‹ Notice historique sur les ordonnances du 16 juin 1828Chapitre 9 sur 20 · LA DIPLOMATIE MISE EX JEU FAB LE MIXISTÈRE · texte numérisé non relu

LA DIPLOMATIE MISE EX JEU FAB LE MIXISTÈRE

Pour se faire une juste idée de l’état d’anxiété où se trouvaient les Evêques , au commencement de septembre 1 828 , il faudrait avoir été témoin de la position qui leur était faite par le Ministère, surtout avoir vu de près comme nous, ce que Dieu a mis dans un cœur

]iastoral, de sollicilude et d’amour pour les écoles ecclésiasiiques, ces pépinières du saccrdix'c.

Les Oi'donnanees élaicnt exéculoires dans les trois mois de leur publication , et l’on était à la veille du leme fatal , et les ministres pressaient à l’envi l’exécution de CCS terribles mesures , chacun dans son département donnant le mot d’ordi'e aux autorités pour briser toutes les résistances. Le zèle des Prélats cependant n’était point ralenti ; ils se montraient toujours résolus à ne point s’écarter du plan tracé par le Mémoire du 1" août, mais ils s’inquiétaient vivement de ne pas voir le résultat de leurs protestations, de leurs démarches auprès du trône ; ils tremblaient à l’asitect des maux qui menaçaient leurs plus chers élablisscmems, et ils ne pouvaient se rassurer, ni par la haute piété du Roi, ni parcelle du ministre leur collègue flans l’Episcopat, sachant que , derrière le prince et le ministre était un parti hostile qui poussait les choses à l’extrême , et qui tenait rigoureusement à l’observation de l’article 8 de l’Ordonnance Feutrier ; c’est-àdire que les 126 petits séminaires de France , (pioiqiie régulièrement autorisés par des Ordonnances antérieures, allaient être placés sous le régime de l’Université, au mépris des droits sacrés de la propriété et des droits plus sacrés encore de la Religion. Or, c’était là nue

double jouissaïu'e |)our l3 Révolulion do faire alusi sanctionner cette sjiolialion par un Clsdc saint Louis et par un Evêque, Ministre des alTaires ecclésiastitjues. L’Episcopat s’alarmait donc justement du sort prépare aux jeunes lévites sur lesquels, dans peu de jours, on allait fermer les portes des petits séminaires; car la Révolution, sans pitié pour l’enfance , se souciait fort peu de sacrifier ces premières victimes des Ordonnances. Elle qui n’eut jamais d’entrailles, aurait-elle pu s’émouvoir aux larmes et aux supplications des Evêques ? et pouvaitelle reculer devant la confiscation , lorsqu’elle était accoutumée, de longue main , à déclarer biens nationaux tout ce qui était à sa convenance ? Toutes ces conséquences du refus de l’Episcopat , dans celte occasion , étaient incalculables , et pour mettre le comble k de cruelles angoisses , aucune réponse de Rome n’arrivait aux Evêques pour encourager , pour seconder leurs efforts. II n’arrivait non plus de Paris, depuis trois semaines , ni note ni instruction pour les consoler , pour leur donner res|)Crance de sauver avec leurs écoles ecclésiastiques l’avenir de leurs diocèses.

Enfin, une lettre accompagnée d’une note partit de Paris, le 15 septembre 1828. La lettre, écrite par un membre de la commission , disait ; « Samedi passé , « dans la dernière audience qu’a daigne m’accorder Sa

« Majwté, je u’ai en qu’à me louer des bonlés du Koi; O mais sou l'elraiu est toujours le m^ine : il m’a répélé O ce ([lie déjà il avait dit à Moiiseigiieur de Paris, quel- « (pies jours auparavant’, (ju’il fallait que les Kvfajues « eussent eoiilianee en lui , et qu’il avait donné des or- « dres à ses Ministres pour arranger et faciliter toutes « choses dans les Ordonnances. Or, en voici de beaux « et prompts résultats ! Les circulaires Feutrier et Va- « tisméuil s’impriment en ce moment, et rien n’y man- « quera, puisque le Ministre de rinslruclion publique « exige la déclaration , seule vexation que nous eût « épargnée pour l'instant Mgr Feutrier. »

Le centre envoyait donc , en môme temps, sa 6"' note aux Evêques qui n’avaient point encore répondu à la précédente. Cette note portait un mot d’une haute importance. Nous la donnons ici dans st>s termes bien significatifs :

« Par la note du 24 août , Nosseigneurs les Evêques « avaient été instamment priés de fitire connaître le €< plus promptement possible au centre commun, leurs « avis et leurs réponses sur la circulaire qui allait leur « être adressée.

a Un grand nombre étant en retard, on ne peut ré- « sumer les avis, ni indiquer aucune mesure à prendre Il (pii soit fondée sur le voeu général. Sur 40 réponses

« déjà parvemi«s, 36 oui suivi la mairlu' iiidii|m>c(Iaii$ < la note du 24 août.

