notre propre nom , plusieurs erreurs de fait; mais , en
qualité d’historien ou plutôt d’éditeur , nous ne voulons être que l’écho des Evêques. Or, ceux-ci furent indignés d’abord de la supposition injurieuse par rapport au Mémoire qu’on disait attribué à l’Episcopat, et qu’il aurait signé en aveugle ; d’une autre injure encore envers les Evêques, de supposer qu’à l’instar des Ministres des divers cultes ils prétendaient imposer telles pratiques jugées par eux convenables, Ils ne concevaient pas surtout comment on invoquait la Charte pour assurer protection et liberté à tous les cultes , alors même qu’on adoptait des mesures vexatoires, tyranniques contre la Religion de l’Etat; comment, enfin , on accusait les Evêques de vouloir une indépendance absolue, un complet affranchissement des lois, lorsqu’en vertu des nouvelle» Oi"
(lünnances on venait asservir le Clci’gé et fouler aux pieds tous les droits de l’Eglise.
Cette étrange mercuriale adressée à tout l’Episcopat se terminait par cette péroraison non moins étrange :
a Refusons , au lieu de la demander , cette liberté « illimitée ; dans l’état actuel de la société, elle serait « plus funeste à la Religion que la persécution même ; « des passions qu’on s’efforce d’agiter par d’imprudents « écrits , des ennemis de la Religion se cachant sous « l’apparence du zèle, pourraient peut-être nous l’accor-
■ der ; mais la raison publique, qui tôt ou tard prendrait « le dessus , nous en dépouillerait.
« Nos pères ont toujours pensé que la force de cette « Religion sainte est dans la confiance qu'elle inspire, « et non dans le développement intempestif de la juste Il indépendance qu’elle réclame pour les décisions doc- « trinales. La charité, cette vertu divine, voilà le lien « qui doit unir à elle les Rois , les grands et les peuples.
■ Etrangère à toutes les agitations politiques , elle est « toujours la même ; elle annonce et prêche les vertus « qui font les bons Rois , mais elle n’intervient dans « leur gouvernement que pour le fortifier , et elle ne « se sert de son influence que pour apprendre aux peu- « pies à leur obéir , à aimer , à respecter leur ati- « lorité. «
M. le Directeur des afikires ecclésiastiques n'oubliait là qu’une chose , le zèle prescrit aux Evêques pour la défense des principes éternels mis en question avec leurs droits; il oubliait que la charité, dont il prêchait la pratique, se confond dans un cœur épiscopal avec l’amour pour l’Eglise, et qu’on n’intervient pat dans h gouvernement des Rois ; qu’on ne cesse pas de respecter leur autorité, lorsque pour obéir à une autorité supérieure on défend la cause de Jésus-Christ et les grands intérêts de la Religion méconnus ; autrement il faudrait faire le procès au feu Archevêque de Cologne, cet Aihanase de l’Allemagne, il faudrait le faire à tous ceux qui luttent aujourd’hui contre les envahissements de l’autocrate de Russie, en un mot, faire le procès aux Apêtres qui, les premiers, ont dit : Non potsumus.
Mgr Feutrier dut se repentir d’avoir confié la défense de sa cause au Directeur des aCTaires ecclésiastiques , dont la main inhabile au lieu de guérir les plaies les avait envenimées, et dont les discours imprudents, au lieu de rendre plus tolérables les Ordonnances pour les Evêques , les avaient rendues au contraire plus odieuses , et en avaient retardé d’autant le succès. Le ministre crut dès lors qu’il était temps de se défendre lui-même , s’imaginant , comme de raison , en imposer davantage. Enfin apparut, le 30 août, sa fameuse circu-
laire annoncée dès le 24 par la Commission des Evêques (1). La puissante logique du ministre devait pour le coup faire tomber tous les obstacles , et entraîner le corpsentier de l'Episcopat vers les Ordonnances.Cette circulaire ministérielle a-irelle, en effet, mieux réussi que les diverses missives du secrétaire-directeur? C’est ce qu’on est impatient de voir. Tout en déroulant le texte du ministre, il nous sera bien permis, sans en altérer le sens, ' d’opposer à ses nouveaux arguments des apostilles ou de courtes réponses empruntées pour la plupart à un savant Evêque et à un autre personnage également instruit.
