BAGUES ET SCEAUX
Les grands sceaux de bronze, de faïence et même de bois auraient été, suivant l'opinion de Ghampollion, destinés à marquer les victimes approuvées pour l'autel. Les bagues à chaton gravé, ou portant un scarabée de pierre dure gravé au revers, ont servi de cachet comme chez nous: on trouve des empreintes de cqs cachets en terre sigillaire. Les gravures portent toutes sortes de légendes, mais plus ordinairement des sujets religieux. La bague d'or la plus finement gravée, qui est placée au milieu, représente une dame nommée Isinowre devant le dieu Osiris. Les bagues en terre émaillée prouvent de nouveau Thahileté des ouvriers dans cette partie de l'art. Elles devaient être bien fragiles, si toutefois on les portait réellement : on en
trouve plusieurs de cette espèce qui sont décorées du buste de la déesse Isis, sortant tout à fait de la direction de Tan* neau et se relevant suivant une tangente, ce qui produit une bague d'un aspect singulier et gracieux. La monture ordinaire des scarabées se composait d*un fil d'or qui s'amincissait aux extrémités et s'enroulait de cliaque côté sur Tanneau. Ce modèle très-simple est en même temps très commode pour monter un chaton tournant destiné à servir de cachet.
Cette vitrine contient aussi quelques pendants d'oreilles. Les plus rares sont en argent avec pendeloques.
VITRINE T
Elle se trouve dans la salle suivante et commence h série des instruments en bronze On y remarque les poignards et un petit modèle de la khopesch, sorte de cimeterre royal. Parmi les petits objets, le canif a conservé son trancliant ainsi que la petite hachette qui coupe commode l'acier. Le rasoir est très curieux par soQ^^lbe, qui, sauf la longueur, est exactement celui des rasoirs anglais. C'est un des exemples les plus curieux de la persistance de certains types dans les fabrications. Son tranchant est également bien conservé ; cette sorte de bronze parait avoir été peu sujette à l'oxydation.
VITRINE U
(Cette vitrine est dans la Salle Funéraire.) BOOTS DE FLÈCHE EN BBONZE ET HIROIBS.
L'ornementation des manches de ces miroirs se rapporte ordinairement aux deux types suivanls: Tun se connpose d'une jeune fille nue ; elle se coiffe de la main droite, son
SALL£ CIVILE. 95
bras gauche soutient un chat qui semble ici un emblème de la toilette. Le type des autres manches est le dieu
onstrueux Besy que nous avons déjà trouvé plusieurs fois
n rapport avec la toilette.
VITRINE V
(Cette Titrine a été, faute d'espace, placée dans la dernière salle
de la galerie égyptienne.)
Ustensiles de bronze de toutes sortes , chaîne terminée par un cœur, poignards, épingles, sorte de croissant en bronze, qui servait de hache de bataille. Les hachettes en fer sont des objets de la plus grande rareté, ainsi que toute espèce d*instruments en fer; on sait pourtant que les Égyptiens ont connu l'usage de ce métal depuis la plus haute antiquité, car on en a trouvé des fragments dans la bâtisse des pyramides. Mais, indépendamment de la rareté du fer, dans les temps primitifs, Toxydation a dû anéank la plupart des, objets laissés dans le sol égyptien, presque partout imprégné de nitre. Ces hachettes sont de la forme du signe qui, dans les hiéroglyphes, sert à écrire le mot noutery signifiant dieu.
VITRINE X
(Elle est dans la salle funéraire.)
Les palettes d'écrivain occupent ce compartiment. Ces petits meubles sont ordinairement en bois dur ; un trou de forme carrée servait à insérer les calâmes ou roseaux taillés pour récriture. Plusieurs trous ronds contenaient des pains d'encre rouge et noire que l'écrivain délayait avec un peu d'eau contenue dans un petit vase rond qui complétait son bagage. Les palettes sont souvent ornées d'inscriptions très-finement gravées, ce sont des prières
adressées à divers dieux par le possesseur de la palette. Une palette d'une forme singulière est surmontée de la tête de chacal, emblème des hiérogrammates.
YITRII^E Z.
Les palettes de cette vitrine sont en pierres de diverses sortes. La plupart paraissent être des imitations de la palette ordinaire, consacrées comme monuments funéraires. De petits vases de diverses formes ont servi d'encriers : il faut remarquer les petits vases en forme de hérissons qui étaient consacrés à cet usage. La grenouille en terre émaiilée, incrustée de pâtes de verre, paraît aussi avoir été une écritoire*
Outre les encres rouge et noire, les enluminures des vignettes exigeaient d'autres couleurs dont on voit ici des échantillons, ainsi qu'une pierre de porphyre encore imprégnée du bleu qu'elle a servi à broyer. La beauté de ce bleu égyptien a été depuis longtemps remarquée.
On trouve souvent dans les manuscrits égyptiens des vignettes où plusieurs parties sont dorées par Tapplication d'une feuille d'or battue, pareille à celle que contient le livret du doreur ici exposé: elles ne diffèrent des nôtres que parce qu'elles sont plus épaisses. Cet or a très-bien tenu sur les manuscrits où il a été appliqué. Pour la dorure sur bois et même sur bronze, les Égyptiens ont employé habituellement un enduit préalable ; ils ne paraissent pas avoir doré directement les métaux, si ce n'est pour certaines damasquinures; dans ce cas, l'or se trouve incrusté dans les gravures.
Les tablettes enduites de cire sont de l'époque grecque ou romaine.
Une grande doctrine domine tout le système funéraire des anciens Égyptiens, et présida, depuis les temps les plus reculés, à tous les rites qui accompagnaient Tembau* mement et la sépulture, ainsi qu'à tous les emblèmes qui couvrent les cercueils et les sculptures des tombeaux; c'est rimmortalité de l'âme. Cette immortalité était spécialement promise aux âmes qui auraient été reconnues vertueuses par Osiris, juge des enfers. Elles devaient rejoindre leur corps et ranimer d'une nouvelle vie que la mort ne pourrait plus atteindre ; quant aux âmes condamnées, elles devaient subir le supplice de la seconde mort, li'ensemble de cette doctrine, vraiment nationale en Egypte, ressort clairement de ce que nous pouvons déjà comfffendre dans les textes duRiluel funéraire. Ce livre sacré, doDt chaque momie devait porter un exemplaire plus ou moins complet, contient une série d'hymnes, de prières et d'instructions, dont une partie est spécialement destinée aux diverses cérémonies des funérailles. On y trouve aussi les doctrines dont la connaissance était regardée comme nécessaire à l'âme humaine pour jouir de tous les biens attachés à la proclamation de sa vertu. Le chapitre II est consacré à la vie qui commence après la mort, et le chapitre XLIV énonce formellement que cette nouvelle vie ne sera plus sujette à la mort.
98 SALLE PCNÉUAIRE.
Tel est donc le principe général qui a régi tous les rites funéraires des anciens Égyptiens, et, sans nier les raisons sanitaires que le climat justifie si bien, cette croyance a certainement exercé la plus grande influence sur la coutume d'embaumer les corps pour les conserver autant que possible dans leur intégrité; car, suivant la promesse formelle du Rituel (chapitre LXXXIXJ, Tâme devait un jour se réunir à son corps.