• On sollicite de nouveau , avec instance , les réi)on- « scs à faire , les délais devenant plus funestes qu’on « ne peut le penser.

O On espère encore des accommodements , niais on « ne jveut les conclure qu’ayant en queliiue sorte sous « les yeux le mandat des Evêques. On comprend eom- « bien il est important qu’il soit uniforme. »

Dès qu’on parlait dans cette note d'accommodements, il y avait de quoi rénécliir. La lettre suivante , écrite par un auguste Prélat, explique le retard dont parle la Commission, et demande à son tour des explications sur les accommodements qu’elle annonce.

« Je reçois la note 11 “ 6, du 15 septembre, qui ri'- « clame la réponse des Evêques , ou leur avis sur une « circulaire du Ministre dont l'ignore le texte et dont » je n’ai aucune connaissance.

« La note n® 6 porte : On espère encore des accom- « modements , etc... quels seront ces accommode- « ments? Sans doute on ne livrera j»as au pouvoir ci- « vil l’appel des aspirants à l’état ecclésiastique , d’a- « près un ordre de chiffres pour chaque diocèse , lors- • que cet appel n’appartient qu’à Dieu seul. On ne fera « pas le sacrifice des petits séminaires dont l’établis-

L. t..poglc

« semeiii :i}>|>:ir(ient aux Evêques , en vertu de leun; « titres, Iors<iue les Ordonnances royales cl les Arrêts « des parlements eux-mêmes rendent le témoignage le « plus unanime sur ce droit imprescriptible de l’Episa copat. On ne consentira pas ù soustraire à la juri- « diction épiscopale le choix des directeurs et profes- « seurs des petits séminaires, pour le livrer au pou- « voir civil. On ne donnera pas les mains pour con-

• sommer l’envahissement de l’autorité épiscopale sur « les petits séminaires, jiour les soumettre îi l’Univer- « bile. On ne proscrira pas de l’enseignement des pe- « tits séminaires les professeurs ou directeurs revêtus a de la mission épiscopale , sur leur refus de déclarer O qu’ils n’appartiennent à aucune congrégation reli- « gieusc non autorisée en France. On signalera l’im- « piété de cette déclaration , et quant au texte et « quant à l’intention manifeste de ceux qui la deman-

• dent, etc...»

il était question , en effet , d'accommodements ; et alors comme depuis, c’était à Rome que, ceux qui avaient nisolu d’asservir l’Episcopat et d’usurper ses droits les plus sacrés, avaient pris le parti d’aller les nc^ goder, d’accord, selon toutes les apparences , avec la nonciature. Un homme fort au courant de la politi(]iie ministérielle écrivait de Paris , le 28 août : • On a

« envoyé à Rome M. Lassagny, sans préjudice de la « mission pai'liculièi'c (jii’ou dil avoir été donnée pour M le même objet , à l’ambassadeur M. de Blacas. »

Quelqu’un a dit avec raison « que la diplomatie , « malgré toute l’habileté de ses agents, ne peut arran- « ger qu’imparfailcment les alTaircs temporelles; com- « ment pourrait-elle traiter avec succès les affaires du « ciel , si fort au-dessus de sa sphère ? » Faites , eu clfct , intervenir un diplomate dans une question religieuse ; ses équivoques , scs paroles à double entente , et ses généralités i)ourront bien embrouiller la matière et gâter l’œuvre de Dieu ; mais elles ne sauraient rien préciser dans des débats qui tiennent aux principes de la foi. C’est ici la politique du monde trop souvent on oppœ sition avec lu simple vérité et la droiture do l’Kvangile.

Quoi qu’il en soit, on mit en avant une lettre du Cardinal Bernetti, secrétaire-d’Etat, adressée au Ministre dos affaires étrangères. Celui-ci [>arluit atout le mondede la précieuse lettre, et il refiLsait cependant de la publier. L(.‘ Papeavait désiré, fais;iit-on dire au (Cardinal, «/«e les Evêques se confiassent à la piété du Roi, et marchassentairr lui d’un commun accord. Les journaux ministériels , ayant le mot d’ordre, annonçaient comme de raison (jue cette lettre demandait entière soumission aux Ordonnances.