Le ministre se garde bien de prendre ici fait et cause pour la première Ordonnance qui frappait les Jésuites, n’ayant jamais voulu en assumer la responsabilité; il se borne donc à défendre la seconde qui était son ouvxage, et après l’analyse historique de ce qui avait été fait jusqu’à ce jour, voici quels sont ses moyens de défense :
« Comme cette Ordonnance , dit -il, conçue dans « un esprit de conciliation et de bienveillance pour « le Clergé, a excité des plaintes et des réclamations ,
« et qu’elle a servi de prétexte d la malveillance pour « égarer l’opinion , propager le scandale , répandre
(t)Voir la 5' note.
Digilized by GoogI
« avec profuiùm la calomnie et Voutrage , je crois « nécessaire d’en expliquer et développer les princi* « pales dispositions.
« On ne doit pas perdre de vue qu’elle n’est qu’un ■ règlement d’ordre administratif qui appartient à la « puissance séculière; que le Souverain a usé d’un droit
• qui ne lui a jamais été contesté, et qu’il n’a lait en « cette circonstance que ce qu’il a fait en 1814 , « que ce qui avait été pratiqué d toutes les époques par
• ses pieux prédécesseurs. »
En réponse à cette dernière assertion, le Prélat auquel fut adressé l’exemplaire que nous avons sous les yeux, a mis à la marge : Faux et sans exemple. Tout homme , en effet, tant soit peu au courant de l’histoire, partagera cet avis.
La circulaire ministérielle ajoute :
■ Les Ministres du Roi croiraient manquer à toutes
• leurs obligations , s’ils admettaient un seul instant « que des écoles où se donne l’enseignement classi- « que , où l’on apprend l’histoire, la géographie , les « langues anciennes , où beaucoup ^élèves, abandon- « nant leur vocation, occuperont plus tard des fonc- « lions diverses dans la société , puissent échapper à « toute surveillance de l’autorité ; ils sont obligés de « repousser celle prétention comme exorbitante ,
« comme contraire au droit public , comme une en- « treprise sur la prérogative royale , qui aussi a son « origine dans les cieu\ et sa garantie dans les con- « sciences. >
Ainsi , la surveillance des Evêques nommés par le Roi , sur l’enseignement de leurs séminaires , n’était point, pour M. le Ministre Feutrier et ses collègues, une garantie suffisante, tandis que celle d’un inspecteur universitaire l’était incomparablement plus. 11 est évident encore que l’histoire, la géographie et les langues anciennes appartiennent tellement au Roi et de droit divin , que des Evêques ou des citoyens français ne peuvent pas les enseigner de leur chef, sans une entreprise sur la prérogative royale. C’est trop fort 1 et , comme l’ont dit nos Prélats, une telle exigence n’existe pas même en Turquie.
Le ministre-évêque entreprend ensuite de justifier , article par article, l’Ordonnance contre-signéc par lui. C’est toujours, de sa part, la même intervention du nom du Roi, la même pétition de principes ; il suppose sans cesse ce qu’il faudrait prouver touchant les droits du gouvernement. Pour preuve qu’il n’en veut pas perdre l’habitude , écoutez encore les paradoxes suivants ;
• Le Roi , dit-on, s’est réservé V agrément du supé-
• rieur de chaque école. Ce ne sont pas dts Evêques ■ français qui pourront concevoir un sentiment de dé-
• 6ance par rapport à une autorité tutélaire qu’ils en- « vironnent de tant de respect et d’amour. »
■ Déjà le Roi exerce ce droit d’examen sur la no- « mination des CI)anoines , Grands-V ica ires , Curés , « et on sait combien cette charge est légère , et com- « bien on s’empresse de déférer au moindre désir des « Evêques; serait-ce une usurpation, que d’user de la X même faculté à l’égard du chef d’un établissement « où tout peut être laïque, élèves, professeurs, et ste
• périeur?»