Les personnes qui ne seront pas effrayées par l'étrangetéetla fatigue de quelques détails, et qui désireraient prendre une connaissance succincte de ces doctrines funéraires, devront porter d'abord leur attention sur les papyrus qui ornent le fond de cette salle, et suivre l'explication sommaire que nous allons leur présenter. Ils appartiennent presque tous à la classe des Rituels funéraires ; nous nous arrêterons surtout à quelques scènes représentées dans des vignettes peintes et que les textes expliquent plus clairement. .
A droite de la cheminée, un grand Rituel, du style de la dix-huitième dynastie, occupe les deux bandes inférieures du cadre. Ce beau manuscrit est une véritable édition de luxe; il avait été préparé d'avance dans quelque librairie, et on avait laissé en blanc le nom du défunt, à chaque endroit où il devait être écrit. Ces blancs étaient remplis quand le manuscrit avait été acheté; mais il arrive quelquefois, comme ki, qu'on s'est dispensé de cette formalité, et que le nom du défunt est resté en blanc. Dans d*autres manuscrits, volés sans doute à quelque tombeau, on a effacé par endroit le premier nom et on a attribué le Rituel à un nouvel acheteur, en écrivant son nom en surcharge. Les vignettes de ce manuscrit, en commençant en bas et par la gauche, nous montrent d'abord le défunt accompagné de sa sœur, qui vient rendre hommage à Osirie.
Les légendes sacrées racontaient que ce dieu, étant mort sous les coups de son frère Set ou Typhon, avait été ressuscité par les soins d'Isis. Osiris était devenu le type de tout Égyptien qui avait payé son tribut à la mort, et cette assimilation était la garantie de son immortalité finale. L'embaumement le plus complet durait soixantedix jours, pour se conformer aux rites suivis par Horus dans Tembaumement de son père Osiris. Le corps ainsi conservé, Tâme du défunt, que Ton nommait régulièrement YOsiris un tely subissait des épreuves et parcourait les sphères célestes de la région des âmes, à la suite de rame d'Osiris qui, sous le nom de Sahouy était censée résider dans une constellation qui répond aux étoiles d*Orion. Les parties du Rituel qui énumèrent les principaux actes de ce pèlerinage de l'âme ne sont pas écrites dans un ordre constant, surtout dans les Rituels anciens. Mais il semble qu'il y ait eu, vers le temps des rois saîtes, une sorte de révision ou de rédaction plus officielle du RitueJ ; car, aux dernières époques, on a tracé les manuscrits funéraires dans un ordre à peu près constant, qui doit être pris en considération, parce qu'il indique certainement l'ordre dans lequel les prêtres comprenaient les diverses idées auxquelles se rapportent les chapitres successifs de ce livre.
Osiris, dans la première scène de notre manuscrit, est peint de couleur verle, et il porte le diadème blanc, symbole de la royauté de la haute Egypte; il tient en main les sceptres royaux et divins.
La seconde vignette fait voir le défunt qui vogue derrière Anubis, dans la barque du soleil. Les vignettes suivantes montrent diverses, formes ou types que Tânie était censée revêtir successivement dans les cieux infernaux. C'est d'abord une sorte de héron consacré à Osiris, puis l'épervier d'or, l'hirondelle, l'épervier divin, etc. Cette
toa SALLE FUNÉRAIRE.
doctrine présente quelque analogie avec la métempsycose des Indous; mais, pour TËgyptien, ces transformations ne devaient pas s'accomplir sur la terre; Tâme, ou la larve du défunt proclamé juste, y était seule intéressée, el le pouvoir d'exécuter les transformations qui pourraient lui plaire était un de ses privilèges.
Dans la bande supérieure on voit d'abord les quinze portes des champs Ëlysées des Égyptiens : on les plaçait dans une contrée céleste, nommée Aaenrou. C'était dans la même région que les mânes devaient se livrer aux travaux agricoles pendant une certaine période de temps.
Après ces tableaux on trouve le chapitre curieux de la confession de l'âme. Les quarante-deux juges sont figurés dans les colonnes du papyrus : à chacun d'eux s'adresse une invocation du défunt qui se justifie à chaque fois de quelque péché contre la morale ou la religion du pays. On peut y constater que les bases de la morale ont toujours été les mêmes chez les nations civilisées.
Le meurtre, le vol ei l'adultère y figurent, ainsi qqe la profanation des choses saintes, parmi les crimes en horreur chez tous les peuples; mais on est plus étonné d'y rencontrer des défenses telles que celle des paroles trop nombreuses ou celle de faire pleurer son prochain. La civilisation spéciale de la vallée du Nil a déjà empreint sa trace sur ce code sacré, en y ordonnant le respect des droits acquis sur les cours d'eau.
La scène qui suit représente le pèsement de l'âme et son jugement. Dans les plateaux de la balance on voit, d'un côté, le vase, symbole du cœur du défunt, et de l'autre la plume d'autruche, symbole de la justice; le cynocéphale assis, qui repose au milieu de la salle, est l'emblème du dieu Thot, qui doit lire la sentence; le dieu est figuré ici sous cette forme, parce que le cynocéphale assis était le symbole du parfait équilibre. Les deux déesses de-
bout, tenant des serpents en main, représentent la double justice, celle qui punit et celle qui récompense.
Cette scène est suivie de la vignette du bassin de feu, gardé par quatre cynocéphales : c'étaient les génies chargés d'effacer la souillure des iniquités qui auraient pu échap par à rame juste et de compléter sa purification. La vignette suivante montre le soleil représenté par un disque rouge sur une tête d'épervier; sa barque vogue sur les eaux célestes, et Tâme justifiée, dégagée de ses souillures, vient se joindre à la course de Tastre lumineux.
Les dernières vignettes contiennent la figure de diverses demeures qui occupaient le espaces célestes que rame lumineuse va maintenant traverser. '
Le papyrus placé au-dessus de celui-ci est un Rituel de même nature que le précédent; par une exception trèsrare, il est écrit à Tencre blanche (1). Les vignettes sont extrêmement nombreuses. Nous en indiquerons quelques* unes qui ne figurent pas dans celui que nous avons décrit. La première scène en commençant à gauche montre Tâme combattant un crocodile; ce combat fait partie d'une longue série d'épreuves semblables où l'âme juste devait remporter la victoire avec le secours des paroles sacrées que lui apprenait le chapitre du Rituel correspondant à chaque vignette.
