‹ Notice sur AnacréonChapitre 5 sur 12 · MONUMENTS · texte numérisé non relu

MONUMENTS

La statue d'Anacréon, nous dit Pausanias, était placée dans l'Acropole d'Athènes auprès de celle du père de Périclès, Xanthippos, et non loin de celle de Périclès lui-même. Elle le représentait chantant ses vers et animé par une douce ivresse (i).

Une autre statue lui fut élevée à Téos, et Théocrite, qui mieux que tout autre savait apprécier le mérite d'Anacréon, qu'il a quelquefois imité, a dit au sujet de cette statue :

« Regarde bien cette statue, étranger, et dis à ton retour chez toi : a J'ai vu à Téos une image d'Anacréon, le plus « grand poëte d'autrefois. »

D'après trois épigrammes que l'Anthologie nous a conservées, il est présumable que la statue d'Anacréon dans l'Acropole et celle qui lui fut érigée à Téos le représentaient un peu trop sous l'influence de Bacchus; toutes sont d'accord sur une circonstance qui fait souvent reconnaître l'ivresse : le poëte a perdu l'une de ses chaussures. Voici la description que donne de cette statue un poëte nommé Léonidas ; les deux autres épigrammes reproduisent les mêmes idées :

« Vois comme le vieil Anacréon chancelle, vaincu par « l'ivresse. Son manteau traîne jusque sur ses talons. De « ses sandales il n'en a plus qu'une; l'autre s'est égarée. Il « chante, en s'accompagnant de sa lyre, le beau Bathylle

(i) "KffTi Ôè èv r/i 'A6y]vata)v 'AxpouôXsi xal FIspix)-^; ô SavÔÎTiiroy , xai

aÙToç ô SâvôiTTiTo; 'AXX'ô[JLèv lleatxXsou; àvopià; étspœOt àvàxei-uai • ttoO

ôè ToO EavOÎTtTCOu TcXiQdiov sdTYixôv 'Avx/.pîtov ô Tviïo;, nçtCSzo^ [Aôtà Sançw t9iv Ascrêtav xà TcoXXà , wv sypa'^icv , èpwTixà Tiotrjaa; • xaî ot to (TX^I^^ éffxiv, olov ôcôovxo; àv èv [Ubr^ Yé'-'oito àvQptôjtou. (Pausan., I, 25.)

« OU Mégistès. Veille, ô Bacchus , sur le vieillard : prends (( garde qu'il ne tombe (i) ! »

En 1835 on a trouvé à Monte Calvi, dans la Sabine, une statue qui, d'après l'opinion unanime des archéologues, a été reconnue comme la représentation plastique du poëte de Téos; de même que la statue de l'Acropole d'Athènes, elle indique l'ivresse, mais l'ivresse d'un poëte qui a conservé dans un âge avancé toute la verdeur de la jeunesse.

Une coupe du cabinet Durand, d'un beau style archaïque, représente un homme barbu et couronné, enveloppé d'un large manteau laissant libre le bras droit. Il tient dans la main gauche un barbiton à sept cordes , et dans la droite leplectron : sa bouche entr'ouverte le fait reconnaître pour un chanteur. A sa rencontre un jeune homme couronné de fleurs , la chlamyde suspendue sur l'épaule, accourt et tend vers lui la main ; il est suivi d'un autre jeune homme, couronné également, qui s'avance en faisant un geste semblable.

Cette scène ne me paraît pas représenter, comme à MM. Durand et Olto Jahn, la surprise ni le joyeux accueil fait par des jeunes gens au vieil Anacréon ; ce serait plutôt l'invitation qu'un jeune époux, désigné par le nom de Nymphes (2) et accompagné de son paranymphe, adresse à Anacréon, dont le nom se lit distinctement, de venir honorer ses noces par ses chants et par les accords de sa lyre.