D’autres l’ont dit avant nous : ici autant de propositions, autant d’erreurs. D’abord Mgr. Feutrier est seul à ne pas s’apercevoir de la dure condition que le sixième article de l’Ordonnance fait aux Evêques, en soumettant à l’agrément du Roi la nomination des supérieurs des établissements ecclésiastiques. — Une réflexion, 'qui a frappé tous les bons esprits, n’a pas sans doute échappé aux membres de la commission de Paris , ni à tous les membres de l’Episcopat : car si le Roi agrée, s’il intei^ vient dans cette nomination, évidemment ce sera par nne Ordonnance spéciale,elles sui)érieur8,forts d’un tel titre, croiront jouir de l’inamovibilité , à l’instar des Curés et des Chanoines. Dès lors, si leur changement devenait né-
cessaire pour une raison d’inconduite ou pour toute autre, ne feront-ils pas valoir , pour sc défendre contre l’Evéque, le diplôme aust armes du Roi ? Les Evêques français ont donc un juste sujet de défiance, non point, comme vous le dites , par rapport d une autorité tutélaire qu'ils environnent de tant de respect et d' amour, mais parce que vous créez des obstacles à leur ministère, à l’exercice de leurs droits sacrés, inviolables.
Ensuite, n’est-ce pas un abus criant d’exciper du droit accordé au Monarque en vertu du Concordat et par une concession expresse du Souverain Pontife , ()our l’étendre arbitrairement aux chefs des établissements ecclésiastiques? — Enfin, est-ce bien la preuve qu’il n’y a pas usurpation de la part du pouvoir civil , en supposant une chimère , celle d’un petit séminaire où tous seraient laïques, élèves, professeurs et supérieur? Combien on embarrasserait son Excellence, si on lui demandait: Connaissez-vous, Monseigneur, un seul établissement diocésain de ce genre dans toute la France ?
Mais laissons encore parier la circulaire ministérielle :
< Sous notre forme de gouvernement, toute portion « d’attribution d’un ordre temporel doit relever d’un « ministre responsable , et n’est-ce pas ici la seule ga- * rantie qui demeure à l’Administration dans des mai-
• sons établies en vertu de la loi , qui reçoivent , pos. « sèdent en vertu de la loi , qui sont dotées par l’Etat, « et où est déposée une jeunesse composée de sujets du « Roi. *
On le voit , c’est toujours, de la part du Ministre , la môme défiance vi»à-vis des Evêques, ses collègues, toujours le même abus de pouvoir, et toujours de simples ordonnances transformées en lois, sans égard au droit commun et naturel dont jouissent tous les citoyens d’exercer la profession la plus libérale , en dehors du monopole nniversitaire.
Il faut bien enfin en finir avec cette longue épltre :
« Mais on limite le nombre des élèves qui pourront « être admis dans les écoles secondaires ecclésiastiques ; « — Ces écoles sont dans un ordre exceftiohnel ; elles
« POSSÈDENT UN PRIVILÈGE AD DÈTRIIENT DE l’uNIVER-
« 8ITÈ ; il convenait donc de déterminer l’étendue et « les bornes du privilège , d’empêcher le renouvelle- ■ ment d’abus et d’irrégularités qui s’étaient introduits « à l’insu des Evêques , de maintenir des écoles se- « condaires dans leur spécialité. »
Voilà qui est inconcevable dans la bouche d’un Evêque l Ainsi les séminaires ne sont plus un droit de l’Episcopat , fondé sur la nécessité de la mission qu’ils ont reçue de Dieu , comme l’ont démontré
plus haut, et les textes de l’Evangile , cl les Conciles, et les raisonnements les plus solides des Evêques français, etc. Ces établissements ne sont plus qu’une exception, une faveur, un privilège ; le droit commun, c’est l’Université en contradiction avec toutes les lois , foulant aux pieds les institutions et toutes les règles du régime constitutionnel ; c’est l’Université abolie par le gouvernement provisoire et par Louis XVIII , comme contraire à tous les droits des pères et mères, et incompatible avec im gouvernement libéral et paternel. Tel est le langage d’un Evêque aux ordres du libéralisme 1 MM. Vilicmain, Martin, Tliiers, le Siècle, le Constilutionnel , le National ont-ils rien dit de plus fort , même dans ces derniers temps P