Après les diverses transformations des mânes, déjà décrites plus haut, on trouve ici une scène où l'âme, toujours représentée par un épervier à tête humaine, voltige au-dessus de son squelette. Plus loin, elle boit l'eau céleste qui doit faire reverdir en l'homme une nouvelle jeunesse. Le défunt est ensuite figuré voguant sur les eaux
(1) Ce manuscrit ayant eu à souffrir de l'action du soleil, a dû être retiré de cette salle; ainsi que les autres papyrus qui n*ont pu ôlre exposés dans les galeries, il sera mis à la disposition des savants qui voudront rétudier. (P. P.)
célestes; le Rituel lui apprend ici les noms mythiques de toutes les parties de cette barque sacrée. Sept demeures sont ensuite énumérées ; on les voit figurées avec leurs gardiens armés de glaives. Après ces pérégrinations, le défunt est représenté à genoux devant le divin soleil à tête d'épervier. Le livre retourne alors à la momie, qui, pendant ce temps, est restée sur le lit funèbre. Elle y repose entre les bras d'Anubis, le dieu à tête de chaeal' et sous la protection dlsis et de Nephlhys, sœurs d'Osiris; ces déesses récitent les chants du deuil, comme elles Font fait pour leur frère, lorsqu*après avoir réuni ses membres elles lui rendirent la vie par leurs incantations. Ce chant de résurrection, prononcé par Isis, constituait un petit livre spécial, dont plusieurs exemplaires nous sont parvenus. Notre manuscrit présente ensuite, comme le premier, la série des portes avec leurs gardiens, celle des quarantedeux juges et le bassin expiatoire. Il contient de plus la série des sept vaches sacrées avec leur taureau. La scène du jugement est ici un peu différente de la première: Anubis amène le défunt et présente à Qsiris le symbole de son cœur; c'est le dieu Horus qui exécute le pèsement de rame devant les deux déesses Justice.
Le livre se termine par la barque, où le défunt justifié a été admis, et par la topographie des demeures célestes qu'il doit parcourir.
Le Rituel qui occupe la bande supérieure estd*un époque bien plus récente que les deux premiers ; il est au plus du sixième siècle avant Tère chrétienne; je n'attirerai l'attention que sur la scène du jugement qui a pris ici une très-grande extension. Le défunt est amené par la déesse Justice, elle lui dit : Viens voir Osirts tnjemal ^our q^H t'accorde les bienfaits attachés à la sépulture sacrée. Le cynocéphale, emblème d'équilibre, repose ici au sommet de la balance. Horus pèse le cœur et semble même lui
prêter son appui en tirant sur les chaînes qui suspendent le plateau Anubis explore Tindicateur de la balance et constate son équilibre. Thot, à tête d*ibis, figure ici comme seigneur des divines paroles et comme écrivain de la justice divine^ il prononce la sentence qui assure l'immortalité au défunt. Devant Osiris, juge suprême, repose la dévorante de l*enfer^ monstre composé avec les parties du crocodile, de l'hippopotame el du lion, qui se tient prêt à dévorer les condamnés.
Bans la même salle, à l'autre extrémité, on voit le tribunal composé des quarante-deux juges.
Parmi les papyrus qui remplissent l'autre côté de la cheminée, plusieurs répètent les scènes que nous venons de décrire. Mais on voit dans le bas un papyrus en deux feuilles d'une nature toute différente. Il représente dans des tableaux, entremêlés de légendes, les diverses parties du ciel où le soleil se plongeait pendant les heures de la nuit.
Parmi les manuscrits des rangées supérieures, on peut remarquer, dans la troisième rangée, un défunt nommé Khonsoumès qui est représenté labourant et moissonnant dans les champs célestes des âmes pures. La bande supérieure est occupée par un manuscrit (1) remarquable par la beauté de ses vignettes ; la première scène contient surtout des détails curieux ; on y voit le cortège funèbre de la momie placée dans une barque sur un traîneau que mènent quatre bœufs. A la suite de cette scène, on a tracé le plan de l'hypogée et l'escalier qui y conduit le défunt; tous les meubles H^néraires y sont dessinés à leur place respective .
Le lecteur attentif aura maintenant une connaissance
(1) GhampoUion Ta décrit très-complélement dans son Catalogue, p. 149, et il a été récemment publié en fac-similé et traduit par Thf 1>«véria et P. Pierret sous le litre de Paoxrus de Nebqed,
suffisante de ces doctrines, pour bien saisir les explications des divers monuments funéraires, dont la décoration est toujours gouTcrnée par les mêmes idées.
Le milieu de la salle est occupé par un beau coffret funéraire du style de la dix-neuyième dynastie, et par quatre canopes en bois, finement peints; nous explicpierons plus loin la destination de ces sortes d'objets.
Sur la table et à ses côtés sont exposés des cercueils en bois peint et des cartonnages de momies. La décoration de ces cercueils et de ces cartonnages a varié, comme celle des sarcophages, suivant les différentes époques de l'histoire d*Ëgypte. On n'en possède qu'un très-petit nombre qu'on puisse, avec certitude, attribuer au premier empire. Quelques-uns imitaient la forme des sarcophages les plus anciens ; ils étaient rectangulaires et portaient à rextërieur les ornements qui caractérisent l'architecture des premières dynasties. A Tintérieur la décoration se composait d*ttne foule d'objets usuels peints et d^ diverses sortes d^oAmndes ; les noms et les quantités de ces objets sont ordinaiiement écrits auprès. Les flancs et les fonds sont oïdinaireaient couTerts de textes en écriture cursive emprwitiÀs au Rituel funéraire, qui, dès cette ancienne è|M:N|ue« avaient déjà le caractère de textes sacrés.
Le plu^ par^t Modèle des ceraeils de ce style appartient au Kusèe de Berlin. Il se compose de trois coffres l^uxrib et rentruit exaetesent Tun dans l'autre, qoe X. fa;s>;3^1»[>|«ji eut la Knine foftuae de trouver à leor filKif auù>4ue« datts un h5|i«,i^ee ih^^ain.
l¥i v¥<t« par ks cetvvetls des m«s jUlnr, que dès la iNUMae dT«a>tîe «« tâi!liàt aussi des boites de momies d<^>ss«WLUl la l^nae lis»>i*x< : elie:> unt peut-être été renfefuw^ daftsdifi^ sa^rv^^âf^ de pierre. Depuis la dixàftlCwie dyi^a^Mv la f^ci^e rsct^fulaire était une ei-
Les trois cercueils de Soutimês^ hiérogrammate et chef des gardiens des livres à Thèbes, peuvent être cités comme un modèle de la décoration des boites de momies, vers la dix-neuvième dynastie : si l'on veut en lire la description ^^ sommaire, on verra quelles images employaient les prêtres chargés des embaumements pour entourer le corps du défunt de tous les symboles de sa résurrection.
Bans la première boîte, le fond est décoré d'un grand Tat : cet objet (habituellement connu sous le faux nom de nilomètre) est une sorte d'autel à quatre tables, dont le sens mystérieux n'est pas encore bien expliqué; il est couronné d'un grand diadème qui appartient à Osiris; deux bras en sortent étendant des ailes en signe de protection. Au-dessous, l'étendard d'Abydos représente également Osiris, qui était censé enseveli dans cette ville ; les déesses Isis et Nephthys étendent leurs mains vers cet emblème. Le chevet est occupé pai le scarabée, symbole de la génération céleste qui doit faire regermer le défunt dans une nouvelle vie. Ce scarabée porte en tête le disque du soleil, peint non plus en rouge, mais en vert. Cestle soleil plongé dans la nuit, qui reprendra sa couleur lumineuse lorsque le matin aura ramené sa nouvelle naissance. Ce symbole est placé entre deux yeux ailés qui représentent les deux principales divisions du ciel. Cette même division du ciel se reproduit sur les parois in lérieures, où le ciel du nord et celui du midi sont représentés par les deux vipères couronnées. Sur ces mêmes parois, le défunt est figuré en adoration devant diverses divinités.