Enfin M. Sam. Birch croit reconnaître sur une amphore de Vulci appartenant au British Muséum une autre représentation d'Anacréon. Un poëte barbu, couronné, la tête levée et les jambes chancelantes, fait résonner le barbiton à sept cordes. Sa chlamyde est rejetée sur le bras droit. Au revers un jeune homme, aussi couronné, s'avance portant

(i) Anthologie, t. II, n"' 306, 307 et 308, traduction de M. Dehèque.

(2) NV4>HS idem quod Nûjxçyiç et Nu(xçt:, ex conjectura Keilii Anal. Epigr.,^. 173. Voyez De Witte, Catal. Durand, Otto Jahn, et la Descr. des vases peints, p. 92, n" 54. Voy. aussi la note de M. Hase dans ma nouvelle édit. du Thésaurus Gj-xcœLingnxùe Henri Estienne, t. V,col. 1618.

sur l'épaule gauche une amphore vide. Le vieux poêle est suivi d'un petit chien. Or une anecdote rapportée par Tzetzès semble faire de cet animal le compagnon fidèle du poëte de Téos : a IJ n jour, dit-il , qu'Anacréon se dirigeait vers sa ville natale pour y faire quelques emplettes, accompagné de son domestique et suivi de son chien, le domestique dut s'arrêter en route , et oublia dans le lieu qu'il quittait la bourse de son maître. Le chien, qui s'en aperçut, resta au même lieu et garda fidèlement le dépôt. Quelques jours plus tard on le trouva, au retour, expirant d'inanition, mais n'ayant pas quitté la place. )> (i)

Les traits d'Anacréon nous ont été conservés par des médailles et des pierres gravées.

Deux monnaies autonomes le représentent : l'une debout, ayant une courte chlamyde flottant sur l'épaule gauche, tenant du bras gauche le barbiton et appuyant le bras droit sur la hanche : on lit à l'exergue : THIiîN ANAKPEQX.

L'autre le montre assis jouant de la lyre, avec cette épigraphe : GT. L HEnONE THIQN.

Deux autres médailles impériales le représentent assis

(i) Tzetz., Chil. IV, 131, 234 sqq. Toutefois M. Otto Jalui fait observer que la même anecdote est racontée parÉlien (Hist. var., yii, 29), et que cette fois ce n'est pas d'Anacréon de Téos, mais d'un citoyen de Colophon, qu'il est fait mention. Il ajoute encore que la présence d'un petit chien se remarque dans d'autres sujets de peinture de vases; telle est l'amphore de Nola , qui offre également un poëte portant la cithare sur son épaule, jouant de la double tlûte et suivi d'un chien : or, la flûte indique un tout autre poëte qu'Anacréon, auquel cet instrument était antipathique, si l'on en croit Critias :

Tov Se '^Mvct.iv.eitàv {jl^Xécov uXé^avxà uox' wSà; MIoùv Avay.peto->Ta Te'co; elç 'EXXâo' àvv^Yîv, Su[JLTCO(JÎa)v ip£Ô'.<>(xa, yiivaixcov r)7r£p67ieu(ji.a , AùÀùiv àvTiuaXov, çiXoêâpêtTov, T^iSùv, àXuTCOv. OOtiots oou çiXÔTYi; yYiçàaexoLi oùôc ôaveïTai,

'Ectt' âv UÔwp OÎvtO (TU[JL[XtYVÛ[JL£VOV xuXtxe<T(7i

llaïç 5ioLTzo\nzeû(j-i;i npoTuôcst; auiosÇta vco[xâ)v, riavvux'-oa; ô'iepàç ÔTQXeiç xopo' àfxçténojaiv....

(Athénée, XIII, p. 600, D.)

30 NOTICB SUR ANACRÉON.

jouant de la lyre; l'une a pour effigie la tête de Sabine avec les mots EIÛNllN, l'autre celle de Valerianus Saloninus (1). Toutes célèbrent dans Anacréon la gloire de l'Ionie; et on doit regretter que cet usage des anciens de mettre sur leurs médailles l'effigie de ceux qui avaient illustré leur pays n'ait pas été suivi par les modernes.

(i) Visconti, Iconographie, 4^ dise, préliminaire, p. 5.

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