rr .-SigitiMtHjy <àoOgle

L’Ai'chevé(|iie itoinmé de Besançon , qui l'avuit lue ainsi que MMgi’S les Ai*chevéqucs de Reims et de Paris, assurait au contraire qu’il n’y était point parlé d* te montra' complaisant dont la ligne de la conscience , mais que la lettre disait à peu près que le Saint-Pire avait la plus grande confiance en la haute piété du Roi, et qu’il ne doutait pas non plus de la conpancs tans réserve des Evêques , etc... M. de Rohan pensait cependant que cette lettre , sans rien décider, quant au fond de l’affaire , montrait clairement le désir que le Saint-Père avait de voir les Evêques condescendre et éviter une rupture avec le gouvernement. Du reste y l’illustre confident ne voyait rien qui eût pu empêcher le pouvoirdemonlrerla lettre tout enlièrcàtoiislesEvêques,. tant elle était mielleuse pour le Ministère. C’est ce que mandait à Lyon Mgr de Nancy, comme l’ayant entendu de la bouche même du duc de Rohan.

Dans tous les cas , l’incertitude sur l’effet de celle lettre ne dura pas longtemps. Le 26 septembre , le Cardinal de Latil imagina, on ne sait à quel litre , d’adresser de Reims , aux Archevêques de France la lettre suivante , comme pour déconcerter tout l'Episcopat :

« Monseigneur ,

« Le Roi .ayant daigné me faire l oininiiuiquer les ré-

■ iionscs de Hume , reluiives au\ üixlonnauces du « IC juin , fl m’ayant iiiviic ù vous en donner con- •> naissance , j’ai riunuieur de vous inrornnu' que Sa « Sainlflé , |M“rsuadfC du dévouement sans réserve des « Evétjues de France envers Sa Majesté, ainsi que de « leur amour pour la paix et tout aulre véritable inté- • rét de notre sainte Religion , a fait répondre que les « Evêques doivent se coiilier eu la haute piété et la sa- « gesse du Roi ixmr l'exécution des Ordonnances , el « marcher d’accord avec h trône.

« Veuillez bien vous charger de faire parvenir celte « réponse à MMgrs les Evêques de la province de...»

LA LETTRE DU CARDI.XAL BERXETTI JUGÉE PAR SES RÉSUL- TATS ET PAR LES PLUS GRAVES TÉMOIGNAGES.

Ii',1 lettre du Cardinal Rernelti était une esi)èee de mystère. Tout le monde en ftarlait , et personne ne l’avait lue, ou n’en avait eu conununication, excepté trois Prélats , les(]uels, ainsi qu’on vient de le voir , ne s’accordaient pas même sur le sens de cette missive. Longtemps nous avons cru , sur des témoignages respec-

Digltized by Gpoglc

ubies , que celte pièce , dont ou fuisait lani de bruit , était supposée. Il a fallu que son Eminence , que nous eûmes Tbonneur de voir à Rome, eût la bonté de nous assurer de vive voix qu’elle avait, en effet, écrit au sujet des Ordonnances. De retour dans notre patrie, en juin 1 844, nous avons pris la liberté d’écrire û l’ancien secrélaire-d’Etat sous Léon Xll , pour obtenir , s’il était possible , une copie de cette lettre importante. Son Eminence a bien voulu nous répondre , le 5 juillet , qu’elle étaitobligée, à son grand regret, de nous déclarer qu’elle n’avait rien conservé de sa lettre , et qu’elle ne pouvait pas même en dire le contenu. Pour pousser jusqu’au bout nos investigations , nous avons pris alore le parti de nous adresser directement à la nonciature de Paris , et Monseigneur le Nonce , par une lettre du 30 juillet 1844 , nous a exprimé également son regret de ne pouvoir nous satisfaire, n’ayant ni le texte ni la copie de la lettre en question.

Quoi qu’il en soit, cette mystérieuse lettre excita , à l’époque, une grande nimeur, et ne contribua pas peu à diviser, à ébranler l’immense majorité des Evêques , jusque-lû si unis et si compacts. Pourtant, les hommes les plus réfléchis crurent qu’il y aurait imprudence de prendre un parti sur une lettre lancée à l’aventure j>ar un secrétaire-d’Eiat, et où tout semblait vague et incer-

H)gle

Utin. Heureusement , üisaieiit-ils , en sujiposant niém» «-■elle pièce auütenlique et en lui donnant le plus mauvais sens, le Cardinal ministre n’est pas le Saint-Siège. Mais nous ne comprenons pas comment le Souverain l’ontife, consulté sur la grande question des Ordonnances, informé de toutes les démarches de l’Episcopat, et auquel le Mémoire en particulier a été adressé |Mr les Evêques réunis à Paris, ne réponde à l’Eglise de France que par une lettre d’im diplomate au Ministre des affaires étrangères. Les plus imlitiques surtout ne s’expliquaient pas comment une Iclli e qu’on disait si favorable n’était point publiée, ou commuiuqiiéc du moins è tous les Evêques. Le résultat le plus malheureux du cette étrange dépêche du secrétai re-d'Etat de Rome, a été qu’un fjirdinal français, attaché à la Cour, et naturellement d’une haute influence par sa position , ail pu voir dans une pièce aussi insigniCantc une décision pontificale, et qu’il l’ait représentée comme telle aux Métropolitains et à leurs comprovinciaux. Plusieurs s’en plaignirent en conscqtience au C.ardinal de Latil lui-même. Voici la réponse particulière de rArchcvêquc-Administraleuc de Lyon.