A l'extérieur, le chevet de ce cercueil est divisé en deux étages ou registres : le premier est rempli par le scarabée dont nous avons expliqué le symbolisme; Isis et Nephthys portentlamainàleurfront; c'est l'attitude du deuil pendant lequel ces deux sœurs d'Osiris récitaient les paroles sacrées qui devaient lui rendre la vie. Dans le second registre, la
déesse Nout (1), qui représente Télher des espaces célestes» déploie ses deux ailes et tient en main le signe de la vie future. La décoration des pieds est également divisée en deux registres : dans le premier, les déesses Isis et Nephlhys sont couchées sur le ventre, dans Tatiilude du repos, ce qui les fait ressembler à des sphinx. Au-dessous, le symbole Tat est accompagné des quatre génies funéraires qui présidaient à la conservation des entrailles. Les flancs extérieurs sont décorés de deux séries de figures: la série supérieure contient divers diiux couchés en sphinx ; devant chacun d'eux on a figuré le défunt Soutimès debout et leur adressant ses hommages. La série ioférieure se compose de dieux et génies des espaces célestes, debout, auxquels le défunt adresse également des prières.
Le couvercle do ce premier cercueil est de l'autre côté de la table ; la tête porte un bouquet de lotus, autre symbole d'une nouvelle naissance ; c'est sur le bouton de ce lotus qui s'épanouit, qu'on plaçait l'enfant divin, symbole du soleil levant, lequel était à son tour la vivante image de réternelle jeunesse de la divinité. Le collier qui couvre sa poitrine se composait de fleurs et boutons de lotus et d'autres symboles analogues. L'estomac et le ventre ont pour principaux ornements deux formes du scarabée. Le premier porte simplement le disque du soleil, dont les rayons étaient censés donner plus directement la vie; le second, les ailes étendues, porte une tête de bélier, nouveau symbole d'activité et de génération.
Sur les jambes, la décoration est divisée en petites scènes dans lesquelles le scarabée joue le premier rôle ; le sens est complété par le vautour, aux ailes étendues, qui représente la déesse de Téther céleste et en même tempa la maternité. C'était l'espace céleste qui jouait le rôle de
ChampoUlon la nommait Neipé.
mère dans la génération divine, suivant la doctrine égyptienne ; elle complète ici la promesse de la naissance divine qui viendra donner au défunt une vie désormais à l'abri de la mort. Les côtés sont occupés par des figures de divinités diverses : vers les pieds, Isiset Nephthys remplissent le rôle de pleureuses, comme elles Tavaient fait au deuil d*Osiris.
Auprès de ce couvercle est celui de la seconde boîte renfermée dans la première. La tête est ornée d'un simple bandeau. La décoration de Testomac et du ventre est analogue à celle de la première boîte; on doit y remarquer, néanmoins, à droite et à gauche du scarabée, un dieu à tête de bélier que la déesse Neith entoure de ses bras. Cette déesse, qui n'est qu'une autre personnification de la mère divine, embrasse ainsi le dieu Soleil, source de la vie. Auprès de cette scène, le défunt Soutimès navigue sur les espaces célestes, après sa justification ; le reste de la décoration présente toujours les béliers et les scarabées avec quelques variantes. Aux pieds, on doit remarquer e défunt à genoux et recueillant des gouttes qui semblent découler des déesses Isis et Nephthys, dans leur rôle de pleureuses. Sous les pieds, on a figuré Osiris dans son rôle de juge, le défunt Soutimès comparaît devant lui.
Dans la partie inférieure de ce second cercueil, le fond est occupé par la déesse du ciel (Nout) étendant ses ailes; elle est là pour recevoir le défunt dans son sein; les quatre génies sont auprès de sa tête : sous ses pieds, c'est \e dieu Ra ou soleil, entre les déesses Isis et Nephthys; vers les pieds de la momie, l'étendard, symbole d'Osiris, entre deux béliers. Sur les flancs, parmi diverses figures divines, on doit remarquer une momie couchée, à laquelle on a donné la forme ithyphallique ; c'était la manière la plus énergique d'exprimer celte croyance qu'au sein même de la mort reposait pour l'homme la promesse
d'une nouvelle génération qui le reyétirait, eonime la divinité, d'une éternelle jeunesse.
A Textérieur, la décoration est divisée en deux registres : dans le premier figurent les quarante-deux juges infernaux et le défunt qui leur adresse sa justification; parmi les scènes du second registre, il faut remarquer: l^le disque du soleil qui apparaîtentre deux lions, c'est une des figures du soleil levant; 2^ la vache sacrée qui sort de la montagne d'occident : c'est la' déesse Hator qui présidait au ciel de Tenfer.
Le troisième cercueil ne se composait que d'un cartonnage qui se trouve dans l'armoire I ; il était posé sur la momie, enveloppée de ses bandelettes, et n'avait pas de dessous. Les ornements se composent d'abord de deux scarabées ; une chaîne, composée de croix ansées, signe de la vie éternelle, s'étend à côté du second. On y voit ensuiie le dieu Tôt, à tête d'ibis, et l'âme du défunt. La déesse du cid enveloppe le ventre avec ses ailes. Une inscripiion en deux bandes s'éiend sur les jambes; c'est le défunt Soutimès qui s'adresse ainsi à la déesse : ma mère y le ciel y qui t'étends au-dessus de moi, fais que je devienne semblable aux constellations l Que le ciel étende les bras vers moi, dans son nom de ciel (féminin) ; qu'elle étende ses bras pour dissiper les ténèbres et pour me ramener la lumière!
Sans décrire aussi complètement les autres boites de momie, nous indiquerons cependant aux visiteurs curieux quelques-unes des scènes qui les recouvrent. Auprès des cercueils de Soutimès est le fond de la boîte d'une dame thébaine nommée Tenteschatmaut; l'intérieur est remarquable par la beauté de ses peintures ; à l'extérieur, près du chevet, on remarquera une division de l'enfer égyptien, le lieu de torture des coupables, divisé en neuf zones ou prisons diverses. Horus préside aux supplices avec les
déesses à tête de lionne, qui sont les furies de ce. tartare. Les côtés de la table sont occupés par des cartonnages de momie : c'était la dernière enveloppe; elle était à son tour recouverte par les divers cercueils et souvent par le sarcophage. Plusieurs ont la figure dorée; lorsqu'on dorait la figure d'un homme, on en brunissait souvent la couleur par une teinte de bitume. Leur décoration se compose de tous les symboles que nous avons décrits aux boîtes de momie. Ce sont les scarabées, les béliers, les éperviers qui les enveloppent de leurs ailes; sur les 'pieds, les chacals des guides des chemins célestes, et sur les flancs les quatre génies, fils d'Osirîs et protecteurs des entrailles. A ces emblèmes ordinaires se mêlent une foule de scènes très-variées qui offrent le champ le plus large pour Tétude des croyances égyptiennes dans tous leurs détails.
ARmOIHE A
Dans là bas sont placés des coffres funéraires. On en trouve un certain nombre dans chaque tombeau : ils servaient à déposer les figurines funéraires. Les formes et les grandeurs de ces coffrets sont extrêmement variées; quelques-uns divisés en quatre compartiments, ont dû contenir les entrailles. Les quatre génies forment alors le principal motif de leur décoration. Sur d'autres, Nout, la déesse de Téther céleste, apparaît dans son sycomore, versant Teau qui doit rajeunir le défunt et rendre à son âme une vie nouvelle.
Sur la première tablette de cette armoire se trouvent de petits modèles de cénotaphes, où le défunt est couché, accompagné de son épouse ou de sa sœur, comme dans les tombeaux du moyen âge. Leur âme, sous la forme de répervier à tête humaine, vient rejoindre le corps qui lui
110 SALLE FUNÉRÂIBË
a appartenu. Suivant la promesse contenue dans le chapitre LXXXIX du Rituel funéraire, l'âme jiistiflée, une fois parvenue à une certaine époque de ses pérégrinations, devait se réunir à son corps, pour n'en plus être jamais séparée. C'est le souvenir de cette grande doctrine qu'expriment d'une manière sensible à tous les yeux ces petits cénotaphes, où l'âme semble venir réveiller le corps qui l'attend sur son lit de repos.
Derrière ces lits funèbres sont des figurines funéraires en pierre. Ces figurines, que l'on trouve quelquefois eu très-grand nombre dans les coffrets, semblent avoir été déposées par les parents et amis du défunt, au jour de ses funérailles. Le mort y est représenté les mains croisées sur la poitrine; il est armé des instruments propres à la culture des champs célestes, dépeints au chapitre CX du Rituel. Les mânes devaient y demeurer un certain temps et s'y livrer aux travaux des champs. Les attributs qu'on donne à la figurine sont une pioche et un boyau à lame plate (que l'on a quelquefois pris à tort pour un fléau); un sac de semences pend ordinairement sur son épaule. Le sixième chapitre du Rituel, qui contenait la formule d'invocation prononcée à cette occasion, est gravé ou peint sur les figurines, dont la fabrication variait, sans doute» suivant la fortune de celui qui rendait cet hommage aa défunt.
Les tablettes supérieures contiennent d'autres coffrets funéraires de toutes les époques.
ARMOIRE B
Les tablettes de cette armoire et de la suivante sont occupées par une longue suite de figurines funéraires, rangées seulement d'après leur matière. Leurs légendes fournissent à l'archéologie les noms et les emplois d'une
SALLE FUNÉRAIRE. lll
immense quantité de personnages de toutes les époques. On peut remarquer, quant à la fabrication des figurines en terre émaillée, que le beau bleu brillant remonte jusqu'à la dix-huitième dynastie. Les roses vifs et d*un émail bien dur sont de la dix-neuvième. Je ne connais pas de figurines funéraires de cette espèce qu'on puisse attribuer à l'ancien empire. M. Passalacqua, qui eut le bonbeur d'ouvrir un tombeau inviolé d'une époque antérieure aux pasteurs, n'y trouva même aucune figurine funéraire, quoique le tombeau fût garni de tous ses accessoires.
ARMOmE G.
Les figurines funéraires en bois furent usitées à toutes les époques. La finesse de leur gravure suit la marche de l'art. Les bois peints et vernissent particulièrement beaux dans les figurines de la dix-huitième et de la dix-neuvième dynastie. Le bas de ces deux armoires est occupé par divers coffrets, destinés aux figurines. Les scènes peintes sur ces cofirets sont encore les quatre génies ou la déesse Nout dans son sycomore, versant l'eau céleste ; ou bien encore Anubis veillant sur la momie. On a aussi disposé dans ces armoires divers ornements de momie, comme des colliers ou des sandales. Sous ces sandales, on peignait les ennemis renversés et garottés. C'était promettre au défunt la victoire sur les puissances malfaisantes de l'enfer.
Le panneau de la cheminée est couvert par une toile de momie peinte pour un Égyptien de l'époque romaine ; on remplaçait alors le masque antique de la momie par un portrait peint sur la toile ou sur des planchettes. Le mort est ici entre les bras d' Anubis, représenté avec la tête du chacal noir; auprès de lui est sa boite de momi^.
La cheminée et le dessus des consoles sont ornés d'un
choix des plus beaux canopes'd'albâtre. Les vases que l'on s'est habitué à uommer canopes servaient à renfermer le cerveau, le cœur, le foie et les autres viscères, que ron embaumait séparément. Quatre génies, fils d*Osiris, et nommés Amset, Hapi^ Tioumautew et Kébah-senouw^ se chargeaient de protéger ces parties essentielles de rhomme. Quatre déesses : Isis^ Néphthys^ Neith (1) et Selk leur adressaient ordinairement des formules de bénédiction, dont les inscriptions sont gravées sur la panse des vases. Quelquefois les couvercles des canopes sont ornés d'une tête humaine; souvent, au contraire, oo les trouve couverts par les têtes symboliques des quatre génies : la tête d'homme, la tête du singe (cynocéphale), la tête d'épervier et celle du chacal. Les beaux vases qui ornent la cheminée de cette salle ont appartenu à la tombe d'un généra] égyptien, du sixième siècle avant J.-C, nommé Psammétik-sinet (2). Le reste de la collection des canopes est placé sur les colonnes et sur les armoires.
ARmOIRÈ D.
Dans le bas sont de petits cénotaphes qui contiennent ordinairement une figurine de femme nue ; quatre cénotaphes un peu plus grands portent, par une singularité très-rare, les têtes des quatre génies ; ils ont sans doute remplacé des canopes, car ils sont décorés de la légende ordinaire des déesses protectrices des entrailles.
Sur la première tablette, une collection de figurines
(1) On y trouve aussi quelquefois Nout, la déesse des espaces célestes,
(2) Dans ce nom, le mot Psammétik est entouré d'un cartouche ; il (kot prendre garde de s'y tromper et de regarder ces noms comme appartenant au roi lui-même. Lorsqu'un nom royal entrait comme élément dans an nom propre, on mettait souvent ce nom royal dans un cartouche, par vénération pour le roi que ce nom rappelait.
SâLLE FUNËRÂIRE. 113
funéraires en bois peint et en terre cuite peinte ; ce mode a été usité à toutes les époques. Sur les tablettes supérieures sont des stèles funéraires, peinte sur bois. Seconde tablette, à gauche, stèle de la dame Tisisis, prétresse d'Àmmon. On y remarque deux scènes : dans la première, la prétresse adore la barque du soleil, son âme est devant elle sous la figure ordinaire de Tépervierà tête humaine; la seconde scène nous montre la même défunte adorant Osiris et les dieux de son cycle. Le texte qui suit est un hymne qu'elle adresse au soleil.
A droite, sur la même tablette, stèle du prêtre d' Ammon HarsiésiSy fils de Scheschonk, La scène nous montre le défunt qu'Anubis amène devant Osiris. L'inscription contient le décret que ce dieu prononce en faveur d'Harêiesis.