« Monseigneur ,

« Je mets aux pieds de Voli'c Einineiiec mes li'ès- « humbles excuses sur le reiard de ma réponse à « la lelire dont elle m’a honoré le 23 du mois dera nier.

« En 1790, la religion du Roi-martyr fui trompée. « On fit circuler des réponses de Rome favorables .à la « constitution civile du Clergé , et les abîmes s’ouvri- ■ rent jxiur engloutir le li'ùnc et l’aiilel.

« Les impies du temps pi'ésent sont également ha- « biles dans l'art de tromper les peuples. Je ne puis mo « persuader que le Pape Léon XII laisse sans réponse « le Mémoire des Evêques, et qu’il lui ait pani suffisant « de faire dire à quatre-vingts Evècjues , Archevêques a ou Cardinaux, exprimant dans un acte solennel et à « Punanimité l’enseignement de leurs Eglises sur les « Ordonnances du 16 juin, qu’ils doivent se cona fier en la haute piété et la satjesse du Roi pour « rejcèculion des Ordonnances et marcher d’accord « avec le trône.

n Car , de deux choses l’une : ou le jugement des « Evêques est selon la vérité, lorsqu’ils signalent le»

« Oriloiinanccs coniiiu: l■en^L•l nKUll uiie ilociriiie égale- « ment fausse, dangereuse, altentaloipc au droit divin, O subversive des droits sacrés de l’Episeopat et des lois « s;iiutcs de l'Eglise, etc. , et alors ils doivent se niain- « tenir dans le domaine de leur mission divine, se for- « tifier dans la grâce qu'ils ont reçue de Dieu, et conti- « nuer avec courage les combals du Seigneur : Labora « sicut banus miles Christi Jesit; ou ils ont jugé contre « la vérité, et c’est à Pieire à redresser leur jugement « par une sentence pontificale, d'après ces paroles : « Et tu aliquandù concersus confirma fratres tuos.

» Les Evétjues sont liés envers le Saint-Siège par « Pacte solennel de leur recours au jugement du Saint- « Siège sur les Ordonnances. Ils ne pourraient'prévenir « ce jugement par l’exécution provisoire des Ordon- « nanccs, sans manquer au-res{)cct qu’ils doivent au o-^PajMj, et sans se rendre cnx-raêmes coupables « aux yeux de tout l’univers catliolique d’une lâche K défection et d’une prévarication scandaleuse contre • la doctrine (ju’ils ont consignée dans le Mémoire « au Roi qu’ils ont soumis au jugement du ' Saint- « Siège. »

Le 20 octobre , le mémo Prélat demandait des instructions au Nonce, Mgr Lambruschini, en lui envoyant la lettre du Cardinal de Latil , et iljrecevait à (juel-

qucs jours de là celte réponse un peu surprenante :

, Quant aux instructions que vous di;sirez de

« moi , je dois vous dire noitemenl que , n ayant pas « refit l'ordre d’en danrwr à personne , je ne saurais « satisfaire à vos désirs.

« Cependant pour répondre, autant que je puis, 5 la « confiance dont Votre Grandeur veut bien m’honorer, « je me permets de vous dire que j’ai la certitude qui' « Monseigneur le Cardinal Bernetii , secrétaire-d état « du Très-Saint-Père , a réellement écrit une lettre de « réponse à M. le ministre des affaires étrangères du « Roi. Cela est un fait. Je dois vous déclarer très-positi- « vement que des articles que Votre Grandeur aura pu '« lire dans quelques journaux de Paris, et particulière- « ment dans la Quotidienne, par rapport à cette lettre, « sur la personne très-respectable du Cardinal Bernetti « et sur la mienne aussi , sont pleins , non-seulement « d’inexactitudes et de faussetés, mais des plus noires « et perfides calomnies. Mgr le Cardinal Bernetti est le « plus honnête personnage du monde , et moi je « n’ai pu que hautement frémir par rapport aux « abominables insinuations que les rédacteurs de la « Quotidienne n’ont pas rougi de répandre sur son « compte. »

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