Sur la tablette supérieure est une superbe stèle du même genre. Dans le cintre on voit, auprès du disque ailé, Tâme du défunt Osoroëris qui adore le soleil dans sa lumière. Dans la première scène, il est figuré, ainsi que son âme, adorant la barque du soleil, où ce dieu est accompagné de toute sa suite. Le second registre est divisé en deux scènes : à droite, c'est Osiris et ses compagnons ordinaires Horus, Isis,Nepbthys; à gauche, c'est une triade composée des dieux Toum, Sckou et Tafné (1). Le grand texte qui complète la stèle contient un décret d'Osiris en faveur du défunt.
▲RMOIRE B.
Les chevets en bois, analogues à ceux dont se servent aujourd'hui les Nubiens, sont dans le bas de cette armoire. On remarque fréquemment sur ces chevets la figure du
(1) Voyez, poar ces diyinités, à la salle des dieux.
dieu Besy à la face monstrueuse. La couronne funéraire esl un objet assez rare; elle était, d'après le dix -neuvième chapitre du Rituel , Temblème de la justification du défunt.
Les figurines funéraires de cette armoire appartiennent à la qualité de terre émail lée qui ressemble le plus à de la porcelaine. Ces beaux bleus, clairs et brillants, appliqués quelquefois sur une fritte tendre, mais quelquefois aussi sur une pâte solide et d'un blanc éclatant, appartiennent à répoque salle.
Au-dessus sont réunis divers masques de momie : on a cherché de tout temps, en Egypte, dans les embaumements un peu riches, à donner à ces masques la ressem* blance du défunt.
Les cercueils du roi Antew montrent que, dès la plus haute antiquité9 quelques-uns de ces masques furent dorés et ornés d'yeux incrustés en émaih
L'usage des masques composés d'une feuille d'or remonte au moins à la dix-huitième dynastie. Les masques en cartonnage dorés furent usités de toiib les temps. Les masques dans lesquels on a donné à la peau une couleur rosée sont beaucoup plus récents ; plusieurs masques de femmes de celte couleur sont coiffés d'ornements étrangers à l'Egypte , ce sont des monuments gréco-égyptiens, ainsi que les masques en cartonnage doré du même style. Les portraits peints remplacèrent les masques à l'époque romaine ; ceux qui sont dans cette armoire appartiennent à la famille de Soter^ archonte de Thèbes sous l'empereur liadrien.
VITRINE F
Pectoraux ou ornements de momie, en forme d'un petit édifîce. La décoration se compose d'un chacal qui garde la momie» couché sur le tombeau, ou bien du scarabée,
Salle funéraire. 115
symbole de la génération mystique qui rendra la vie au défunt; les déesses Isis et Nepluhys l'assistent en prononçant leurs invocations. On a quelques exemples de masques de momie de faïence bleue ; celui qui est dans cette vitrine est trop petit pour avoir couvert réellement l"* visage d'une momie.
TITRmE G.
Scarabées funéraires. Suivant la prescription du chapitre XXX du Rituel, un gros scarabée de jaspe vert ou une pierre de couleur analogue devait être placé dans l'intérieur de la momie. Il porte gravé au revers des paroles sacrées relatives au rôle mystique que Ton prétait au cœur comme principe de la vie. Quelques-uns de ces scarabées ont, de plus, quelques ornements gravés sur leurs
élytres.
On en trouve assez souvent en faïence bleue ; ceux de feldspath vert clair sont les plus rares. La prescription du l\ituel ordonnait de les enchâsser d'or; elle est quelquefois exécutée.
ARSfOIREH.
Dans le bas sont étendus des exemples de momies égyptiennes, revêtues de leur enveloppe. La momie d'un homme que Champollion nomme Siophis est couverte des différents cartonnages qui lui servaient d'ornement. Un grand collier est figuré sur le cartonnage de la poitrine. Au milieu est un pectoral avec les figures d'Osiris, d'Isis et d'Horus. Le cartonnage des jambes est décoré comme les boîtes de momie que nous avons décrites. Sous ces cartonnages, et sur les bandes de toile qui dessinent les formes du corps, on avait placé les beaux réseaux en émail bleu qui sont dans des cadres, à droite et à gauche, au
fond de la salle. Avec cette momie sont deux momies d'enfants enveloppes (1).
Dans le corps de Tarmoire sont plusieurs boîtes de momie et des masques funéraires. La série des animaux sacrés et embaumés commence ici par une tête de bélier. Une figure d'Osiris en bois peint était une sorte d'étui dans lequel on renfermait les plus beaux rituels funéraires.
ABHOIRER.
Dans le bas, des animaux embaumés : on distingue par* ticulièrement un crocodile, des poissons, des chats et des ibis, avec les vases de terre qui les contenaient.
Dans le corps de Tarmoire, une télé de taureau et une tête de bélier sont les objets principaux.De petits chats sont emmaillotés et couchés sur le flanc; d'autres plus grands sont debout. Sur une momie d'ibis, on a figuré le dieu Tôt par un entoilage bien découpé. On distingue aussi de nombreux éperviers; l'un deux, trouvé au Sérapéum, est dans un cercueil de pierre calcaire ; il est représenté en bas-relief sur le couvercle. Dans cet' endroit, on voit aussi une série de figures d'Osiris en bois doré ; elles sont adossées à un petit obélisque creux, dans lequel on trouve les débris d'un petit saurien embaumé.
Parmi les boîtes de momie de cette armoire, on doit remarquer celle de la prétresse d'Ammon, nommée Mautnowré : tous ses ornements sont découpés à jour.
VITRINE L
Elle contient des échantillons de toiles de momie et de
0) Une momie développée et un certain nombre de belles bottes de momie sont reléguées, faute d'espace, au second étage du Louvre.
Dandelettes, ornées de textes sacrés près que to pruntés au Rituel funéraire. La plus remarquable est d'un beau blanc et peinte en hiéroglyphes; les autres sont couvertes de prières en écriture hiératique.
On a placé ici des exemples de divers manuscrits égyptiens (1).
Un petit cadre contient un chapitre du Rituel, écrit dans le style hiératique du temps des Romains.
Les deux volumes de papyrus roulés font voir dans quel état les rituels funéraires sont trouvés dans les tombeaux.
VITRINE M
[Elle contient six spécimens d'hypocëphales. Ce sont des disques en toile que Ton plaçait sous la tête de la momie et qui, grâce aux légendes mystiques dont ils sont couverts, devaient conserver au corps sa chaleur vitale jusqu'au jour de la résurrection.]
ARMOIRE N
Cette armoire renferme une autre collection de coffrets funéraires. Les figurines de cette division sont en pierre, celles d'albâtre sont particulièrement belles. On doit aussi remarquer les figurines en pierre schisteuse, où le défunt presse contre son sein Tépervier, emblème de son âme. C'était encore la promesse de la résurrection que chaque assistant apportait au défunt, en déposant dans sa tombe sa figurine ornée de ce symbole.
(I) La coUeclion de manuscrits sur papyrus n'a pu être exposée fauta d'espace. On les visite en adressant une demande à la conservation du Musée égyptien. Toute personne qui veut étudier un de ces manuscrits doit en faire la demande de la même manière; le manuscrit est mis à sa disposition, sous la surveillance d*un employé du Louvre.
On n'a pas encore publié de travaux complets sur la mythologie des Égyptiens. Champollion, dans son Panthéon^ a distingué et nommé la plupart des différentes divinités. S. -G. Wilkinson a complété ce travail. M. Lepsîus a montré comment ces personnages se divisaient en diverses sociétés ou cycles divins, suivant les localités où ils étaient adorés. Les résumés publiés par M. Bircb, dans la galerie d'antiquités du British Muséum^ sont aujourd'hui la meilleure source où l'on pourra puiser les détails qu'ont fournis jusqu'ici les monuments déchiffrés par les archéologues (1).
Ou ne doit pas s'attendre à trouver dans cette mythologie un tout bien coordonné, un système embrassant le ciel et la terre, sans lacune et sans double emploi. La reli-
(4) Depuis que M. de Rougé a rédigé ce chapitre, d'importants travaux ont été publiés sur la religion, en tête desquels il faut placer Tétude de M. de Bougé lui-nQême sur le Rituel funéraire, qui contient la traduction et le commentaire de Tun des plus importants chapitres de ce Uvro au point de vue Ihéologique. Plus récemment encore, le catalogue des Papyrus du Louvre, dont M. Th. Devéria est Tauteur, ainsi que son Introduction mythologique au papyrus de Neb-qed et son étude sur Texpresslon ma-kheru^ ont enrichi la science d'aperçus très-réconds sur les doctrines religieuses de l'ancienne Ëgypie. (P. P.)
gion égyptienne fut, comme Tempire lui-même, une réunion des cultes locaux; on y trouve par conséquent une répétition des mêmes idées sous difiérents types et avec des variantes importantes. Il serait de même très-inexact de penser que cette multitude de divinités adorées chez les Égyptiens eût complètement oblitéré chez eux la notion d'un Dieu suprême et unique. Les textes hiéroglyphiques apportent une lumière précieuse sur cette question. Le Dieu suprême, quel que soit le nom local qu*on lui ait appliqué, est souvent désigné par des expressions qui ne permettent point le doute à cet égard. Il est le seul être vivant en vérité ^ disent les légendes sacrées. Il a donné naissance à tous les êtres et à tous les dieux inférieurs. Il a tout fait et n'a pas été fait. Enfin, il s'engendre lui-même. C'est là le second point et peut-être le plus curieux de la doctrine égyptienne. Si certains textes disent que le Dieu père engendre un fils, son image, on en rencontre d'autres qui semblent ne faire du fils qu'une manière d'envisager le père. C'est dans ce sens que les Égyptiens disaient du dieu Ra (soleil), qu'il s'engendre lui-même» A Sais, où il était considéré comme le fils de la déesse mère Neith, on disait qu'i7 était enfanté^ mais n'avait pas été engendré^ parce qu'il descendait lui-même dans le sein de sa mère, par sa propre vertu.
Les ËgYptiens ont donc distingué dans la génération éternelle de la divinité un père et un fils dont les deux personnalités ont clé plus ou moins confondues ou distinguées, suivant les temps ^et les lieux. Un personnage féminin, jouant le rôle maternel, venait s'ajouter aux deux premiers et complétait la triade divine telle qu'on la voit adorée dans la plupart des temples. A Sais, la mère jouait même le principal rôle, sous le nom de Neith ; a Thèbes, elle est subordonnée au personnage d'Ammon. Celui-ciest essentiellement le dieu père, et néanmoins c". confusion
avec la personne de son fils est clairement indiquée dans la légende où il est qualifié le mari de sa tnère^ Mauû La déesse de Tbèbes était, en effet, son épouse quant à son rôle de père, et sa mère quanta son rôle de fils.
Le soleil est le plus ancien objet du culte égyptien que nous trouvions sur les monuments. Sa naissance de chaque jour, lorsqu'il s'élance du sein du ciel nocturne, était Temblème naturel des idées que nous venons d'exposer sur réternelle génération de la divinité. Aussi l'espace céleste était-il identifié avec la mère divine. C'était particulièrement le ciel de la nuit qui remplissait ce personnage.Les rayons du soleil, en réveillant toute la nature sem> blaient donner la vie aux êtres animés. Ce qui, sans doute, n'avait été d'abord qu'un symbole, est devenu, sur les . monuments égyptiens que nous connaissons, le fond même de la religion. C'est le soleil lui-même que l'on y trouve habituellement invoqué comme l'être suprême, et son nom égyptien Aa, ajouté souvent à celui de la divinité locale, semble témoigner que cette identification constitue une seconde époque dans l'histoire des religions de la vallée du l^il. C'est ainsi qu'Ammon est devenu Ammon-Ra (Ammon-Soleil).
Ptahy le dieu suprême de Mempbis, s'est peut-être maintenu longtemps dans une sphère plus élevée, car on ne le trouve pas identifié au soleil (1), tandis qu'ailleurs il semble même indiqué comme le père de cet astre.
Si le culte du soleil, comme dieu suprême ou comme manifestation de ce dieu, paraît un trait général parmi les croyances égyptiennes, il en est un autre qui, du moins dans le second empire, n'était pas moins universel: c'est le culte d'Osiris, type et sauveur de l'homme après sa mort, tel que nous l'avons expliqué à propos des monuments fit*
Cl) Excepté dans te type de la divinité infernate * Ptah-Sdiar-Otiri,
néraires. Osiris, en celte qualité, était aussi ideniiCé avec le soleil infernal accomplissant sa révolution nocture, jusqu*à ce que sa nouvelle naissance vînt lui rendre son caractère de dieu du jour.
Telles me paraissent avoir été les idées dominantes au nailieu des innombrables superstitions de TËgypte, où foute la nature avait fini par participer à la divinisation,
ARMOIRE A
Elle réunit les principaux dieux de la Thébaîde. Ammon (1) y occupe le premier rang. La coiffure de ce dieu se compose de la couronne rouge, symbole de la souveraineté de la basse région, surmontée de deux longues plumes droites. Son costume est la schenti ou tunique courte, attachée à la taille par une ceinture. Le sceptre qu'il tient ordinairement en main est celui qu'on nomme vulgairement sceptre à tête de coucoupha^ parce qu'on avait cru d'abord y reconnaître cet oiseau ; mais des exemples bien conservés ont fait voir qu'il s'agissait d'un quadrupède sauvage dont la tête ressemble à celle d'un lévrier (2). La plus belle Cgure d'Ammon, dans notre musée, est un bronze placé sur la cheminée. Dans cette figure le dieu foule aux pieds les neuf arcs, symbole des nations barbares. L'armoire A renferme d'autres bonnes figures de ce premier type du dieu. Ainsi représenté, il était appelé le père dcsduuXy le seigneur des trônes de la terre ; le seigneur des dleuXy le seigneur de Vélernité, le grand dieu vivant en vérité, etc. Il dispose en souverain des royaumes de la terre et les donne en présent aux rois d'Egypte.
{{) Le nom égyptien paraît s'ôtre prononcé Àmoun; il signifiait mystère et adoration»
(â) Voyez à la vitrine N un exemple de celte léle symbolique*
m MONUMENTS RELIGIEUX.
Ammon parait souvent, sur les monuments, représente sous la forme itli y phallique que Ton trouve dans quelques figurines de cette armoire. C'est alors qu'il est spécialement appelé le mari de sa mère. Son costume, sous cette forme, se compose de la même coiffure, aux deux longues plumes, et d'un large collier qui couvre la poitrine. Ce large collier était un autre symbole de virilité. Son bras droit est élevé à la hauteur de sa tête, la main déployée; auprès est le fouet sacré : on ne connaît pas bien le symbolisme de ce geste (1). Son corps est enveloppé comme celui d'une momie. Les figures de ce genre portent souvent tout à la fois les deux noms û'Àmmon et d'UoruSy fils d'Isis, identifiant ainsi sous ces caractères les rôles du père et du fils. Cette forme d' Ammon existait sur les monuments dès la douzième dynastie.
A gauche d'Aiiimon sont les figures de son épouse divine, nommée à Thèbes simplement, Maut ou mère. Celte L{ déesse est ordinairement coiffée du jfschent ou double ^ diadème de la souveraineté des deux logions. Quelquefois P^ '* ^ un vautour, symbole de la maternité, montre sa tête sur le front de la déesse; les ailes forment sa coiffure. Elle est vêtue d'une longue robe juste et tient en main le signe de la vie. Les principaux titres de Maut sont ceux de dame du ciel et régente de tous les dieux. Elle est aussi qualifiée souveraine de la nuit (2).
Le fils de ces deux divinités, considéré comme personnage distinct, se nommait Khons : il apparaît sous deux types principaux dans nos figurines comme sur îe§ monuments. Dans le premier il a une tête humaine ; sa coiffure se compose du disque avec les cornes en demi-cercle, que Ton regarde comme un symbole lunaire ; il est alors sou- Ci) Th. Devéria y voyait Tattitude du semeur, inlerprétation qui foncorde bien avec le caractère g<^nérateur de ce dieu. (P. P.)
(S) C'est, en effet, le ciel nocturne qui semble enfanter le soleil levant.
vent nommé Âak-Khons ou Khons-Lune. Il porte une tresse de cheveux pendants sur Tépaule ; c'était la coiffure symbolique de la jeunesse. La tète humaine est souvent changée en celle d'épervier, Tanimal symbolique de Kbons. Ce dieu était invoqué à Tbèbes sous deux vocables principaux : dans le premier, il portait un nom qui semble signifier Khons en Thébatde, bon protecteur; dans le second, il se nomme Khons conseiller de la Thébaïde, grand dieu qui chasse les rebelles. II parait plus spécialement chargé d'agir auprès de Tbomme, et c'était également lui qui guérissait les maladies et chassait les mauvais esprits.
Divers groupes représentent Ammon réuni avec Mavty ou même la triade thébaine réunie au complet sur le même socle.
A droite d' Ammon sont les figures du dieu Noum (1), celui que les Grecs appelèrent Chnoumis et Chnouphis. Ses légendes expliquent clairement que ce n'est qu'une forme d'Ammoïf, considéré particulièrement comme fabricateur des dieux et des hommes. Il porte une tête de bélier, attribut de l'ardeur, du principe actif. Il est représenté quelquefois façonnant, sur un tour à potier, une figure d'homme ou l'œuf mystérieux d'où la légende faisait sortir le genre humain et la nature entière. Son nom Noum signifie le principe humide; il est aussi identifié avec le soleil sous le nom Noum-Ra. Dans la petite stèle de pierre calcaire, il est représenté sous la forme complète du bélier, et porte les deux plumes droites et le nom d' Ammon. La coiffure ordinaire de Noum sur sa tête de bélier, est le diadème nommé atew qui se compose de la mitre blanche et de deux plumes d'autruche accompagnées de cornes de bouc et d'urseusou de vipères divines. Noum porte souvent aussi le nom d*esprit des dieux, qui
(1) Le nom égyptien Noum devient, dans les bas-temps, Khnounu
lui appartient spécialement: il était vénéré en beanconp de lieux de la Nubie et particulièrement aux cataractes.
La triade de Noum, se composait en cet endroit du dieu et de deux déesses. Les deux déesses se nomment : !<> Sati que les inscriptions latines identifient à Junon. Cctit* déessesedistinguaitpar la mitre blanche et pointue accompagnée de deux cornes de vache; elle est représentée par une jolie figurine de bronze ; Tinscription du piédestal la nomme Ins-Saiis.
2° Ànoukéf identifiée à Vesla; sa coiffure se compose d*un large bouquet de plumes. On ne connaît pas bien les attributions de ces deux déesses. Sati est nommée Fille du Soleil^ Dame du ciel^ Régente des mondes.
Dans le bas de Tarmoire A, on a disposé les béliers et les vautours symboles d'Ammon-Noum et de Maut. On a rassemblé sur la tablette les diverses variantes de la divinité représentée par un hippopotame debout. Rien n'est moins* bien expliqué que cette figure : mec la griffe do lion et la tête de Thippopotame, elle porte souvent un nœud symbolique qui paraît avoir quelque rapport avec ia grossesse. Elle a souvent aussi une tête de femme ou une tête de lionne.
Elle porte les noms de Tao'ér ou la grande^ et de Ap el Schepou, Les mamelles pendantes lui donnent des rapports avec les déesses nourrices; et en effet elle est appelée aussi la bonne nourrice et elle présidait aux chambres où étaient représentées les naissances des jeunes divinités. Elle avait à Thèbes un temple spécial. Le nœud symbolique, son emblème ordinaire, est quelquefois remplacé par un grand couteau; avec cet attribut, elle figure dans les tableaux astronomiques où ses fonctions ne sont pas mieux déterminées jusqu'à présent*
ARMOIRE B
En commençant par la gauche, on rencontrera d'abord les figures de Neith. Cette déesse porte pour coiffure la couronne rouge décorée sur le devant d'un enroulement, c' est Temblème de la souveraineté de la basse région. Elle porte quelquefois en main Tare et les flèches. Les Grecs, qui Tassimilèrent à Minerve, connurent son caractère guerrier. Vénérée spécialement à Saïs, on la retrouve néanmoins dans les temples de toute TËgypte. Xous avoos déjà parlé de son grand rôle de mère du Soleil, lequel s'engendrait lui-même dans le sein de Neith. Tous ses titres se rapportent à cette grande qualité de mère du Soleih Cette attribution de Neith n'a pas échappé aux auteurs grecs, et il nous ont conservé une inscription de Sais où la déesse, mère du Soleil, se vantait néanmoins que sa tunique n'avait jamais été soulevée* Neith jouait aussi un rôle funéraire : elle paraissait comme protectrice des entrailles sur les canopes. Les figures de Neith sont en bronze, en bois et en lapis- lazuli, nous n'en avons pas rencontré en terre émaillée.
De petites figures de Neith présentent une particularité curieuse qui n'a pas été expliquée : la déesse y présente le sein à deux jeunes crocodiles.